Journée mondiale de lutte contre le sida

Message de M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO

Le sida, maladie encore inconnue il y a un quart de siècle, est désormais la quatrième cause de décès dans le monde. Aujourd’hui, environ 40 millions de personnes vivent avec le VIH et, dans toutes les régions du monde, les femmes sont de plus en plus nombreuses parmi les personnes qui viennent d’être infectées. L’Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée par cette épidémie mondiale, avec une espérance de vie réduite de plus de 20 ans dans les pays les plus durement frappés. Et en dépit des efforts notables des gouvernements, de la société civile et des partenaires de développement internationaux, les jeunes de 15 à 25 ans représentent près de la moitié des nouveaux cas d’infection.

Le sida reste une maladie inégalitaire. L’inégalité entre les sexes, due en grande partie au fait que sur les plans économique et social, les femmes sont très défavorisées par rapport aux hommes, aggrave leur vulnérabilité biologique au VIH. L’inégalité sociale, accentuée par la stigmatisation et la discrimination, les préjugés et les violations des droits de l’homme, empêchent les groupes clés notamment les consommateurs de drogues injectables, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes et les professionnels du sexe, d’accéder aux services de prévention, de traitement et de soin mis en place pour lutter contre cette infection. Les jeunes, en raison de leur âge et d’autres obstacles socioculturels, se voient souvent refuser l’accès à l’intégralité des informations et services nécessaires pour prévenir l’infection par le VIH et pour répondre à leurs besoins en matière de traitement, soins et autres formes de soutien. Enfin, les inégalités économiques peuvent entraîner des abus de pouvoir et une augmentation des comportements sexuels à risques, comme c’est le cas pour les personnes qui se prostituent pour obtenir de la nourriture et d’autres biens nécessaires pour elles-mêmes et leurs enfants.

Cette année, la Journée mondiale du sida est consacrée au thème du « leadership ». C’est un thème qui prend en compte la nécessité d’une vision stratégique, d’une action ciblée et durable, de l’autonomisation, de la motivation et de la responsabilisation. Ce thème devrait avoir un sens pour chacun d’entre nous - le leadership étant nécessaire à tous - gouvernements, partenaires de développement, secteur privé, société civile et individus - pour empêcher la propagation du VIH, renforcer la capacité de faire face à l’impact du sida, et surmonter ces inégalités qui ont jusqu’à présent beaucoup freiné notre action.

Alors que nous entamons le deuxième quart de siècle de lutte contre le sida, le leadership va nécessiter une réflexion et des mesures inspirées des principaux enseignements que nous avons tirés de notre expérience au sujet de ce qu’il faut faire. Nous comprenons maintenant qu’il est important de « connaître son épidémie », notamment sa nature, sa dynamique et ses caractéristiques au niveau des pays, pour faire en sorte que les stratégies soient en phase et en adéquation avec les conditions locales. Nous savons que la prévention du VIH est plus efficace lorsqu’elle est mise en oeuvre dans le cadre d’un programme complet qui agit non seulement sur les risques, mais aussi sur les vulnérabilités et qui s’appuie sur les synergies entre prévention, traitement, soin et soutien. Nous savons que nos actions doivent être fondées sur les faits et sur l’efficacité constatée et attestée. Enfin, plus que jamais, nous sommes conscients qu’il ne faut pas relâcher nos efforts, mais au contraire faire preuve sur le long terme d’une détermination sans faille et d’une volonté de fer, en tirant parti des atouts et des contributions de tous nos partenaires.

Ces leçons se reflètent dans l’action de l’UNESCO et dans la version révisée de sa stratégie pour lutter contre le VIH et le sida. La stratégie révisée accorde la priorité aux responsabilités de l’Organisation dans le cadre de la répartition des tâches établies par l'ONUSIDA, y compris en sa qualité d’institution chef de file pour la prévention du VIH chez les jeunes dans les établissements d'enseignement. L’UNESCO est également le chef de file d'EDUSIDA, l'Initiative mondiale sur le VIH/sida et l'éducation de l'ONUSIDA, qui fournit aux États membres un important cadre de partenariat dans lequel ils peuvent avancer en mettant en place des réponses globales du secteur éducatif au VIH et au sida. Par ailleurs, faisant appel à son expertise plurisectorielle, l’UNESCO soutient d’autres organisations coparrainant l’ONUSIDA et s’associe à elles dans les domaines d’intervention où elles sont chefs de file.

Au niveau mondial, une plus grande volonté politique et un leadership renforcé en matière de sida accroissent considérablement la capacité d’action. En juin 2006, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une nouvelle Déclaration politique sur le VIH/sida dans laquelle les dirigeants des pays membres se sont engagés à travailler ensemble à la généralisation de l’accès à des programmes de prévention, de traitement, de soins et de soutien en matière de VIH d’ici à 2010, initiative vigoureusement renforcée par les récentes annonces du G-8.

Le leadership se manifeste également dans le financement accru de la lutte contre le sida, non seulement par les gouvernements et les organisations internationales, mais aussi par de grandes fondations et des institutions philanthropiques. Pourtant, il devient urgent de multiplier considérablement ces ressources si l’on veut atteindre l’objectif de 2010.

Les progrès réalisés jusqu’à aujourd’hui témoignent du leadership à tous les niveaux mais, comme l’a montré l’histoire récente, nous devons continuer à intensifier nos efforts, adapter nos actions aux situations épidémiologiques et sociales concrètes, et mobiliser suffisamment de fonds pour faire face au sida à l’avenir. Je vous exhorte tous à profiter de cette Journée mondiale du sida pour développer votre leadership personnel et professionnel. Je vous promets que l’UNESCO est fermement résolue à tenir son rôle dans la lutte contre le VIH et le sida au niveau mondial.