Déclaration Dr Peter Piot, Directeur exécutif d'ONUSIDA
Cette 20ème Journée mondiale sida nous donne à la fois des occasions de célébration et d’inquiétude.
Célébration, car à travers le monde moins de personnes sont infectées par le VIH et moins de personnes meurent du sida. Enfin.
Des présidents et des premiers ministres, des médecins et des avocats, des scientifiques et des enseignants, des PDG et des leaders syndicaux, des groupes confessionnels et des communautés, et – d’une importance capitale – des personnes vivant avec le VIH, se rassemblent en une magnifique coalition qui a prouvé qu’avec des objectifs clairs et un engagement solide, nous pouvons déplacer des montagnes.
Au cours des cinq dernières années, près de quatre millions de personnes dans les pays en développement ont commencé à prendre des médicaments antirétroviraux salvateurs ; des médicaments qui n’existaient même pas en 1988 lorsque nous avons marqué la première Journée mondiale sida.
Parallèlement, les programmes de prévention du VIH ont commencé à laisser leur empreinte, et moins de personnes sont infectées. Certains pays prennent des mesures audacieuses pour répondre aux besoins réels des consommateurs de drogues injectables, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, des professionnel(le)s du sexe, des migrants, et d’autres groupes soi-disant « difficiles à atteindre ».
Mais bien d’autres montagnes restent à déplacer. N’oublions pas que le sida n’a nulle part disparu. En fait, à l’occasion de la Journée mondiale sida, il y a autant de raisons de s’inquiéter que de raisons de célébrer.
Premièrement, parce que nous devons trouver des manières de poursuivre ce qui a été commencé, de maintenir la dynamique alors que sévit une crise économique et financière majeure. Deuxièmement, parce ce que ce que nous faisons est bien loin d’être suffisant – en termes de prévention comme de traitement du VIH. Troisièmement, parce qu’il est de plus en plus clair que le sida est un événement complexe, de grande amplitude, qui demande également une riposte sur le long terme – notamment une action pour garantir les droits humains, éliminer les inégalités entre les sexes, et renforcer les systèmes de santé et les systèmes sociaux.
Il y a vingt ans, quelque dix millions de personnes vivaient avec le VIH. Depuis, la taille de l’épidémie a plus que triplé. Et elle s’accroît encore. Pour deux personnes qui entament un traitement aujourd’hui, cinq autres sont nouvellement infectées. Ainsi, au lieu de raccourcir, les files d’individus qui ont besoin d’une thérapie antirétrovirale deviennent de plus en plus longues. Il y a donc plus que jamais un besoin réel et urgent d’avoir une coalition magnifique et diverse qui soit prête à diriger et à agir de manière concrète sur le sida.
A la fin de cette année, je quitterai l’ONUSIDA. C’est la fin de mon mandat. Mais avant de partir, j’aimerais remercier chacun d’entre vous de votre dur travail et de votre activisme, de votre soutien, et également réaffirmer mon engagement personnel à faire toujours partie de cette superbe coalition. L’épidémie est loin d’être terminée, mais ensemble nous pouvons faire une vraie différence. Nous avons maintenant commencé à sauver des vies, mais nous devons en sauver bien d’autres encore.