Intervention du Sen. Rino Serri,  Sous-Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, Italie

à la IIIe Conférence des Nations Unies sur les Pays Moins Avancés  (Bruxelles, 14-20 mai 2001)

 

1. L'Italie, en tant que Pays membre de l'Union Européenne et en tant que Pays engagé depuis longtemps dans la promotion de la paix, de la sécurité et du développement économique et social des Pays Moins Avancés (PMA), avec une attention plus particulière envers les besoins de l'Afrique sub-saharienne, confirme que l'élimination de la pauvreté absolue est l'objectif central qu'elle poursuit dans sa

politique de coopération au développement, et plus généralement dans l'ensemble de sa politique étrangère envers les PMA.

 

L'Italie est engagée dans la consolidation de l'effort international sur les objectifs internationaux du développement, tels que ceux adoptés par l'Assemblée Générale des Nations Unies avec la Déclaration du Millénium. Cette Déclaration veut que la Communauté internationale réduise de 50% le nombre des personnes qui vivent dans des conditions de pauvreté absolue avant 2015. II s'agit d'un objectif ambitieux et difficile, mais pas impossible si poursuivi avec détermination et avec des politiques appropriées.

 

2. La Présidence italienne du G8 a inséré la réduction de la pauvreté comme point central de l'agenda du Sommet de Genève de Juillet prochain, en proposant dans le document 'Beyond Debt Relief' d'intervenir selon trois points principaux:

 

· l'accès des PMA au marché international et aux bénéfices de la globalisation;

· la création d'un environnement qui soit favorable à un plus grand flux d'investissements étrangers directs au sein des PMA;

· le financement grâce à des fonds d'aide publique au développement (APD) de projets plus ciblés. La santé, l'éducation (sur base du Dakar Framework of Action) et la sécurité alimentaire ont été proposés comme des terrains prioritaires pour des interventions coordonnés au niveau bilatéral et multilatéral.

 

Les membres du G8, y compris la Commission Européenne, sont spécialement occupés à répondre aux attentes des PVD en général (et des PMA en particulier) en ce qui concerne le soutien aux systèmes sanitaires nationaux, dans le cadre des plans nationaux pour le développement soutenable et la lutte contre la pauvreté. La conférence d'Okinawa sur les maladies infectieuses de décembre 2000 a offert à la Communauté internationale un document stratégique important afin de poursuivre les objectifs de réduction de l'incidence des maladies infectieuses (SIDA, TB, Malaria) dans les PVD. La présidence italienne du G8, tout en poursuivant l'action débutée par la présidence Japonaise, a lancé l'initiative pour la constitution du "Genova Trust Fund/Facility for Health Care", comme instrument pour promouvoir un cadre d'action cohérent et capable de recueillir les différents "stakeholders" (gouvernements des PVD, donateurs bilatéraux, organisations internationales, ONG, secteur privé). L'initiative prévoit:

 

- de couvrir SIDA, TB, malaria et santé reproductive;

- que les activités finançables ne se limitent pas qu'à la fourniture de "commodities" (médicaments, vaccins, infrastructures), mais qu'elles incluent le soutien aux systèmes sanitaires nationaux, afin que ces derniers puissent investir dans les ressources humaines et logistiques pour garantir la distribution ainsi que l'utilisation correcte des "commodities", en assurant l'accès des plus pauvres ;

- que le financement des soins s'ajoute à celui de la prévention et que dans ce contexte, il soit possible d'assurer des standards nutritionnels de base aux mères et aux enfants (y inclus, si nécessaire, le "school feeding");

- que le système de "governance" associe aux gouvernements des PVD, les donateurs bilatéraux, les Agences des N.U., les IFI, le secteur privé et les ONG;

- que la stratégie à long terme poursuivie soit celle proposée dans le cadre des Nations Unies;

- que les interventions soient demandées par les PVD dans le cadre de plans sanitaires inclus dans la stratégie nationale de développement (PRSPs ou autres documents).


3. Avant encore de décider le montant des ressources supplémentaires à destiner au Genova Fund, la coopération italienne a déjà mis en oeuvre, avec l'OMS et l'UNAIDS, un programme de lutte contre le SIDA en Afrique sub-saharienne, pour un montant de 30 millions de dollars. Des efforts considérables ont également été entrepris afin de soutenir le programme "Roll back malaria". Les interventions prévues par ces deux programmes s'insèrent dans les plans sanitaires nationaux des pays partenaires. Le but principal est celui d'assurer la prévention et le soin des maladies endémiques, en soutenant le développement de systèmes sanitaires nationaux capables de fournir des services répandus et accessibles aux pauvres.


4. La communauté internationale est de plus en plus consciente de l'importance fondamentale de la cohérence des politiques en matière de développement suivies par les divers acteurs sur la scène internationale. Les rapports entre le développement, le commerce, l'environnement, l'agriculture, le travail, les migrations, les nouvelles technologies, imposent à tous un effort particulier sur ce terrain, tant sur le plan national que sur le plan international. Dans ce sens, les pays OCDE membres du Comité de l'Aide au Développement viennent d'adopter deux importantes décisions dont le but est d'augmenter la cohérence de leurs actions:

 

· une recommandation qui les engage à délier leurs aides au PMA à partir du 1.1.2002;

· une check-list indicative pour la vérification de la cohérence des actions destinées à la réduction de la pauvreté.

 

L'Italie s'engage, sur le plan national et au sein des organisations internationales dont elle est membre, à renforcer la cohérence des politiques pour le développement dans ces divers aspects.

L'Italie consacre actuellement environ 40% de son Aide Publique au développement en faveur des PMA. Certains PMA africains, membres de l'IGADD et de la SADC, figurent parmi les premiers destinataires des aides italiennes, suivant des rapports de partenariat constitués au cours de longues années de travail commun: Dans le cadre de ces rapports, la coopération au développement représente un instrument intégré à l'action diplomatique pour la prévention et la solution des conflits, la protection des droits de l'homme et la "good governance" , en coordination avec les activités des autres acteurs internationaux, en premier lieu les Nations Unies et l'Union Européenne.

 

5. L'Italie se caractérise comme le pays de la zone OCDE qui a choisi de canaliser le pourcentage le plus élevé de ses propres aides à travers les organismes internationaux: l'Union européenne, les Agences des Nations Unies, les Banques et les Fonds de développement. Cette intégration de l'action de l'Italie à celle des organisations internationales est déterminée par la volonté d'accroître l'impact positif sur le développement économique et social des PVD en général et des PMA en particulier, en assurant la cohérence des interventions et en minimisant les coûts de transaction pour nos partenaires, coûts qui proviennent de la multiplicité des interlocuteurs avec qui ils doivent dialoguer.

 

L'approche multilatérale aux questions de développement conduit l'Italie à attribuer une valeur particulière à la cohérence des conclusions des grands rendez-vous internationaux de cette année et de l'année 2002 : après la IIIe Conférence sur les PMA, nous portons une attention toute particulière aux Sessions spéciales de l'Assemblée Générale des N.U. consacrées à la lutte contre le SIDA, aux établissements des populations et aux suites du Sommet sur l'Enfance, à la Conférence auprès de la FAO sur les suites du Sommet sur l'alimentation et l'année prochaine à la Conférence sur le Financement du Développement et au Sommet RIO + 10, des événements qui font partie des suites de la "Déclaration du Millénium ".

 

6. Pour la mise en oeuvre du Plan d'Action - que cette Conférence est appelée à finaliser - la capacité du gouvernement, des autres autorités publiques et des expressions de la société civile à guider le développement du Pays et à gérer les rapports de partenariat avec les Pays industrialisés et avec les autres organisations internationales, sera déterminante au niveau de chaque PMA ; tel est le concept de " ownership" dans le processus de développement. A cette fin, on doit souligner l'importance d'atteindre une qualité des programmes nationaux de chaque PMA pour le développement durable et la réduction de la pauvreté, parce que ces derniers doivent servir de base aux actions de partenariat.

 

L'Italie s'est dotée depuis le début de l'année 2000 de spécifiques lignes directrices dans le but de finaliser les initiatives de réduction de la pauvreté qu'elle finance. Elles ont permis de lancer des nouveaux programmes dans le Sahel, dans la Corne d'Afrique et en Afrique Australe, mais aussi en Amérique Centrale, dans le sous-continent indien, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les lignes directrices suivent la conception du caractère multidimensionnel de la pauvreté et de la nécessité que la pauvreté soit abordée d'une façon holistique, à travers l'implication de nos partenaires à trois différents niveaux: celui des gouvernements, des pouvoirs locaux (provinces et municipalités) où les interventions doivent se réaliser, celui des bénéficiaires directs des mêmes interventions. Cela nécessite que les Plans d'Action approuvés chaque année soient le résultat d'un large processus participatif, en vue d'assurer une pleine "ownership" de nos partenaires.

 

7. Conformément à sa philosophie, l'Italie mène les initiatives en vue d'une réduction de la pauvreté dans un cadre multilatéral. En marge de la Session spéciale de l'Assemblée Générale sur le Développement social de juin 2000, l'Italie a souscrit deux accords avec l'UNDP et avec l'ILO, avec lesquels elle a décidé d'apporter un soutien considérable à deux initiatives multi-donateurs, cohérentes avec nos lignes directrices:

- la "Anti Poverty Partnership Initiative" du PNUD;

- Universitas de l'ILO.

 

Je saisis cette occasion pour inviter d'autres Pays donateurs à se joindre dans le soutien de ces deux initiatives.

 

8. Les cadres d'action à l'intérieur desquels l'Italie inclut ses programmes d'action de lutte contre la pauvreté ont aussi pour but intégrer les ONG italiennes et les organisations locales italiennes (Régions, provinces, communes), en les encourageant à instaurer avec les ONG et les organisations locales du pays partenaire des rapports de collaboration qui rentrent dans les plans d'action de développement. De ce point de vue, l'Accord de cofinancement que l'Italie a souscrit avec la Commission Européenne depuis 1985 mérite une mention spécifique ; celui-ci représente un instrument important pour soutenir les activités des ONG italiennes dans certains contextes particulièrement difficiles.

 

9. En tenant compte de l'importance du lien entre réduction de la dette et réduction de la pauvreté, l'Italie est un des plus grands défenseurs des mesures en faveur de la réduction de la dette des PMA. En juillet 2000, le Parlement italien a approuvé une loi qui autorise l'annulation des dettes jusqu'à un maximum d'environ 6 milliards de dollars. La loi permet à l'Italie non seulement l'initiative HIPC "enhanced", mais aussi d'étendre l'effacement de la dette au-delà des Pays HIPC à l'ensemble des Pays IDA-Only. L'Italie est prête à effacer la dette de ces Pays à 100% (et non pas à 90%), que ce soit pour les dettes "pre cut off date" ou pour celles "post cut-off date". Sur la base de cette loi, l'effacement de la dette est lié au respect des droits humains et est fonction de la destination des ressources financières ainsi disponibles pour les programmes de réduction de la pauvreté. Le gouvernement italien peut aussi décider de l'effacement de la "ODA debt" en faveur des pays qui ont été touchés par de grandes catastrophes naturelles. La loi, en outre, permet aux ONG de récolter des fonds pour solder les montants des dettes des Pays en voie de développement envers l'Etat italien, à condition cependant que le pays en voie de développement utilise les fonds épargnés à des buts de développement.