PRINCIPAUTÉ DE MONACO
 

Allocution 

de 

Son Altesse Sérénissime
le Prince Hereditaire Albert 

Sommet Mondial sur le développement durable 

Johannesburg; Afrique du Sud 
2 septembre 2002




Monsieur le Président, 
Monsieur le Secrétaire Général, 
Excellences,
Mesdames, 
Messieurs,

Voici 10 ans, la Conférence de Rio à laquelle j'avais eu l'honneur de participer aux côtés du Prince Souverain, mon Père, avait fait naître l'espoir d'un monde plus solidaire, luttant plus efficacement contre la pauvreté soucieux de la santé humaine, réellement désireux de préserver et gérer durablement notre environnement et nos ressources naturelles.

La décennie qui s'est écoulée après Rio s'est caractérisée, à Monaco, par une réelle et très large ouverture à l'ensemble des questions environnementales et de développement qui s'est faite bien entendu à l'aune de notre taille, qui est modeste face à l'immensité du monde.

Cette rapide évolution a concerné non seulement l'aide publique, par les canaux bilatéraux ou multilatéraux, mais aussi une large coopération avec les divers instruments juridiques internationaux issus directement ou non de Rio et enfin un développement dynamique des actions des ONG dans de nombreuses régions défavorisées de la planète.

Notre aide publique au développement, encore inexistante il y a dix ans, est en évolution croissante et constitue une manifestation claire de la volonté de solidarité internationale qui anime la Principauté, elle est encore certes très faible par rapport aux engagements des 0,7% du PIB, tenus hélas par si peu de pays mais je suis confiant dans la volonté d'approcher cet objectif dans les années qui viennent. Elle se caractérise avant tout, que ce soit au plan bilatéral ou multilatéral, par le souci d'agir de façon concrète dans des projets à taille humaine en privilégiant le développement économique et social mais aussi l'éducation et la formation et bien entendu la préservation des ressources naturelles.

Cette dynamique de croissance de l'effort de coopération au développement que ce soit par les canaux publics ou par les partenariats avec l'économie privée et la société civile doit se poursuivre ou être relancée au niveau global ; comme nous l'avons fait et le ferons à l'échelle de Monaco. C'est sans doute le plus important objectif de ce début de millénaire ; il ne doit pas se limiter à des déclarations incantatoires ou à des engagement chiffrés trop souvent non tenus" il doit se traduire en actions concrètes fussent elles modestes.

Le rôle des instruments juridiques internationaux est également essentiel dans la marche vers le développement durable. Là aussi, il s'est agit de convaincre que le droit national souvent protecteur et égoïste, doit s'adapter à une solidarité régionale, voire mondiale et à des efforts communs mais, il ne peut en être autrement, différenciés en fonction des niveaux de développement. De ce point de vue, Monaco a ratifié et participe activement aux trois conventions cadre issues de Rio qui constituent une base réellement minimale pour la sauvegarde future de notre planète.

Nous ratifierons, dans les mois qui viennent, le protocole de Kyoto à la Convention Cadre sur les Changements Climatiques, car, même si nous avons le taux d'émission de gaz à effet de serre par habitant le plus faible des pays développés, nous pensons qu'il est de notre devoir de faire un effort pour changer certaines habitudes de consommation non durables. Dans la mesure, inéluctable, où tous nos engagements ne pourraient être remplis, à l'intérieur, nous participerons à des mécanismes pour un développement propre destinés aux pays en développement.

C'est dans le même esprit que nous ratifierons également le protocole de Carthagène à la Convention sur la Biodiversité.

Quand à la Convention cadre pour la lutte contre la désertification mon pays participe depuis maintenant trois ans à la réalisation en Afrique de projets concrets transfrontaliers mis au point par le Secrétariat de la Convention.

Mais au delà de l'actions des grandes institutions mondiales, je voudrais insister sur l'importance qu'il y a lieu de donner à une coopération « de proximité » au niveau régional ou subrégional, en impliquant des interlocuteurs réellement de terrain qu'ils soient publics ou privés.

Monaco appartient à une éco-région bien réelle, qui est celle du bassin méditerranéen ou l'on retrouve en fin de compte les situations contrastées entre économies développées, pays en transition et en développement qui se rencontrent partout à l'échelle de la Planète. Une véritable solidarité de cette éco-région est née, voici maintenant plus d'un quart de siècle autour du souci uniquement environnemental de préserver la Méditerranée contre les pollutions. L'ensemble des pays de la région, réunis dans la Convention de Barcelone, que Monaco a l'honneur de Présider en ce moment, a depuis Rio élargi ses préoccupations aux objectifs du développement durable en créant la Commission Méditerranéenne du Développement Durable dont la dynamique et l'originalité ont suscité beaucoup d'intérêt.

Réunis dans Mon Pays, en novembre dernier, au niveau Ministériel, l'ensemble des pays riverains a adopté à notre initiative une déclaration politique très forte et décidé de mettre en oeuvre une stratégie régionale de développement durable fondée sur le développement social, la préservation des ressources naturelles, une meilleure gouvernance et une coopération accrue. Cette stratégie devrait se mettre en place dans les années qui viennent et je ne doute pas de son exemplarité.

L'un de ses volets sur lequel je voudrai insister, en conclusion, est celui de la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles.

Je me félicite de ce que Monaco ait pu faire se concrétiser plusieurs initiatives concernant la préservation en méditerranée et en mer Noire des mammifères marins avec l'Accord ACCOBAMS et l'instauration du Sanctuaire franco-italomonégasque pour la protection de ces mammifères. Mais comment ne pas être choqué dans le même temps par la diminution considérable des ressources halieutiques dans toutes les mers du globe ; exemple parfait d'une gestion à courte vue des ressources naturelles avec ses conséquences écologiques certes mais aussi économiques et sociales et sur la sécurité alimentaire de nombreuses régions. C'est pourquoi il me paraît essentiel que les dispositions des paragraphes 29 à 34 du plan de mise en oeuvre qui concernent les mers et les océans et sur lesquels un consensus a pu se dégager soient efficacement et rapidement mises en oeuvre par tous les pays.

Une fois encore, au delà des institutions c'est au jour le jour, sur le terrain, que peut se bâtir un monde meilleur par la solidarité de tous par des efforts quotidiens, qui souvent n'ont rien de surhumains, par la confiance et la responsabilisation dans une véritable éthique du Développement Durable.

N'hésitons pas, Monsieur le Président, à nous engager dans cette voie, s'il devait en être autrement c'est le monde entier qui perdrait.