
10. 8. 1998
La marginalisation des jeunes est un phénomène qui a pris des proportions de plus en plus inquiétantes ces dernières années. Un nombre croissant de jeunes gens et de jeunes filles ne parviennent plus à s’intégrer et à trouver une place dans notre société. Ils n’ont pas accès aux mécanismes décisionnels et restent en dehors des structures institutionnelles. Le manque de formation adéquate et surtout la pénurie de places d’apprentissage et de postes de travail les exclut souvent du marché de l’emploi. Cette situation retarde le moment de leur autonomie financière, ce qui les pousse à vivre plus longtemps chez leurs parents. Simultanément, l’attrait exercé par les biens de consommation se fait de plus en plus pressant.
Devant cette situation, nous sommes de plus en plus convaincus qu’un des meilleurs moyens d’intégrer les jeunes dans la société est de les associer véritablement aux décisions qui les concernent.
Ce n’est d’ailleurs pas là une idée particulièrement neuve: depuis la première conférence européenne des ministres de la Jeunesse en 1985, le principe de la participation des jeunes a toujours figuré au nombre des priorités de la coopération intergouvernementale européenne. Depuis l’adoption du Programme d’action mondial pour la jeunesse par l’Assemblée générale en 1995, les Etats membres de l’ONU ont eux aussi pris conscience de l’importance d’une valorisation accrue des membres plus jeunes de la société. Nous saluons le fait que le thème de la participation des jeunes devienne une idée maîtresse de cette conférence et qu’un chapitre entier de la déclaration finale y soit consacré. Nous y voyons une reconnaissance des efforts que beaucoup de pays comme le nôtre ont déployés en faveur d’une politique de la jeunesse active et prospective.
Mais la participation est un processus de longue haleine; il faut beaucoup de temps et de persévérance pour qu’elle s’impose dans le quotidien des jeunes et de la société dans son ensemble. Je serais tenté de dire qu’il faut un véritable changement de culture qui conduise à considérer les jeunes comme une chance pour notre société et non plus comme un éternel problème.
En matière de participation, le Conseil de l’Europe a donc fait œuvre de pionnier, et c’est grâce à son action que ce principe est devenu une part intégrante de la politique suisse de la jeunesse. Depuis 1990, la participation active des jeunes est ancrée dans notre législation fédérale, dans le cadre d’un dispositif qui exprime la reconnaissance politique des organisations de jeunesse et leur assure un soutien financier régulier; dans la foulée, des cantons et des communes ont mis en vigueur des législations analogues aux niveaux régional et local.
La participation, à tous les niveaux, est d’ailleurs une tradition bien ancrée dans la vie politique suisse. Aussi la délégation suisse estime qu’il est bon que la participation s’impose, comme un leitmotiv, dans tous les thèmes à l’ordre du jour de cette conférence.
Voici en vrac quelques idées qui revêtent une grande importance pour notre pays:
D’abord, il importe au premier chef pour la Suisse que la participation des jeunes se renforce dans tous les domaines de la société. Les jeunes devraient donc avoir voix au chapitre dans tous les domaines qui déterminent leur quotidien. Il faut qu’ils puissent s’épanouir dans les structures de notre société en ayant l’occasion d’assumer des responsabilités et de participer aux processus de décision. Il ne s’agit là non seulement des structures politiques - auxquelles les jeunes n’ont bien souvent pas de rapport -, mais également de la famille, de l’école, de la formation, du travail. C’est en particulier dans les domaines de l’école et de la formation professionelle, qui prépare la voie d’entrée sur le marché de l’emploi, qu’il faut associer les jeunes aux mécanismes décisionnels. La politique suisse de la jeunesse s’est fixée comme objectif de passer des paroles aux actes, notamment en matière de lutte contre le chômage des jeunes, qui consituera l’une de ses priorités. Aussi la Suisse attache-t-elle une importance toute particulière au chapitre de la déclaration finale traitant de ce problème.
Sur ce point, permettez-moi de relever la situation particulièrement difficile des jeunes immigrés. Ces jeunes sont marginalisés dans notre société et souvent exclus des structures dans lesquelles des mécanismes de participation sont mis en oeuvre, comme par exemple les écoles secondaires. Et même s’ils sont intégrés et participent à la vie sociale du pays dans lequel ils vivent, une fois l’âge de la majorité atteint, ils n’ont pas les mêmes droits civiques que les jeunes autochtones. Pour la Suisse, la question de l’intégration des jeunes immigrés constitue un défi majeur pour les années à venir.
Notre pays attache aussi une grande importance à la reconnaissance et au soutien de la vie associative, dont le rôle éducatif est indéniable si elle se fonde sur les principes démocratiques et pluralistes. L’éducation non-formelle assurée par les structures non-gouvernementales de jeunesse constitue à notre avis un pilier fondamental de l’apprentissage de la citoyenneté
Enfin, la Suisse attache aussi beaucoup d’importance aux autres thèmes qui sont abordés au cours de cette conférence, à savoir le caractère transversal de la politique de la jeunesse et son rôle dans la société. Notre pays aura, nous l’espérons, l’occasion de préciser sa position sur ces différentes questions lors des discussions qui ont lieu actuellement au sein du Comité principal et des groupes de travail. A ce sujet, nous exprimons le voeu que les débats soient essentiellement centrés sur les questions touchant directement à la jeunesse. Dans ce sens, et puisque nous assignons une importance particulière à l’avis des jeunes dans la mise en oeuvre de la politique de la jeunesse nationale, nous estimons que les recommandations formulées à l’occasion du Forum mondial de la jeunesse de Braga constituent une partie intégrante des résultats de cette première conférence mondiale.