Faim et pauvreté

Retour aux Politiques mondiales pour les jeunes - PAMJ

Apprenez ce que les gouvernements se sont engagés à faire, en 1995: Le Programme d'Action mondial pour la jeunesse: Faim et pauvreté (A/RES/50/81)

C. Faim et pauvreté

40. Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent dans des conditions inacceptables de pauvreté, principalement dans les pays en développement, notamment dans les zones rurales des pays à faible revenu d’Asie et du Pacifique, d’Afrique et d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que dans les pays les moins avancés. La pauvreté a de multiples manifestations : la faim et la malnutrition, un mauvais état de santé, un accès limité ou une impossibilité d’accéder à l’éducation et à d’autres services de base, une morbidité et une mortalité accrues en raison des maladies, des logements inadéquats et la privation d’abris, un environnement dangereux et la discrimination sociale et l’exclusion; elle se caractérise également par la non-participation à la prise de décisions et à la vie civile et socioculturelle. La pauvreté est intimement liée à l’impossibilité d’accéder aux ressources, notamment la terre, la formation professionnelle, le savoir, les capitaux et les relations sociales, ou à la perte de celles-ci. Sans ces ressources, l’accès de la population aux institutions, aux marchés, à l’emploi et aux services publics est limité. Les jeunes sont plus particulièrement touchés par cette situation. Des mesures spécifiques doivent donc être prises pour lutter contre le développement de la pauvreté chez les jeunes et les femmes.

41. La faim et la malnutrition demeurent parmi les menaces les plus graves et les plus tenaces pour l’humanité, empêchant souvent les jeunes et les enfants de jouer un rôle dans la société. La faim résulte de divers facteurs : mauvaise gestion de la production et de la distribution des aliments, difficultés d’approvisionnement, mauvaise répartition des ressources financières, exploitation peu rationnelle des ressources naturelles, habitudes de consommation irrationnelles, pollution de l’environnement, catastrophes naturelles et catastrophes causées par l’homme, conflits entre systèmes de production traditionnels et systèmes modernes, accroissement irrationnel de la population et conflits armés. Mesures proposées

1. Faire de l’exercice de l’agriculture une activité rémunératrice et rendre la vie dans les régions agricoles plus attrayante

42. Les gouvernements devraient améliorer les services éducatifs et culturels et offrir d’autres incitations afin de rendre les zones rurales plus attrayantes pour les jeunes. Des programmes expérimentaux d’agriculture destinés aux jeunes devraient être entrepris et les services de vulgarisation développés afin de continuer à améliorer la production et la commercialisation des produits agricoles.

43. Les gouvernements et les collectivités locales devraient organiser, en coopération avec les organisations de jeunes, des manifestations culturelles visant à renforcer les échanges entres jeunes vivant en milieu urbain et jeunes vivant en milieu rural. Les organisations de jeunes devraient être encouragées à organiser des assemblées et des réunions dans les zones rurales et un soutien devrait leur être apporté à cette fin; un effort particulier devrait être fait dans ce contexte afin d’obtenir la coopération des populations rurales, notamment celle des jeunes.

2. Formation professionnelle permettant aux jeunes d’exercer des activités rémunératrices

44. En coopération avec les organisations de jeunes, les gouvernements devraient mettre en place des programmes de formation en faveur des jeunes, visant à améliorer les méthodes de production agricole et de commercialisation des produits agricoles. Cette formation devrait tenir compte des besoins économiques des populations rurales et de la nécessité d’initier les jeunes vivant en milieu rural aux techniques de production vivrière et de les aider à instaurer la sécurité alimentaire. Ces programmes devraient accorder une attention particulière aux jeunes femmes, aux jeunes qui restent en milieu rural, aux jeunes quittant les villes pour s’installer dans des zones rurales, aux jeunes handicapés, aux jeunes réfugiés et migrants, aux jeunes appartenant à la catégorie des personnes déplacées, aux enfants des rues, aux jeunes autochtones ainsi qu’aux jeunes ayant achevé leur service militaire et aux jeunes vivant dans des zones où des conflits ont pris fin.

3. Concession de terres aux jeunes

45. Les gouvernements devraient octroyer des terres aux jeunes et aux organisations de jeunes, mesure qui s’accompagnerait d’une aide financière et technique et d’une formation. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’Organisation internationale du Travail sont invitées à rassembler et à diffuser à l’intention des gouvernements des informations relatives aux expériences nationales concernant les programmes de concessions de terres et de peuplement.

46. Dans le cadre de leurs plans de développement rural et avec l’aide d’organisations internationales, les gouvernements sont invités à collaborer, selon que de besoin, avec les organisations de jeunes volontaires à l’exécution de projets destinés à améliorer et à préserver l’environnement dans les zones rurales et urbaines.

4. Coopération entre les jeunes vivant en milieu urbain et les jeunes vivant en milieu rural en matière de production vivrière et de distribution des produits alimentaires

47. Les organisations non gouvernementales devraient mettre en place des groupes chargés de la commercialisation sans intermédiaire, notamment des coopératives de production et de distribution, afin d’améliorer les systèmes actuels de commercialisation, et veiller à ce que les jeunes agriculteurs y aient accès. L’objectif de ces groupes serait de réduire les pénuries alimentaires et les pertes dues aux systèmes de stockage et de transport inadéquats des denrées alimentaires jusqu’aux marchés.


Rapport mondial sur la jeunesse, 2005

1. Pauvreté

11. On évalue actuellement à presque 209 millions, soit 18 % de la jeunesse mondiale, le nombre de jeunes qui vivent avec moins d’un dollar des États-Unis par jour, et à 515 millions, soit près de 45 %, ceux qui vivent avec moins de deux dollars par jour. C’est l’Asie du Sud, devant l’Afrique subsaharienne, qui compte le plus grand nombre de jeunes vivant en dessous de ces deux seuils de pauvreté. Selon un autre indicateur, ces deux régions enregistrent également les plus grandes concentrations de jeunes souffrant de malnutrition3.

Tableau 1
Estimation du nombre de jeunes de 15 à 24 ans vivant dans la pauvreté en 2005, exprimé en millions
RégionMoins d’un dollar par jourMoins de 2 dollars par jourSouffrant de malnutrition
Asie du Sud 84.1 206.1 57.8
Afrique subsaharienne 60.7 102.1 39.9
Asie de l’Est et Pacifique 46.5 150.5 38.6
Amérique latine et Caraïbes11.1 27.2 10.8
Moyen-Orient et Afrique du Nord 2.0 12.1 7.1
Europe et Asie centrale4.1 18.2 5.8
World* 208.6 515.1 160.1
Source : R. Curtain, Youth in Extreme Poverty: Dimensions and Policy Implications with Particular Focus on South East Asia (Melbourne, 2004). Voir également note de bas de page no 3. * Les chiffres ayant été arrondis, le total ne correspond pas exactement à la somme des chiffres des différentes régions.
12. Du fait que les groupes d’âge se chevauchent et que les enfants entrent rapidement dans la catégorie des jeunes, l’étude des indicateurs de pauvreté chez les enfants peut être riche d’enseignements. D’aucuns disent qu’il ne suffit pas de se fonder sur les revenus, les dépenses ou les profils de consommation des ménages pour établir des estimations sur la pauvreté chez les enfants. En outre, il est généralement admis que la pauvreté se traduit aussi par un accès limité aux services collectifs tels que le système d’alimentation en eau, le réseau routier, les soins de santé et l’éducation. C’est donc sur la base d’un ensemble d’indicateurs dénotant la non-satisfaction des besoins fondamentaux qu’a été établie une nouvelle mesure de la pauvreté chez les enfants4. Bien qu’elle ait été conçue pour quantifier la pauvreté chez les enfants de moins de 18 ans, elle donne aussi une bonne indication de la pauvreté chez les jeunes.

13. Sur la base de cette série d’indicateurs, on estime que plus du tiers de l’ensemble des enfants des pays en développement vit en dessous du seuil de pauvreté absolue, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud présentant les pourcentages les plus élevés avec, respectivement, 65 % (207 millions d’enfants) et 59 % (330 millions d’enfants). Les pourcentages sont moins élevés en Amérique latine et dans les Caraïbes, et en Asie de l’Est et dans le Pacifique : 17 % et 7 % respectivement. Les enfants des campagnes sont bien plus pauvres que les enfants des villes, avec un taux de 70 % ou plus vivant dans le dénuement absolu dans les zones rurales de l’Afrique subsaharienne ou de l’Asie du Sud. Les problèmes qui touchent le plus grand nombre d’enfants des pays en développement, en milieu rural surtout, sont le dénuement extrême et l’impossibilité d’avoir un logement et d’accéder à l’assainissement5.

14. Dans les pays en développement, la pauvreté est concentrée dans les zones rurales, surtout chez les petits exploitants agricoles et dans les familles sans terre. Quant à la pauvreté en milieu urbain, elle résulte principalement de la misère et du déclin économique dans les zones rurales, qui poussent les populations à migrer vers les villes. Le Programme d’action mondial pour la jeunesse à l’horizon 2000 et audelà a mis fortement l’accent sur le développement rural. Il proposait de faire de l’exercice de l’agriculture une activité rémunératrice et de rendre la vie dans les régions agricoles plus attrayante. L’action menée pour lutter contre la pauvreté exige la mise en place d’une stratégie explicite de mise en valeur de l’agriculture. Or, au cours de ces 10 dernières années, on a enregistré une forte baisse des moyens tant nationaux qu’internationaux consacrés au développement du milieu agricole et rural dans les pays en développement6.

15. Il est de plus en plus généralement admis qu’investir dans la jeunesse peut être salutaire à la lutte contre la pauvreté. Les jeunes sont de plus en plus consultés lors de l’élaboration des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté, et ils sont de plus en plus reconnus en tant que grand groupe de population touché par la pauvreté. Sur les 31 Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté établis entre mai 2002 et septembre 2003, 17 accordent la priorité à la jeunesse dans leur programme d’action. L’accent y est essentiellement mis sur l’éducation et l’emploi. Il est toutefois regrettable que seuls six de ces Documents aient expressément présenté les jeunes comme un groupe souffrant de la pauvreté, et que seuls 16 % des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté envisagent les jeunes comme une cible pour des interventions coordonnées.

16. Certes on évolue dans le bon sens, mais la majeure partie des actions menées pour atténuer la pauvreté n’inscrivent pas encore totalement les problèmes liés à la pauvreté des jeunes dans les stratégies de croissance nationales favorables aux pauvres, qui prévoient le développement des infrastructures et le changement des politiques agricoles, axés sur les pauvres. Il faudrait associer les jeunes aux stratégies de réduction de la pauvreté, et souligner que la réduction de la pauvreté chez les jeunes contribue au développement socioéconomique du pays. Les jeunes devraient être consultés au cours de l’élaboration des politiques. Cette démarche intégrée devrait englober tous les domaines d’action prioritaires recensés dans le Programme d’action mondial pour la jeunesse qui sont pertinents pour le pays.

17. Les jeunes des zones rurales devraient être la cible privilégiée des initiatives visant à lutter contre la pauvreté, afin d’endiguer le vaste mouvement migratoire actuel des jeunes vers les villes. Les engagements pris à cet égard dans le Programme d’action mondial pour la jeunesse devaient être mis en oeuvre, soutenus par des systèmes de crédit au secteur agricole dirigés vers les jeunes. Des programmes scolaires répondant spécifiquement aux besoins des jeunes vivant en milieu rural sont susceptibles de renforcer leurs compétences. Cependant, toutes ces mesures ne sauraient pleinement porter leurs fruits sans un bouleversement structurel général du monde agricole, prévoyant notamment l’accès aux marchés et le partage des nouvelles technologies.

18. Il faut mener des études quantitatives et qualitatives plus poussées sur les moyens d’atténuer la pauvreté chez les jeunes. Le manque de données ventilées par tranches d’âge et le fait que la plupart des études sur la pauvreté ne sont pas spécifiquement axées sur les jeunes continuent de faire obstacle à une analyse approfondie des caractéristiques propres à la pauvreté chez les jeunes. Il est absolument indispensable de recenser les besoins de la jeunesse, de mener des études sur les jeunes et de consulter ceux-ci avant de les inscrire dans les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté. Il est suggéré de mener des études axées sur les thèmes suivants : collecte de données longitudinales sur les jeunes en situation de pauvreté, rôle des jeunes dans la transmission de la pauvreté d’une génération à l’autre, traits caractéristiques du passage du milieu scolaire au monde du travail, collecte de données longitudinales sur la pratique du marché du travail par les jeunes, étendue et nature de la participation des jeunes aux activités du secteur informel et de leur expérience du chômage, et possibilités qui s’offrent aux pouvoirs publics de favoriser l’emploi des jeunes.

Footnotes:

3. Les deux seuils de pauvreté sont calculés à partir des données du World Development Indicators 2004 relatives à la proportion de personnes de chaque pays qui vit en dessous du seuil international de pauvreté (estimations de l’ONU relatives à la population. Les estimations du nombre de jeunes reposent sur les données sur la nutrition qui figurent dans le tableau no 7 (indicateurs du développement humain) du Rapport mondial sur le développement humain 2004 établi par le Programme des Nations Unies pour le développement. Voir R. Curtain, Young in Extreme Poverty: dimensions and policy implications with particular focus on South East Asia (Melbourne, 2004). Document établi en vue du Rapport mondial sur la jeunesse 2005. Il peut être consulté à l’adresse suivante : .

4. Voir D. Gordon, S. Nandy, C. Pantazis, S. Pemberton et P. Townsend, Child Poverty in the Developing World (Bristol, The Policy Press, 2003).

5. Ibid. Le dénuement extrême est défini comme l’ensemble des circonstances qui risquent fortement d’entraîner de graves répercussions préjudiciables à la santé, au bien-être et au développement des enfants. Il a un lien causal avec le faible niveau de développement à long terme et à court terme. Des indicateurs touchant au manque d’accès aux aliments, à l’eau, aux installations d’assainissement, aux services de santé, au logement, à l’éducation, à l’information et aux services de base sont mis au point. Un enfant vit dans la pauvreté absolue si, et seulement si, au moins deux de ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits.

6. Voir Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Fonds international de développement agricole, Programme alimentaire mondial : Réduction de la pauvreté et de la famine : le rôle déterminant du financement de l’alimentation, de l’agriculture et du développement rural (Rome, 2002); N. Majid : Reaching Millennium Goals: How Well Does Agricultural Productivity Growth Reduce Poverty? (Genève, Organisation internationale du Travail, 2004).