Déclaration de la Suisse

 

prononcée par

 

Monsieur l’Ambassadeur Walter Fust

Directeur général

Direction du développement et de la coopération

Chef de délégation

 

à la

 

Troisème Conférence des Nations Unies

sur les Pays les Moins Avancés


(Bruxelles 14-20 mai 2001)

 

Seule la version orale fait foi

 

Monsieur le Président,

 

Permettez-moi tout d’abord de vous adresser les félicitations de la délégation suisse à l’occasion de votre nomination à la présidence de cette troisième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA). J’aimerais aussi remercier la Belgique, Etat hôte de cette Conférence et l’Union européenne qui y a son siège, qui ont contribué très substantiellement à la réussite de sa préparation.

 

La Suisse, depuis la mise en place de sa politique de coopération internationale dans les années soixante, accorde une grande priorité aux PMA, en particulier dans ses programmes bilatéraux. Elle estime en effet que la communauté internationale ne peut accepter que toute une catégorie de pays reste en marge du développement économique et humain. Ainsi, sur la base d’une expérience pratique considérable acquise dans le terrain auprès de ses partenaires PMA, la Suisse s’est engagée très substantiellement pour que la Conférence de Bruxelles es conduise à des résultats significatifs et concrets. J’ai en outre le plaisir de vous annoncer que notre gouvernement a décidé d’accroître de manière substantielle l’aide publique au développement au cours des prochaines années.

 

L’évaluation de la situation des PMA au terme de la dernière décennie conduit à un constat qui malheureusement ressemble beaucoup à celui fait à Paris, en septembre 1990, il y a plus de 10 ans. En effet, le deuxième plan d’action ne semble pas avoir apporté plus de résultats que celui de 1981 : la situation des Pays les moins avancés ne s’est pas améliorée durant ces vingt dernières années, et, dans certains cas, elle s’est même détériorée.

 

Les raisons sont certainement nombreuses et leurs effets négatifs se sont conjugués. Il convient de mentionner tout d’abord le fait que de nombreux PMA ont connu ou connaissent encore des situations de conflit armé ou d’instabilité politique ayant réduit leur potentiel normal de développement. En outre, bien que de modestes progrès aient été observés, beaucoup demeure à faire dans de nombreux pays en matière de promotion de la bonne gestion des affaires publiques. Ensuite, il faut reconnaître que l’aide publique au développement n’a pas atteint le niveau désirable . De plus, les plans d’action précédents ne tenaient pas assez compte de la vulnérabilité de nombreux PMA montagneux et enclavés, insulaires ou désertiques. Finalement, une des raisons de l’échec de ces deux plans d’action tient au manque d’implication des institutions multilatérales. Ces plans d’action  n’ont pas fait l’objet d’une alliance assez forte entre ces institutions - qui dès lors n’en sont jamais devenues de véritables partenaires.

 

Ainsi, malheureusement, la plupart des problèmes soulignés il  y a dix ans demeurent. Face à ce constat, il devient encore plus urgent de relever un certain nombre de défis. La délégation suisse souhaite mettre en exergue cinq d’entre eux, qu’elle estime cruciaux .

 

 

 

Le premier défi est celui de la dette. L’Initiative de désendettement en faveur des « pays pauvres très endettés (PPTE), liée à la réduction de la pauvreté, offre une nouvelle opportunité à de nombreux PMA. Elle leur permet de dégager, par la réduction des obligations liées à la dette, des ressources pour des mesures additionnelles visant à réduire la pauvreté. Mais le désendettement n’est pas une panacée ; il s’agit aussi d’éviter qu’à long terme les PMA ne retombent dans une spirale d’endettement excessif. Les PMA doivent poursuivre une politique économique rigoureuse et prudente, qui crée un environnement favorable à l’initiative et l’investissement privés. Les PMA doivent diversifier leur économie, en se concentrant sur des secteur à plus forte valeur ajoutée. De plus il importe pour ces pays d’améliorer la gestion de la dette. Plusieurs programmes de développement des ressources humaines et institutionnelles sont en cours afin de créer les capacités adéquates. La Suisse soutient activement ces efforts.

 

 

Le second défi est lié  à la poursuite des réformes sectorielles. Des efforts importants ont été déjà été accomplis par les PMA dans ce domaine. Il reste cependant encore beaucoup à faire. La Suisse entend continuer d’appuyer tout processus visant à consolider les efforts entrepris, surtout dans trois domaines  qu’elle juge importants. Premièrement, la promotion de la justice sociale, en particulier par le biais de  l’augmentation des budgets de la santé, notamment pour la santé maternelle et infantile et pour la  prévention du sida, de la promotion de l’éducation de base pour les enfants des deux sexes  et de l’amélioration des infrastructures facilitant l’accès à l’eau potable. En second lieu, la protection environnementale, afin de réduire la vulnérabilité des PMA. Enfin, la création d’emploi et la génération de revenus. A ce sujet, les micro et petites entreprises, formelles et informelles, ont un potentiel de croissance considérable. Dans cette optique, la formation professionnelle, une modernisation technologique tenant compte des contraintes locales, le renforcement du contrôle de la qualité des productions et l’appui à leur commercialisation sont des dimensions que la coopération suisse entend continuer d’appuyer.

 

 

 

Le troisième défi est constitué par l’accès aux marchés des pays industrialisés, mais aussi l’accès aux marchés des autres pays en développement. Et là, j’aimerais souligner l’importance que revêt à nos yeux d’une part la baisse des barrières douanières des pays en développement à l’égard des exportations des pays les moins avancés et, d’autre part, les efforts d’intégration régionale. La Suisse soutient ces efforts. Elle octroie déjà un régime généreux de tarifs préférentiels en faveur des PMA, mais elle veut faire encore plus. Des consultations sont en cours pour introduire de manière progressive le droit zéro pour tous les produits en provenance des PMA . Enfin, elle contribue au financement de programmes visant au renforcement des capacités liées au commerce, et notamment du cadre intégré en faveur des PMA.

 

 

Le quatrième défi relève de la coopération régionale, non seulement  entre Pays les moins avancés, mais aussi avec  leurs voisins dont les économies sont plus avancées ou émergentes.  La petite taille de certains PMA, l’étroitesse de leur marché intérieur ou encore leurs contraintes géographique, rendent le développement de cette coopération régionale essentielle. Dans ce cas aussi, la Suisse est prête à appuyer des initiatives Sud-Sud dans des domaines comme la protection de l’environnement, le développement et transfert de technologies, le renforcement du secteur financier, notamment en matière de libéralisation du trafic des paiements et transferts, ou encore la formation professionnelle. De tels modes de coopération permettent en effet de poser des jalons pour renforcer l’intégration régionale des PMA, tout en réalisant des économies d’échelle.

 

Le cinquième et dernier défi n’est pas le moindre : il touche le respect des droits de l’homme et la bonne gestion des affaires publiques. Relever les quatre défis que je viens de décrire implique, simultanément, que la poursuite de l’effort d’amélioration des pratiques de gouvernance est indispensable. Une bonne gestion des affaires publiques est en effet nécessaire pour le renforcement des capacités de gestion de la dette, pour le succès des réformes sectorielles, pour l’amélioration du cadre dans lequel s’effectuent les opérations commerciales  et pour la mise en place de modalités de coopération régionale. Nous avons conscience que ces réformes sont difficiles et demandent du temps. Il faut pourtant promouvoir sans relâche une étroite association du secteur public et de la société civile, afin d’assurer le suivi et l’évaluation des processus lancés. En outre, la décentralisation des compétences et des ressources financières doit être poursuivie. Elle permettra d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques. Entre autres avantages, une gestion satisfaisante des affaires publiques permettra de diversifier les sources de financement du développement. A ce titre, la réforme de la fiscalité devra aller dans le sens d’un élargissement de l’assiette fiscale, avec notamment une taxation adéquate des revenus et de la fortune. Le secteur financier devra être reformé de manière à mieux capter l’épargne, notamment en milieu rural. Une gestion modernisée des affaires publiques permettra aussi de mieux utiliser l’aide publique au développement et de stimuler l’apport d’autres types de financement.  Il va de soi que la Suisse est prête à s’associer aux efforts que les PMA souhaitent entreprendre dans ce domaine.

 

J’ai mentionné cinq défis qui sont liés les uns aux autres. Au-delà du plan d’action qui sera adopté, il conviendra de se baser sur les leçons apprises au cours des vingt dernières années. Si les objectifs quantitatifs ont leur importance, il est surtout essentiel de mobiliser la volonté politique et les partenariats qui sont nécessaires pour lancer un processus de développement dynamique ; l’aide publique au développement y jouera bien sûr un rôle important. Il conviendra aussi de se souvenir que les contraintes existant dans les PMA demeurent considérables et que leur vulnérabilité ne se réduira que lentement. Pour toutes ces raisons, la mise en œuvre du troisième plan d’action se devra de retenir l’attention de l’ensemble des institutions multilatérales, l’Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les Banques régionales et les Fonds et Programmes des Nations Unies.

 

 

 

 

Je vous remercie de votre attention.