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Afrique Renouveau, Vol. 19 #1 (Avril 2005), page 8
Le nombre de personnes traitées aux antirétroviraux augmente rapidement Par Michael Fleshman Lorsqu’un journaliste a rencontré pour la première fois Bongani, âgé de sept ans, dans un bidonville misérable des environs de Johannesburg, en 2003, l’enfant était en train de mourir. Il était trop faible pour aller à l’école, chétif et épuisé par la diarrhée. Il était manifestement, comme ses parents décédés, porteur du virus de l’immunodéficience humaine qui provoque le sida. Il était tout aussi évident qu’il serait bientôt enterré dans une tombe minuscule à côté des siens, comme quelque 370 000 Sud-Africains morts de la maladie cette année-là. Mais quand le journaliste, Martin Plaut de la BBC, est revenu l’année suivante, il a trouvé Bongani en bonne santé, souriant, absorbé par ses devoirs d’écolier. “La transformation est remarquable”, a-t-il écrit en décembre.
Un couple reçoit un traitement antirétroviral au Cap, Afrique du Sud.
Photo: © iAfrika Photos / Eric Miller Cette transformation, et la survie de Bongani et d’un nombre croissant de personnes qui vivent avec le VIH et le sida en Afrique, s’explique par l’accès aux médicaments antirétroviraux qui attaquent le virus et contribuent ainsi à réduire sensiblement le nombre de décès provoqués par le sida. Pendant des années, leur coût prohibitif avait considérablement freiné leur usage en Afrique. Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a estimé qu’en 2002, seuls 50 000 Africains environ avaient pu en bénéficier, sur les quatre millions qui en avaient besoin. Mais avec la baisse du coût de ces médicaments, à la suite des appels lancés pour en généraliser l’accès et de la concurrence des versions génériques de médicaments brevetés, les dimensions politiques et économiques du traitement anti-sida ont finalement évolué. En décembre 2003, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé le lancement d’une campagne sans précédent visant à administrer un traitement antirétroviral avant la fin de 2005 à trois millions de personnes vivant avec le VIH/sida dans les pays en développement : la Campagne “3x5”. Deux mois plus tard, les Etats-Unis lançaient leur propre programme ambitieux : le plan d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR) du Président américain, une initiative sur cinq ans, dotée d’une quinzaine de milliards de dollars, visant à offrir des antirétroviraux à deux millions de personnes et à prévenir sept millions de nouveaux cas d’infection d’ici à 2008 dans 15 pays, dont 12 en Afrique. Un objectif “irréaliste” mais
proche Ces résultats semblent par ailleurs démentir les prévisions selon lesquelles les programmes de traitement seraient impossibles à coordonner avec des fonds multilatéraux et bilatéraux et ne feraient qu’alourdir les systèmes de santé déjà trop sollicités des pays les plus touchés. L’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Inde comptent plus de 40 % du nombre total de personnes ayant encore besoin de traitements antirétroviraux, et les experts estiment qu’un effort particulier dans ces trois pays entraînerait en peu de temps des progrès considérables en matière d’accès au traitement.
A l’occasion d’une conférence de presse qui s’est tenue au Forum économique mondial de Davos le 26 janvier, le Directeur général de l’OMS, le Dr. Lee-Jong-wook, a souligné que cette réussite était surtout attribuable aux efforts des pays en développement. “Nous saluons les pays qui nous prouvent qu’il est possible de dispenser et de généraliser ce traitement, même dans les conditions les plus défavorables”, a-t-il dit, avant d’ajouter que “l’accès au traitement anti-sida progresse tous les jours grâce au travail dévoué des médecins, des infirmières, des agents sanitaires et des personnes qui vivent avec le VIH et le sida, qui oeuvrent souvent dans des conditions difficiles pour faire du rêve d’un traitement universel une réalité”. Les représentants de l’OMS affirment qu’au rythme actuel les objectifs fixés par la Campagne “3x5” pourraient être atteints. Ce constat optimiste est cependant tempéré par les deux milliards de dollars qui manquent pour atteindre l’objectif : soigner trois millions de personnes aux antirétroviraux d’ici la fin de l’année. Cette somme fait partie des six milliards de dollars supplémentaires qu’il faut mobiliser, selon l’ONUSIDA, pour financer l’intégralité des programmes anti-VIH/sida dans les régions en développement. La campagne en faveur du traitement antirétroviral est freinée dans de nombreux pays par une grave pénurie d’équipement et de personnel médical qualifié et par des controverses permanentes autour des prix et des brevets des médicaments. “Si ces questions et d’autres aussi pressantes ne sont pas réglées rapidement, de nombreuses personnes qui vivent avec le VIH/sida dans les pays en développement n’auront jamais accès aux traitements permettant de survivre ou risquent de ne pas survivre bien longtemps après le début du traitement”, affirme l’association non gouvernementale Médecins sans frontières (MSF). Cette association et d’autres groupes de lutte contre le sida soulignent aussi que les 700 000 personnes actuellement traitées aux antirétroviraux ne représentent que 12 % environ des six millions de personnes des pays en développement qui en ont besoin. L’épidémie faisant 8 000 victimes par jour et plus de cinq millions de nouveaux cas d’infection ayant été enregistrés l’an dernier seulement, MSF estime que “les perspectives globales sont sombres… et que l’OMS… et d’autres institutions devraient tirer la sonnette d’alarme”. “Une formidable détermination” Au Botswana, deuxième pays au monde pour les taux d’infection au VIH, 50 % des malades bénéficient de traitements antirétroviraux, principalement grâce à la décision sans précédent prise en 2002 par les autorités de fournir gratuitement des antirétroviraux dans le cadre du système de santé public. Au Botswana, deuxième pays au monde pour son taux d'infection au VIH, environ 50 % des personnes qui en ont besoin suivent un traitement antirétroviral. L’Ouganda, dont la campagne de prévention anti-sida est d’ores et déjà considérée comme un modèle d’efficacité, fournit à présent un traitement antirétroviral à 40 % des quelque 114 000 personnes qui en ont besoin. Au Cameroun, selon l’OMS, la volonté politique des dirigeants, assortie d’une aide financière accrue et d’une baisse sensible des prix des médicaments, a permis à quelque 12 000 personnes de suivre ce type de traitement. Les autorités ont l’intention de tripler ce chiffre d’ici à la fin 2005. Globalement, estime l’OMS dans son rapport de décembre 2004 sur la Campagne 3x5, les antirétroviraux sont à présent disponibles dans plus de 700 endroits de la région. L’étude indique que les patients africains sont autant, sinon plus, enclins que ceux des pays développés à respecter la stricte posologie quotidienne. Cette observation a surpris les critiques qui prétendaient que le manque de discipline des patients du continent accélérerait l’apparition de souches virales résistantes aux médicaments. L’OMS indique par ailleurs qu’hommes et femmes bénéficient quasiment du même accès aux antirétroviraux dans le cadre des nouveaux programmes anti-sida en Afrique. Cela signifie que les femmes, qui représentent environ 57 % de la population séropositive du continent, sont sous-représentées dans certains pays ; ces statistiques ont toutefois apaisé, du moins pour le moment, les craintes de voir les femmes exclues des programmes de soins anti-sida au niveau national. Les succès des premiers stades de la campagne en faveur du traitement antirétroviral s’expliquent par la convergence d’un certain nombre de facteurs, comme l’allocation de nouvelles ressources par le Fonds mondial et le Gouvernement américain, l’assistance technique et le dynamisme de la Campagne 3x5 de l’OMS et le nouveau sentiment d’urgence de certains gouvernements et de la société civile du continent, estime Stephen Lewis, Envoyé spécial de l’ONU pour le VIH /sida. Ancien diplomate canadien connu pour ses critiques des mesures prises par les donateurs et les gouvernements africains face à la pandémie, M. Lewis a déclaré à Afrique Renouveau qu’au cours des derniers mois “il y a eu un énorme changement en mieux” parmi les dirigeants et responsables sanitaires du continent : “C’est le jour et la nuit. Il y a une formidable détermination à atteindre les objectifs de la Campagne 3x5.” La raison de ce changement brutal, précise-t-il, est que la présence du VIH/sida dans les pays les plus touchés ne peut plus être ignorée. Pour certains responsables politiques, “il y a la crainte de voir leur pays se désintégrer, l’impression que tous les indicateurs économiques reculaient, depuis l’espérance de vie aux niveaux de pauvreté, en passant par les taux de mortalité infantile et maternelle, ajoute-t-il. Cela a fait dire aux dirigeants : Mon Dieu, il nous faut enrayer cette tendance”. Dans les régions les plus touchées, “l’omniprésence de la mort est presque incroyable. Ces pays sont engagés dans une lutte sans merci, et tout le monde en est maintenant conscient”. Développer une infrastructure Un autre problème, selon une récente étude de l’OMS et d’autres organisations sanitaires internationales, est “l’exode inéluctable” de professionnels de la santé africains vers des emplois mieux rémunérés à l’étranger. L’étude souligne qu’il y a plus de médecins malawiens qui exercent leur métier dans la ville britannique de Manchester qu’au Malawi, alors que la Zambie, l’un des pays les plus touchés par le VIH dans le monde, a perdu 550 des 600 médecins formés depuis l’indépendance pour cause de départ à l’étranger. Les appels en faveur de l'expansion du traitement anti-sida ont contribué à accélérer le lancement de programmes de thérapie antirétrovirale.
Toutefois, la remise sur pied des systèmes de santé rudimentaires de l’Afrique prendra du temps, alors que, pour des millions de personnes en phase terminale de sida, le temps est compté. “De l’avis quasi général, le plus grand défi a trait à l’infrastructure”, déclare le Dr. Mark Dybul, coordinateur adjoint du programme américain anti-sida dans le monde et responsable médical du Programme PEPFAR. Le programme américain, le Fonds mondial et l’OMS s’efforcent donc “d’aider les nouveaux patients en traitement, tout en créant une nouvelle infrastructure. Car il serait faux d’affirmer à mon avis que tous les [nouveaux] traitements ont été dispensés dans le cadre d’infrastructures existantes”. Une petite clinique financée par le PEPFAR en Namibie, explique-t-il, avait les ressources suffisantes pour soigner plusieurs centaines de malades. “Désormais, l’établissement peut traiter jusqu’à 2 000 patients. Ils peuvent à présent retirer des malades des listes d’attente pour les soigner, parce qu’ils ont construit de nouvelles installations pour répondre aux nouveaux besoins.” L’appui financier, l’aide technique, les médicaments et l’équipement peuvent venir de l’extérieur, explique le Dr. Dybul à Afrique Renouveau, mais pour que le programme se développe, il faudra disposer de moyens à l’intérieur des pays. “A commencer par la formulation d’une stratégie nationale des gouvernements et des sociétés civiles des pays touchés. Nous les aiderons dans cette voie…Nous devons [tous] faire plus, et on n’y est pas encore… mais le développement de l’infrastructure a été spectaculaire l’an dernier.” Le programme américain à lui seul a permis de soigner quelque 155 000 personnes de plus en huit mois à peine dans les 15 pays bénéficiaires : le Botswana, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Kenya, le Mozambique, la Namibie, le Nigéria, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie, la Zambie, Haïti, le Guyana et le Vietnam. De l’avis du Dr. Dybul, le programme devrait atteindre le seuil des 500 000 patients d’ici à juin 2006. “Je crois qu’il y a de nombreuses idées fausses sur les antirétroviraux”, dit le Dr. Dybul. “Ce qui coûte cher dans le traitement, ce ne sont pas les médicaments… mais les frais relatifs à l’encadrement et à la formation du personnel, ainsi que l’équipement de laboratoire et son fonctionnement.” Le Dr. Dybul estime que sur les 1 500 à 2 500 dollars par an et par personne que coûte le traitement antirétroviral en Afrique, les médicaments ne représentent que 300 à 600 dollars. “Le débat autour du coût des médicaments n’est à notre avis qu’un leurre, dit-il. Ce n’est pas le véritable problème.” Polémiques sur les brevets et coûts Pendant plus de 10 ans après la mise au point des premiers antirétroviraux à la fin des années 1980, leur coût élevé et la complexité de leur posologie ont mis ces médicaments qui prolongent la vie hors de la portée de la plupart des gens, à l’exception d’une infime minorité très riche ou très chanceuse des pays pauvres. A 10 000, voire 15 000 dollars par an, le traitement antirétroviral était simplement inabordable. Les efforts déployés par l’ONUSIDA pour négocier des réductions de prix pour les pays en développement ont eu un succès limité et les principaux laboratoires pharmaceutiques du Nord ont globalement refusé d’autoriser des versions génériques à bas prix de leurs produits brevetés. En 2001, toutefois, la société pharmaceutique indienne Cipla a lancé un médicament générique novateur qui réunissait trois des substances antirétrovirales les plus efficaces en une seule pilule, connue sous le nom de comprimé à triple dose fixe. Non seulement il était plus facile à administrer que ses concurrents brevetés – deux pilules par jour au lieu de six ou plus pour certains remèdes brevetés – mais il a été proposé dès le départ pour la somme inouïe de 350 dollars par an. A l’issue d’une enquête de deux ans menée par le programme OMS de préqualification des médicaments, le comprimé a été certifié sûr et analogue sur le plan médical aux originaux brevetés, jouissant ainsi d’une large popularité. Avec un prix aujourd’hui réduit à 140 dollars par an, le comprimé s’est avéré être l’élément central de la campagne 3x5 et a permis de généraliser les traitements antirétroviraux.
Fabrication de médicaments génériques anti-sida en Afrique du Sud. Les règles commerciales entraveront-elles cette production ?
Photo: ©AP Photo / John McConnico Le PEPFAR exige cependant que ses clients n’utilisent
que des médicaments certifiés par la Food and Drug Administration
(FDA), chargée de veiller à l’innocuité des
médicaments commercialisés aux Etats-Unis. Cela signifie
en pratique que le programme ne s’approvisionne qu’en produits
brevetés, surtout auprès de fournisseurs américains.
Les représentants de PEPFAR soutiennent que cette politique est
nécessaire pour assurer l’innocuité et la qualité
des médicaments et soulignent qu’un certain nombre de produits
antirétroviraux génériques avaient été
retirés de la liste pré-approuvée de l’OMS
en raison de certains problèmes liés aux procédures
de validation. Ils précisent par ailleurs que les fabricants étrangers
d’antirétroviraux génériques sont encouragés
à soumettre leurs produits à la FDA dans le cadre d’une
procédure spéciale d’évaluation accélérée. Fin janvier, la FDA a approuvé le premier produit générique antirétroviral, un composé de deux comprimés administrés deux fois par jour. Par ailleurs, les demandes d’homologation d’autres génériques, dont le comprimé à triple dose fixe, sont à l’étude. Les partisans du traitement antirétroviral saluent cette évolution, mais font valoir que le refus des Etats-Unis d’adopter le comprimé à triple dose qui a leur préférence contraint les pays participants à recourir à des circuits d’approvisionnement et des systèmes de traitement disparates, compliquant ainsi l’expansion des soins. Règles commerciales contraignantes La génération actuelle de médicaments antirétroviraux expérimentaux échappe à la nouvelle réglementation sur les brevets, note Brook Baker, Professeur à l’Université Northeastern (Etats-Unis) et membre d’une association de promotion des traitements, Health Gap. “Le problème viendra de la prochaine génération d’antirétroviraux en cours de développement, car l’Accord TRIPS empêchera la concurrence des génériques qui avait abouti à la baisse des prix par le passé”, prévoit-il. En août 2003, le Conseil TRIPS de l’OMS, instamment prié, notamment par les pays africains, de créer une dérogation aux nouvelles règles pour cause de santé publique, a conclu un accord visant à autoriser l’exportation de médicaments génériques en cas d’urgence de santé publique. Toutefois la dérogation est limitée et le processus complexe. A ce jour, aucun pays n’a tenté d’y avoir recours. M. Baker note par ailleurs que les négociateurs américains cherchent à obtenir, lors des pourparlers commerciaux régionaux et bilatéraux, une protection des brevets plus importante que ne le prévoient les dispositions de l’OMC. Ces accords “TRIPS plus”, notait l’an dernier Richard Feacham, Directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, ont pour conséquence “soit de faire monter les prix [des médicaments], soit de prévenir leur baisse”, réduisant ainsi davantage l’offre de médicaments abordables. Le Canada a récemment modifié sa réglementation en matière de brevets pour permettre au secteur pharmaceutique d’avoir recours à la dérogation de l’OMC, mais, selon Richard Elliot, Directeur de la recherche juridique et des politiques du Réseau juridique canadien VIH/sida et membre du Conseil ministériel sur le sida, les dispositions de ces lois sont également complexes et restrictives. A ce jour, a-t-il déclaré à Afrique Renouveau, aucune société canadienne n’a sollicité une licence d’exportation dans le cadre de la nouvelle loi. Peu de ressources, beaucoup de besoins Pourtant même ce chiffre impressionnant ne représente, rappelle M. Lewis de l’ONU, que la moitié des 12 milliards de dollars qui sont nécessaires cette année, de l’avis de l’ONUSIDA, à l’expansion des programmes de traitement et aux besoins d’éducation, de prévention, de conseils et de recherche. Le Fonds mondial à lui seul a besoin cette année d’un milliard de dollars, précise-t-il. “Il manque 60 millions de dollars à l’OMS pour un dernier effort décisif dans la Campagne 3x5. Je ne comprends pas l’attitude des pays occidentaux qui augmentent leurs contributions au compte-gouttes, car, pendant ce temps, le nombre de victimes est effarant.” L’ONUSIDA estime que d’ici à 2007, 20 milliards de dollars seront nécessaires à la lutte contre le sida. M. Lewis invite les gouvernements des pays riches à annoncer de nouveaux engagements substantiels à l’occasion de la prochaine réunion du Groupe des Huit. “On a plus d’argent maintenant, mais dans quelques années nous en serons à nouveau à nous battre pour quelques dollars. Les coûts des futurs médicaments sont très, très élevés. Il faudra les négocier à la baisse et trouver le moyen de produire des génériques.” “Partout, il y a des difficultés”, reconnaît-il. “Mais il y a aussi un élan irrésistible. J’en vois des manifestations partout en Afrique. La volonté de réussir est formidable.” [ retour au volume 19 #1 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ]
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