CHINE
 
 
 

INTERVENTION

DE

MONSIEUR ZHU RONGJI
PREMIER MINISTRE DU CONSEIL DES AFFAIRES D'ÉTAT DE 
LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE  CHINE

SOMMET MONDIAL SUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

Johannesburg, Afrique du Sud
3 septembre 2002


       Monsieur le Président,

       À l'occasion du loe anniversaire de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, les dirigeants de divers pays du monde se réunissent de nouveau pour dresser le bilan du passé, envisager l'avenir et discuter ensemble des grands enjeux du développement durable de notre planète. C'est là un événement d'importance majeure. Au nom du gouvernement et du peuple chinois, je tiens à saluer chaleureusement la tenue du Sommet mondial sur le développement durable et à remercier sincèrement le gouvernement et le peuple sud-africains pour la contribution qu'ils y ont apportée. La convocation de ce Sommet en Afrique, peu après la création de l'Union africaine, revêt une grande portée, aussi profonde que durable. Je suis convaincu que grâce à l'institution de l'Union africaine et à la mise en oeuvre du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique, le continent africain connaîtra certainement de nouveaux changements historiques et fera un nouvel apport à la paix et au développement dans le monde.

       Réaliser le développement durable est une tâche importante et pressante à laquelle se trouve confrontée la communauté internationale. Il y a 10 ans, les dirigeants de divers pays du monde ont défini, à Rio de Janeiro au Brésil, les principes et objectifs du développement durable ainsi qu'un programme d'action en la matière. Au cours des dix années écoulées, la communauté internationale et les gouvernements nationaux ont oeuvré inlassablement à la mise en oeuvre de la Déclaration de Rio comme d'Action 21 et franchi des pas significatifs dans la promotion du développement de l'économie en harmonie avec la population, les ressources et l'environnement. La coopération multiforme sur l'environnement et le développement s'est approfondie aux niveaux régional et bilatéral. Pourtant, nous ne voyons aucun signe d'un coup d'arrêt décisif à la dégradation de l'environnement. Les vieux problèmes, tels que la pauvreté, la famine, le gaspillage de ressources et la destruction écologique, restent toujours sans issue,alors que de nouvelles menaces, comme l'anomalie climatique, le manque d'eau douce et la propagation du VIH/sida, ne cessent d'apparaître. Avec l'accentuation de la mondialisation économique, l'écart Nord-Sud et le fossé numérique s'élargissent toujours davantage. Surtout sévissent le terrorisme, les conflits régionaux, la criminalité transfrontalière, le trafic de drogue et d'autres graves fléaux, autant de problèmes compromettant la paix et la sécurité. De toute évidence, la communauté internationale a un long chemin à parcourir et une lourde tâche à accomplir pour réaliser les objectifs du développement durable fixés dans Action 21, car les pressions pesant sur elle et les défis qu'elle a à relever augmentent au lieu de diminuer.

       Monsieur le Président,

       Le monde du 21' siècle traverse des *mutations aussi profondes que complexes. La révolution scientifique et technologique à la faveur des nouvelles percées, représentées par l'informatique et la biotechnologie, prend un essor fulgurant. La recherche de la paix, la promotion du développement et le désir de la coopération constituent un courant irrésistible de notre époque. Les peuples des divers pays affirment leur aspiration ardente à la tranquillité, au bien-être et au développement durable. Dans le contexte actuel, il nous faut poursuivre, plus résolument et avec des pas encore plus solides, la voie du développement durable, en tenant compte de l'harmonie Homme-Nature et de l'interaction bénéfique entre la protection de l'environnement et la promotion du développement. Je voudrais donc exposer ici les vues suivantes

       1. Mieux pénétrer le sens du développement durable. Le développement durable, nouveau concept de développement défini au Sommet de Rio en 1992, consiste au fond à changer les mentalités et les modèles de développement classiques. Le développement économique, au lieu de gaspiller les ressources et d'endommager l'environnement écologique, doit favoriser la mise en valeur durable des ressources et le cercle vertueux de l'écosystème. Comme la situation et le degré de développement varient d'un pays à l'autre, il y a différents modèles de développement durable. Il importe de se baser inébranlablement sur un développement diversifié en faveur de tous les pays, pour promouvoir un développement global par le développement sur le plan local. Il convient d'examiner conjointement les problèmes nationaux et ceux de l'environnement planétaire, en vue d'un développement durable mondial.

       2. Conjuguer impérativement les efforts de tous les pays du monde pour réaliser le développement durable. Il faut bâtir, dans le but d'un développement partagé, un partenariat d'un type nouveau, marqué par le respect mutuel, l'égalité et les avantages réciproques. Il est nécessaire d'insister sur les principes retenus par la Conférence de Rio, notamment celui des « responsabilités communes mais différenciées ». L'ONU doit jouer un rôle actif dans l'harmonisation de la stratégie générale de l'environnement et du développement à l'échelle internationale, le transfert et les consultations technologiques, la formation de même que l'assistance en matière de ressources humaines. Les organisations et institutions internationales et régionales concernées doivent renforcer leur coopération avec les différents pays, notamment les pays en développement. Il convient pour tous les pays de mobiliser l'enthousiasme des associations, des entreprises et des larges masses populaires dans un effort commun visant à réaliser le développement durable.

       3. Renforcer la coopération scientifique et technologique pour le développement durable. Dans le monde actuel, les sciences et les technologies se développent rapidement, devenant une force motrice toujours plus puissante du progrès social de l'humanité. Il convient donc de valoriser les acquis scientifiques et technologiques, notamment ceux de l'informatique et de la biotechnologie, dans l'utilisation des ressources, la protection de l'environnement et la construction écologique. La diffusion des sciences et des technologies doit être sans frontières. Il incombe donc à la communauté internationale et aux gouvernements des divers pays du monde d'adopter des politiques et des mécanismes nouveaux propres à résoudre les contradictions entre la protection de la propriété intellectuelle et la généralisation ainsi que l'application des découvertes scientifiques et technologiques, et à promouvoir le transfert international de technologies.

        4. Créer un environnement économique international favorable au développement durable. L'instauration au niveau international d'un nouvel ordre économique et d'un nouveau système commercial qui soient justes et équitables conditionne la réalisation du développement durable. Dresser des barrières commerciales avec des critères environnementaux trop exigeants, cela, loin de servir à la protection de l'environnement, portera une grave atteinte à la capacité des pays en développement de réaliser leur développement durable. La communauté internationale doit plutôt se montrer tout à fait compréhensive vis-à-vis -des difficultés des pays en développement dans les domaines financier, commercial, de l'endettement..., et prendre des mesures énergiques en vue d'éliminer le protectionnisme sous toutes ses formes. La nécessité s'impose notamment aux pays développés d'ouvrir leurs marchés et de lever les barrières commerciales qu'ils ont dressées. Les pays en développement ont intérêt à participer activement à la coopération et à la concurrence internationales, de façon à accroître sans cesse leur capacité en matière de développement durable. À cet égard, nous appelons le nouveau cycle de négociations multilatérales sur le commerce mondial à traiter les rapports entre le commerce et l'environnement judicieusement, de sorte qu'ils exercent l'un sur l'autre un impact bénéfique.

        5. Assurer la paix et la stabilité mondiales, facteurs indispensables à la promotion du développement durable. La paix constitue la plus importante condition préalable à l'existence et au développement de l'humanité. À l'heure actuelle, la situation internationale est marquée dans son ensemble par la paix, la détente et la stabilité, et sur le plan local, par la guerre, la tension et le bouleversement. Bref, notre globe est loin d'être tranquille. Tous les pays du monde se doivent, dans le respect des buts et principes de la Charte des Nations Unies ainsi que des normes régissant les relations internationales universellement reconnues, d'oeuvrer en commun pour préserver la paix et la stabilité aux niveaux régional et mondial. Il faut régler pacifiquement tout litige international et tout conflit régional, en s'opposant au recours à la force et à la menace de la force.

       Les problèmes de l'environnement et du développement préoccupent tous les peuples du monde. Les conférences mondiales organisées ces dernières années par l'ONU en la matière ont permis de dégager bien des consensus importants et de prendre bon nombre d'engagements solennels. Le Sommet du Millénaire tenu à New York en septembre 2000 a même déterminé des objectifs visant à éradiquer la pauvreté, à intensifier le développement économique et à promouvoir le progrès social. L'opinion publique attend du présent Sommet qu'il déploie des efforts effectifs pour la réalisation des objectifs et des engagements susmentionnés.

Monsieur le Président,

       Après le Sommet de Rio, le gouvernement chinois, hautement responsable et fidèle à ses engagements, a été parmi les premiers à adopter un programme national d'Action 21. En effet, il a élaboré l'Agenda 21 en Chine, défini et mis en oeuvre deux stratégies, celle du renouveau de la nation par la science et l'éducation, puis celle du développement durable. Il y a fixé les priorités et établi des plans d'action pour le développement durable de la Chine au début du 21' siècle. La Chine a édicté et révisé plus de 120 lois, décrets et règlements portant respectivement sur la population, le planning familial, la protection de l'environnement, la gestion des ressources naturelles, ainsi que la prévention et la réduction des calamités. Elle a créé à cet égard des structures de gestion impliquant la participation de différentes institutions gouvernementales et fonctionnant aux divers échelons, des autorités centrales à la base. Par ailleurs, elle a adhéré à une série de conventions internationales et décidé de ratifier le Protocole de Kyoto, tout en prenant une part active à la coopération internationale dans le domaine de l'environnement.

Dix ans de travail ardu ont permis à la Chine d'appliquer la stratégie de développement durable dans tous les secteurs de son développement 
économique et social, d'impulser vigoureusement sa croissance économique, entretenue à un rythme soutenu et en harmonie avec la population, les ressources et l'environnement, et d'enregistrer des succès remarquables, qui ont retenu l'attention mondiale. Grâce à sa réforme et à son ouverture sur l'extérieur, la Chine a augmenté de 158% son PIB au cours de la dernière décennie. Tout en assurant une croissance économique rapide et soutenue de même qu'une amélioration continue de la vie du peuple, elle a réussi à contrôler la poussée démographique trop forte, à renforcer la protection et la gestion des ressources naturelles, à accélérer le traitement de la pollution et les travaux écologiques. Ainsi, dans certaines villes et régions, la qualité de l'environnement a-t-elle connu une nette amélioration. Ces dernières années notamment, la Chine a accentué son effort d'investissement en matière environnementale. De 1998 à 2002, une enveloppe de 580 milliards de yuans RMB, soit 1,29% du PIB de la même période, a été affectée à la protection de l'environnement et aux projets d'aménagement écologique. C'est là une somme 1,8 fois supérieure à la totalité des investissements engagés de 1950 à 1997 dans ce domaine. Après une exploration de longue haleine, la Chine a trouvé un mode de développement qui lui est propre, et elle voit s'ouvrir devant elle de belles perspectives de développement durable. D'ici à 2005, la dégradation persistante de l'environnement écologique sera endiguée dans son ensemble, et le total des émissions des principaux polluants, réduit de 10% par rapport à l'an 2000. En 2010, le PIB de la Chine sera doublé en comparaison avec celui de 2000. A ce moment-là, le peuple chinois jouira à la suite d'un effort constant d'une formation bien meilleure sur divers plans, l'exploitation des ressources territoriales du pays s'organisera plus rationnellement, l'environnement écologique connaîtra une amélioration plus sensible, et davantage de réalisations seront accomplies dans le cadre d'un développement de l'économie en harmonie avec la population, les ressources et l'environnement.

       Monsieur le Président,

       La Chine, le plus grand pays en développement, est une force importante pour la protection de l'environnement et un membre de poids dans la coopération internationale en cette matière. Elle est pleinement consciente des responsabilités qui lui incombent. Mener à bien ses affaires, cela constitue en soi une contribution au développement durable du monde. La Chine a une population fort nombreuse, mais peu de ressources disponibles par habitant. Elle a un environnement écologique fragile. Son développement économique est déséquilibré dans les différentes régions, et la qualité globale de son économie laisse à désirer. Cet état de choses amène d'énormes pressions et de sérieuses difficultés à la Chine en train d'appliquer sa stratégie de développement durable. Néanmoins, nous allons poursuivre nos efforts inlassables, assumer sans défaillance nos responsabilités et traduire en actes nos engagements, en suivant résolument la voie du développement durable. Je suis fermement convaincu que la présente Conférence incitera les différents pays à mieux appliquer la stratégie d'un développement durable. Tout comme par le passé, nous allons prendre une part active à la coopération internationale en matière environnementale et joindre nos efforts à ceux de tous les autres pays du monde pour la protection de l'environnement planétaire, la réalisation du développement durable dans le monde et le progrès dans la solidarité de l'humanité entière. L'avenir sera meilleur pour la Chine et pour le monde !
 

       Je vous remercie, Monsieur le Président.