Déclaration du
Deuxième Vice-président du BURUNDI, Mathias SINAMENYE,
le 15 mai 2001,
à Bruxelles, lors de la 3e
Conférence des Nations Unies sur les Pays Moins Avancés.
Monsieur le
Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies,
Monsieur le Président
de la Conférence,
Mesdames,
Messieurs les Chefs d’Etats et de Gouvernement,
Le groupe des Pays
les Moins Avancés (PMA), aujourd’hui au nombre de 49 fait face à des
difficultés d’ordre économique, social et politique de diverses natures dont
l’ampleur varie d’un pays à l’autre.
Toutefois, ces
pays ont en commun des handicaps structurels qui hypothèquent toute tentative
de transformation profonde de leurs économies et toute croissance durable
nécessaire à une lutte efficace contre la pauvreté.
La situation
actuelle des PMA, caractérisée par des conditions de vie extrêmement difficiles
est fort opportunément l’objet de débat et de concertation au cours de ce forum
à l’issu duquel, nous l’espérons, une convergence de vue sera dégagée pour que
dorénavant, des pistes de solutions pertinentes soient adoptées afin que le
développement des uns ne coexiste plus avec la misère des autres.
J’aimerais à ce
propos évoquer trois aspects où il y a lieu de saisir les véritables défis et
le caractère complexe des problèmes posés.
Ma première
intervention concerne la gouvernance.
Les PMA ont besoin
d’une bonne gouvernance économique, de la paix et de la sécurité pour se
soustraire progressivement du malaise du sous-développement et de l’exclusion
dans lequel ils se trouvent.
La corrélation
entre la bonne gouvernance et le développement est d’ailleurs aujourd’hui
admise et exige la mise en place d’institutions politiques plus participatives
sous formes de processus électoraux démocratiques et l’essor de sociétés civiles.
Toutefois, la
bonne gouvernance ne sera une réalité pour nos populations que si nos Etats
peuvent montrer sans ambiguïté les
avantages de la bonne gouvernance par
rapport aux méthodes du passé. Ceci nous renvoi à l’urgence du renforcement de la capacité de nos Etats à assumer
leurs responsabilités.
Dans les régions
affectées par les conflits armés comme mon pays le BURUNDI, les premières
responsabilités de l’Etat sont et restent le retour à la paix, le désarmement
des combattants, la réinsertion socio-économique des réfugiés et la stabilité
sociale.
La guerre ayant
appauvri la population et occasionné des dégâts matériels et humains
considérables, nous constatons que
l’absence de développement est aujourd’hui porteur de germes de nouveaux conflits.
Le partenariat
avec les pays développés et les institutions multilatérales visant à promouvoir
la reprise économique durable et l’amélioration du niveau de vie des
populations sinistrées est à cet égard d’une importance capitale. D’où la
nécessité de mécanismes souples et rapides de financement des pays sortant de
conflits.
Parlant de
financement, j’en arrive au deuxième aspect de mon intervention qui a trait à
la mobilisation des ressources financières pour accélérer le développement des
PMA.
Monsieur le
Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies,
Monsieur le
Président de la Conférence,
Mesdames,
Messieurs les Chefs d’Etats et de Gouvernement,
Distinguées
invités,
Dans les
conditions présentes et compte tenu des tendances actuelles, les économies des
PMA ne réalisent pas les taux de croissance nécessaires à une croissance
économique durable susceptible de réduire sensiblement la pauvreté.
En effet,
l’épargne intérieure des PMA est actuellement beaucoup trop faible pour
soutenir l’investissement et porter la croissance à un niveau satisfaisant. Les
PMA ont encore besoin de ressources
additionnelles pour faire face à ce gap de financement pour relever le défi du
développement.
Pour cela, la
troisième Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés devrait
être l’occasion d’adopter une démarche unique pour :
i.
augmenter
l’aide ;
ii.
trouver une
issue à la dette publique ; et
iii.
accroître
les apports des capitaux privés.
Concernant l’aide
publique au développement, sa tendance à la baisse est indéniable. Celle
attribuée au Burundi a été divisée par 4 pendant la dernière décennie.
Les présentes
assises devraient par conséquent être l’occasion de réaffirmer l’engagement des
pays développés de consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide publique au
développement.
Certes, il faut
augmenter l’aide, mais il faut également créer les conditions d’attractivité de
l’investissement privé local et étranger sur base du constat
ci-après :
i.
les PMA
restent à l’écart des mouvements d’investissements directs aussi bien en quantité qu’en qualité ;
ii.
la stabilité
macroéconomique et celle des institutions
est de nature à réduire la perception du risque par les investisseurs
potentiels ;
iii.
la réduction
du risque dans les PMA suppose certes des politiques claires et cohérentes,
mais également l’accès à un système d’infrastructures modernes et efficaces
pour faciliter le mouvement rapide des biens et services.
Si la
responsabilité de nos Etats pour créer un environnement favorable est
indéniable et primordial, la communauté des bailleurs de fonds doit appuyer les
PMA pour susciter et encourager un flux
d’investissements privés substantiels.
S’il reste vrai
qu’il faut fournir plus d’aide et attirer l’investissement direct étranger au niveau des PMA, cela ne sera efficace que
si l’on arrive à placer les PMA dans une situation où leur dette devient
tolérable.
En effet la dette
des PMA est insoutenable et les mesures jusqu’ici mises en œuvre ne sont pas
suffisantes pour offrir une solution durable. Il serait dès lors souhaitable
qu’il y ait une application accélérée
de l’initiative PPTE étant donné
qu’à ce jour peu de pays ont atteint le point de décision et qu’un seul pays
africain a franchi le point d’achèvement
Les pays
développés devraient par conséquent revisiter les mécanismes actuels de
réduction de la dette qui, à nos yeux, sont trop timides et trop lentes.
Plus
particulièrement les PMA attendent de la Communauté Internationale une
augmentation des ressources requises pour un programme PPTE qui va au-delà de
l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres lourdement endettés pour
répondre aux besoins des PMA.
Dans ce même
cadre, les pays qui sortent de conflits comme le BURUNDI affrontent des
problèmes spécifiques. Ils ont besoin d’un autre type de stratégie et d’appui
pour retrouver la voie du développement.
La Communauté
Internationale devrait par conséquent faire preuve de plus de souplesse et de
générosité à travers des mécanismes spéciaux de traitement de leur dette. Sinon
tout effort de réconciliation nationale et tout programme de reconstruction et
de relance économique risquerait d’être compromis.
En effet, il est illusoire de vouloir promouvoir la
réconciliation nationale dans un pays où les quelques maigres ressources encore
mobilisables sont consacrées au service de la dette au détriment de la
satisfaction des besoins fondamentaux de la population et au détriment de
l’investissement social.
IL est également
difficile d’entreprendre la reconstruction et le redressement de l’économie
pour lutter contre la pauvreté dans un pays où la confiance des opérateurs
économiques est ébranlée par l’accumulation incessante d’arriérés internes et
externes.
C’est face à ces
défis fondamentaux liés à la dette que
le Gouvernement du Burundi a lancé lors de la Conférence des donateurs tenue en
décembre 2000 à Paris, un appel pressant à ses créanciers et partenaires de la
communauté internationale pour une solution réaliste et pratique aux problèmes
posés par le service de la dette. Bien plus, le Gouvernement a prévu dans le
cadre du suivi de cette même conférence l’organisation d’une consultation
thématique sur le problème de l’endettement du pays.
Monsieur le
Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies,
Monsieur le
Président de la Conférence,
Mesdames,
Messieurs les Chefs d’Etats et de Gouvernement,
Notre conviction
est que si les PMA doivent sortir de l’impasse actuelle de façon durable, ça le
sera par l’intégration harmonieuse de nos pays dans l’économie mondiale et
c’est l’objet de notre troisième observation.
Aujourd’hui la
mondialisation est à la fois une réalité et une opportunité pour les PMA, mais
à long terme. Pour en profiter, il est cependant nécessaire d’améliorer la
compétitivité des produits exportables, de prendre des mesures pour inverser la
marginalisation des PMA en rendant les règles du jeu plus équitables.
Comme le
Secrétaire Général des Nations Unies l’a si bien dit, Nous pensons que le
meilleur espoir des PMA et du monde en développement en général, réside dans la
tenue d’une nouvelle série de négociations commerciales multilatérales, qui
seraient véritablement consacrées au développement.
Cette nouvelle
série de négociations, basée sur l’évaluation de la mise en œuvre des accords
précédents devrait viser prioritairement le développement des PMA,
l’élimination de toutes les barrières commerciales, douanières ainsi que la
suppression des subventions.
Nous sommes
confiants que cette nouvelle série de négociations devrait permettre, d’établir
de meilleurs échanges commerciaux et un accès équitable aux marchés mondiaux.
Mesdames,
Messieurs,
Je ne saurais
terminer mon intervention sans parler d’un fléau qui frappe beaucoup de PMA
dont mon pays. Il s’agit de la pandémie
du SIDA
Son échelle est
aujourd’hui terrifiante et sans une solidarité efficace de la communauté
internationale, tous les progrès des PMA sur le plan du développement et de la gouvernance seront sérieusement
compromis.
Nous nous
félicitons de l’Initiative du Secrétaire Général des Nations Unies de mettre en
place un fonds mondial pour la lutte contre le SIDA d’un montant de 10 millions
de dollars par an.
Nous pensons
qu’avec l’appui multiforme de la Communauté Internationale et les efforts
énergiques internes de lutte contre le
SIDA amèneront progressivement des résultats.
Je vous remercie.