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Actualité

La Haut-Commissaire aux droits de l’homme se dit choquée par le retrait américain de la Conférence d’examen et appelle les États à se concentrer sur le racisme et non sur la politique

Avril 2009

Mme Pillay regrette profondément la décision des États-Unis et appelle les autres États à poursuivre le combat contre le racisme dans le monde, aussi délicat et difficile soit-il.

Dimanche, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a déclaré regretter profondément la décision des États-Unis de ne pas participer à la Conférence d’examen de Durban, et a exhorté les autres États à maintenir leur engagement envers le projet de document final, qui n’a fait l’objet d’un consensus que vendredi dernier et qui sera soumis à la Conférence pour considération et adoption.

« Je suis choquée et extrêmement déçue par la décision des États-Unis de ne pas assister à une conférence qui vise à combattre le racisme, la xénophobie, la discrimination raciale et d’autres formes d’intolérance partout dans le monde » a déclaré la Haut-Commissaire. « Une poignée d’États ont laissé un ou deux aspects de la question prendre le pas sur tout le reste, et reléguer ainsi au second plan les préoccupations des nombreux groupes qui, partout dans le monde, tant dans les pays en développement que dans les pays industrialisés, subissent au quotidien le racisme et des formes similaires d’intolérance à un point pernicieux et dangereux. Ces enjeux revêtent une portée réellement mondiale et il est essentiel qu’ils soient examinés à ce niveau, aussi délicats et difficiles soient-ils. »

Quand ils ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à la Conférence d’examen de Durban organisée à Genève du 20 au 24 avril, les États-Unis ont néanmoins reconnu et salué les avancées considérables accomplies ces dernières semaines, avec pour point d’orgue le texte révisé de vendredi que tous les États présents à la réunion du Comité préparatoire ont décidé de soumettre à la Conférence pour considération et adoption.

Dans leur déclaration, les États-Unis expliquent que la principale pierre d’achoppement consiste en la réaffirmation, dans le texte actuel, de la Déclaration et du Programme d'Action de Durban, document final qui a fait l’objet d’un consensus au terme de la Conférence mondiale contre le racisme tenue à Durban, en Afrique du Sud, en 2001 – mais réfuté par les États-Unis et Israël, qui avaient quitté la Conférence avant sa conclusion.

« Je pense que cette difficulté aurait pu être surmontée. Il aurait été possible de préciser en note de bas de page que les États-Unis n’ont pas signé le document d’origine et qu’ils ne sont donc pas en mesure de renouveler leur engagement, ce qui est une pratique courante dans les négociations multilatérales et favorise le consensus tout en permettant l’expression d’opinions différentes » a déclaré Mme Pillay. « Nous aurions alors pu aller de l’avant tous ensemble, et laisser les problèmes de 2001 derrière nous. »

Dans leur déclaration, les États-Unis indiquent également qu’ils considèrent comme problématique le passage que le nouveau document consacre à l’incitation à la haine, même si ce concept est déjà bien établi dans le droit international. « Il est inscrit à l’Article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques » a expliqué Mme Pillay. « Ce Pacte est l’un des grands traités sur les droits de l’homme rédigés après la Deuxième Guerre mondiale, et visait à interdire le type d’incitation à la haine utilisé par la propagande nazie dans les années 30 et 40. Ce besoin a cruellement été mis en lumière par le rôle joué par la Radio Mille Collines, d’autres médias et la classe politique dans l’instauration du climat qui a conduit au génocide rwandais, survenu il y a 15 ans mois pour mois. Nous ne devrions pas sous-estimer le pouvoir qu’a l’incitation à la haine d’alimenter la violence, les conflits et même les génocides. Je pense dès lors qu’il est tout à fait pertinent d’en traiter lors d’une conférence contre le racisme et la xénophobie. »

« Certains médias ont expliqué le retrait des États-Unis par le maintien de références à la diffamation de religion et à l’antisémitisme dans le document final, alors qu’il n’en est rien dans le texte adopté la semaine dernière » a précisé Mme Pillay. « En outre, le projet de document final indique clairement que ‘l’Holocauste ne doit jamais être oublié’, et déplore toutes les formes de racisme, dont l’islamophobie et l’antisémitisme. » Et de souligner qu’à cet égard, le texte reflète la Déclaration et le Programme d’Action de Durban de 2001.

« Puisque le Moyen-Orient n’est pas mentionné dans ce document, je ne comprends pas pourquoi la politique liée à cette région continue d’interférer dans le processus » a déploré Mme Pillay.

La Haut-Commissionnaire a salué « la démarche constructive et la flexibilité des États membres qui ont participé activement pendant des semaines à des négociations difficiles, qui ont débouché vendredi sur le document révisé. » Elle constate que des compromis ont été trouvés, et que ceux-ci tiennent compte des souhaits de tous les États qui participent au processus. « La portée du document n’en est pas pour autant moins significative » déclare-t-elle.

« Tous les pays qui ont œuvré à l’adoption de la Déclaration et du Programme d’Action de Durban en 2001 doivent renouveler leur engagement envers leur mise en œuvre en participant pleinement à la Conférence d’examen » a conclu Mme Pillay.