IIIème Conférence des Nations-Unies sur Les Pays les Moins Avancés (PMA),

Déclaration de l'Ambassadeur BELINGA EBOUTOU Martin, Président du Conseil Economique et Social de l'ONU (ECOSOC)

Bruxelles, le 18 Mai 2001

 

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Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d'abord de remercier nos hôtes, l'Union Européenne et le Royaume de Belgique pour leur accueil chaleureux.

Je voudrais aussi féliciter le Secrétariat Général de la CNUCED pour la préparation minutieuse de cet événement et pour les innovations apportées dans son organisation.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Année après année, les conférences mondiales et régionales se succèdent, les colloques d'experts, les forum d'organisations humanitaires s'enchaînent pour procéder à des inventaires et état des lieux des pays les plus démunis de la planète.

A chaque fois des engagements sont pris, des remèdes préconisés, des recommandations élaborées, c'est-à-dire une constellation de ce qu'on n'hésiterait pas à qualifier de voeux pieux, parce que rarement suivis d'actions vigoureuses...

Alors que se tient cette 3éme Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés, le constat est accablant.

Près de 630 millions de femmes, d'hommes et d'enfants demeurent plus que jamais relégués dans « une géographie du chaos » à travers 49 Etats regroupant près de 10% de la population du globe.

Plus de la moitié des habitants de ces « quartiers pauvres du village planétaire » vivent avec moins d'un Dollar US par jour.

La promesse faite par les pays développés à Cancun, de consacrer 0,7% de leur PNB à l'aide au développement, et celle faite, il y a 11 ans, lors de la 2e Conférence sur les PMA, de consacrer 0,2% de leur PNB à l'aide aux PMA, toutes ces promesses, tous ces engagements n'ont pas été tenus.

Au contraire, l'aide publique au développement connaît une baisse constante depuis bien des décennies dans le sillage de la mondialisation.

Voilà pourquoi, au nom du Conseil Economique et Social de l'ONU, que le Cameroun a l'honneur de présider, je plaide à mon tour, à cette tribune, en faveur d'un soutien plus tangible, plus actif et davantage concret de la Communauté Internationale au bénéfice de ces populations des plus pauvres parmi les pauvres.

Le Conseil Economique et Social est, vous le savez, l'organe principal de l'ONU, tutélaire de la Promotion de la Dignité et des Droits de l'homme, donc de la vie. A ce titre, nous estimons que les Droits économiques et sociaux (développement, éducation, santé, condition de vie humainement dignes) sont indissociables des droits politiques.

Je suis convaincu que la solidarité des plus riches à l'égard des plus pauvres contribue à l'enrichissement du monde dans sa globalité ! En disposant des leviers indispensables à leur développement, les Etats rangés aujourd'hui dans la catégorie des pauvres seront demain des pays émergents et pourquoi pas prospères.

Cette solidarité que nous prônons, s'apparente aussi à l'expression d'un engagement commun à permettre à une importante partie de l'humanité de jouir de droits, valeurs et principes universellement fondamentaux et inaliénables auxquels ils ne peuvent accéder sans une contribution de tous.

Tel est le sens du Message des Chefs d'Etats et de Gouvernement du Monde contenu dans la Déclaration du Millénaire qu'ils ont adoptée à l'issue du Sommet du Millénaire en septembre 2000 à New-York.

L'ère de la mondialisation qui gouverne les relations internationales repose essentiellement sur deux paramètres : d'une part le libéralisme économique, et la recherche de l'instauration, à l'échelon planétaire, de la démocratie, d'autre part; les deux exigences ne peuvent aller l'une sans l'autre.

La principale question qui se pose à nous aujourd'hui est de définir un mécanisme et un jeu d'équilibre qui permettraient à toutes les régions du monde d'atteindre ces deux objectifs.

Les bailleurs de fond des zones géographiques de prospérité ne peuvent exiger des pays déshérités d'un côté, l'application, des principes et conduites en matière de démocratisation, de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption, sans, de l'autre, apporter en contrepartie à ces mêmes Etats, un soutien et une politique de coopération leur permettant de se développer.

Ces enjeux ne doivent relever ni de la pitié, ni de la compassion, mais d'une diplomatie volontariste des pays riches comme des pays démunis, à forger ensemble un monde meilleur fondé sur la paix, la sécurité, la justice et les droits humains... pour TOUS.

Sur les 49 pays appartenant au club des pays les plus pauvres, pas moins de 33 sont localisés en Afrique.

Dans le lexique des spécialistes de la géopolitique et des relations internationales qui sert à fixer le rang et la place de chaque Etat dans le monde d'aujourd'hui, au Sommet culminent les Etats-Unis qualifiés d'hyper puissance, et au bas de la pyramide il y a la quasi totalité des Etats africains baptisés « sphère du fiasco ».

Cette dernière définition véhicule non seulement une perception désenchantée de l'Afrique, mais pire, elle dénote une attitude de découragement, voire d'abandon. Cette définition est, enfin, dangereuse, car elle se cantonne à établir le constat de la situation de tout un continent qui serait structurellement handicapé et irrémédiablement décroché du reste du monde. Bref, il y a comme une conspiration, la tentation de laisser l'Afrique seule face à ses périls. Ceux qui tiennent de pareilles théories oublient simplement que le sort du monde dans sa globalité ne peut s'affranchir du sort de l'Afrique avec ses périls comme avec ses espérances.

La communauté internationale a l'obligation d'épauler les pays pauvres, tout comme ces derniers ont l'obligation de déployer les efforts nécessaires pour aller de l'avant. A cet égard, il convient de redéfinir une nouvelle politique de coopération entre pays riches et pays pauvres, fondée sur l'interactivité, c'est-à-dire sur la base d'un véritable partenariat et d'une concertation mutuelle entre les deux parties.

Le temps est révolu de dresser des diagnostics et d'administrer des remèdes de l'extérieur sans se préoccuper du point de vue du malade que l'on est censé guérir localement. Tout comme il est vain d'ériger en modèle politique universel la démocratie, en se contentant de l'imposer à toutes les nations du monde, si l'on n'intègre pas cet objectif dans un processus global comportant, pour les pays riches un devoir de solidarité en matière économique et sociale à l'égard des pays pauvres.

 

Je vous remercie de votre attention.