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Vendredi 18 décembre / Samedi 19 décembre
L’Accord de Copenhague : un début
Après deux années de négociations intensives et la participation entière des dirigeants des pays du monde entier, l’Accord de Copenhague marque une nette rupture avec la situation d’impasse politique qui avait, des années durant, empêché toute action mondiale contre le changement climatique. Malgré des négociations préalables parfois houleuses, les répercussions de cet Accord sont considérables.
Pendant des années, chacun campait sur ses positions, situation qui semblait, pendant la plus grande partie de la Conférence, devoir durer. Les pays en développement attachaient beaucoup d’importance à la continuation du Protocole de Kyoto, qui fait obligation aux pays développés de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais les Etats-Unis n’avaient jamais ratifié le Protocole. Par conséquent, les deux plus grands producteurs de gaz à effet de serre, la Chine et les Etats-Unis, n’avaient aucune obligation juridique de réduire leurs émissions.
Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que l’Accord de Copenhague « constituait un grand pas en avant pour les négociations du premier accord véritablement mondial qui limitera et réduira les émissions de gaz à effet de serre, financera les mesures d’adaptation des plus vulnérables et marquera le début d’une nouvelle ère de croissance verte ».
Au lieu d’être tenus de prendre certaines mesures, les pays s’engagent, par l’Accord de Copenhague, à atteindre des objectifs qu’ils auront fixés. À de nombreux égards, l’Accord est parvenu à concilier les divergences auxquelles s’étaient heurtées pendant très longtemps les négociateurs. Pour la première fois, les pays ont convenu de limiter à 2 ºC la hausse des températures dans le monde. Ils se sont engagés à financer la prévention de la déforestation et de la dégradation des forêts et à soutenir les mesures d’adaptation en octroyant davantage de financements – 30 milliards de dollars pour la mise en œuvre immédiate de projets dans les trois ans à venir et 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020. Ces financements seraient gérés par un nouveau fonds établi à Copenhague, le Fonds climatique vert.
Nombre de pays en développement, y compris le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud, ont adopté de nouvelles stratégies climatiques assorties de projets de réduction des émissions et l’Accord permettrait de consigner ces efforts.
C’est la présence à la Conférence de chefs d’État ou de gouvernement – près de 120 – qui a contribué à modifier la teneur des négociations sur le climat et ce sont eux également qui ont élaboré l’Accord. Du Président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva au Premier Ministre chinois Wen Jiabao et au Président américain Barack Obama, toutes les grandes économies étaient représentées au plus haut niveau.
Alors que la plupart des pays étaient favorables à l’adoption de l’Accord, plusieurs pays, dont Cuba, le Nicaragua, le Soudan et le Venezuela, s’y sont opposés. Et puisque la Conférence fonctionne par consensus, il a fallu trouver une solution qui permette à la Conférence de « prendre note » de l’Accord.
Cette conférence de deux semaines a suscité un intérêt sans précédent. Plus de 45 000 personnes, membres pour la plupart d’ONG, se sont inscrites alors que le centre de la conférence ne pouvait en accueillir que 15 000 à la fois. Trois mille cinq cents journalistes étaient présents et des interviews avaient lieu en permanence.
Mais la Conférence n’a en fin de compte pas donné les résultats qu’attendait la plupart des militants – soit un accord juridiquement contraignant, soit de nouveaux engagements clairement définis. Des porte-parole d’ONG, par exemple Kumi Naidoo de Greenpeace, ont qualifié l’Accord de « non-accord ».
À Copenhague, les différents camps ont affiché leurs prises de position habituelles. Les Etats-Unis ont affirmé que tant que la Chine ne serait pas soumise à de véritables obligations, il n’y aurait aucun moyen de parvenir à des réductions concrètes d’émissions qui limiteraient la hausse de la température. La Chine a, quant à elle, expliqué que bien qu’elle fasse de sa propre initiative beaucoup d’efforts pour limiter ses émissions, il serait abusif de lui imposer des obligations juridiquement contraignantes car elle devait par ailleurs développer son économie afin de faire sortir de la pauvreté 150 millions de personnes. L’Union européenne a proposé les réductions d’émissions les plus ambitieuses mais a ajouté que si les Etats-Unis et la Chine ne faisaient pas davantage d’efforts, il n’y avait aucune raison qu’elle intensifie son action.
Les pays en développement ont adopté différentes positions. Le Groupe des 77 et la Chine, représentés par le Soudan, ont refusé tout compromis en exigeant des pays industrialisés des mesures radicales et des financements importants. Les petits États insulaires, qui subissent directement les effets du changement climatique, voulaient que la communauté internationale prenne des mesures immédiates en vue de limiter à 1,5 degré Celsius au XXIe siècle la hausse de la température mondiale. Et les pays les moins avancés ont demandé davantage de financements qui les aident à s’adapter au changement climatique et à s’orienter vers un développement plus vert.
Depuis leur lancement à Bali, les négociations avançaient au ralenti. À mesure que la fin de la conférence se rapprochait, il n’était pas du tout certain qu’un compromis soit accepté. Le Président des Maldives, Mohamed Nasheed, l’un des pays les plus touchés par le changement climatique, a privilégié le pragmatisme au lieu de s’accrocher à ses principes. Craignant que les négociations de la CCNUCC connaissent le même sort que les pourparlers de l’OMS, il a déclaré que ces négociations « ne conduisaient à aucune conclusion fructueuse ». Tout en notant que l’Accord « n’était pas ce qui était escompté », il a affirmé que cet Accord définissait des paramètres et permettait aux négociations de se poursuivre en vue de l’adoption d’un accord juridiquement contraignant. « Je supplie tous les pays d’apporter leur soutien à ce document et de ne pas laisser échouer ces négociations », a-t-il lancé.

