Le modèle chinois de réussite économique

Le modèle chinois de réussite économique (Christopher Herwig)

« Il s’ensuit que le succès de la Chine à rattraper son retard de développement économique, s’il se poursuit, deviendra un événement décisif pour l’économie mondiale non seulement en raison de la taille du pays, mais aussi parce que pour la première fois dans l’histoire, la réussite du développement économique à grande échelle sera basée sur un modèle autochtone et non sur un modèle économique de type occidental », a déclaréle Dr Vladimir Popov hier lors d’un événement du DAES de l’ONU.

Le Séminaire sur les politiques de développement  intitulé « Pourquoi l’Occident s’est enrichi avant la Chine et Pourquoi la Chine a commencé à rattraper son retard sur l’Occident à partir de 1949 », a été organisé par la Division de l’analyse des politiques de développement et présidé par son directeur M. Rob Vos. Le séminaire a offert une interprétation non-technique des notions de « Grande divergence » et de « Grande convergence ».

Après avoir examiné les interprétations existantes dans la littérature, le Dr Popov a proposé différentes interprétations. Les pays occidentaux sont sortis du  piège Malthusien en détruisant les institutions traditionnelles, ceci a conduit à l’augmentation des inégalités de revenu et même une réduction de l’espérance de vie, mais la destruction des institutions institutions traditionnelles a aussi permis une redistribution du revenu en faveur de l’épargne et de l’investissement, ceci au détriment de la consommation, ce qui a accélérér la croissance économique.

Lorsque le même modèle a été imposé sur certains pays en développement comme l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique Latine et l’ancienne Union Soviétique, il s’en est suivi la destruction des institutions traditionnelles, l’augmentation de l’inégalité des revenus, et l’aggravation du retard de développement initial en raison de l’affaiblissement de la capacité des institutions étatiques.

D’autres pays en développement (Asie de l’Est, Asie du Sud, Moyen-Orient et Afrique du Nord) qui ont été moins affectés par le colonialisme et qui ont réussi à conserver les institutions traditionnelles à la fin du XXe siècle se sont retrouvés dans une meilleure position de départ pour la croissance économique moderne. Les progrès techniques, lents qu’ils soient, leur a finalement permis de trouver une autre échappatoire au piège Malthusien-une augmentation du revenu qui a permis à la part de l’investissement dans le PIB d’augmenter sans une augmentation importante des inégalités de revenu ou une réduction de l’espérance de vie, et sans détérioration de la qualité des institutions de l’Etat.

Pourquoi la libéralisation économique a-t-elle eu du succès en Europe centrale (depuis la fin des années 1980) mais a échoué dans d’autres régionstelles que l’Afrique Subsaharienne(ASS), l’Amérique latine (AL), et l’ex-Union soviétique (EUS)? La réponse d’après l’interprétation donnée, serait qu’en Europe Centrale l’ingrédient manquant était la libéralisation économique, alors qu’en ASS et en AL, il y avait un manque de capacité de l’État, et non pas un manque de libéralisation des marchés. Pourquoi la libéralisation a-t-elle réussi en Chine (à partir de 1979) et en Europe Centrale mais  pas dans l’EUS? C’est parce que dans l’EUS, elle s’est effectuée de manière à porter atteinte à la capacité de l’Etat - le précieux héritage du passé socialiste - alors qu’en Europe Centrale et plus encore en Chine, la capacité de l’Etat n’a pas diminué de manière substantielle pendant la transition.

La Chine ne s’est jamais véritablement départie des institutions collectivistes qui permettaient de maintenir de faibles revenus et une inégalité des richesses; la brève tentative d’occidentalisation (années 1840-1949) a échoué. D’autre part, les pays qui volontairement et involontairement (colonialisme) ont transplanté les institutions occidentales et reproduit l’échappatoire occidentale au piège Malthusien, ont fini par avoir des inégalités de revenu élevées et une carence évidente en capacité institutionnelle.

« Si cette interprétation est exacte, les prochaines grandes régions qui rattraperaient leur retard de développement avec succès seraient la région des pays islamiques du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Turquie, Iran,Egypte, etc.) ainsi que l’Asie Australe (Inde), tandis que l’Amérique Latine, l’AfriqueSub-saharienne et la Russie seraient en retard », a conclu le Dr Popov.

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