Le micro-crédit progresse en Afrique

Ses partisans préconisent qu'on lui accorde davantage d'attention dans la région

par Ernest Harsch

Offrir aux populations démunies d'Afrique un meilleur accès au crédit peut se révéler une arme particulièrement efficace pour lutter contre la pauvreté sur le continent. C'est ce que les participants au "Forum pour la défense de l'Afrique" qui s'est tenu le 6 février au siège de l'ONU se sont accordés à dire. Cette réunion, qui s'est déroulée sous l'égide de plusieurs institutions de l'ONU et à laquelle ont participé plusieurs agents du micro-crédit en provenance de différentes régions d'Afrique, a été conçue pour profiter de l'impulsion donnée par le "Sommet du micro-crédit" qui s'était tenu à Washington.

Etant donné que l'Afrique est la seule région du monde où l'on prévoit une aggravation de la pauvreté, il y a là, a noté une déclaration faite par 43 organisations africaines de micro-financement, "une solide raison pour les donateurs, les gouvernements et leurs agents d'accorder une attention particulière aux familles les plus démunies d'Afrique dans le suivi du sommet". D'autre part, ont-elles dit, il faut que les organisations africaines de micro-crédit, dont la plupart n'étaient même pas au courant du processus de préparation au sommet de Washington, se soient mieux informées et participent de plus près aux futurs projets.

L'expérience africaine

De nombreux participants ont noté que l'Afrique a depuis longtemps des institutions de micro-crédit, dont certaines fonctionnent très bien au niveau local. Ils ont par conséquent déploré le fait que le sommet de Washington se soit surtout intéressé au succès du micro-crédit obtenu en Asie et Amérique latine. "On n'a pas du tout prêté attention à l'Afrique", a fait observer Mme Felicia Quartey-Acquaye, de la Women's World Banking du Ghana.

Les formes autochtones de micro-crédit, qui ont pour nom esusu ou tontines, existent en Afrique depuis une époque antérieure à la colonisation, a fait remarquer Mme Quartey-Acquaye. Le Chef Bisi Ogunleye, fondatrice de la Country Women's Association of Nigeria, a instamment demandé que l'on appuie les travaux de recherche et de documentation accomplis par ce genre d'institutions autochtones de crédit. "Il est temps" a-t-elle dit, "que le monde sache de quoi nous disposons et ce que nous pouvons faire partager aux autres".

Le chef Bisi a également noté que l'intensification des projets de micro-crédit est particulièrement importante pour les femmes rurales, car elles renforcent leurs capacités de production et contribuent ainsi à la sécurité alimentaire.

Un autre rôle important que doivent jouer les organisations de micro-crédit, ont fait observer plusieurs orateurs, est celui de lien entre les communautés locales et les institutions bancaires dont le caractère est plus officiel. "Il faut que ceux qui usent du micro-crédit renforcent leur capacité à servir d'intermédiaires. Il leur faut établir des réseaux", a déclaré Mme Victoria Masenya, de la Women's Finance House du Botswana.

M. Makha Sarr, Coordonnateur spécial de l'ONU pour l'Afrique et les pays les moins avancés, a souligné que "le micro-financement fait partie intégrante de l'intermédiation financière, qui constitue l'une des priorités de l'Afrique".

De nombreux orateurs ont explicitement lié le micro-crédit aux autres activités en rapport de développement, telles que la création d'emplois, l'encouragement aux petites entreprises et la promotion des jeunes. Mais ils ont rappelé que le micro-crédit ne pouvait être stimulé isolément.

Le micro-crédit ne constitue "qu'un élément parmi d'autres " du processus de développement, a noté M. Wilbert Tengey du Centre africain pour le développement humain au Ghana. Il faut aussi fournir aux pauvres de meilleurs services de santé et d'éducation, car s'il leur faut dépenser le peu qu'ils gagnent pour ces choses essentielles "il ne leur restera pas grand-chose à réinvestir". Mme Quartey-Acquaye a insisté sur la nécessité pour les gouvernements et les donateurs de mesurer l'impact des politiques économiques sur les femmes rurales : "Il faut", a-t-elle dit " que le micro-crédit survive au sein d'un environnement macro-économique plus large".

L'ambassadeur du Zimbabwe, Machivenyika Mapuranga, résumant la réunion, a déclaré que "le micro-crédit n'est ni une panacée ni une baguette magique. Mais il peut largement contribuer à réduire la pauvreté".