Journée de la langue française

Être interprète à l'ONU

Gwendoline Vandenborre, Vincent Blancquart et Aurore Visee viennent de Belgique et ont effectué un stage de deux mois à l’ONU. Gwendoline et Vincent sont encore étudiants dans une école d’interprètes, tandis qu’Aurore, diplômée il y a quatre ans, a réussi le test d’interprète indépendante à l’ONU. Ils témoignent de leur expérience à l'ONU. Myriam de Beaulieu est interprète à l'ONU depuis 1993.

Leurs parcours sont divers. Pour Gwendoline, c'est un rêve d'enfance. « J’ai envie d’être interprète depuis que j’ai 12 ans, pour pouvoir communiquer et apprendre d’autres cultures. J’ai choisi le russe parce que certaines des langues offertes ne m’attiraient pas – comme le danois, le néerlandais, l’allemand – et ne m’offraient pas de perspectives alors que l’espagnol et le russe sont beaucoup plus largement parlés ». Au bout du compte, « l’ONU, pour une combinaison anglais-russe est l’institution par excellence ». Vincent a appris le latin, le néerlandais et l’anglais et voulait devenir traducteur, mais la traduction ne lui a pas plu, parce qu’il est « impatient », même si l’interprétation nécessite une grande préparation.

En effet, l’interprétation en français présente des défis particuliers. « Il faut parler plus vite » pour interpréter de l’anglais vers le français, explique Aurore. « J’avais l’allemand et le russe et j’ai rajouté l’anglais. Le russe est parfois plus compliqué au niveau des structures et il faut donc élaguer pour interpréter du russe vers le français ».

« Il faut apprendre d’autres langues, certes, mais il faut commencer par apprendre très bien sa propre langue. » 

Aurore se dit d’ailleurs étonnée par le niveau de langue exigé à l’ONU, combiné avec la spécificité du vocabulaire. « Le niveau de langue exigé à l’ONU est très soutenu ». Des expressions admises dans la presse francophone sont exclues à l’ONU. « Je me souviens qu’au début du stage on me reprochait de faire beaucoup d’anglicismes. L’anglais international s’appauvrit du fait de l’uniformisation du vocabulaire. » Vincent ajoute : « Nous sommes multiculturels. Pour trouver un travail maintenant en Belgique, il faut être trilingue, français, néerlandais, anglais. C’est vraiment une nécessité. Peut-être qu’on est moins défenseur de la langue française ? On est moins conscient de la question. Il y a plus d’anglicismes et surtout on est moins choqués, du moment qu’on se comprend. C’est notamment l’influence du néerlandais ».

Le choix du mot juste reste cependant essentiel : « Si l'on emploie des termes justes et différents, on incite l’auditeur à employer d’autres termes et pas l’anglicisme ou le terme banal. On peut donc avoir une influence positive. Peut-être que l’interlocuteur pourra réutiliser le terme en conférence de presse. »

Myriam de Beaulieu conclut : « Il faut apprendre d’autres langues, certes, mais il faut commencer par apprendre très bien sa propre langue. »