Discours de S . E . M. Simfétchéou PRE Ministre du Plan
de 1'Aménagement du Territoire, de 1'Habitat et de l'Urbanisme, Chef de Délégation à 1a Troisième Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés
(Seul le texte prononce fait
foi)
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général des
Nations Unies
Monsieur le Secrétaire Général de la CNUCED,
Honorables Délégués,
Mesdames et Messieurs,
Rejoignant les distingués orateurs qui m'ont précédé à
cette tribune, je voudrais, au nom de la Délégation togolaise, présenter à
vous, Monsieur le Président, ainsi qu'aux autres membres du Bureau, nos vives
et chaleureuses félicitations pour votre brillante élection et le talent avec
lequel vous conduisez les travaux de cette 3e Conférence des Nations Unies sur
les Pays les Moins Avancés.
Nos félicitations s'adressent également au Secrétaire
Général de la CNUCED, Monsieur Rubens RECUPERO, à ses collaborateurs et, à
travers eux, au Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Kofi ANNAN, pour
les efforts inlassables qu'ils ont déployés, afin que puissent se tenir les présentes
assises, et se réaliser un large consensus autour du projet de Programme
d'Action en faveur des PMA pour les dix ans qui viennent.
A l'Union Européenne, qui a consenti des moyens
importants pour l'organisation de cette Conférence qu'elle accueille
aujourd'hui et en témoignage de l'intérêt qu'elle porte à la situation des PMA,
nous exprimons notre profonde gratitude.
Je voudrais enfin, remercier le Gouvernement du Royaume
de Belgique, pour sa chaleureuse et cordiale hospitalité et pour les facilités
accordées, afin d'assurer le succès de cette Conférence.
Monsieur le
Président,
Notre présence aujourd'hui en ces lieux, ne se justifie
que par notre désir commun de trouver des solutions efficientes aux nombreux
défis que les 614 millions de personnes vivant aujourd'hui dans les Pays les
Moins Avancés sont appelés à relever.
Permettez-moi de rappeler que la deuxième Conférence des
Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés, tenue à Paris en septembre 1990,
avait permis une vraie convergence de vues et d'objectifs de la Communauté
Internationale, et suscité beaucoup d'espoir pour nos pays. En effet, la
Déclaration de Paris et le Programme d'Actions constituaient une expression
forte de responsabilité partagée des PMA et de leurs partenaires, ainsi qu'un
engagement solennel d'arrêter et de changer le cours du déclin des conditions
socioéconomiques des PMA.
Ils affirmaient entre autres principes, que les PMA ont
la responsabilité première d'élaborer et de mettre en oeuvre des stratégies et
des politiques de développement efficaces, et que leurs partenaires des pays
développés devaient s'engager à leur fournir un soutien extérieur approprié.
Le Programme d'Actions énonçait par ailleurs que le
développement devait être centré sur le bien-être humain, avoir une large base
et concerner les problèmes de long terme. Tout en insistant sur un ensemble de
facteurs et d'objectifs de développement non économiques, y compris le respect
des droits de l'homme, la démocratisation et la participation populaire au
processus du développement, le programme reconnaissait que la croissance
économique était indispensable pour la réalisation de ces objectifs.
L'optimisme et l'espoir suscités par la Conférence de Paris, ont incité nos
pays à poursuivre courageusement, les réformes économiques engagées depuis les
années 80 visant à promouvoir un développement à long terme, grâce à
l'instauration d'un cadre réglementaire beaucoup plus libéral et incitatif pour
la promotion du secteur privé.
Malgré les efforts et les sacrifices consentis,
l'objectif principal du Programme d'Actions, qui était d'empêcher la situation
économique et sociale des PMA de se dégrader davantage et de les mettre ainsi
sur la voie d'une croissance et d'un développement durable, n'a pas été atteint.
Comme le souligne le rapport 2000 de la CNUCED, sur les
PMA, l'évolution économique et sociale dans les années 90, reste marquée par :
Face à ce constat, notre réflexion collective dans le cadre
de la présente Conférence, doit prendre en compte les multiples défis qui
interpellent la Communauté Internationale dans son ensemble pour la prochaine
décennie.
Que faire en effet, pour éviter que les PMA demeurent
dans une situation de sous-développement perpétuel à l'ère de la mondialisation
? Telle est la question fondamentale à laquelle nous devons trouver une réponse
urgente. Une réponse réaliste à cette question suppose que s'instaurent, entre
les diverses composantes de la Communauté Internationale, de nouvelles
relations de solidarité orientées que par le passé, vers des actions concrètes
de développement.
II est certes acquis que les réformes de politiques
économiques et les efforts d'ajustement entrepris par les PMA, constituent une
condition nécessaire à une croissance et à un développement durable.
II n'est pas moins vrai, qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes, et qu'ils
doivent être soutenus par un appui des pays industrialisés, notamment en
matière d'Aide Publique au Développement, d'allégement et d'annulation de la
dette, de financement compensatoire et de commerce extérieur.
A cet égard, les réflexions du Secrétaire Général de la
CNUCED contenues dans la partie < Aperçu Général du rapport 2000 de cette
organisation sur les Pays les Moins Avancés > méritent une attention
particulière.
Nous sommes d'avis que nos Pays doivent mettre en oeuvre
des stratégies visant à instaurer un cercle vertueux d'investissements,
d'exportations et d'épargne, gage d'une croissance économique soutenue et
accélérée reposant sur le développement des capacités de production et la
compétitivité internationale.
Mais pour ce faire, une nouvelle politique de partenariat devra s'instaurer
pour renforcer ces effets, en soutenant financièrement et techniquement les
mesures, qui doivent être prises pour garantir un large accès aux moyens de
production et pour intégrer les populations marginales dans les secteurs de
croissance de la productivité.
C'est pourquoi, nous exhortons la Communauté Internationale, et en
particulier les pays développés et les institutions multilatérales de
coopération financière, à redoubler d'efforts pour nous apporter aux PMA, toute
l'assistance nécessaire à cette fin.
II s'agit d'augmenter substantiellement l'aide accordée à nos pays sans
l'assortir de conditions et de modalités qui sont susceptibles d'entraver le
développement et le progrès.
L'endettement extérieur persistant de nos pays complique aussi sérieusement
la tâche consistant à échapper au piège des bas revenus qui est au coeur du
financement du développement.
Comme vous le savez, une lourde dette extérieure pèse de différentes
manières sur l'investissement interne. Les paiements effectués au titre du service
de la dette absorbent des devises et réduisent d'autant la capacité d'importer
des biens d'équipement et de financer les dépenses consacrées aux services
sociaux essentiels.
Je voudrais évoquer ici les efforts faits par les institutions de Bretton Woods
depuis le lancement en 1996 de l'initiative en faveur des Pays Pauvres Très
Endettés (PPTE) pour alléger à ces pays le fardeau de la dette.
Tout en remerciant ces institutions pour
l'assouplissement des critères d'éligibilité et la mobilisation des fonds pour
I initiative PPTE renforcée, ma délégation voudrait attirer l'attention de la
Communauté Internationale sur le fait que cet allégement supplémentaire risque
de ne pas avoir d'incidences majeures directes sur une réduction de la pauvreté
sil n'est pas accompagné d'un accroissement de l'Aide Publique au
Développement.
S'agissant de l'Aide Publique au Développement, nous
notons avec préoccupation sa diminution d'année en année et surtout depuis
1995.
II serait utile que le Programme d'Actions que nous
allons adopter, contienne des dispositions visant à reconduire au moins les
engagements concernant le financement extérieur qui avaient été pris à Paris en
1990 et à inviter la communauté internationale à redoubler d'effort pour
atteindre, voire dépasser les objectifs fixés.
En outre, les pays développés doivent encourager les
capitaux privés étrangers à s’investir massivement dans les Pays les Moins
Avancés dans la mesure où ceux-ci s'organisent pour leur offrir les garanties
de sécurité recherchée.
Avec la mondialisation dans le contexte de l'Organisation
Mondiale du Commerce, les Pays les Moins Avancés, dont le Togo, ont des raisons
valables de craindre la concurrence commerciale à laquelle leurs économies ne
sont pas assez préparées.
Mon pays voudrait évoquer notamment la question des
opportunités qui pourraient être offertes aux PMA en terme d'accessibilité de
leurs produits aux marchés des pays industrialisés et en matière de sauvegarde
des termes de l'échange dans le souci de défendre le pouvoir d'achat de nos
pays.
II faudrait à ce propos, concevoir des mesures énergiques
d'accompagnement, tant il est vrai que les entreprises fragiles des secteurs
sensibles comme l'agriculture et les unités de production jeunes ou de petite
taille, ont souvent besoin d'une protection de l'Etat ou d'une subvention
publique.
Des efforts doivent être également faits pour apporter
aux Pays les Moins Avancés, l'assistance financière et technologique nécessaire
à la diversification et à la transformation de leurs produits en vue de réduire
les fréquentes fluctuations de leurs recettes d'exportations.
S'agissant de la valorisation des ressources humaines de
nos pays, la Communauté Internationale veillera à aider les Pays les Moins
Avancés dans la formulation et l'exécution de leurs politiques démographiques,
de santé publique, d'éducation et de formation pour un développement
harmonieux.
Monsieur le Président,
Je souhaiterais à l'occasion de cette importante
rencontre d'échanges et de concertation, vous faire partager nos espoirs et nos
contraintes quant aux perspectives de développement de notre pays le Togo.
L'évolution de notre économie a été marquée au cours des
années 1990 par une crise socio-politique que vous connaissez et une dépression
qui ont conduit à une détérioration profonde de la situation économique,
financière et sociale du pays au cours de cette période.
En vue de remédier à cette situation, le gouvernement a
concentré ses efforts sur la mise en oeuvre de réformes et de politiques économiques
axées sur la promotion du développement à long terme.
Toutefois, la situation économique globale du pays ne s'est pas
sensiblement améliorée à cause de certains contraintes tant internes
qu'externes propres aux PMA.
Pour l'avenir, les efforts du gouvernement porteront sur la poursuite de
l'assainissement du cadre macro-économique et des réformes structurelles et
sectorielles, et sur l'accélération de la croissance économique en vue de
lutter efficacement contre la pauvreté.
L'assainissement du cadre macro-économique mettra
l'accent sur l'accroissement des recettes fiscales, la restructuration des
dépenses publiques en vue d'appuyer la croissance économique et l'amélioration
des procédures de gestion budgétaire. La politique du gouvernement visera
également à réduire le déséquilibre des comptes extérieurs et à assainir et
renforcer la solidité du système bancaire.
La lutte contre la pauvreté fera l'objet d'une attention
accrue du gouvernement. Elle mettra l'accent sur
Enfin, mon pays est conscient
qu'une bonne gouvernance contribue à instaurer un environnement favorable au
développement durable. le gouvernement s'attellera par conséquent à promouvoir
·
Le renforcement
des institutions démocratiques et à la promotion de la paix sociale ;
·
Le
renforcement des capacités de gestion du développement et la lutte contre la
corruption.
Le Gouvernement togolais s'attachera par ailleurs à
encourager le renforcement institutionnel et organisationnel de la société
civile en vue de sa participation accrue au processus de développement.
Monsieur le
Président,
Notre monde se trouve aujourd'hui à un moment crucial de son histoire, où l
interdépendance des nations commande que l'esprit de paix, de tolérance et de
liberté qui anime fort heureusement depuis quelques temps les relations
politiques internationales, prévale également dans les relations économiques entre pays développés et pays en développement afin
que l'Humanité tout entière puisse jouir, non seulement de la concorde et de la
coexistence pacifique, mais aussi de la prospérité et du mieux-être.
Dans cette optique, nous devons tous ensemble faire en
sorte qu'au lieu d'être abandonnés sur le chemin, les Pays les Moins Avancés
puissent être en mesure, grâce à la solidarité de tous, de relever au cours de
cette première décennie du troisième millénaire, le défi du développement.
Pour conclure, je voudrais inviter la communauté
internationale, notamment, les pays industrialisés et les institutions de
coopération financière multilatérales à être davantage sensibles à la situation
économique et sociale du Togo et de l'accompagner de façon concrète dans ses
efforts de redressement pour l'amélioration des conditions de vie de ses
populations.
Je vous remercie