ORGANISATION DE LA CONFERENCE ISLAMIQUE
 
 

Déclaration

De

Saddedine Taib


Sommet mondial pour le developpement durable

Johannesbourg, Afrique du Sud
30 aout 2002

Monsieur le Président 
Mesdames, 
Messieurs,
Excellences,
          Il m'est agréable de m'adresser â cet important Sommet mondial qui se tient dans un grand pays africain, pour débattre d'une question capitale dont dépendent, dans une large mesure, le devenir de notre planète, notre avenir nous-mêmes et celui de nos générations futures. Je voudrais d'emblée, Monsieur le Président, vous féliciter au nom de L'organisation de la Conférence Islamique et en mon nom personnel pour votre élection â la présidence de ce Sommet. Je suis persuadé que votre sagesse, votre clairvoyance, votre expérience et votre endurance notoires nous permettront d'aboutir, au terme de cet important Sommet, â d'excellents résultats pour le grand bien de l'humanité. Je tiens aussi â remercier le gouvernement de l'Afrique du Sud pour avoir bien voulu accueillir cette rencontre.
Monsieur le Président
Mesdames,
Messieurs,
          Nous savons tous que nous sommes, ici, confrontés â une tâche ardue et â une équation compliquée qui appellent des engagements et des concessions difficiles. Une tâche, certes, ardue mais réalisable â condition de saisir l'importance vitale de notre action.

          Nous savons depuis l'élaboration en 1985 du rapport "Brundet Land" que la marche de l'homme vers le progrès et le développement doit être régie par des critères pouvant, d'une part, garantir la continuité du développement et, de l'autre, assurer la salubrité de l'environnement naturel et sa sauvegarde contre la pollution et la destruction.

         L'Organisation de la Conférence Islamique a organisé en juin 2002 une conférence ministérielle sur l'environnement et ses liens avec développement. Cette conférence a reflété les préoccupations des 57 Etats membres quant â la dégradation permanente de l'environnement dans plusieurs régions du monde; elle a mis en relief la position claire de l'Islam concernant l'environnement et l'équilibre de l'écosystème et ses exhortations permanentes au respect de la biosphère.

          Les enseignements de l'Islam en la matière, reposent depuis quatorze siècles sur deux principes fondamentaux:

          Premièrement, les ressources naturelles que la terre recèle sont limitées et ne doivent pas être gaspillées.

          Le saint Coran dit: "Toute chose, nous l'avons créée avec mesure".

          Deuxièmement, l'usage et l'exploitation des ressources naturelles doivent se faire de manière appropriée; nous ne devons pas en abuser ni les détruire pour ne pas compromettre les intérêts des générations futures.

          Le saint Coran dit: "Si ALLAH avait élargi la portion pour Ses serviteurs, ils se seraient rebellés sur terre; mais Il fait descendre avec mesure ce qu'Il veut".

          Il dit encore: "Ils s'emploient â répandre la corruption sur terre et ALLAH n aime pas les corrupteurs".

          Il est donc clair que ces deux préceptes, parmi tant d'autres en Islam, prônent le respect des deux principes approuvés en 1985 par le rapport "Brunadet Land"Ce rapport attire l'attention de l'homme sur l'ampleur des destructions effectuées par lui dans l'unique environnement naturel dont il dispose, durant prés quatre siècles au cours des quels l'ensemble des pays avancés ont exploité, partout dans le monde, les ressources naturelles de manière outrancière, abusive et aveugle.

          Le monde développé et le tiers-monde se doivent, â présent, de sacrifier certains projets de développement afin de préserver l'équilibre de l'écosystème, de garantir la salubrité de l'environnement pour les générations â venir, d'établir un partenariat mondial et de réaliser un développement durable â travers "l'agenda 21" adopté en 1992 par la conférence de Rio de Janeiro. Cette exigence est tout â fait raisonnable, l'avenir de l'humanité tout entière et les intérêts communs des habitants de la terre le commandent.

          Il n'échappe â personne, cependant, que le monde développé et le monde en voie de développement disposent d'atouts largement inégaux. On veut en effet, que le monde développé conserve tous les acquis qui sont a l'origine de son progrès et de sa prospérité et que le sousdéveloppement du tiers-monde soit consacré â travers de nouvelles conditions qui freinent son développement pour des considérations environnementales. De telles conditions n'avaient pas été imposées aux pays industrialisés au moment où ils entamaient leur développement économique.

          La justice commande de rééquilibrer cette équation. Les pays qui en profitent doivent faire des concessions afin de prévenir l'injustice que subiraient les pays du tiers-monde par suite de l'application de ces conditions. Car les pays en voie de développement ont encore beaucoup â faire pour nourrir leurs populations, améliorer leurs conditions sociales et réaliser leur développement.

          Le rapport des Nations Unies de 2001 sur la population mondiale réaffirme ces faits quand il annonce que la moitié des habitants de la terre, qui sont au nombre de 6,1 milliards, vivent avec moins d'un dollar par jour.

          Est-il raisonnable que plus de trois milliards d'hommes vivent aujourd'hui dans la misère et le dénuement total, alors que le monde développé fait peu pour trouver une solution au problème de la surconsommation et des abus excessifs qui caractérisent son mode de vie? L'humanité est-elle disposée â prévenir l'apparition en l'an 2050 de 6 milliards de pauvres qu'annoncent les statistiques des Nations Unies?

          Il semble, hélas, que le monde développé n'accorde aucune attention â ces questions périlleuses. Il est aussi fort regrettable que la plupart des principes et des objectifs arrêtés par le Sommet de la Terre â Rio de Janeiro aient été relégués aux oubliettes. Il faut également déplorer que le mode de production, de consommation et de gaspillage qui caractérise l'Occident et que l'on veut exporter vers le reste du monde n'ait connu aucun changement notable.

          On est en droit de se demander, s'agissant du développement durable, s'il est logique d'établir un parallèle entre la dégradation de l'environnement visant â perpétuer le mode de vie d'une société de surconsommation et la pollution résultant de la simple quête de nourriture pour la survie ?

          Le plus récent rapport de la Banque mondiale indique que vingt â quarante mille enfants du tiers monde meurent quotidiennement â cause de la misère et de la famine.

          On sait aussi que la pollution de l'environnement due aux activités industrielles et autres en Occident est de loin supérieure â celle produite dans l'ensemble des pays en voie de développement. Tout cela se produit des années après l'adoption de "l'agenda 21" et des principes arrêtés au Sommet de la Terre qui stipulent que l'éradication de la pauvreté et la garantie de la sécurité alimentaire constituent les fondement du développement durable.

          Face â ces réalités nous devons proclamer avec insistance que les pays avancés ont â assumer une responsabilité manifeste qui leur commande de faire des concessions nécessaires â une véritable mise en ouvre des principes du développement durable. Statistiques et indices officiels montrent que ce qui se produit actuellement est exactement le contraire de ce qu il faut faire: l'aide officielle au développement accordée par les pays avancés ne cesse de régresser depuis une décennie, tandis que 1 'étau de l'endettement se resserre de plus en plus autour du cou de nombreux pays sous développés et entrave tous les efforts que ceux-ci déploient en vue d'un développement durable.

Monsieur le Président
Mesdames,
Messieurs,
          Le monde d'aujourd'hui, vu â travers la population du tiers-monde dont la majorité appartient aux états membres de l'Organisation de la Conférence islamique, est devenu, grâce aux progrès des télécommunications, une seule communauté. Mais il s'agit d'un monde plein de contradictions; les relations entre ses différents peuples sont régies par des législations déficientes.

          Des disparités énormes, consécutives â la concentration des richesses aux mains d'une infime minorité â la faveur de circonstances historiques connues, séparent ces peuples. Celui qui possède la richesse possède aussi le pouvoir, la connaissance, la pensée, la technologie de l'information et bien d'autres atouts.

          Le capital mondial transcende souvent les frontières des Etats et fait peu de cas des conditions des autres pays où il n'assume pas de responsabilité, ne tient nul compte des exigences de leur développement et n'accorde aucun intérêt aux considérations de libertés, de démocratie ou de justice sociale.

          Le but premier de ceux qui manipulent les capitaux internationaux est, comme chacun le sait, d'apporter des profits toujours plus énormes aux investisseurs. Ils ne tiennent nul compte des intérêts des peuples et des pays où leurs fonds sont investis.

          Face â une telle absence de responsabilité et â l'accroissement frénétique de la capacité du capital mondial â manipuler l'économie internationale, les pays en voie de développement peuvent-ils, en dépit d'une économie internationale ayant pour seule finalité la réalisation du plus grand profit possible aux investisseurs, élaborer des programmes économiques prenant en compte, â la fois, les conditions sociales et les 
perspectives d'avenir des populations, la nature, l'environnement et la vie sur terre ?

Monsieur le Président 
Mesdames, 
Messieurs,
          Le fondement logique du développement durable est â présent perçu a l'échelle mondiale. Cependant la volonté politique des Etats pour réaliser un tel développement demeure imprécise, car, il n'existe pas de plan global pour y parvenir. Les efforts déployés dans ce domaine sont dispersés, désordonnés et très en deçà du niveau requis pour l'intégration et la globalité.

          La mondialisation n'est pas, â l'évidence, le traitement magique que nécessite le développement: elle n'a fait, jusqu'ici, que lâcher la bride â une concurrence féroce et inégale entre les propriétaires des capitaux internationaux, puis entre les pays avancés et les pays pauvres dont les performances se trouvent ainsi fortement compromises.

          Nous pensons que pour perdurer et harmoniser ses orientations avec notre action pour un développement durable, la mondialisation doit s'imprégner des valeurs de justice, de solidarité et d'interdépendance internationale. C'est â cette condition que l'on pourra entamer la marche sur la voie d'un développement durable, acceptable et juste, dans le cadre de la mondialisation.

          Les institutions financières sont appelées â jouer un rôle plus efficace au service de la croissance économique et du développement des pays pauvres. Elles doivent adopter des politiques et des plans d'actions harmonieux et intégrés dans des domaines tels que l'agriculture, le développement industriel et technologique, l'investissement, le commerce, les finances et autres, afin d'aider les pays en voie de développement â accorder une plus grande importance aux considérations environnementaux.

          Par ailleurs, nous ne devons pas négliger les instruments adoptés, au cours de la dernière décennie, par les Nations Unies au sujet des questions économiques et sociales. Il s'agit notamment de "la déclaration du millénaire" de l'an 2000 et des résolutions issues de la 3é Conférence de l'ONU sur les pays les moins développés, tenue â Bruxelles en 2000 et de "la Conférence internationale pour le financement du développement", tenue cette année â Monterrey.

          Pour ma part, je suis confiant que le présent Sommet va pouvoir trouver les voies et moyens propres â mettre en oeuvre ce qui a été convenu depuis plus de dix ans, en exhortant chaque partie â assumer les responsabilités historiques communes qui lui incombent, afin de protéger les milliards d'habitants que compte notre planète, de garantir la continuité de la vie normale et d'un environnement naturel adéquat.

          Les expériences prouvent que l'équilibre précaire de l'environnement sur terre ignore les frontières géographiques. Les répercussions de toute faille dans cet équilibre sont ressenties dans toutes les contrées, qu'elles soient proches ou lointaines, et par tous les humains sans exception.

          Sommes-nous dignes d'assumer cette responsabilité et d'accomplir notre mission ?

Nos décisions et nos travaux vont répondre â cette question.

Je vous remercie, Monsieur le Président.