- Rapport mondial sur la jeunesse, 2003: Ch.12 - Technologies de l’information et des communications
- Rapport mondial sur la jeunesse, 2005: Technologies de l’information et des communications
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Rapport mondial sur la jeunesse, 2005
B. Technologies de l’information et des communications
9. Un domaine dans lequel les jeunes ont un léger avantage est celui de la nouvelle société de l’information mue par les nouvelles technologies. Les jeunes sont souvent à l’avant-garde dans l’utilisation et la vulgarisation novatrices des technologies de l’information et des communications. Ils s’adaptent rapidement et sont généralement très avide des grandes quantités d’informations régionales et mondiales que les nouvelles technologies de l’information et des communications sont à même de diffuser.
10. Les technologies de l’information et des communications, devenues un facteur clef de développement, ont de profondes répercussions dans les secteurs politique, économique et social de plusieurs pays. Nombreux sont ceux qui associent au premier chef les technologies de l’information et des communications aux technologies de transmission de pointe, mais une définition plus utile consiste à les assimiler à toutes les technologies facilitant le traitement de l’information et toute autre forme de communication. En élargissant la portée de la définition des technologies de l’information et des communications pour couvrir tant les plus anciennes que les plus récentes – journaux, radio, télévision, caméscopes, ordinateurs et téléphones cellulaires – on peut mieux comprendre le plein impact de ces technologies sur le développement social des jeunes. Il semble de moins en moins pertinent d’établir une distinction entre technologies anciennes et nouvelles dans la mesure où, pour atteindre divers publics, les technologies de radio/télédiffusion et de transmission par satellite et Internet sont conjuguées de façon novatrice.
11. La prolifération des technologies de l’information et des communications présente à la fois des avantages et des inconvénients eu égard au développement social et à l’intégration des jeunes. Les jeunes utilisent souvent l’Internet pour avoir accès à des divertissements et à de nouveaux sites et en tant que lieu de rencontres personnelles par le biais des programmes de conversation interactive. Ils tirent aussi parti des nouvelles technologies pour participer davantage à un certain nombre d’activités civiques. Par ailleurs, on insiste plus sur l’utilisation des technologies de l’information et des communications dans le contexte des priorités mondiales des jeunes telles que l’accès à l’éducation, à l’emploi et l’élimination de la pauvreté. Toutefois la question de savoir si les facilitent l’autonomisation des jeunes et améliorent leur qualité de vie ou si elles creusent encore les inégalités et divisions du monde actuel reste posée. Les jeunes tout autant que les autres groupes d’âge sont préoccupés par le « fossé numérique » mondial.
12. Il existe encore de profondes disparités dans la répartition et l’utilisation des nombreuses formes de technologies. À titre d’exemple, en Europe, 331 personnes sur 1 000 utilisent l’Internet contre environ 15 sur 1 000 en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, 37 sur 1 000 au Moyen-Orient et en Afrique, et 92 sur 1 000 en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ces chiffres ne concernent pas uniquement les jeunes, encore qu’ils s’y réfèrent largement, les jeunes étant parmi les principaux utilisateurs d’ordinateurs. Il importe en outre de faire remarquer que ces disparités s’amenuisent pour ce qui est des technologies plus anciennes – radio et télévision – qui jouent donc un rôle très important dans la diffusion de l’information. Ainsi, en Europe, 813 personnes sur 1 000 ont une radio contre 198 sur 1 000 en Afrique subsaharienne, 177 sur 1 000 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et 410 personnes sur 1 000 en Amérique latine et dans les Caraïbese.
13. L’accès insuffisant aux technologies de l’information et des communications reste une importante difficulté pour les jeunes. Des efforts particuliers doivent être déployés pour desservir les jeunes dans les zones rurales, vu les progrès rapides accomplis par les technologies sans fil qui permettent de surmonter les obstacles physiques de la distance et de la topographie à des coûts raisonnables, obstacles qui ont, pendant longtemps, limité le développement des infrastructures et des télécommunications dans les zones rurales. Un accès commun à ces services peut en renforcer l’impact. Dans les zones les plus reculées et les moins peuplées, les incitations commerciales risquent souvent d’être insuffisantes pour encourager le secteur privé à fournir les investissements nécessaires, ce qui peut rendre nécessaire une intervention du secteur public. Le fossé numérique, caractérisé par un accès profondément inégal aux technologies de l’information et des communications et à leur utilisation, se manifeste à la fois aux niveaux international et national et il appartient donc aux responsables politiques tant nationaux qu’internationaux d’y faire face.
14. On s’emploie de plus en plus à promouvoir l’action sociale et le développement des ressources locales des jeunes par l’intermédiaire des communications électroniques, de la « participation cybernétique » et de la « citoyenneté électronique ». Aujourd’hui, les technologies de l’information et des communications et les nouveaux médias sont devenus les composantes clefs de l’engagement civique et de l’activisme des jeunes et ce sont ces connexions entre ces nouveaux médias, l’Internet et les technologies de l’information et des communications qui ont de façon générale permis l’activisme des jeunes et influé sur ses diverses formes. De façon plus directe, les technologies de l’information et des communications, qui sont utilisées pour la communication et la coordination entre les mouvements de jeunes, ont contribué à la naissance d’un sentiment de solidarité électronique entre individus et groupes ayant divers programmes. Ces technologies ont par ailleurs permis aux jeunes de mieux comprendre les questions, problèmes et crises dans d’autres régions du monde. Ces nouvelles technologies sensibilisent très directement le public à ces questions et permettent aux activistes de communiquer instantanément. Dans de nombreux pays, l’Internet est le moyen d’information le moins contrôlé et il peut être un instrument puissant à la disposition des groupes d’activistes et des agents de plaidoyer, contribuant par là même aux progrès de la transparence, de la société civile et de la démocratie. Les listes de diffusion, les sites Web temporaires et à long terme, la formulation et l’édition collectives en ligne de documents sont des caractéristiques courantes de l’activisme des jeunes d’aujourd’hui. De tels instruments sont souvent utilisés par les jeunes pour rédiger et communiquer leur contribution aux processus politiques et aux réunions internationales. Il convient d’encourager l’adoption de mesures pour faciliter l’accès à l’Internet et faire mieux connaître les technologies de l’information. L’utilisation effective de ces technologies devrait contribuer à renforcer diverses formes d’engagement des jeunes.
15. Lorsqu’elles sont disponibles, les technologies de l’information et des communications sont susceptibles de faciliter l’accès des jeunes à une meilleure éducation. De nombreux établissements scolaires et centres de formation tirent parti de ces technologies pour le téléenseignement et la formation pédagogique à de nouvelles méthodes d’enseignement. Les possibilités numériques sont particulièrement utiles pour atteindre les communautés rurales qui ne disposent pas de grandes bibliothèques et d’autres ressources éducationnelles. Grâce aux technologies de l’information et des communications, les programmes scolaires peuvent être actualisés et plus efficacement diffusés. L’utilité éducationnelle des technologies de l’information et des communications dépend de la disponibilité de vecteurs adéquats mais il existe des pratiques modèles de solutions rentables adaptés à chaque pays, qui facilitent l’accès à l’éducation à l’aide des technologies de l’information et des communications. Avec les technologies, le fonctionnement des classes a évolué – intégration de manuels scolaires multimédia, recherches et présentation d’exposés par les étudiants – pour favoriser un apprentissage plus interactif et participatif.
16. Au cours de ces 10 dernières années, on a eu davantage recours aux technologies de l’information et des communications pour promouvoir l’emploi des jeunes. Le commerce électronique local et les petits réseaux sont susceptibles de fournir aux jeunes de nouvelles sources de revenus ainsi que l’occasion de progresser professionnellement sans devoir s’éloigner de leur famille et de leurs réseaux de soutien. Au niveau local, plusieurs exemples illustrent comment les technologies de l’information et des communications peuvent favoriser l’esprit d’entreprise des jeunes à faibles revenus. L’expansion mondiale de la téléphonie mobile et du nombre de ses abonnés a été phénoménale ces dernières années. La disponibilité de réseaux de téléphones mobiles dans de nombreux pays à faibles et moyens revenus ouvre aux jeunes de multiples débouchés. Une option courante consiste à faire appel au microcrédit pour acquérir un téléphone mobile et en tirer un revenu en permettant aux autres de téléphoner à bon marché. Pour promouvoir l’emploi et l’esprit d’entreprise des jeunes à l’aide des technologies de l’information et des communications, il est indispensable de pouvoir se familiariser avec lesdites technologies et d’y avoir accès.
17. Toutefois, nombreux sont les jeunes qui restent exclus de la révolution de l’information tandis que d’autres sont affectés par l’éventuelle remise en question par les technologies de l’information et des communications de leurs formes traditionnelles de socialisation. Enfin, certains jeunes s’efforcent de trouver un équilibre entre les influences exercées par la famille et la collectivité et les influences mondiales et interculturelles exercées par les technologies de l’information et des communications. À titre d’exemple, le recours croissant à la téléphonie mobile a affecté les interactions quotidiennes des jeunes, presque partout dans le monde. Ces technologies peuvent indépendamment influer sur l’existence des jeunes, notamment sur leur comportement et leurs valeurs, qui diffèrent de ceux de leurs aînés, et par là même créer un nouveau schéma de socialisation. C’est ainsi que peut s’émousser le rôle critique que jouent les générations qui se succèdent dans la transmission des pratiques traditionnelles. En fait, la socialisation risque d’intervenir en sens inverse à mesure que les générations plus jeunes enseignent à leurs aînés l’utilisation des nouvelles technologies. Toutefois, les technologies de l’information et des communications et les médias n’éliminent pas l’influence des agents traditionnels – parents et école. Ainsi, cette nouvelle culture mondiale des jeunes propulsée par les médias, en particulier par les technologies de l’information et des communications, favorise une situation de socialisation réciproque entre générations, susceptible d’infirmer l’hypothèse courante selon laquelle les jeunes ne sont pas des membres à part entière de la société tant qu’ils n’ont pas terminé leur processus de socialisation.
18. Certains critiques avancent que les technologies de l’information et des
communications véhiculent implicitement un ensemble de valeurs associées à la
culture populaire occidentale. Il importe toutefois de souligner que la culture des
jeunes est dans une large mesure un phénomène régional autant que mondial. Les
jeunes utilisent, adaptent et interprètent les produits mondiaux dans le contexte de
leurs propres cultures et expériences locales et, ce faisant, créent des formes
culturelles hybrides dont la signification diffère selon les circonstances locales. S’il
n’est plus réaliste d’appliquer des politiques traditionnelles et protectionnistes visant
à limiter la portée des nouveaux médias et des technologies de l’information et des
communications, il risque d’être tout aussi inadéquat d’adopter une approche
libérale en facilitant l’accès des jeunes aux nouveaux médias sans aucune forme de
protection. Pour aider les jeunes à utiliser les technologies de l’information et
des communications, une stratégie triple pourrait être envisagée qui viserait à
mettre à la disposition des jeunes les médias voulus, à encourager leur
participation à la production de médias et à l’élaboration des politiques et à
promouvoir une éducation qui insiste sur la familiarisation avec les
technologies de l’information et des communications en tant qu’importante
dimension de la citoyenneté contemporaine.
Footnote:
e. Voir The World Bank and International Telecommunicaton Union, World Development Indicators, 2004 (Washington, 2004).
