Organisation Internationale de la Francophonie

 

Bruxelles, le 14 mai 2001

 

Déclaration des Etats et gouvernements des pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, à l'occasion de la IIIème Conférence des

Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA)

 

La Troisième Conférence des Nations Unies consacrée aux PMA se déroule dans un contexte dominé, d'une part par la libéralisation et les espoirs portés par la mondialisation, et d'autre part par le phénomène de marginalisation des pays les moins favorisés, les PMA.

Le nombre de pauvres est en augmentation dans plusieurs régions du monde; les PMA, au cœur du problème de l'exclusion dans l'économie mondiale,  ne parviennent pas à rattraper leur retard par rapport aux pays développés et à d'autres nations en développement et certains se trouvent pris dans le cercle vicieux de la stagnation et de la régression économiques, des difficultés sociales et de l'instabilité politique.

Deux décennies et deux plans d'actions pour leur développement n'ont pas porté les fruits attendus. Comment pouvons-nous, cette fois-ci, créer l'espoir et la mobilisation, et obtenir ainsi de réels résultats ? 

La Troisième Conférence des Nations Unies consacrée aux Pays les Moins Avancés se propose aujourd'hui, à juste titre, des objectifs ambitieux. Elle peut permettre d'apporter une solution satisfaisante qui offrira aux PMA et à leurs partenaires de développement, une occasion exceptionnelle de concevoir des mécanismes concrets de collaboration garantissant une action cohérente et efficace. 

Pour cela, il convient que tous s'en donnent les moyens.

Nous, chefs des délégations des Etats et gouvernements des pays ayant le français en partage, appelons à ce que cette Conférence des Nations Unies permette de « créer un véritable espace de solidarité avec les PMA ».

Tout d'abord, par un engagement résolu, au niveau national, à mettre en œuvre le nouveau Programme d'Action en donnant une priorité absolue à une amélioration réelle des conditions de vie de la population des PMA, par une éradication de la pauvreté et par la levée des obstacles structurels qui entravent leur intégration dans l'économie mondiale. Les PMA doivent s'engager à faire de ce programme la base de leurs stratégies nationales et se l'approprier complètement.

La paix, la sécurité, la stabilité politique et la bonne gestion des affaires publiques sont des conditions préalables au développement durable. La consolidation des avancées en matière de démocratie, la mise en valeur des ressources humaines, en faisant des populations, hommes et femmes, les acteurs et les bénéficiaires du développement, dans le respect de la justice sociale et de tous les droits de l'homme sont donc essentiels.

La création d’un tissu économique et social porteur de croissance est indispensable pour le développement soutenu et durable des PMA. Il faut en particulier développer et structurer une base productive solide qui favorise l’expansion économique nécessaire. La communauté internationale doit tenir son engagement de donner véritablement la priorité aux PMA. Leur développement passe par un renforcement de leurs capacités de production et de leur compétitivité, par un meilleur accès aux marchés, par une mobilisation accrue de ressources, de financements extérieurs et tout particulièrement d'aide publique au développement. Sans cela, l'objectif d’éradiquer la pauvreté serait illusoire.

En matière d'accès au marché, nous reconnaissons l'importance des récentes initiatives prises par certains pays développés afin d'élargir l'accès à leur marché pour les pays les moins avancés. A cet égard, la récente initiative « tout sauf les armes » de l’Union européenne mérite d’être soulignée et saluée. D’autres pays développés ont également entrepris ou envisagent de prendre des initiatives similaires. Nous applaudissons toutes ces initiatives et appelons tous les pays développés à élargir l'accès de leur marché aux PMA. Nous appelons également les pays à économie émergente, les pays à revenus intermédiaires ainsi que les pays à économie en transition à s'engager dans cette voie.

Pour que les PMA puissent profiter de ces marchés, il s’avère nécessaire que d’autres entraves à leurs exportations soient examinées, y compris celles découlant des subventions dans le domaine agricole. De même, des mesures d’accompagnement doivent être prises pour renforcer leurs capacités dans un ensemble de domaines, notamment dans le secteur productif. Nous demandons que des efforts accrus soient faits à cet égard.

Les problèmes et les besoins spécifiques des PMA enclavés et insulaires méritent une attention particulière.

Il est indispensable de donner suite aux engagements pris pour atteindre l'objectif de 0,15 % du PNB d'aide publique au développement à destination des PMA. La communauté internationale devrait intensifier ses efforts afin de coordonner son aide publique au développement, afin de la rendre plus efficace dans la lutte contre la pauvreté, surtout dans les PMA. Pour leur part, ces pays devraient œuvrer à mettre en place les politiques appropriées pour que cette aide bénéficie à leurs populations les plus défavorisées. Nous demandons aux pays donateurs, institutions multilatérales et PMA de collaborer plus étroitement à l'élaboration des stratégies nationales d’éradication de la pauvreté. La communauté internationale doit avoir le courage politique de donner réellement la priorité à l’éradication de la pauvreté et donc de cibler sans équivoque son aide au développement sur les pays les plus pauvres.

La Conférence des Nations Unies pour les PMA a défini un plan d'action volontariste pour les dix ans à venir. Pour nous, il faut aussi, au-delà de 2011, s'inscrire dans le cadre fixé par la Déclaration du Millénaire : il faut, en particulier, mettre en œuvre les moyens efficaces pour réduire de moitié la proportion de personnes vivant dans l'extrême pauvreté d'ici 2015, inverser de manière significative la propagation du VIH/SIDA dans les PMA et maîtriser le fléau du paludisme, de la tuberculose et des autres grandes maladies qui affligent l’humanité.

Les pays ayant le français en partage tissent traditionnellement des liens de solidarité privilégiés avec les PMA. Cette Conférence offre une nouvelle occasion de resserrer encore ces liens. Nous sommes pleinement engagés dans cette lutte contre la pauvreté, en faveur des PMA et de leurs peuples et appelons les autres bailleurs de fonds à suivre les mêmes priorités, conformément aux engagements réitérés lors de cette Conférence.

Les nouvelles réalités de l'économie mondiale ont démontré l'interdépendance forte entre les dimensions économique, sociale et environnementale. L'une ne doit pas se bâtir, dans la durée, au détriment des deux autres. L'éthique, l'équité, l'intégration, la sécurité humaine, la viabilité, la croissance soutenue et l'appropriation nationale des programmes de développement  sont les maîtres - mots du nouveau paradigme de la coopération et du partenariat.

Le renforcement de l'ensemble des moyens humains, institutionnels, administratifs, scientifiques et techniques est capital pour améliorer l'aptitude des pays, en particulier des PMA, à assimiler les savoir-faire et les technologies permettant de répondre aux exigences à court et à moyen terme du développement durable. Le savoir est la clé de l'innovation. L'éducation, la formation, la sensibilisation du public et la participation de tous, y compris les femmes et les filles, aux processus de décision en matière de développement durable demeurent des enjeux prioritaires. La participation de la société civile dans son ensemble, y compris du secteur privé, doit être encouragée.

Le développement, c'est aussi le respect des langues et des cultures. Nous sommes profondément attachés à la diversité linguistique et culturelle car c'est une vraie valeur. C'est d'ailleurs une valeur qui a été féconde dans toute l'histoire et sur tous les continents.

Cette diversité doit également se refléter dans les relations entre Etats et dans le fonctionnement du système des Nations Unies. Il faut ensemble veiller à la sauvegarde de l’universalité de cette organisation et au véritable respect du principe du multilinguisme en son sein.

La technologie est l'un de facteurs essentiels de la croissance économique. Nous voyons en l'éclosion des technologies de l'information et de la communication une chance pour l'humanité et tout particulièrement pour le développement des PMA.  Ces technologies, pour mieux servir, doivent être développées, diffusées et assimilées. Une mobilisation de tous les responsables politiques, toute la société civile, notamment les responsables économiques, les intellectuels, les scientifiques, s'avère indispensable.

Nous devons en effet démocratiser l'accès à l’Internet. Des engagements précis ont été décidés dans le plan d'action. Nous les soutenons pleinement, ils sont essentiels. Ceci nécessite des infrastructures importantes dans les PMA, des sites développés dans les PMA, rédigés dans leur langue et pour répondre aux besoins de leurs populations. Rien de cela n'est possible sans la formation des populations des PMA et notamment de leurs jeunes.

Nous voulons œuvrer ensemble pour que, d’ici 2015, tous les enfants du monde achèvent un cycle complet d’études primaires et qu’il y ait un accès égal, entre filles et garçons, à tous les niveaux d’éducation.

Ceci nécessite donc un partenariat novateur et volontaire entre tous. Nous y appelons, ensemble, tous les participants à cette Conférence des Nations Unies.

L'énergie tient une place névralgique pour le développement. La sécurité d'approvisionnement énergétique est cruciale pour la bonne marche de l'économie et de la société. Là où elle n'est pas assurée, les tensions sociales et politiques peuvent s'en trouver exacerbées.

Pour promouvoir le développement et lutter contre la pauvreté, il est fondamental de garantir l'accès équitable à l'énergie, sa disponibilité et son acceptabilité.

Les investisseurs privés seuls ne pourront pas apporter, dans un avenir proche, une solution économiquement et politiquement acceptable. Voilà pourquoi des ressources adéquates et un concours effectif de la communauté internationale sont urgents et indispensables. L'accessibilité et la disponibilité des services énergétiques pour un développement durable doivent être intégrées systématiquement dans les cadres de coopération  et notamment dans les Cadres Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté. Le rôle moteur des Etats, responsables des politiques de développement doit être réaffirmé. Dans les régions où l'investissement privé est insuffisant, la voie d'un partenariat public-privé doit être explorée.

La priorité aux PMA doit aussi, enfin, devenir une réalité pour le système des Nations Unies. C'est là un des objectifs principaux du suivi de cette Conférence. Les fonds et programmes des Nations Unies ont un rôle essentiel à jouer dans la réalisation des objectifs fixés par les grandes conférences mondiales. Pour assumer pleinement ce rôle, ils doivent conférer une réelle priorité aux pays les plus pauvres. La crédibilité du suivi de cette Conférence et l'aptitude des fonds et programmes à assumer leur mission dépendront de la capacité du système des Nations Unies à se fixer de réelles priorités et à s'y tenir. Les pays ayant le français en partage ne manqueront pas de rappeler leurs responsabilités aux différents acteurs à cet égard.

Nous souhaitons que soit mis en place un mécanisme approprié, capable d’assurer un suivi efficace de cette conférence et nous  nous engageons à soutenir ses objectifs et à appuyer son action.

Nous remercions l'ensemble des personnes et institutions qui ont permis, par leur travail inlassable, la tenue de cette III Conférence des Nations Unies pour les PMA et tout particulièrement :

§      Le Comité préparatoire qui, autour de son président l'ambassadeur Jacques Scavée, a guidé le travail de la communauté internationale,

§      Le secrétariat de la CNUCED, son secrétaire général, M. Ricupero, et l'équipe qui a mis toute son énergie à préparer la conférence,

§      l'Union européenne qui est un partenaire privilégié des PMA et dont le rôle a été significatif en accueillant cette conférence dans les locaux du Parlement européen, ici, à Bruxelles.