COMITÉ INTERNATIONAL DE LA CROIX-ROUGE

Discours

de

Madame Anne Petitpierre
Vice-Presidente
du Comité international de la Croix-Rouge

Sommet mondial sur le développement durable

Johannesburg, South Africa
26 aoùt - 4 septembre 2002



Monsieur le Président,

Le développement durable est souvent défini comme l'amélioration de la qualité de la vie d'aujourd'hui sans mettre en péril celle de demain. A bien des égards, la guerre peut ainsi ìtre définie comme le contraire du développement durable. En effet, la guerre, quelles que soient ses causes et ses justifications, s'accompagne inévitablement d'un effet destructeur. Cet effet peut ìtre immédiat en se traduisant en pertes de vies humaines. Mais il peut -aussi ìtre-durable lorsqu'il se manifeste sous la forme, par exemple, du déplacement d'une population, de la démolition d'une école ou de la destruction d'une zone de production agricole. Les conflits armés ont toujours un effet de déstabilisation des individus et des structures sociales. Ils détournent des ressources économiques utiles vers des objectifs de destruction et provoquent souvent des atteintes á long terme aux ressources naturelles.

L'antagonisme entre la guerre et le développement durable a été pleinement reconnu, il y a 10 ans, á Rio. Le principe 24 de la déclaration qui y a été adoptée affirme que, je cite, "la guerre exerce une action intrinséquement destructrice sur le développement durable". Aussi, la promotion de solutions pacifiques aux conflits est l'une des meilleures contributions que l'on puisse faire au développement durable.

Monsieur le Président,

Une fois qu'un conflit a éclaté on ne peut qu'alléger son effet destructeur.

Mìme la guerre a des limites. Et ces limites sont notamment fixée par le droit international humanitaire. Les parties au conflit doivent! ainsi, en tout temps, faire lá distinction entre la population civile et les combattants, de mìme qu'entre les biens de caractére civil et les objectifs militaires, les attaques ne pouvant ìtre dirigées que contre ces derniers. Un certain nombre de biens sont l'objet d'une protection spécifique, comme lés hôpitaux, les biens culturels et les lieux de culte, les zones agricoles, les réserves d'eau potables, ou les ouvrages et les installations contenant des forces dangereuses. De plus, le droit international humanitaire limite ou prohibe l'utilisation de certaines armes qui peuvent affecter l'environnement naturel mìme de nombreuses années aprés la fin des hostilités, comme, par exemple, les mines antipersonnels. Le choix des méthodes et moyens de guerre ne peut pas ìtre fait sans avoir dùment considéré l'impact á long terme de ce choix.

Ces derniéres années, dans son rôle de gardien du droit humanitaire, le CICR a porté une attention particuliére aux dispositions visant á la protection de l'environnement en période de conflit armé. Aprés consultation d'un groupe d'experts internationaux, il a ainsi proposé des Directives pour les manuels d'instruction militaire sur la protection de l'environnement en période de conflit armé. En 1994, l'Assemblée Générale des Nations unies a invité tous les Etats á les "diffuser largement" et a "dùment envisager la possibilité de les intégrer dans (...) [les] instructions destinées á leur personnel militaire". J'encourage toutes les personnes intéressées par cette initiative pratique á contacter une délégation du CICR.

On l'a vu, les régles pouvant contribuer á préserver les conditions d'un développement durable pendant les conflits armés ne manquent pas. Ce qui manque en revanche, c'est leur respect. II s'agit donc de les diffuser, de les enseigner, de les appliquer et de les faire appliquer.

Monsieur le Président,

L'action humanitaire peut et doit aussi jouer un rôle en faveur du développement durable. La guerre- est une période de perturbation dans un processus de développement. L'intervention visant á limiter les effets de cette perturbation doit donc s'inscrire dans le cadre de ce processus. A de rares exceptions prés, le modéle de l'opération humanitaire ne faisant recours qu'á des ressources extérieures se révéle á la fois cher et, pour autant qu'il soit adapté, d'une efficacité trés limitée dans le temps. II s'agit donc de stimuler les ressources matérielles et humaines locales plutôt que de se substituer entiérement á elles. En faisant appel á ces ressources, on contribue á leur maintien, voire á leur renforcement, pendant la période de crise, et on leur donne une chance de participer pleinement á la reprise du processus de développement aprés la période de crise.

Le CICR s'efforce ainsi, dés le lancement d'une opération d'urgence, de se placer dans la perspective du développement durable. Par exemple, si une région doit faire face á une pénurie d'eau potable, plutôt que de créer de toute piéce une structure nouvelle, il préférera réhabiliter et soutenir une station de traitement de l'eau existante. Cette station continuera ainsi á fonctionner et sera prìt á reprendre son rôle normal dés la fin des hostilités. Toutes nos interventions d'assistance, que ce soit dans les domaines de l'eau et de l'assainissement, de l'alimentation ou de la santé se fondent sur les mìme principes. J'ajoute que, dans le cadre de cette apprôché, lé CICR â lâ chance dé pouvoir s'appuyer sur lés sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge des pays concernés. Celles-ci représentent une ressource locale précieuse dont le rôle s'étend au-delá de l'urgence créée par un conflit armé et qui peuvent apporter une contribution substantielle á la reconstruction d'une société durable.

En conclusion, Monsieur le Président, je souhaite souligner une fois encore que nous ne pouvons pas laisser la guerre tout détruire. Les outils nécessaires pour sauvegarder les acquis et préserver une perspective d'avenir sont á notre disposition. II nous incombe á tous d'en faire usage.