ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE DJIBOUTI
AU SOMMET DES CHEFS D'ETAT ET DES
GOUVERNEMENTS DES PAYS LES MOINS
AVANCES A BRUXELLES, 15 MAI 2001
Monsieur le Président,
Une fois de plus, nous sommes de nouveau réunis ici pour une Conférence sur les
Pays les Moins Avancés, après celles de 1981 et de 1990, toutes deux ayant eu
lieu à Paris. Etant donné la portée et la solidité de nos engagements lors de
ces Conférences antérieures, l'on peut à juste titre se demander ce que l'on
pourrait bien ajouter à nos délibérations présentes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
La liste initiale des P.M.A. établie par la CNUCED et publiée en 1971,
contenait 24 pays. Durant le quart de siècle suivant jusqu'en 1995, la liste a
connu une augmentation régulière au taux d'environ un pays par an pour
atteindre le chiffre de 49. Au cours de cette période, seulement un pays, le
Botswana a connu une évolution et a quitté en 1994 le rang des P.M.A. La vaste majorité des pays sont en
Afrique, 34 sur les 49, tandis que 9 sont en Asie, 5 dans la région Pacifique,
1 dans les Caraïbes.
La situation dans laquelle se trouvent les PMA est critique. Avec 10% de la
population mondiale en 1997, leur pourcentage du volume d'importation mondiale était
de seulement 0,6 % et le volume d'exportation de 0,4%.
Et ces taux représentent une baisse de plus de 40 depuis 1980 et « témoignent
de la marginalisation croissante des P.M.A. ». Plus inquiétant encore, 16
autres pays ont été identifiés comme répondant à certains des critères définissant
le statut des P.M.A. Si leurs économies continuent à se dégrader, ils
pourraient tout aussi bien venir grossir le rang des PMA. Parmi les 16 pays,
l'on trouve certains des pays les plus grands et les plus peuplés de l'Asie,
d'autres de l'Amérique Centrale et cinq autres pays Africains ; par conséquent
et en considérant ce qui précède, la liste des P.M.A. pourrait raisonnablement
atteindre 67 pays, soit 1/3 (35,6 %) des pays membres des Nations-Unies. S'il y
a un facteur critique qui identifie un P.M.A. , c'est bien la pauvreté. La
pauvreté affecte presque tous les aspects de l'économie du PMA, sa capacité à éduquer
ses habitants, à les former, à assurer leur santé, à leur fournir emplois et
services sociaux et à s'imposer comme des marchés attrayants pour l'économie
globale.
La pauvreté est la question centrale. Qu'un milliard de personnes dans le monde
survivent avec un dollar par jour ou moins (65 cents pour 400 Millions en
Afrique) est un fait bien connu. Par conséquent, beaucoup de pays pauvres ont
des revenus bien trop bas pour générer des ressources domestiques adéquates et
attirer des taux modérés d'investissement et de croissance. Les infrastructures
et les services sont pauvres et faibles. Chemins de fer, électricité, routes,
communications (téléphones, Internet) etc...
Monsieur le Président,
Les pays pauvres font face à une difficulté majeure. S'il est vrai que l'importance
accordée à la stimulation de l'exportation et à des marchés plus ouverts dans
le monde industrialisé est justifiée et que cela doit être réalisé , il faut
dire que beaucoup des pays les plus pauvres ne peuvent guère en profiter du
fait de la nature sous-développée de leurs économies productives et de leur dépendance
de quelques produits. Etant donné la baisse régulière des prix des produits,
combinée au manque de ressources et de fonds pour diversifier leurs économies,
la libéralisation du marché et la promotion des investissements ne peuvent guère
offrir que peu de bénéfices. Là encore, la question centrale, c'est la pauvreté.
L'attention particulière accordée au marché et à l'investissement est une manœuvre
subtile qui sert d'échappatoire aux pays industrialisés, leur permettant ainsi
de contourner la réalité : le besoin d'une aide au développement substantielle
destinée aux P.M.A.
D'autre part, de niveaux élevés de dette interne et externe suscitent d'autres
craintes pour les investisseurs, qui doutent qu'ils puissent réaliser de
profits. Beaucoup de pays risquent de tomber dans une situation où le paiement
des dettes consommera une part considérable de leur PNB, mettant ainsi en péril
leur viabilité même et leur existence.
En 1981, reconnaissant la dégradation économique dont souffrent les pays
pauvres de la planète et la nécessité d'une action globale commune pour
renverser la tendance, les Nations Unies ont convoqué la première Conférence
des Pays les Moins Avancés - La Conférence a unanimement adopté un Programme
d'Action pour les P.M.A. dans les années 80 ; élaborer des orientations pour
l'action nationale des P.M.A. et des mesures d'accompagnement internationales
parallèles.
Cependant, en dépit des efforts déployés, la situation économique des P.M.A. au
cours des années 1980 a continué à se dégrader. Cela a conduit à la seconde
Conférence sur les P.M.A., sur la base des recommandations de la CNUCED, de
nouveau à Paris en 1990, et une autre déclaration de Paris et un Programme
d'Action pour les années 1990 !
Le Programme d'Action de la Conférence de 1990 a reconnu la nécessité de mécanismes
de suivi et de contrôle pour soutenir les efforts de développement des P.M.A.
Un mécanisme à trois dimensions, destiné à couvrir les suivis nationaux, régionaux
et globaux a été instauré pour contrôler l'application effective du programme. Néanmoins,
un rapport datant du milieu des années 90 a conclu que les P.M.A. continuaient
d'être marginalisés et par la résolution 52/187 du 18 décembre.
Néanmoins, un rapport datant du milieu des années 90 a conclu que les P.M.A.
continuaient d'être marginalisés et par la résolution 52/187 du 18 Décembre
1997, l'Assemblée Générale a appelé à la tenue de cette troisième Conférence
des Nations-Unies sur les P.M.A.
Nul doute que les raisons majeures expliquant cette stagnation soient
principalement dues à notre instabilité politique, les tensions sociales,
l'absence de bonne gouvernance, l'intolérance et la mauvaise gestion de l'économie.
Nous avons énormément oeuvré au fil des années pour éliminer certains de ces
facteurs. Cependant, l'engagement international en faveur des P.M.A. fait défaut
en ce qui concerne l'aide au développement. Par conséquent, au cours des années
90, peu des P.M.A. ont pu réaliser le degré de transformation structurelle nécessaire
pour sortir du rang des P.M.A.
Monsieur le Président,
A la suite des délibérations du Comité International Préparatoire l'année dernière,
des ONG clé ont noté dans leur analyse : « un examen des accords des deux
conférences précédentes de 1981 et de 1990 fait clairement ressortir que peu de
progrès a été accompli au cours des 20 dernières années ». Selon leurs
analyses, les chances étaient grandes que cette troisième Conférence ne fasse guère
mieux que réitérer une série de promesses vides.
Selon elles, l'annulation de la dette s'est faite à un rythme extrêmement lent
et montre jusqu'ici des maigres résultats. Le contexte mondial dans lequel les
P.M.A. doivent survivre est de moins en moins favorable, alors que la création
de l'OMC n'a guère pris en compte leurs intérêts et la globalisation de l'économie
mondiale signifie plus que jamais que le riche sera de plus en plus riche tandis
que la pauvre, comme certains le disent, n'aura que des bébés. Bien que la
troisième Conférence se tienne à un moment opportun, les défis auxquels nous
devons faire face n'ont jamais été aussi grands. Pour toutes ces raisons, les
conséquences d'un échec seront d'autant plus dramatiques.
Dans ce contexte, il nous semble extrêmement important de répondre à l'appel
lancé par la CNUCED pour une augmentation conséquente et soutenue des volumes
de l'Aide au Développement Extérieur annuelle (ADE) à destination de l'Afrique
; le double des 10 Milliards de dollars actuels, soit 20 Milliard.
Si les recommandations de la CNUCED sont prises en compte et suivies pendant
une ou deux décennies, la croissance projetée des économies de l'Afrique sera
de 6 % par an, un taux qui stimulerait et accroîtrait les épargnes nationales
et les investissements privés externes à telle enseigne que l'Afrique pourrait se
passer de l'Aide au Développement Extérieur.
Des épargnes nationales faibles et des flux d'investissements peu réguliers
forcent l'Afrique à dépendre de l'aide et de la dette, réduisant ainsi sa capacité
à se développer. Oui, la nécessité est grande de mettre en place un fonds spécial
conséquent pour les P.M.A. selon les schémas indiqués par la CNUCED.
Une autre proposition souhaitable serait celle soumise par le comité
d'Assistance au Développement de l'OCDE ; « dé-lier » l'aide aux 48 pays les
plus pauvres. Actuellement, la majeure partie de l'aide fournie est dépensée
dans le pays donateur, la plupart du temps pour des équipements et les frais
d'experts qui reviennent souvent très chers, réduisant ainsi sérieusement les bénéfices
de l'aide.
1 A la baisse de
l'Aide au Développement Extérieur (ODE) doit être ajoutée la conditionnalité
accrue de la Banque Mondiale et des prêts du FMI aux PMA. Cela est d'autant
plus surprenante qu'une récente étude sur l'Afrique a montré qu « imposer
des conditions pour forcer les P.M.A. à adopter des réformes impopulaires n'a pas,
dans beaucoup de cas, produit les résultats escomptés ». Le rapport
confirme que de décennies de conditions de prêt de plus en plus serrées et
complexes n'ont pas produit de résultats. Là où les P.M.A. ont peu contrôle sur
leurs stratégies de développement du 18 Décembre 1997 national, « même les
aides les plus généreuses et animées des meilleures intentions n'auront que peu
ou pas d'impact du tout sur la qualité de vie des populations ». Tant que
l'épée de la conditionnalité sera suspendue au-dessus des stratégies de réduction
de la pauvreté, une réelle appropriation de ces programmes par les P.M.A. ne
pourra être effective. Les Papiers de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté
de 1999 (PSRP) du Groupe Bancaire, ont essayé d'imprimer un semblant
d'appropriation des P.M.A. de leurs réformes économiques en définissant des
priorités économiques et sociales qui leur sont propres. Même là, les
conditions imposées sont strictes et ceux qui respectent scrupuleusement les
mesures prescrites dans les réformes économiques reçoivent des prêts supplémentaires
alors que ceux qui y échouent, sont sanctionnés par la suspension des fonds.
Monsieur le Président,
Au cours des deux dernières décennies, nous avons eu deux Conférences
similaires et avons passé énormément de temps à examiner et à évaluer les résultats
de nos efforts. Pourtant, pour beaucoup de P.M.A., l'aide au Développement Extérieur
continue à baisser ; les barrières et les obstructions aux échanges commerciaux
ne sont toujours pas levées ; l'investissement privé reste négligeable et les
niveaux de la dette restent élevés.