CAP VERT
 

Discours

de

Son Excellence, Commandant Pedro Pires,
Président de la République du Cap Vert

Sommet Mondial pour le Développement Durable 

Johannesburg; Afrique du Sud
2 septembre 2002.

Monsieur le Président, 
Monsieur le Secrétaire général, 
Excellences,
Mesdames, 
Messieurs,

Il est généralement rerconnu, que nous vivons dans un monde déséquilibré et instable. Mais, le plus inquiétant réside dans le fait que ces déséquilibres, au lieu de s'atténuer, s'aggravent au fil du temps. Un futur sûr exige, au contraire, un monde équilibré sur les plans environnemental, économique et social et dans le même temps, un monde d'espoir pour tous les peuples et pour tous les pays. 

Ce Sommet Mondial sur le Développement Durable, a pour objectif, je crois, de rechercher un compromis global solide qui permette graduellement, l'inversion des tendances perverses constatées, d'une part, et la construction des équilibres indispensables, d'autre part.

Des activités humaines menées d'une manière effrénée et incontrôlée, dans les domaines les plus divers, mettent aujourd'hui en péril, l'équilibre et le futur de la planète et de l'Humanité. En effet, l'on est parvenu à la prospérité actuelle, en bonne mesure, au prix de la déprédation du milieu environnant et du patrimoine naturel commun.

II est devenu nécessaire de rétablir l'harmonie entre économie, environnement et bien être social, car, comme cela est devenu une évidence : " l'environnement et le développement sont intimement liés "

II nous incombe donc, de concilier le présent et l'avenir. En ce sens, le développement durable doit pouvoir répondre aux besoins des générations présentes, sans compromette la capacité des générations futures de répondre aux leurs, dans l'esprit du Rapport Bruntland.

Paix, sécurité, stabilité et bonne gouvernance sont des conditions préalables au succès d'une politique de développement durable.

Au-delà des réponses aux nécessités immédiates, le développement durable, thème central du présent Sommet, doit également assurer l'élargissement des libertés fondamentales et la participation citoyenne, sur une base également durable.

C'est précisément dans un régime de co-responsabilité que réside la durabilité du futur. La coopération mondiale est nécessaire, que se soit pour combattre les privations actuelles, ou pour protéger notre futur commun. II devient également impérieux de raviver la solidarité humaine et de vaincre l'indifférence des « nantis » envers le calvaire des exclus.

II est urgent d'assurer l'exercice plein et l'usufruit effectif des droits et de dépasser ainsi la simple énonciation des principes. Or, l'heure est venue d'offrir à l'humanité une perspective d'espérance porteuse d'un futur prévisible, ambition qui requiert la mise en oeuvre de mesures préventives, pour anticiper les épreuves qui s'annoncent.

Les problèmes fondamentaux qui affectent le développement durable sont identifiés depuis le Sommet de Rio; les mesures nécessaires ont été formulées ; l'on reconnaît que les capacités et les ressources nécessaires ne manquent pas. II reste à gagner la volonté politique susceptible d'enclencher un programme cohérent de mise en ceuvre de ces mesures, dont la plupart ont fait d'ailleurs, l'objet d'accord.

Je me félicite de ce que nous soyons parvenus à bon nombre de consensus sur des problèmes importants et je ne doute pas que les divergences qui demeurent seront surmontées un jour ou l'autre.

II devient urgent, en effet, de protéger la nature à travers la rationalisation de l'usage des ressources naturelles, biens communs de l'humanité, en adoptant des modèles de consommation et de production durables.

L'éradication de la pauvreté constitue la priorité des priorités. Elle présuppose une action à terme et dans tous les domaines de l'activité humaine : l'économie, l'éducation, la formation, la recherche, la culture, la santé et l'environnement. Enfin, ce qui soustend le combat contre la pauvreté, c'est tout simplement le développement humain.

Pour atteindre les objectifs recherchés, un engagement ferme est indispensable, comprenant des mesures ciblées et des moyens suffisants, pour la mise en oeuvre d'un programme consensuel, réaliste et crédible de défense de l'environnement, de combat contre la faim et pour la sécurité alimentaire, d'accès à l'eau potable, à l'énergie et à la santé, de combat contre le sida et le paludisme; et enfin, pour la garantie de l'accès à l'éducation et à la formation, dans les pays en développement. Le résultat en sera, sans aucun doute, la réduction et l'éradication graduelle de la pauvreté.

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi ici de relancer une question qui revêt une énorme importance pour mon pays et pour l'Afrique en général: Il s'agit de la désertification. C'était d'ailleurs un des thèmes majeurs du processus de Rio. Face à la persistance de l'expansion des déserts, qui gagnent de vastes extensions de terres agricoles et devant l'urgente nécessité d'enrayer à tout prix cette tendance, le Forum de la Convention des Nations Unies contre la Sécheresse réunie à Praia, la capitale de mon pays, les 7 et 8 mars dernier, m'a chargé de présenter ses conclusions au présent Sommet Mondial et d'attirer l'attention des autres institutions internationales et des leaders mondiaux sur l'urgente nécessité d'une lutte globale et sans trêve contre la désertification.

En effet, la désertification constitue, par ses conséquences, un facteur d'appauvrissement de l'homme et de la terre. C'est pourquoi, il nous faut doter la Convention Contre la Désertification, des moyens nécessaires à la mise en oeuvre de son programme, et notamment d'un mécanisme financier susceptible de lui permettre de faire face aux situations difficiles, sinon désastreuses créées par la désertification et l'avancée du désert. j'en appelle ainsi, à une action internationale vigoureuse et persistante dans le combat contre ce fléau qui menace la planète.

Monsieur le Président, 
Mesdames, Messieurs,
 
Par leur gravité et leur ampleur, les problèmes globaux traités au cours de ce Sommet méritent de l'être effectivement dans un cadre multilatéral. II s'agit en outre, d'établir un système de partage des responsabilités, encore que différencié, pour mener à bien l'application des mesures en vue de la résolution graduelle et progressive de ces problèmes.

D'ailleurs, l'humanité est liée par un destin commun et la construction de ce destin ne saurait être que de la responsabilité de tous et l'oeuvre de chacun. Pour cela, nous devrons forger les normes éthiques correspondantes, fondées sur l'unicité et la communauté de destin, sur la co-responsabilité dans la gestion du futur et sur la solidarité internationale intégrant une forte conscience humaniste et écologique. Faisons-le pour que nos petits-enfants puissent jouir d'un monde plus équilibré, plus sûr et prometteur !

En terminant, j'aimerais saluer Monsieur Koffi Annan pour ses efforts persistants en vue de maintenir dans l'agenda international des problèmes et des situations d'urgence et de capitale importance pour le futur de l'humanité. II m'est agréable, enfin, de féliciter le Président Thabo M'Beki pour sa contribution personnelle et celle de son pays en vue de créer les conditions matérielles et morales nécessaires au débat de questions si cruciales, surtout pour l'Afrique.

Je vous remercie !