
INTERVENTION DE MADAME MARIE-GEORGE BUFFET, MINISTRE DE LA EUNESSE ET DES SPORTS, FRANCE
11/08/1998
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je veux d'abord saluer l’initiative des autorités portugaises qui nous permettent pendant ces 4 journées, sous 1'égide des Nations Unies, de réfléchir ensemble à la situation des jeunes aujourd'hui et aux moyens qu'iI nous appartient de mettre en oeuvre, en tant que Ministres chargés des questions de jeunesse, pour que cette jeunesse ait un avenir meilleur.
Le gouvernement français se réjouit de cette initiative, et souhaite qu'elle permette d'avancer dans la reconnaissance de la situation particulière des jeunes et dans la définition des actions prioritaires qui en découlent.
Nous souhaitons qu'elle permette également de progresser dans la réduction forte des inégalités entre jeunes de tous pays, quel que soit leur niveau de développement.
Nous souhaitons enfin qu'elle contribue à faire reculer toutes les formes de discrimination dont sont victimes les jeunes à travers le monde.
Le gouvernement auquel j'appartiens a voulu faire de la jeunesse une priorité nationale, et a très vite indiqué, par la voix de son Premier Ministre, les objectifs qui allaient être les siens:
- donner aux jeunes les moyens de s'insérer dans la société
- donner aux jeunes la place et les responsabilités qui leur reviennent dans les institutions qui les concernent
- encourager la démarche de projet
- réconcilier les jeunes avec les institutions de la République
- enfin, apporter une attention particulière aux jeunes en situation de grande détresse
La formulation de ces objectifs suppose un regard différent sur la jeunesse, qui ne voit pas les jeunes uniquement à partir des probèmes, des incertitudes qui peuvent être les leurs, même si l'angoisse que peuvent parfois générer le chômage, l’échec scolaire, la violence ou 1'exclusion est souvent bien réelle.
Au contraire, elle considère les jeunes comme une force de proposition, pour peu qu'on décide de les associer aux décisions qui les concernent.
Depuis mon entrée en fonction, j'ai multiplié les rencontres avec les jeunes, aussi bien au niveau national que local.
Tous ces dialogues constituent une matière extraordinairement riche. Tous font apparaitre une jeunesse multiple qui se retrouve sur des points essentiels : elle veut qu'on lui fasse confiance, qu'on lui donne des responsabilités, qu’on lui permette de vivre comme elle l’entend, qu'on lui reconnaisse des droits de citoyens à part entière.
Elles et ils disent avant tout une formidable envie de s'en sortir. Et pour s'en sortir, contrairement à une idée trop répandue, ces jeunes n’attendent pas tout d'en haut. Leur première démarche est souvent de prendre les choses en main, en montant un projet, en créant un groupe informel ou une association.
Elles et ils s'investissent dans la vie associative, darts les activités culturelles et sportives, dans l’aide aux devoirs scolaires, dans l’organisation de vacances, dans des actions contre la violence ou l'intolérance, dans la prévention du SIDA ou de la toxicomanie, dans la lutte contre les discriminations, qu'elles soient raciales, sociales ou sexuelles, ou encore dans la création d'activités et d'emplois.
Cette énumération, qu'il faudrait encore largement completer, exprime des valeurs de solidarité, de citoyenneté, d’mancipation humaine. Elle exprime la recherche la plus actuelle qui soit d'égalité et de liberté, de justice et de considération.
Je souhaiterais évoquer aujourd'hui, deux aspects de notre action récente pour répondre aux besoins et attentes des jeunes.
Le premier, qui mobilise l’ensemble du gouvernement, concerne Yinsertion des jeunes dans la vie active.
Il se concréise par la création d'un « Plan Emploi-Jeunes », visant à créer, dans une prermière phase, 350000 emplois publics et associatifs.
La finalité de ces emplois ne se limite pas à occuper un jeune pendant cinq ans. Ils sont conçus comme une porte d'entrée vers une activité reconnue, et l’acquisition d'une formation débouchant, à terme, sur un statut de salarié à part entiére.
Dans le même temps, ces nouveaux emplois, qui s’exercent par exemple, dans des écoles ou des maisons de quartier, auprès de personnes âgées ou de jeunes en difficulté sociale, participent, A travers de nouveaux services, du mieux être de toute la société.
Le deuxième axe de travail, qui relève pleinement de mon département ministériel, est celui des droits des jeunes à la citoyenneté.
J'ai mis en place au plan national, un Conseil Permanent de la Jeunesse, dont l’action est relayée par des Commissions départementales de la Jeunesse ainsi que des Comités locaux, qui sont systématiquement consultés et doivent être entendus.sur tout projet ou décision concernant la jeunesse.
De ce nouvel exercice de la citoyenneté, sont nées une série de propositions faites par les jeunes concernant tous les aspects de leur vie quotidienne comme la santé., les études, la formation ou encore les loisirs et les pratiques culturelles ; sont également abordées, à la demande des jeunes eux-mêmes, des questions comme la violence, le déséquilibre qui perdure entre hommes et femmes ou encore le statut social des jeunes.
Vous me permettrez, au moment où j'évoque un certain nombre d'avancées positives pour la jeunesse de France, de vous rappeler que je suis également, et cest un privilège que je partage avec certains d'entre vous, Ministre des Sports.
A ce titre, je souhaiterais un instant évoquer la Coupe du Monde de Football, et 1'extraordinaire enthousiasme des jeunes qui a accompagné I'équipe de France.
Des millions de jeunes, de toutes origines et de toutes situations sociales se sont identifiés à cette équipe, représentative dans son unité, mais aussi dans sa pluralité, de la société française.
Ces jeunes, et c'est pour notre société un formidable message d'espoir, ont exprimé leur appartenance à une communauté nationale, sans chauvinisme et sans exclusion. Et s’ils ont été si nombreux à s'être retrouvés autour de cette équipe, c'est précisément parce qu'elle incarne à leurs yeux, dans sa diversité. et sa générosité, la possibilité de gagner et de construire ensemble.
Le raccourci est certes audacieux, mais ne nous trouvons nous pas ici dans une situation analogue à plusieurs égards ?
Ce qui caractérise les Nations Unies c'est bien la volonté, dans le respect des singularités nationales, de faire progresser ensemble la communauté internationale.
Les objectifs de développement qui sont ceux de l'Organisation dans leur acception sociale, éducative ou culturelle, trouvent leur fondement dans les notions de solidarité et de complémentarité.
La jeunesse, plus que toute autre composante de la population, est capable de transformer ces idées en réalités. A nous d’accompagner cette volonté et de donner aux jeunes les moyens d'aller au bout de leurs possibilités et de leurs espérances.