3émé CONFERENCE DES NATIONS
UNIES SUR LES PAYS LES MOINS AVANCES
(Bruxelles, 4-20 Mai
2001)
DECLARATION DE SEM.
RANDRIANAMBININA Alphonse,
MINISTRE DU COMMERCE ET DE LA
CONSOMMATION, CHEF DE LA DELEGATION MALGACHE
(Sous
réserve de modification)
Monsieur le Président,
Ma délégation se réjouit de votre
élection à la présidence de cette Troisième Conférence des Nations Unies sur
les Pays les Moins Avancés et vous adresse ses chaleureuses félicitations.
Connaissant le rôle joué par votre Pays et
son engagement profond en faveur des problèmes de développement et n'ignorant
pas vos grandes capacités et votre vaste expérience, alliées à votre entregent,
ma délégation est convaincue que nos travaux se dérouleront dans de bonnes
conditions et déboucheront sur des résultats positifs.
Nos félicitations vont aussi à l'ensemble des
Membres du bureau qui vous aideront dans l'accomplissement de vos lourdes
responsabilités.
La tenue à Bruxelles, haut lieu des
institutions européennes, de cette importante Conférence, m'offre aussi
l'agréable devoir de saluer les Autorités de l'Union européenne et le
Gouvernement belge et de les remercier d'avoir bien voulu abriter ces
importantes assises et pour l'accueil, combien chaleureux, qui nous a été
réservé.
Qu' il
me soit enfin permis de souligner les efforts louables du Secrétaire général de
la CNUCED, Monsieur Rubens RICUPERO et du Président du Comité préparatoire,
l'Ambassadeur Jacques SCAVEE, dans la difficile gestation de cette Conférence
tout au long du processus préparatoire.
Monsieur le Président,
Nous venons
de quitter un siècle qui a été caractérisé par des crises de toutes sortes sans
avoir résolu les inégalités entre les Nations et c'est sans grand enthousiasme
que nous entrons dans le nouveau millénaire. En effet, le processus de
libéralisation et de mondialisation n'a pas été, contrairement aux attentes,
avantageux pour les Pays en développement surtout pour les moins avancés
d'entre eux. Nous vivons une époque où certains jouissent des avancées
prodigieuses de la technologie et de la révolution informatique, tandis que
d'autres vivent dans la pauvreté, l'adversité et la marginalisation.
Si l'on se réfère aux derniers chiffres
rapportés par la CNUCED dans son rapport 2000 sur les Pays les Moins Avancés,
la croissance économique a été trop lente dans la plupart des PMA. Plus de 45%
des PMA ont connu une situation de stagnation ou de régression économique, et
les '/4 de leur population vivent avec moins de deux
dollars par jour. D'ici 2015, huit PMA auront atteint l'objectif fixé par l'ONU
en matière d'éducation primaire universelle, et quatre seulement auront réduit
leur taux de mortalité infantile des deux tiers.
Le Programme d'action adopté à Paris en 1990
a eu pour objectifs d'empêcher que la situation des PMA ne se dégrade
davantage, de relancer et d'accélérer leur croissance et leur développement. Mais
force est de constater que malgré les efforts et les réformes macroéconomiques
entrepris au cours de ces dix dernières années, la mise en oeuvre du Plan
d'action a beaucoup pâti de l’insuffisance du financement extérieur. L'aide
publique au développement dans les PMA a diminué de 45% en valeur réelle par habitant depuis 1990 et l'apport
des financements privés n'a pas permis de compenser le recul. Cette évolution
combinée à l'endettement extérieur insupportable a contribué à aggraver la dégradation
de la situation et rendu nécessaire la convocation de cette 3e` Conférence.
Monsieur le Président,
L'Afrique abrite la majorité des Pays les moins
avancés. Trente années après leur accession à la souveraineté internationale,
les pays africains et notamment ceux d'Afrique subsaharienne, en butte à des
multiples conflits sociopolitiques, n'ont pas, au plan économique, réellement
décollé. En dépit des efforts déployés par les gouvernements aussi bien pour
une meilleure gestion des affaires publiques que pour un meilleur
environnement macroéconomique, le revenu par habitant demeure très faible et la
croissance très lente.
En Afrique subsaharienne où la pauvreté est
omniprésente et multidimensionnelle, d'aucuns savent que le meilleur moyen de
la réduire est de satisfaire ses besoins en capitaux. Capitaux qui font défaut
pour lutter contre ce phénomène déshumanisant que les gouvernements africains
ont placé au premier rang des préoccupations nationales. Dans nos pays,
l'agriculture constitue encore une première source de revenu et le meilleur
moyen d'accélérer la croissance, mais comment développer ce secteur pour
renforcer ses capacités de production et accroître les exportations si les
entrées des capitaux sont à des niveaux si bas, annihilant ainsi toute
possibilité d'investissements significatifs. Les faibles ressources existantes
sont absorbées par le service de la dette quand elles ne sont pas affectées à
la reconstruction d’importantes infrastructures routières ou sociales
endommagées par tel ou tel cataclysme naturel. Par ailleurs, différents
facteurs endogènes ou exogènes ne sont pas de nature à favoriser la capacité de
production ou la promotion des flux de capitaux. Parmi ces facteurs, on peut
citer :
·
Les contraintes structurelles sur l'offre,
·
Les différentes
épidémies comme le VIH/SIDA, le paludisme, etc ...
La Communauté
internationale avec l'évolution de la coopération internationale pour le
développement semble avoir pris conscience de la gravité de la situation mais
n'a pas encore réagi de façon rigoureuse. D'importantes mesures ont certes été
déjà prises mais elles n'ont pas toutes correspondu aux attentes et se sont
avérées insuffisantes ou inefficaces et gagneraient à être renforcées ou
réorientées. En effet, le fardeau de l'endettement extérieur continue à
être très préoccupant pour les PMA, de même que l'effritement de l'aide
publique au développement, une des principales sources de financement pour
pallier le manque d’investissements étrangers directs. Ma délégation estime en
conséquence que l'annulation de la dette des PMA, l'amélioration substantielle
de la qualité et du volume de l'aide publique au développement devraient
figurer parmi les remèdes pour aider les PMA dans leur croisade contre la
pauvreté et devraient être soulignées avec clarté dans les engagements du
projet de Programme d'action de cette 3e` Conférence.
Monsieur le Président,
En plus de
ces mesures concernant le financement du développement, tout doit être mis en
oeuvre pour permettre aux PMA, dont personne n’ignore que la part dans les
exportations et importations mondiales est insignifiante, d'être intégrés dans
le système commercial mondial ; ceci devant notamment se traduire par un accès
libre de leurs produits, sans contingentement et en franchise des droits, sur
les marchés d'exportations, plus particulièrement ceux des Pays développés.
Ma délégation estime que c'est au prix de ces
mesures que la coopération et la solidarité internationales sortiront
renforcées et que les PMA auront des chances d'obtenir une amélioration de leur
niveau de vie et de retrouver le chemin d'une croissance durable devant leur
permettre de réduire à terme leur dépendance vis-à-vis de l'aide extérieure
Ces mesures à elles seules ne sont pas
suffisantes. D’autres comme l’accès aux marchés internationaux de capitaux à
des conditions de faveur, l'accès aux nouvelles technologies, le renforcement
ou la création de l’infrastructure relative à la propriété intellectuelle, sont
aussi à promouvoir. J'ajouterai que ces mesures, pour être efficaces, devraient
être accompagnées, au niveau national, par des politiques de développement
appropriées Pt des mesures de bonne gouvernance.
Monsieur le Président,
Durant la phase coïncidant avec la préparation de
cette Conférence, le Gouvernement de Madagascar s'est attelé à élaborer, avec
la participation de différentes institutions publiques centrales, et
décentralisées, des organisations privées, de la société civile, des ONG, des
femmes et des pauvres, un document de Stratégie Nationale de Lutte Contre la
Pauvreté devenu par la suite Document de Stratégie de Réduction de
la Pauvreté conçu dans le cadre de nos relations avec les Institutions de
Bretton Woods. Ce document, sous sa forme intérimaire, a été approuvé par les
Conseils d’Administration respectifs de la Banque Mondiale et du FMI qui ont
ainsi décidé de l'admission du pays au bénéfice de l'Initiative PPTE. Ce
document a été déjà transmis au Secrétariat de la Conférence en guise de
contribution officielle du pays aux travaux de préparation et publié par la
CNUCED sous forme de Mémoire de Madagascar. Permettez-moi de vous présenter
brièvement l'essentiel de son contenu qui fait état du bilan des actions menées
durant les deux dernières décennies et de la stratégie adoptée pour la période
allant jusqu’en 2015.
Madagascar est depuis environ 20 ans sous
ajustement structurel. Les résultats de cette politique d'ajustement sont
cependant contrastés. En effet, le taux de croissance économique n'a été
positif en termes réels que seulement à partir de 1997. L’inflation qui était
de plus de 50% entre 19941995, ralentit pour atteindre actuellement un taux
moyen de 5,9%.
Le faible niveau de revenu à Madagascar est
issu d'un long processus caractérisé entre autres par une faiblesse de
croissance économique qui résulte d'un niveau relativement bas de
l'investissement (moins de 15% du PIB) et un taux démographique élevé (de
l'ordre de 3%.)
Sur le plan social, l'indice de pauvreté qui
était de 59% en 1985 et culminait à 74% en 1993, n'est descendu à 69% qu'en
1997 et 67,3% en 1999. Il classe néanmoins le pays toujours parmi le groupe des
plus pauvres.
Les résultats des actions menées contre la
pauvreté surtout durant ces quatre dernières années sont cependant
encourageants et il est prévu de les consolider et de les améliorer.
Pour atteindre les objectifs généraux
contenus dans le DSRP, des mesures sont envisagées autour de trois axes
essentiels
Une place essentielle aussi est accordée à la parité entre les sexes, ainsi
qu'à la lutte contre le VIH/SIDA.
Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et
Messieurs,
Permettez-moi maintenant de vous faire
part de certaines préoccupations qui ont trait à la promotion de l'
investissement surtout dans des secteurs à fort potentiel de croissance, et à
certains domaines ponctuels dont l'importance n'est plus à signaler quant à
leur contribution au développement.
Ainsi, Madagascar estime indispensable la mise en place d'un cadre
macroéconomique sain, l'amélioration du cadre général d'investissement à
travers le maintien de la stabilité politique et la bonne gouvernance. Toujours
dans ce domaine, des mesures d'allégement des procédures administratives et
l'adoption de normes et standards de qualité seront poursuivies dans l' optique
de l' instauration d' un environnement institutionnel et juridique adéquat. En
complément, Madagascar entend également poursuivre sa politique de développement
des infrastructures économiques visant à réduire les contraintes du
développement du secteur privé d'une part, ses actions de développement du
capital humain d'autre part.
Des mesures sont par ailleurs
conçues pour attirer les investissements dans les secteurs à fort potentiel de
croissance que constituent le tourisme, les ressources halieutiques, les mines,
les industries manufacturières et les télécommunications ainsi que pour
relancer la production agricole.
Monsieur le Président,
Avant de conclure, ma délégation
voudrait dire quelques mots sur l'assistance technique dont l' insuffisance et
le manque de dynamisme ne sont pas pour favoriser l' insertion des PMA au
commerce mondial. Le Cadre Intégré pour l'assistance technique liée au commerce
en faveur des PMA vient de se doter d'un programme pilote assorti d'un fonds
d'affectation spéciale. Ma délégation se félicite de cette nouvelle mesure et
se réjouit du choix fait à l'endroit de mon Pays sélectionné parmi les 3
premiers bénéficiaires de ce Programme. Elle voudrait remercier les différents
pays donateurs qui ont apporté des contributions volontaires au Fonds
d'affectation spéciale.
Monsieur le Président,
Les
initiatives contenues dans les sept engagements du programme d'action sont
reflétées d'une manière générale dans le mémoire de Madagascar qui vous a été
présenté dans ses grandes lignes à l'instant et reçoivent en conséquence
l'adhésion de ma délégation. Nous ne devons pas cependant perdre de vue que la
clef du succès d'un Programme d'action réside dans ses mécanismes de mise en
oeuvre et de suivi qui doivent être renforcés au niveau national comme aux
plans régional et mondial, faute de quoi, il sera voué à l'échec comme les deux
précédents programmes.
Monsieur le
Président,
La
résolution des problèmes qui assaillent le développement économique et social
des PMA incombe au premier chef aux Gouvernements. Mais l'ampleur de la
pauvreté est telle qu'elle requiert un accroissement et un renforcement de la
coopération et de la solidarité internationales.
Puisse
cette Conférence constituer un moment décisif de prise d'un engagement
collectif à cette fin, dans le cadre d'un partenariat permettant à tous de
tirer profit de la mondialisation.
Je vous
remercie de votre attention.
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