BELGIUM

Discours 

De

Guy Verhofstadt
Premier Ministre

Conference internationale sur le Financement du Developpment

Monterrey, Mexico
le 21 mars 2002



Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs,

En premier lieu, je veux dire notre reconnaissance et notre admiration au Président Fox, et à travers lui à tout le peuple mexicain.

Monsieur le Président,
Je ne vous cache pas que la « retraite » que vous avez prévue entre les chefs d' Etat et de Gouvernement pour demain midi a ravivé mes espoirs. J'y vois une nouvelle, sinon une dernière opportunité de rendre au sujet que nous traitons, une perspective plus ambitieuse.

La pauvreté dans le monde est un thème existentiel du temps présent et à venir. La pauvreté, c'est le désespoir de centaines de millions de personnes, laissées solitaires, démunies, impuissantes devant la fatalité d'une insoutenable inégalité. Toute cette injustice nous renvoie à l'image de l'égoïsme collectif d'un monde riche. Un monde, dont la seule réponse ne relève que trop souvent d'une liturgie aussi vaine que cynique.

Il faut bien sûr rendre hommage aux diplomates qui ont préparé le texte final de cette conférence. Nous savons que leur tâche est ingrate et difficile. Nous leur demandons souvent de trouver à notre place les solutions indolores ou aseptisées aux questions conflictuelles, qui nous divisent. Dans ce cas-ci cependant, je puis difficilement accepter que nous ne tentions pas au moins, entre nous, qui portons l'ultime responsabilité politique devant la citoyenneté mondiale, de négocier le plus grand dénominateur d'une position commune. La Conférence de Monterrey ne peut déboucher sur une déclaration banale, qui enlèverait toute signification à cette réunion qui se tient au niveau le plus élevé.

Nous ne sommes pas ici, je veux le rappeler, pour contourner le sujet. Nous ne sommes pas ici pour spéculer, chacun dans notre coin, sur la meilleure manière d'échapper à ce que nous devons à l'humanité. Nous sommes ici parce que nous l'avons voulu. Lors du Sommet du Millénaire nous avions ensemble convenu d'un objectif concret et crédible. Nous avions décidé de réduire de moitié la pauvreté dans le monde. Vous et moi, nous savons que ce rêve est accessible. Si nous le voulons vraiment, nous pouvons rendre la joie et l'espérance à des centaines de millions d'êtres humains comme nous.

Cette promesse à elle seule devrait balayer nos incertitudes, nos hésitations, nos réserves. Monsieur le Président, je ne puis accepter, comme telle, le texte du compromis qui nous est proposé sans une nouvelle fois vous exhorter avec toute la force de mon intime conviction. Nous ne pouvons pas quitter ce sommet sur un engagement équivoque. Car alors le seul résultat serait de précipiter la partie la plus pauvre de notre humanité dans le scepticisme et dans le désarroi. Et en même temps, cela nourrirait le mépris désabusé de toute cette jeunesse qui, dans nos pays, porte avec générosité les promesses d'un monde meilleur.

Il a été convenu de ne plus rien changer aux conclusions. Pourtant la nature de ce qui est probablement la question politique la plus fondamentale de ce siècle mérite un vrai débat, un véritable échange de vue, exige de l'audace et du volontarisme. Heureusement nous avons encore d'autres rendez-vous cette année. A Rome en juin. A Johannesbourg en septembre.

Ne voyez aucune impertinence dans la vigueur de mes propos. N'y voyez que ma détermination à jeter ici à Monterrey les bases d'un nouvel élan que nous avons le devoir de concrétiser cette année encore. Vraiment nous devons sortir du rituel, des textes convenus, des déclarations doucereuses : ça ne suffira plus !

Monsieur le Président,
Les événements du 11 septembre ont fondé une coalition légitime et salutaire contre le terrorisme. Le monde libre ne peut autoriser une atteinte aussi gravissime, aussi barbare à nos valeurs démocratiques et humanistes. Le front contre ce crime doit rester solidaire, inaltérable. Il ne peut y avoir aucune faille dans la coalition qui s'est constituée, aux côtés de notre partenaire américain.

En même temps nous n'avons pas le droit de croire que ce serait suffisant pour éradiquer ce phénomène abject. La pauvreté, l'humiliante inégalité' quotidienne, l'absence de la moindre lueur de perspective pour des centaines de millions d'êtres humains engraissent un terreau fertile au développement de cette abomination. Quand on ne croit plus en rien, on croit très vite en n'importe quoi. Le fanatisme ne peut pas devenir le nouvel opium des exclus. Répondre à l'inégalité du monde, c'est j'en suis convaincu, apporter la seule vraie réponse à ce risque permanent que je viens d'évoquer.

C'est pourquoi je veux terminer mon intervention en abordant trois pistes concrètes que nous pouvons réaliser.

Tout d'abord, fixer un terme précis à une promesse tant de fois renouvelée : affecter à l'aide au développement 0,7 % de notre produit intérieur brut. Mon pays n'a pas toujours été le mieux placé pour donner des leçons en cette matière. Mais c'est la quatrième année consécutive que nous augmentons de manière substantielle notre budget d'aide au développement avec la certitude, cette fois, d'atteindre le pourcentage annoncé en 2010. Nous devons admettre que la conclusion d'aujourd'hui sur ce sujet est décevante. Elle risque fort d'être ressentie comme un aveu d'échec annoncé.

Mon deuxième propos porte sur une autre idée souvent débattue mais jamais vraiment réglée. Il s'agit de la remise de la dette des pays les plus démunis. Des pas ont déjà été posés. Mais nous pouvons, nous devons travailler plus vite. Mon pays a conçu une proposition concrète, intitulée Prospective Aid and Indebtness Relief ou initiative « PAIR ». De quoi s'agit-il ? Il s'agit de constituer un fonds financé par les 23 pays les plus riches. Ceux-ci y affecteraient chacun, durant les 15 prochaines années, 0,1 % de leur produit intérieur brut. Ce mécanisme permettait de réduire de manière accélérée la dette pour les 49 pays les plus démunis et d'y financer des nouveaux programmes de développement humain. 850 millions habitants vivant dans les 23 pays les plus riches, tendraient enfin la main aux 850 millions d'habitants des 49 pays les plus démunis. J'entends faire de cette proposition une priorité personnelle. Je la soumettrai à la réunion ministérielle de l'OCDE que j'aurai l'honneur de présider au mois de mai à Paris. Je voudrais demander au Secrétairegénéral de faire examiner cette proposition aussi par les Nations Unies.

Ma troisième considération se situe dans le cadre des négociations au sein de l'Organisation mondiale du Commerce. Ces négociations viennent de débuter. Il me paraît que nous devons mettre plus que jamais l'accent sur les pays en voie de développement. Concrètement, cela signifie de consacrer le principe du Everything but Arms et de supprimer les subsides à l'exportation pour les produits en provenance de nos pays.

Le petit agriculteur local a du mal à croire que le commerce mondial est source de liberté et de justice quand nous l'empêchons de vendre son lait, son beurre ou son fromage sur des marchés qui se tiennent parfois à quelques kilomètres de son village. Il est alors le témoin impuissant de ce que nos subsides à l'exportation le chassent de son propre marché. Ainsi nous sapons sa foi dans la liberté et nous laissons le terrain démocratique à des illusions qui par le passé ont fait la démonstration de leur impuissance quand ils n'ont pas semé la haine et la violence.

Monsieur le Président,
L'enjeu de notre rencontre, c'est bien celui-là. C'est celui de la liberté une et indivisible. Celle qui a fait germer les plus grandes civilisations. Cette liberté qui ne se contente jamais. Cette liberté qui vit dans le cur, dans l'intelligence et dans l'esprit de l'être humain. Cette liberté qu'aucune planification, aucune frontière, aucune entrave n'a jamais pu tuer et qui, quand elle se réveillé, pousse l'individu vers les sommets et l'humanité vers la justice. Je vous remercie.



Déclarations faites durant la Conférence
Nouvelles de la Conférence