TROISIEME CONFERENCE DES NATIONS UNIES SUR LES PAYS

LES MOINS AVANCES

BRUXELLES, DU 14 AU 20 MAI 2001

DECLARATION GENERALE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRETIQUE DU CONGO

 

Excellence Monsieur le Président de la Commission Européenne

Excellence Messieurs les Chefs d’Etats et des Gouvernements,

Excellences Messieurs les Chefs des Délégations

Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies,

Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine,

Distingués Invités,

Mesdames et Messieurs,

 

En prenant la parole ce jour, devant cette Auguste Assemblée au nom de la République Démocratique du Congo je voudrais avant toute chose, joindre ma voix à celles de très respectueux intervenants qui m’ont précédé pour m’acquitter d’un agréable devoir, celui d’exprimer mes vifs remerciements aux Organisateurs des présentes assises et plus particulièrement à l’Organisation des Nations – Unies notamment à la conférence des Nations-Unies sur le commerce et le Développement qui a su assurer et gérer de manière admirable son processus préparatoire.

 

A ces remerciements s’ajoutent mes très vives et chaleureuses félicitations que j’adresse à la Présidence de la Commission Européenne pour avoir non seulement accepté d’abriter cette importance rencontre mais également d’y apporter son concours technique et financier.

 

Mes remerciements vont spécialement à son excellence Monsieur le secrétaire Général de ONU, pour toute sa contribution à la recherche de la paix dans mon pays.

 

C’est enfin l’occasion pour le peuple congolais, de remercier de tout cœur, les pays amis pour l’appui qu’ils ont apporté aux différentes initiatives entamées ici et là pour aider le processus de réconciliation des congolais en vue de mettre un terme à la guerre injuste qui nous est imposée par trois pays voisins, en l’occurrence l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

 

Je voudrais saisir cette opportunité pour épingler le rôle combien appréciable et déterminant joué par les uns et les autres pour permettre à mon pays de retrouver la voie de la normalité.

Qu’ils veuillent bien trouver ici les sentiments de gratitude  du peuple congolais.

Monsieur le Président,

Distingués Délégués,

Mesdames et Messieurs,

 

C’est avec un réel plaisir que mon pays a accepté de participer à la réunion des PAYS LES MOINS AVANCES.

 

Aussi permettez-moi de remercier encore l’ORGANISATION DES NATIONS-UNIES d’avoir une fois de plus donné l’occasion à nos pays de se retrouver pour débattre ensemble des problèmes de pauvreté qui préoccupent la Communauté Internationale.

 

Comme tout le monde le sait, les solutions à ces problèmes ne peuvent, j’en suis convaincu, être trouvées que par la concertation, le dialogue, la négociation et une plus grande solidarité encore des partenaires qui se vouent un respect mutuel malgré les différences, et les diversités culturelles et économiques de nos pays respectifs.

 

Tout comme la Conférence Mondiale sur la population tenue au Caire, le Sommet Mondial sur le Développement social réuni à COPENHAGUE et encore récemment la Conférence Mondiale sur la femme à BEIJING ont permis d’esquisser une nouvelle manière, une nouvelle lecture de la problématique du développement faisant ressortir de façon claire le rôle fondamental de l ‘homme dans le processus du développement durable.

 

Aussi, vous dois-je tout d’abord, au nom  du Gouvernement de mon Pays et en mon nom personnel, d’exprimer ma satisfaction pour la justesse des thèmes retenus.

 

Choix des thèmes ne pourrait être plus à propos et plus pertinent que la série thématique retenue pour cette conférence. Ces thèmes épousent parfaitement les préoccupations présentes de mon pays. Ils sont en phase avec le renouveau induits par la perspective de l’entrée prochaine de la République Démocratique du Congo dans l’ordre nouveau de la 3ème République, voulue comme un état de droit.

 

Tout comme il est en harmonie avec les mutations contemporaines de l’environnement international vers la constitution des grands ensembles, dans la perspective d’une globalisation progressive des économies.

 

En effet, que l’on se rappelle qu’il y a deux décennies, 25 ensuite 42 puis 49 pays étaient classés dans la catégorie des pays les Moins Avancés.  Comme l’a si bien rappelé, Monsieur Jacques Chirac, Président de la République Française, dans le discours inaugural du lundi 14 mai dernier , dans ces 49 pays, africains pour la plupart, la majorité de la population subit le drame du non-développement. Cette catégorie, comme tout le monde le sait, se distingue notamment par l’extrême pauvreté de leurs populations ainsi que par la faiblesse des ressources humaines et naturelles.

 

Ces pays pour la plupart handicapés par la nature sont très vulnérables aux perturbations de l’économie mondiale et aux catastrophes naturelles. Ils sont, par ailleurs, et ce malgré la bonne volonté de leurs dirigeants, incapables d’assurer seuls un niveau de vie décent à leur population.

 

Avec un niveau de vie en deçà du seuil minimum vital, ces pays représentent aujourd’hui le maillon le plus faible de l’humanité et un défi majeur pour la Communauté internationale.

 

Devant l’urgence de la situation, l’Assemblée Générale des Nations-Unies a, à juste titre, convoqué successivement en 1981, en 1990 et en 1995 à Paris, des conférences sur les Pays les Moins Avancés.

Une série de mesures et d’engagements furent décidés à cette occasion.

 

Hélas que d’espoirs déçus au vu des maigres résultats obtenus aussi bien sur le plan humain, institutionnel qu’économique.

En effet, en dépit des reformes engagées par de nombreux pays visant la transformation structurelle de l’économie ainsi que les apports de certains donateurs extérieurs dans les domaines de l’aide au développement, de la dette et du commerce extérieur, l’état général de ces nations s’est au contraire aggravé durant la dernière décennie avec des taux moyens de croissance du PIB par habitant ne dépassant guère 0,1 % souvent accompagné d’une croissance économique négative.

 

Le constat de l’expérience récente est amer et montre qu’il y a eu :

 

Les facteurs ayant contribué à cette aggravation sont connus de tous notamment la carence et l’inefficacité des politiques intérieures, les diverses calamités naturelles, les conditions inégales du marché international, l’instabilité politique et son pendant les conflits ethniques les troubles sociaux et les guerres locales voir parfois sous-régionales.

 

Monsieur le Président,

Distingués Délégués.

 

De cet état de chose, mon pays la République Démocratique du Congo en tire une conclusion douloureuse.  La misère et la pauvreté au lieu de reculer ne font que s’accentuer, creusant encore davantage l’écart entre les pays du Nord et ceux du Sud, d’une part et entre les villes et les campagnes, les hommes et femmes d’autre part dans les pays du Sud. Force est de constater qu’il existe un véritable abîme entre les discours fort applaudis et les actes.

 

La coopération internationale sur laquelle reposait toute la stratégie de lutte contre la pauvreté n’a pas été à la hauteur des ambitions pourtant légitimes de nombreux Pays Moins Avancés de réduire quelques peu la précarité de vie de leur population. La situation est encore plus terrifiante pour certains pays africains au Sud du Sahara.

 

Tenez, 33 des 49 Pays les Moins Avancés sont tous de l’Afrique au Sud du Sahara. A ce jour, un seul pays africain est sortit du lot alors que sept autres sont venus grossir le rang des pays démunis.

 

En effet, comme indiqué dans le Rapport 2000 des PMA, de la CNUCED, si le taux de croissance moyen du PIB réel par habitant enregistré par les différents PMA pendant la période 1960-1998 ne change pas, un seul des 43 pays les moins avancés dont le PIB par habitant est inférieur à 900 dollars atteindra ce seuil avant la fin de 2015, et huit seulement se hisseront à ce niveau au cours des 50 prochaines années. Parmi les 22 PMA dont le PIB réel par habitant à soit diminué soit plafonné pendant la période considérée, de plus en plus nombreux sont ceux qui risquent d’être pris dans le cercle vicieux de la régression économique des difficultés sociales et de l’instabilité politique. Dans ces conditions, les PMA deviendront des poches de pauvreté persistante dans l’économie mondiale.

 

Qui plus est, la poursuite d’une politique internationale de libéralisation économique » à deux vitesses » - consistant à mener une action énergique pour faciliter la libre circulation des biens et des capitaux au niveau des Pays en développement, mais à décourager par des barrières tarifaires l’entrée et la libre circulation des produits des PMA sur les marchés des Pays Développés constitueront encore longtemps un blocage important aux efforts de développement des PMA.

 

Mais si une nouvelle démarche en matière de coopération crée des conditions internationales propices notamment en favorisant l’accès au marché international et encourage les pays à suivre une politique de développement plus efficace, un démarrage économique deviendra possible dans un nombre croissant de pays qui pourront ainsi sortir de la catégorie des PMA.

 

Le cas de mon Pays mérite que l’on s’y arrête un moment, car il est troublant et même surprenant à la fois de se retrouver dans ce groupe de pays. C’est pour mon pays un accident de parcours regrettable pour lequel notre vœu le plus cher est que la République Démocratique du Congo puisse quitter à la fin de la présente décennie ce groupe des pays en développement.

Cette situation s’explique le maintien de la dictature, une des plus longues et cruelles du continent africain et qui a systématiquement foulé au pied les principes d’un Etat de droit et de la bonne gouvernance. En tout état de cause, la responsabilité congolaise est totale.

 

Il faut cependant reconnaître que la Communauté Internationale n’a pas non plus facilité les choses. Bien au contraire, elle a suspendu son aide au moment crucial où la R.D.C. entrait dans une phase de transition politique vers une démocratisation de ses institutions.

Cette suspension a conduit comme on le sait :

 

           

Quoique cette suspension peut être comprise comme une sanction légitime contre un régime qui foulait au pied les principes de droit de l’homme. Cette logique aurait dû aboutir à la levée des dites sanctions une fois ce régime a été déchu. L’on a assisté au contraire à leur maintien bien que la situation ne la justifiait plus.

 

A ce sujet, mon pays se réjouit de la publication des conclusions du Rapport du Groupe d’Experts des Nations Unies sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo.

 

Ce rapport est fort accablant pour les pays agresseurs et donne les raisons cachées de l’agression dont nous sommes victimes.  Le Rapport recommande entre autres que les particuliers, notamment les exploitants agricoles, les confessions religieuses et les sociétés  dont les biens, le bétail et les cultures ont été endommagés, pillés ou expropriés par les forces armées rwandaises, ougandaises et burundaises et leurs alliés soient indemnisés par les Etats prédateurs concernés.

 

Aussi, mon pays reprend avec force les propos du Président de la République Française lors de son discours inaugural indiquant que « la communauté internationale ne saurait aider les régimes corrompus, oppresseurs et prédateurs.  Et j’ajoute, agresseurs.  La Communauté internationale doit réagir vigoureusement en sanctionnant de façon sévère les Etats qui pratiquent des tels comportements.  

 

D’une part, la R.D.C. souhaite faciliter le retour dans le calme de ces réfugiés dans leur pays d’origine et qu’une juste réparation pour les dommages subis et les pillages systématiques de ses richesses lui soit reconnue et attribuée.

 

D’autre part, classé accidentellement comme pays le moins avancé, la R.D.C. ne s’en réjouit point et ne peut en tout cas se complaire de cette situation.

 

Il est résolu de tout mettre en œuvre pour en sortir le plus rapidement possible. C’est un impératif d’ordre moral d’autant plus que ce positionnement n’a jusqu’à présent apporté aucun avantage significatif à mon pays. 

 

C’est pourquoi la R.D.C., consciente de la nécessité de laisser sa place aux pays moins nantis que lui s’attèle à redresser la situation.

 

Elle a pris des mesures qui visent en priorité l’affermissement de l’autorité de l’Etat, la promotion des droits de l’homme ainsi que l’assainissement de l’environnement économique et financier.

 

En effet, sur le plan politique, des mesures concrètes sont mises en branle pour restaurer l’autorité de l’Etat, assurer la primauté du droit, la liberté individuelle et collective, la sécurité des biens et des personnes. Une amélioration du climat politique et social est nettement perceptible. Le processus préparatoire à la tenue du dialogue inter congolais est en place et les contacts entre les différents acteurs politiques se poursuivent inlassablement pour que dans un délai raisonnable ce dialogue se tienne dans les bonnes conditions.

 

Les organes ainsi que les mécanismes acceptables et acceptés par la majorité de la classe politique en vue de conduire le pays vers les élections démocratiques et transparentes seront définis à l’issue de ce dialogue.

 

Sur le plan économique, les efforts ont été fournis pour combattre avant toute chose l’yperinflation et la criminalisation de l’économie. Il y a lieu de reconnaître que les résultats dans ce domaine, encore fragile, sont cependant globalement positifs. Ils auraient pu être meilleurs, n’eurent été les diverses pesanteurs administratives, publiques et le gel de la coopération.

 

S’agissant du rythme de l’inflation, l’on observe depuis le deuxième trimestre de l’année écoulée, un ralentissement notable du taux accompagné d’une stabilisation relative avec une nette décélération de la dépréciation du taux de change de la monnaie nationale par rapport aux devises fortes. Quant à la situation monétaire et financière, elle indique des signes encourageants qui pourraient être confortés par les négociations entamées à Kinshasa respectivement avec le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale au terme desquelles un Programme Intérimaire d’urgence de gestion macro-économique de 18 à 24 mois pourrait être mis en place avec un coût estimé de 250,0 millions de dollars.  Pour ce qui est de la coopération structurelle, la reprise s’amorce avec l’Union Européenne qui vient d’accorder 120 millions d’Euro à titre de don à mon pays.

 

Monsieur le Président,

Distingués Délégués,

 

Tout le long de cette intervention, mon pays s’est efforcé de rappeler la situation difficile et précaire dans laquelle ne cesse d’évoluer les pays les moins avancés.  Il a également évoqué l’importance et le poids du problème des réfugiés et des personnes déplacées sur le développement des régions occupées.

 

Enfin, il a exprimé l’étrangeté de sa position et sa résolution de sortir le plus rapidement possible de cette catégorie le pays par des mesures d’ajustement en cours.

 

Sans assistance consistante de la Communauté Internationale tous ses efforts seront et resterons vains.  C’est pourquoi, mon pays profite de cette tribune pour lancer à nouveau un vibrant appel aux partenaires extérieurs, aux pays amis ainsi qu’aux organismes du système des Nations-Unies pour la mise en place d’une solidarité plus accrue et mieux ciblée par des engagements fermes susceptibles d’être concrétisés dans les meilleurs délais. Dans ces conditions mon pays pense qu’il ne serait pas exclu d’envisager le montage d’un plan Marshal pour l’Afrique si l’on veut sincèrement aider ce continent à combattre de manière efficace la pauvreté endémique de sa population.

 

La République Démocratique du Congo espère que la présente conférence se démarquera des précédentes conférences par la pertinence des décisions et des actions qui en sortiront.

 

La République Démocratique du Congo vous remercie.