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'Les habits neufs de l'empereur'
Le Ministre néerlandais
de la coopération pour le développement, Eveline
Herfkens, a parlé avec force à la conférence,
et à Afrique Relance.
Photo: Nii
K. Bentsi-Enchill
Des relations entre donateurs et bénéficiaires -- L'une de nos érreurs nous donateurs est de n'avoir pas permis aux pays en développemnt de mener leur propre développement. Nous faisons une micro-gestion de l'aide en imposant nos propres priorités. J'espère que nous pourrons développer un partenariat en vue de soutenir le budget des pays concernés, de sorte que les gouvernements suivent leurs propres priorités. Cela ne peut se faire que grâce à un consensus sur la qualité des politiques, la qualité de la gouvernance, et dans un cadre financier, de façon que je puisse convaincre mon parlement que le chèque que je remets au ministre de la santé ne se retrouvera pas entre les mains du ministre de la défense.
De la conditionnalité -- J'ai réduit le nombre de pays avec lesquels nous avons des programmes de 78 à 20. Il importe de concentrer les ressources concessionnelles rares sur les pays vraiment pauvres qui appliquent de bonnes politiques macroéconomiques et sociales et pratiquent la bonne gouvernance. Je pense aussi qu'il est bon d'introduire la concurrence. Je pense qu'il est bon que les pays africains sachent que les ressources concessionnelles sont rares et qu'il faut se les disputer.
On a la conditionnalité ex ante en choisissant un nombre limité de pays avec lesquels on s'entend sur ce qu'est le développement et quelles devraient être les priorités. Ce n'est pas [ma propre] liste paternaliste de conditions. Chaque gouvernement du monde a apposé sa signature au bas des 10 points [du Sommet social] de Copenhague. Les pays en développement qui sont soucieux de mettre en oeuvre le consensus international concernant la réduction de la pauvreté sont des partenaires avec lesquels je peux travailler.
Je suis favorable à un certain degré de conditionnalité. L'argent emprunté pendant toute la crise de la dette n'a jamais profité aux pauvres, qui sont les premiers à souffrir, qui doivent tirer parti de l'allégement de la dette. [Or], tous les pays bénificiaires de l'initiative PPTE n'ont pas un gouvernement qui me fait croire que les pauvres en bénéficieront. Il faut donc une forme de conditionnalité pour que les fonds reçus au titre de l'allégement de la dette soient consacrés à la santé et à l'éducation. Les contribuables de mon pays ne sont pas disposés à transférer des fonds qui seront ensuite déposés dans des comptes bancaires en Suisse. J'ai été très impressionnée par le document de la CEA sur la fuite des capitaux, qui indique clairement que l'Afrique enregistre le taux le plus élevé de fuite de capitaux du monde. Comment donc voulez-vous que les contribuables néerlandais aient confiance en l'Afrique si vos propres concitoyens n'ont pas cette confiance?
La meilleure conditionnalité est constituée par les conditions propres au gouvernement concerné. Au Mozambique par exemple, le gouvernement s'est vraiment engagé à lutter contre la pauvreté. C'est le type de gouvernement que je veux appuyer. Et Dieu merci, il y en a d'autres en Afrique. Ils méritent d'avoir de l'argent, et je veux me concentrer sur ces gouvernements qui méritent d'avoir de l'argent. Je suis très préoccupée par le fait que le nombre des partisans de l'aide va décroissant. Le temps où l'argument de la justice persuadait les gens de consacrer des ressources à l'aide est révolu. Il est vraiment important de montrer des résultats.
De l'initiative PPTE -- J'étais à la Banque mondiale quand cette initiative a été lancée. Les Pays-Bas, dès le départ, étaient en faveur d'un allégement plus rapide, plus large et plus poussé. Le problème a toujours été de savoir qui payait pour la dette multilatérale. J'ai été toujours fermement opposée à un recours au système multilatéral pour financer l'initiative d'une manière qui en fait amène les autres pays en développement à payer pour l'allégement de la dette. Je trouve très intéressant que la G-7 soit finalement parvenu à la conclusion que l'initiative PPTE n'est pas assez bonne. Elle ne l'est pas. A l'heure actuelle, l'initiative PPTE n'a pas les financements voulus. Je leur ai donc dit de mettre la main à la poche. J'ai dit au Comité du développement à Washington [à la fin d'avril] qu'il est temps que l'Empereur fasse des emplettes. Ces discours participent des relations publiques mais personnes ne bénéficiera d'un allégement de la dette tant que les yen, les dollars, les deutchmarks, les livres et les francs français ne seront pas sur la table. Je félicite la coalition Jubilee 2000 d'avoir effectivement fait connaître la question de la dette et d'avoir maintenu l'élan à l'approche du sommet de Cologne.
De l'assistance technique et des experts étrangers -- Je suis contre l'assistance technique sous la forme consentie depuis 30 ans car elle participe plus d'une politique d'emploi [pour les "experts donateurs'] que d'une aide véritable aux pays en développement. Je crains que le "renforcement des capacités" ne soit une nouvelle appelation de la bonne vieille assistance technique. Il y a des endroits où des "experts" traînent depuis 15 ans et où des étrangers travaillent dans des ministères sans homologues. C'est tout à fait inutile ; c'est une reprise en mains par les étrangers. Je vais donc consentir une assistance technique qui soit vraiment induite par la demande, au titre de laquelle le pays lui-même peut expliquer ce dont il a besoin, à quelle fin, selon quel mandat, pendant combien de temps et à quelles conditions.