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Préserver les forêts de l’Afrique, les “poumons de la planète”

Par Michael Fleshman, Afrique Renouveau, Organisation des Nations Unies

Les efforts de l’Afrique pour préserver ses forêts ont été stimulés par la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, tenue à Bali (Indonésie) en décembre dernier, qui a lancé un appel à de nouvelles réduction des émissions de gaz à effet de serre et s’est engagée à aider les pays en développement à protéger leurs forêts. Mais la situation est urgente.

En République démocratique du Congo (RDC), par exemple, de vastes étendues de forêts anciennes disparaissent à une vitesse alarmante. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) les forêts autochtones d’Afrique (appelées aussi “forêts anciennes”) sont détruites au rythme de plus de quatre millions d’hectares par an, deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale ; de 1980 à 1995, la déforestation aurait représenté plus de 10% du total de la couverture forestière du continent.

Protéger les forêts est indispensable à la santé et à la productivité de l’économie du continent, affirment les experts qui soulignent le rôle des forêts dans l’alimentation en eau, la protection contre l’érosion et la régulation des conditions climatiques locales.

Le sort des forêts pourrait également déterminer la réussite ou l’échec de la lutte contre le réchauffement planétaire. Les arbres constituent l’un des plus larges et des plus efficaces réservoirs vivants de monoxyde de carbone, le “gaz à effet de serre” qui contribue le plus au réchauffement de la planète.

Un argument encore plus crucial est le rôle de la déforestation dans le réchauffement climatique. D’après le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), 20 à 25% des émissions annuelles de dioxyde de carbone proviennent de la destruction des forêts par le feu à des fins agricoles.

Les quantités de gaz carbonique entreposées dans les forêts font l’objet d’évaluations diverses. Le Groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat estime cette quantité à environ 1 000 milliards de tonnes, à peu près 166 ans d’émissions de gaz carbonique au rythme actuel. L’Afrique compte environ 15% des forêts qui restent dans le monde.

La conversion des forêts en terres agricoles est de loin la cause la plus courante et la plus destructrice de la déforestation en Afrique et dans d’autres régions tropicales. À mesure que le besoin de terres agricoles augmente du fait de la pression démographique, des millions d’hectares de forêts tropicales partent en flammes en Afrique, Asie et Amérique latine.

Depuis toujours, la forêt constitue une source de chaleur, de nourriture et de produits médicinaux et fournit du bois pour la construction et à d’autres fins. En revanche, son rôle d’appui aux activités agricoles, à la préservation de la biodiversité, à la protection des sources d’eau et à la réduction de l’impact des changements climatiques est moins bien connu. L’ONU estimait qu’en l’an 2000, quelque 1,6 milliard de personnes dans le monde tiraient au moins une partie de leur nourriture, de leur revenu et de leurs besoins médicaux directement de la forêt. Sur ce nombre, 70 millions d’autochtones environ dépendent presque entièrement de la forêt pour subsister.

Les populations rurales pauvres du continent en sont particulièrement dépendantes. Les forêts représentent en moyenne 6% du produit intérieur brut de la région, trois fois la moyenne mondiale. Dix-huit pays africains, dont le Cameroun et le Ghana, comptent parmi les 24 pays dont les économies dépendent à 10% ou plus de leurs forêts.

Malgré les mises en garde des environnementalistes et des groupes de défense de l’environnement contre l’exploitation forestière non viable et souvent illégale en Afrique centrale et de l’Ouest, la moitié environ du bois extrait des forêts est utilisée comme combustible.

Un rapport de la FAO consacré à la foresterie durable en Afrique affirme “qu’il est communément admis que l’arrêt de la déforestation et le lancement de politiques de développement forestier durables passent par une amélioration des techniques de production alimentaire”.

L’amélioration des rendements agricoles africains constitue une priorité absolue pour les gouvernements et figure en bonne place dans le programme du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Mais réformer un secteur agricole insuffisamment financé et longtemps ignoré est une entreprise coûteuse, difficile et à long terme qui risque de ne pas progresser assez rapidement pour empêcher la poursuite de la destruction des zones boisées.

En attendant, la survie des forêts profondes du continent passe par l’amélioration des capacités des gouvernements à administrer leurs ressources forestières, l’expansion des programmes de reforestation et la modification de la manière dont les populations considèrent leurs forêts et les économistes mesurent leur valeur.

Il est normal que les forêts autochtones soient considérées comme des terres inutilisées et comme un filet de protection lorsque les choses vont mal, affirme à Afrique Renouveau Christian Lambrechts, expert forestier du PNUE. “Les gens comptent sur la forêt pour y trouver certaines choses qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter au marché, dit-il. Ils n’ont pas d’argent, ne peuvent pas consulter un pharmacien. Il leur faut aller en forêt chercher les plantes médicinales. ”

Cette exploitation de “subsistance” des forêts est inévitable dans les régions d’extrême pauvreté et n’a pas d’effet nuisible lorsqu’elle s’exerce d’une manière durable, affirme-t-il. Mais lorsqu’un grand nombre de gens doivent y collecter vivres et combustible, “cela a des conséquences sur la destruction de la forêt”.

Début 2007, la Banque mondiale a annoncé la constitution d’un fonds pilote de 250 millions de dollars pour financer les programmes de “déforestation évitée ” dans les pays en développement. L’idée est contestée notamment à partir de la question du calcul de la “valeur carbone ” des forêts actuelles, mais la proposition a été endossée à Bali, première de la série de rencontres destinées à négocier un accord pour succéder au Protocole de Kyoto qui expire en 2012.

Mais quelle que soit la manière dont l’humanité entend conserver ses forêts autochtones, celles-ci sont tout simplement trop précieuses pour disparaître, “nous avons passé 10 000 ans à conquérir la Terre. Maintenant que c’est fait, il ne reste qu’à bien l’administrer” conclut M. Lambrechts.