- Apprenez ce que les gouvernements se sont engagés à faire, en 1995: Le Programme d'Action mondial pour la jeunesse: Délinquance juvénile (A/RES/50/81)
- Rapport mondial sur la jeunesse, 2003: Ch.7 - Délinquance juvénile
- Rapport mondial sur la jeunesse, 2005: Délinquance juvénile
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Apprenez ce que les gouvernements se sont engagés à faire, en 1995: Le Programme d'Action mondial pour la jeunesse: Délinquance juvénile (A/RES/50/81)
G. Délinquance juvénile
86. La criminalité et la délinquance juvéniles sont des problèmes graves qui se posent à l’échelle mondiale. Leur ampleur et leur gravité dépendent principalement de la situation sociale, économique et culturelle de chaque pays. Les renseignements disponibles font toutefois apparaître dans le monde une progression, manifeste de la criminalité juvénile associée à la récession économique, surtout dans les secteurs marginaux des centres urbains. Dans bien des cas, les jeunes délinquants sont des "enfants des rues" qui ont été témoins de la violence ou en ont été victimes dans leur entourage immédiat. L’éducation de base qu’ils ont reçue, ce qui n’est pas le cas de tous, est insuffisante; leur initiation à la vie sociale au sein de la famille laisse souvent à désirer et leur environnement socio-économique est marqué par la pauvreté et le dénuement. Au lieu de compter exclusivement sur le système de justice pénale, il faudrait envisager d’entreprendre des actions visant à prévenir la violence et le crime en prenant notamment des mesures pour renforcer l’égalité et la justice et lutter contre la pauvreté et le désespoir parmi les jeunes.
Mesures proposées
1. Priorité aux mesures préventives
87. Les gouvernements devraient accorder la priorité aux questions et problèmes touchant à la délinquance et à la criminalité juvéniles en mettant particulièrement l’accent sur les politiques et programmes de prévention. Les zones rurales devraient être dotées de structures et de services administratifs et socio-économiques appropriés qui pourraient décourager les jeunes d’aller s’installer en ville. Des programmes d’éducation, d’emploi et de loisirs devraient être élaborés à l’intention des jeunes des milieux urbains défavorisés, notamment pendant les grandes vacances scolaires. Les jeunes qui abandonnent l’école ou qui sont issus de familles désunies devraient bénéficier de programmes sociaux particuliers qui les aident à avoir une image positive d’eux-mêmes et à prendre de l’assurance pour devenir des adultes responsables.
2. Prévention de la violence
88. Les gouvernements et les organisations intéressées, en particulier les organisations de jeunes, devraient envisager d’organiser des campagnes d’information et de mettre au point des programmes d’éducation et de formation afin de sensibiliser les jeunes aux conséquences désastreuses, sur les plans personnel et social, de la violence au sein de la famille, de la communauté et de la société et de leur apprendre à communiquer sans recourir à la violence et à faire preuve de retenue de manière à se protéger et à protéger les autres contre la violence. Les gouvernements devraient également mettre au point des programmes pour encourager la tolérance et une meilleure compréhension chez les jeunes afin d’éliminer les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance et ainsi d’éviter la violence.
89. Afin d’éviter la violence et la criminalité, il est impératif de développer l’organisation sociale, par l’intermédiaire des organisations de jeunes et par la participation communautaire, grâce à une politique sociale et favorable dans un cadre législatif. L’aide des pouvoirs publics devrait avoir pour but d’aider les associations communautaires et les organisations de jeunes à exprimer et évaluer leurs besoins en ce qui concerne la prévention de la violence et de la criminalité, et élaborer et d’appliquer leurs propres mesures dans le cadre d’une coopération mutuelle.
3. Services et programmes de réinsertion
90. Le dénuement, les mauvaises conditions de vie, le faible niveau d’instruction, la malnutrition, l’analphabétisme, le chômage et l’absence de loisirs sont des facteurs qui marginalisent les jeunes et exposent certains d’entre eux à l’exploitation et les poussent à commettre des infractions et à adopter un comportement déviant. S’il est vrai que les mesures préventives s’attaquent aux causes profondes de la criminalité, des programmes et services de réinsertion devraient être offerts à ceux qui ont déjà des antécédents judiciaires. En général, les jeunes délinquants commencent par commettre des infractions mineures, telles que des vols, ou ont un comportement violent qui est facile à repérer et à corriger dans des institutions ou au sein de la communauté et de la famille. En fait, l’application de la loi devrait faire partie des mesures de réinsertion. Enfin, il faudrait protéger les droits fondamentaux des jeunes détenus et accorder une plus grande attention aux principes de la majorité pénale énoncés dans la législation pénale.
Rapport mondial sur la jeunesse, 2005
3. Délinquance juvénile
79. La délinquance juvénile désigne différentes violations des normes juridiques et sociales commises par des mineurs, des infractions mineures aux infractions graves. Très souvent, les jeunes commettent des actes illicites et tombent dans la délinquance, la toxicomanie ou la violence à l’égard d’autrui, en particulier d’autres jeunes. Statistiquement, les jeunes sont le groupe de la population comptant le plus de délinquants même si beaucoup d’entre eux finissent par s’éloigner de la délinquance et de la marginalité.
80. Les jeunes qui vivent dans la précarité sont souvent exposés à la délinquance. Il a été démontré que la pauvreté, les problèmes familiaux, la toxicomanie et le décès d’un ou de plusieurs membres de la famille étaient des facteurs de risque. L’insécurité due à un environnement social instable accroît la vulnérabilité des jeunes et ceux qui ont des problèmes relationnels sont moins aptes à se protéger de l’influence négative des groupes de jeunes.
81. Dans les pays développés, l’immense majorité de ceux qui participent à des actes de violence contre des jeunes ont le même âge et sont du même sexe que les victimes. La plupart de ces délinquants sont de sexe masculin et opèrent en groupe. Les jeunes les plus exposés à la violence sont ceux qui ont entre 16 et 19 ans26. Selon les informations rassemblées par la police, la proportion de délinquants parmi les mineurs et les jeunes adultes de sexe masculin est plus de deux fois supérieure à celle des délinquantes parmi les mineures et les jeunes adultes de sexe féminin, et le nombre des condamnations six à sept fois supérieur.
82. Dans les pays en transition sur le plan économique, les taux de criminalité ont fortement augmenté. Depuis 1995, le niveau de la délinquance juvénile a augmenté de plus de 30 % dans nombre de ces pays. La délinquance juvénile est souvent très liée à l’alcoolisme et à la toxicomanie. En Afrique, la délinquance est principalement attribuée à la faim, à la pauvreté, à la malnutrition et au chômage.
83. Les taux de criminalité sont généralement plus élevés dans les villes qu’à la campagne, ce qui tient peut-être aux différences en matière de contrôle social et de cohésion sociale. Dans les villes, un grand nombre de pauvres vivent dans des colonies de squatters et dans des bidonvilles surpeuplés, insalubres et dépourvus des services de base.
84. La délinquance juvénile est en grande partie un phénomène de groupe, la majorité des infractions étant commises par des mineurs appartenant à un quelconque groupe de délinquants. Même les mineurs ayant commis une infraction seuls sont souvent liés à un groupe. Dans certains pays, le nombre de gangs de jeunes a augmenté dans les années 90, les médias ayant fait connaître le phénomène des gangs au grand public et certains facteurs économiques et la détérioration de la situation économique ayant provoqué une augmentation de la pauvreté dans les zones urbaines. Les mineurs appartenant à un groupe de délinquants sont obligés d’adopter certains comportements et sont coupés des modes de vie conventionnels. Les membres de gangs sont beaucoup plus susceptibles d’être les victimes de violence que les membres d’autres groupes de jeunes. Selon une étude, la participation à des affrontements entre gangs multiplie par plus de trois la possibilité de subir des actes de violence27.
85. Dans plusieurs instruments des Nations Unies, l’adoption de mesures sociales est recommandée de préférence à des mesures judiciaires face aux délinquants mineurs. Il est souligné dans les Principes directeurs de Riyad que la prévention de la délinquance juvénile était un élément essentiel de la prévention du crime et, dans l’Ensemble de règles minima des Nations Unies concernant l’administration de la justice pour mineurs (Règles de Beijing), qu’il fallait s’attacher à prendre des mesures positives afin de promouvoir le bien-être du mineur et donc de réduire le besoin d’intervention de la loi28. On considère généralement que les interventions précoces constituent la meilleure manière de prévenir la délinquance juvénile et que la justice réparatrice est la meilleure manière de prévenir les récidives.
86. Il existe un éventail de solutions possibles pour lutter contre la délinquance juvénile et la criminalité en partant de deux perspectives opposées : soit dissuader les délinquants mineurs et les empêcher de commettre de nouvelles infractions, soit dialoguer avec eux et faciliter leur réinsertion sociale. Ainsi qu’il est précisé dans les Règles de Beijing : « Autant que faire se peut, la détention préventive doit être remplacée par d’autres mesures telles que la surveillance étroite, une aide très attentive ou le placement dans une famille ou dans un établissement ou un foyer éducatif29 ». La détention préventive des mineurs peut également avoir un effet criminogène, aussi faut-il adopter des mesures nouvelles et originales pour l’éviter. Réprimer les infractions n’est pas la seule manière de répondre aux comportements antisociaux des jeunes et une action purement préventive ou répressive n’est pas vraiment efficace avec les jeunes ayant déjà des démêlés avec la justice. Il semble que les programmes locaux peuvent remplacer efficacement l’incarcération. Cependant, il semble qu’incarcérer un petit groupe de récidivistes ayant commis la majorité des délits signalés peut avoir une incidence positive sur les taux de criminalité.
87. Les jeunes délinquants souffrent souvent de l’exclusion sociale et économique. Le fait de maintenir de faibles taux de criminalité et l’adoption d’une politique d’inclusion et de régulation sociales s’influencent et se renforcent mutuellement. Ces 10 dernières années, le recours à de bonnes pratiques efficaces améliorant la sécurité collective et réduisant la criminalité dans les villes a augmenté, notamment la connaissance de nombreuses pratiques. Plusieurs de ces programmes viennent efficacement en aide aux jeunes qui risquent le plus de devenir des délinquants, ou à ceux qui vivent dans des zones à risque, et comprennent des interventions auprès de jeunes enfants, des programmes éducatifs, l’animation de groupes de jeunes, des activités de médiation, la formation professionnelle et l’acquisition de compétences, ainsi que des programmes de réinsertion. Pour prévenir les comportements violents et lutter contre la délinquance, les autorités locales doivent adopter des stratégies combinant la prévention, les interventions et la répression.
88. En dépit des nombreux changements intervenus dans sa composition et sa
structure à l’échelle mondiale, la famille, lieu primordial de socialisation des
enfants, continue de jouer un rôle important dans la prévention de la délinquance
des mineurs et des jeunes. Les efforts de prévention les plus efficaces visent les
familles de jeunes ayant des problèmes, notamment de graves troubles du
comportement.
Footnotes:
26. Voir Allemagne, Premier rapport périodique sur le crime et la lutte contre la criminalité en
Allemagne (Berlin, 2001).
27. Voir R. Loeber, L. Kalb et D. Huizinga, « Juvenile Delinquency and Serious Injury
Victimization », Juvenile Justice Bulletin (Washington, D.C.: US Department of Justice, 2001).
28. Voir résolution 45/112 de l’Assemblée générale.
29. Voir résolution 40/33 de l’Assemblée générale.
