ONU Bienvenue aux Nations Unies. C'est votre monde.
Logo de l'ONULogo du Haut-Commissariat aux droits de l'homme

Déclaration du Secrétaire général de l'ONU

Genève, 20 avril 2009

Excellences,
Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement,
Monsieur le Président du Conseil des droits de l’homme,
Madame la Haut-Commissaire aux droits de l’homme,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur pour moi que d’être aujourd’hui avec vous et de procéder à l’ouverture de la Conférence d’examen de Durban.Il vient un moment, dans le cheminement de l’humanité, où il faut faire preuve de détermination en ce qui concerne les principes fondamentaux qui nous lient.

Il vient un moment où il faut réaffirmer notre attachement aux droits fondamentaux de l’homme, ainsi qu’à la dignité et à la valeur de tous les êtres humains. Un moment où il faut donner tout leur sens aux vertus de la tolérance et du respect de la diversité et, au-delà d’un passé qui nous divise, où il faut regarder vers un avenir qui nous unit.

Mesdames et Messieurs, ce moment est venu.
Ce moment, c’est maintenant.
Je me suis félicité de la perspective de venir à Genève, en entrevoyant une ère nouvelle, un nouveau départ et l’union de toutes les nations.
Je me suis réjoui à l’idée de remercier les nombreuses délégations, ainsi que la présidence du Comité préparatoire, le Facilitateur du Groupe de travail intersessions, le Haut-Commissaire Pillay, et d’autres hauts responsables de l’ONU, pour avoir œuvré sans relâche afin de nous permettre d’atteindre cette étape.
Je tiens à vous en exprimer toute ma reconnaissance.
Et pourtant, ma déception est également profonde.

Mesdames et Messieurs,

En ces temps difficiles, nous affrontons des défis considérables sur bien des fronts.
Au nombre des questions les plus pressantes, figure le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, à savoir la lutte contre le racisme et toutes les formes de discrimination raciale.
Malgré des décennies de plaidoyer, malgré l’action menée par nombre de groupes et de pays, malgré les preuves abondantes des répercussions terribles du racisme, le phénomène perdure.
Aucune société, grande ou petite, riche ou pauvre, n’en est à l’abri.
C’est la raison pour laquelle tous les regards, particulièrement ceux des victimes, sont tournés vers nous aujourd’hui.
Que devront-ils conclure?
Nous rêvons de changer d’orientation, et pourtant, nombreux sont encore ceux, parmi nous, qui s’accrochent au passé.
Nous évoquons une nouvelle unité qu’exige notre époque. Et cependant, nous demeurons faibles, divisés et captifs des pratiques du passé.
Nous parlons de tolérance et de respect mutuel, mais nous pointons des doigts accusateurs et dressons les mêmes réquisitoires qu’il y a des années, sinon des décennies.
Certaines nations qui, de droit, devraient nous aider à tracer la voie vers un avenir meilleur ne sont pas parmi nous.
En dehors de ces murs, des groupes d’intérêts d’obédiences politiques et idéologiques très diverses se répandent en invectives acrimonieuses les uns contre les autres.
Eux aussi devraient se trouver à nos côtés, pour dialoguer.
Nous sommes tous réunis ici aujourd’hui pour accueillir la naissance d’une ère marquée par un nouveau multilatéralisme, un recul des affrontements et une progression du dialogue, une mise en retrait des idéologies et une plus grande communauté de vues.
S’il y eut jamais un moment pour agir, c’est maintenant.
S’il y eut jamais une cause en laquelle nous puissions tous croire, c’est bien celle-ci – une cause véritablement grande et noble, qui lie tous les êtres humains que nous sommes.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Aux termes de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, que nous avons sous les yeux, la communauté internationale s’est engagée à lutter de concert contre le racisme dans toutes ses manifestations.
Le racisme est purement et simplement un déni des droits de l’homme.
Il peut être institutionnalisé, comme l’holocauste nous le rappellera toujours.
Il peut aussi s’exprimer de manière moins formelle, comme c’est le cas pour la haine d’un peuple ou d’un groupe donné : des exemples en sont l’antisémitisme et le phénomène plus récent de l’islamophobie.
Nous observons cette intolérance dans les histoires nationales qui refusent de reconnaître l’identité de certains ou rejettent les revendications légitimes de minorités qui ne partagent peut-être pas « l’histoire officielle ».
Nous l’observons dans des formes nouvelles, telles que la traite des êtres humains, dont les victimes sont souvent des femmes et des enfants de milieux socioéconomiques défavorisés.
Les réfugiés, les demandeurs d’asile, les travailleurs migrants et les immigrants sans papiers sont de plus en plus désignés à l’opprobre, sinon persécutés.
De nouvelles politiques xénophobes gagnent du terrain.
Les nouvelles technologies propagent des propos haineux.

Mesdames et Messieurs,

La discrimination ne disparaît pas d’elle-même. Il faut l’affronter.
Faute d’être combattue, elle peut provoquer des troubles sociaux et la violence.
Nous devons faire preuve d’une vigilance particulière en ces temps de troubles économiques.
Je crains que la crise économique actuelle, si elle n’est correctement gérée, n’évolue vers une crise politique à grande échelle marquée par l’agitation sociale, la fragilisation des États et l’exaspération de populations qui auront perdu foi en leurs dirigeants et en leur propre avenir.
Dans ces circonstances, les répercussions qui se feraient sentir dans des communautés déjà victimes de préjugés ou de l’exclusion pourraient être particulièrement redoutables.
C’est la raison pour laquelle j’ai mobilisé l’Organisation des Nations Unies autour des différentes crises auxquelles nous devons faire face.
J’ai lancé un appel aux États Membres afin qu’ils s’attachent davantage à lutter contre la pauvreté et à faire progresser la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.
Les liens entre la pauvreté, le sous-développement et la discrimination sont évidents.
Cette conférence d’examen nous donne l’occasion de renforcer notre détermination et de recentrer notre action commune.
Je juge encourageant le fait que le Comité préparatoire soit parvenu à un accord et j’adresse mes félicitations à toutes les délégations pour la souplesse dont elles ont fait preuve et les efforts qu’elles ont déployés pour trouver un terrain d’entente en dépit de difficultés considérables.
Le document dont vous êtes saisi est soigneusement équilibré.
Il s’attaque à des questions essentielles.
Il jette les bases d’une action concrète qui s’inscrit dans le cadre d’une campagne mondiale visant à rendre justice aux victimes du racisme un peu partout dans le monde.
Je regrette vivement que certains aient choisi de se tenir à l’écart.
J’espère qu’ils reviendront bientôt sur cette décision.
À l’instar notamment de Theodore Roosevelt, je me suis toujours senti proche et solidaire des hommes et des femmes qui, sur le terrain, luttent avec courage et détermination pour faire triompher leur cause.
Il est sans doute plus facile de critiquer de loin ces efforts, mais cette attitude ne fait pas progresser la cause universelle.

Mesdames et messieurs,

Nous avons besoin de vous.
La Déclaration universelle des droits de l’homme affirme que tous les êtres humains sont créés égaux, naissent libres et jouissent de droits fondamentaux inaliénables.
Tous ceux qui sont présents ici sont signataires de cette déclaration et sont tenus de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour en défendre les principes qui, je tiens à le répéter, sont aujourd’hui en jeu.
Certes, nous avons fait bien du chemin depuis que nous avons entrepris d’aboutir à un texte consensuel qui puisse être interprété de la même façon par tous les États et auquel ceux-ci puissent adhérer d’un commun accord.
Certes, il est regrettable que pour certains, nous n’ayons pas été à la hauteur des attentes.
Néanmoins, il nous faut surmonter ces divergences qui perdurent.
En conséquence, j’engage tous les pays à voir dans la présente phase le début et non pas la fin d’un processus.
Les vues des pays qui ne participent pas ne pourront être ni entendues ni prises en considération.
Le long combat qu’a engagé l’humanité à la faveur de notre campagne de lutte contre le racisme a toujours été ardu. Comment avons-nous pu penser qu’il deviendrait plus facile à mesure que nous irions de l’avant?
Nous devons nous appuyer sur les progrès déjà accomplis et surmonter les divisions qui nous empêchent de progresser.
Il nous faut prendre conscience des différences qui existent entre les désaccords de bonne foi et la simple discorde, ou, pire encore, l’obstructionnisme pur et simple.
Montrons l’exemple en sachant qu’il en va de nos réputations.

Mesdames et messieurs,

Si la tolérance et le respect de la diversité sont des principes que nous visons à promouvoir, n’aurait-on pas intérêt à commencer dès aujourd’hui à les mettre en pratique, à mesure que nous œuvrons à leur promotion?
Nous pouvons et nous devons saisir l’occasion unique qui nous est ainsi offerte.
Dans cet esprit, je vous souhaite plein succès dans vos travaux.

Mesdames et messieurs, je vous remercie.

Haut de page