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Declaration de M. Amara ESSY
SOMMET MONDIAL SUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE Johannesbourg (Afrique
du Sud)
Monsieur le Président,
Depuis la Conférence de Stockholm, il y a une trentaine d'années, la relation symbiotique entre le développement et l'environnement a été un sujet de préoccupation constante dans le processus du développement mondial. La Communauté internationale a renouvelé cette préoccupation en adoptant le programme de l'Agenda 21, lors de la Conférence mémorable de Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992. Dans ce programme, des stratégies individuelles et collectives, pour la promotion du développement mondial, en tenant pleinement compte de la nécessité de protéger l'environnement, ont été arrêtées. Il faut cependant reconnaître que, dans un contexte mondial qui évolue rapidement, la mise en couvre de l'Agenda 21, au fil des années, aura été, au mieux, modeste. Les intérêts des pays dans le domaine du développement ont évolué ou changé au gré des circonstances. La constitution de blocs politiques dans le monde, le phénomène de la mondialisation, mû par les progrès technologiques, ont apporté des avantages considérables à certains pays, tandis que d'autres en sont sortis perdants. En ce qui concerne l'Afrique en particulier, nous avons noté des progrès et des échecs. Faudrait-il rappeler que, depuis Rio, beaucoup ont pris conscience de la fragilité de l'environnement et des ressources naturelles. Nombre de pays ont mis en place des cadres politiques, législatifs et réglementaires, ou renforcé les dispositifs existants, notamment en ratifiant des conventions régionales et mondiales sur l'environnement. Un grand nombre d'États ont formulé et mis en oeuvre divers plans d'action environnementaux. L'espérance de vie, dans bon nombre de pays, est encore basse, même si elle s'est relevée depuis Rio. Dans certains pays, elle a même chuté. Si le taux d'alphabétisation reste bas, l'accès à l'éducation s'améliore, en particulier pour les filles qui jouent, désormais, le rôle crucial d'agents du changement pour le développement durable. Toutefois, 58% seulement de la population du continent a accès à l'eau potable. Au plan naturel, il y a un accroissement de la fréquence des catastrophes naturelles qui n'est d'ailleurs pas propre au continent africain. Ceci se solde par d'importantes pertes en vies humaines et de lourds coûts socio-économiques, ce qui constitue un obstacle majeur aux efforts déployés par le continent africain pour parvenir à un développement durable, en particulier vu l'insuffisance des capacités de la région pour prévoir, surveiller, gérer et atténuer les catastrophes naturelles. En outre, l'on constate que la sécurité alimentaire en Afrique s'est dégradée jusqu'à atteindre un seuil critique, puisque plus de 200 millions de personnes sont actuellement sous-alimentés et que 500 millions d'hectares de terres sont affectés par la dégradation des sols, dont 65% de terres agricoles. Ces tendances défavorables aggravent le problème de la pauvreté en Afrique, car le secteur agricole comprend 70% des populations les plus pauvres et représente 40% du produit intérieur brut (PIB) de la région. Par ailleurs, la plupart des économies africaines sont en déclin, en qualité comme en quantité. La croissance du PIB dans la moitié de la région est restée en-deçà de 2% par an. L'Afrique, contrairement à d'autres régions du monde, ne reçoit que très peu d'investissements privés. Parallèlement, l'aide publique au développement n'a jamais atteint les objectifs fixés à Rio et le fardeau de la dette augmente. De plus, les guerres, les troubles civils et la prolifération des armes légères entravent les efforts déployés par beaucoup de pays africains pour instaurer un développement durable. C'est dans ce contexte que l'OUA/UA s'est fortement impliquée dans le processus préparatoire africain de Johannesbourg, en collaboration avec le programme des Nations unies pour l'environnement, la Commission économique pour l'Afrique, les Communautés économiques sous-régionales et la Banque africaine de développement. Nous avons finalisé ce processus par un rapport et une déclaration ministérielle. Je me félicite que les propositions faites par le continent aient été intégrées dans le cadre des négociations préparatoires. N'oublions pas que l'objectif primordial du Sommet de Johannesbourg est d'identifier les domaines prioritaires critiques de développement et de convenir des stratégies concrètes de mise en ceuvre. Pour l'Afrique, ce Sommet est important dans la mesure où sa substance correspond aux évolutions récentes intervenues sur le continent. Je voudrais, à cet égard, rappeler que le 09 juillet 2002 à Durban, ici en Afrique du Sud, l'Afrique a effectué un pas de géant vers la mise en place de l'Union africaine (UA). Le continent, à travers cette Union, a la volonté d'accélérer le processus de promotion du développement durable et de réduction de la pauvreté, et de résoudre les autres problèmes tels que les conflits et l'instabilité politique qui le minent. Une des principales stratégies de l'Union africaine est d'assurer l'intégration des marchés, la participation politique démocratique, la bonne gouvernance et la mise en place d'infrastructures politiques et économiques continentales. Mais auparavant, en juillet 2001 à Lusaka en Zambie, la Conférence des chefs et de gouvernement aadopté une résolution sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) comme programme pour le développement durable. Le NEPAD met notamment l'accent sur les domaines critiques, en particulier l'agriculture, la pauvreté, la santé et le renforcement des capacités. Mesdames et Messieurs, En ce qui concerne l'Afrique, les résultats de ce Sommet ne seront valables pour le développement durable que s'ils proposent des solutions adéquates aux questions fondamentales. Par exemple pour la santé, outre les effets dévastateurs des maladies infectieuses comme le paludisme et la tuberculose, le VIH/SIDA a considérablement entravé le processus de développement sur le continent au cours de ces dix dernières années. L'impact du VIH/SIDA a eu de graves conséquences économiques et sociales dans nombre de pays africains, à tel point que l'on est en droit de se poser des questions sur les perspectives de développement. C'est pourquoi les pays africains se sont engagés à mettre en oruvre la déclaration d'Abuja sur le VIH/SIDA, la tuberculose et autres maladies infectieuses connexes, adoptée le 27 avril 2001. Le plan de mise en ceuvre du Sommet de Johannesbourg doit prendre en compte les questions liées à la santé. Une autre question d'intérêt pour l'Afrique est l'aide étrangère. Il convient de rappeler que l'Agenda 21 préconise la coopération entre partenaires du développement quant à cette question. Toutefois, l'examen à mi-parcours du programme, en 1996, et les études effectuées depuis peu, ont révélé la baisse du flux de l'aide étrangère vers les pays en développement, notamment les pays africains. Il serait nécessaire d'accroître l'aide étrangère à ces pays pour leur permettre d'honorer leurs engagements pour un développement durable. De même, la stratégie de l'allègement de la dette devrait séappliquer au-delà de l'initiative actuelle en faveur des pays pauvres très endettés (IPPE), pour débloquer des ressources au profit des pays les moins avancés. Les obstacles à l'expansion du commerce international des pays
africains constituent aussi pour ceux-ci de sérieux handicaps au
développement durable. Nous lançons un appel pour une mise
en œuvre rapide des accords conclu à Doha. Ainsi, une large expansion
du commerce international dans les pays africains pourrait, entre autres,
entraîner la diversification de leurs exportations, permettre l'amélioration
de leur pouvoir de négociation, ainsi que la levée des barrières
tarifaires et le contingentement sur leurs produits d'exportation, notamment
les produits agricoles, sur les marchés des pays en développement.
Mesdames et Messieurs, Le moment est venu, pour la Communauté internationale, d'envisager de meilleures perspectives pour la réalisation d'un développement durable. II est temps d'éradiquer la pauvreté et d'arrêter la dégradation de l'environnement. En conséquence, le présent Sommet ne serait utile à l'humanité que si ses résultats contribuent à la consolidation des objectifs de développement du millénaire et du consensus de Monterrey. Mais de meilleures perspectives supposent un engagement politique ferme pour appliquer la déclaration de politique et le plan de mise en ceuvre qui seront adoptés par ce Sommet. Il conviendrait d'y aborder plus efficacement les questions ayant trait à l'éradication de la pauvreté, à la santé, aux finances, au commerce et aux institutions, c'est-à-dire de les examiner plus en détail afin d'y trouver des solutions réalistes. En ce qui concerne la mise en oeuvre du plan, il faudrait, avant toute
chose, accorder une attention toute particulière aux questions liées
au développement durable en Afrique, chaînon le plus faible
dans le processus de développement mondial en cours. Par ailleurs,
la promotion du développement durable en Afrique servirait de catalyseur
dans la mise en oeuvre de l'Union africaine et de son programme, le NEPAD.
Je vous remercie de votre attention. |