Mondialisation

Retour aux Politiques mondiales pour les jeunes - PAMJ

Rapport mondial sur la jeunesse, 2005

A. Mondialisation

1. La mondialisation, que l’on définit plus ou moins comme l’intégration mondiale des économies et des sociétésa, a des répercussions sur de nombreux aspects de l’existence des jeunes. Ces derniers ont une relation ambiguë avec la mondialisation, sur le plan tant économique que culturel. D’un côté, ils sont très flexibles et sans doute mieux à même que d’autres de s’adapter aux nouvelles occasions qui se présentent et d’en tirer parti. Leur génération est celle qui maîtrise le mieux les nouvelles technologies de l’information. Ils profitent de la croissance économique et sont nombreux à voyager autour du monde pour le travail, les études, des projets d’échange ou des vacances. En outre, le téléphone et l’Internet leur permettent de rester en contact avec leurs amis et leurs proches à l’étranger. En revanche, beaucoup de jeunes, en particulier dans les pays en développement, ont été exclus du processus de numérisation et de modernisation, et n’ont pas les ressources économiques nécessaires pour profiter des possibilités qu’offre la mondialisation. Cinq effets de la mondialisation sur l’existence des jeunes sont évoqués de manière plus détaillée ci-après : la répartition des possibilités d’emploi; les migrations; la culture des jeunes et le consumérisme; la citoyenneté mondiale et le militantisme.

2. La mondialisation peut être un puissant facteur de réduction de la pauvreté. Dans beaucoup de pays, les systèmes de protection sociale et d’éducation se sont améliorés grâce à la mondialisation. Malheureusement, environ 2 milliards de personnes vivent dans des pays qui ne profitent pas de la mondialisation, essentiellement dans des régions de l’Afrique sub-saharienne, de l’Asie occidentale et l’ex-Union soviétiqueb. Dans ces pays, le taux de croissance économique a fléchi, des emplois ont disparu, les revenus ont baissé et la qualité de l’éducation et des services de santé a diminué. L’écart de revenu se creuse non seulement entre les pays, mais aussi à l’intérieur de chaque pays.

3. La mondialisation a considérablement modifié le marché de l’emploi, et les jeunes, en tant que nouveaux venus, sont particulièrement exposés. Les nouvelles technologies ont remplacé le travail manuel, ce qui a principalement eu des répercussions sur les emplois peu qualifiés dans le secteur des services. En Chine, pays qui connaît pourtant une croissance économique remarquable, le taux de chômage augmente, en raison du passage de l’agriculture aux secteurs de la fabrication et des services, qui exigent une main-d’œuvre moins abondante, de la réforme des entreprises publiques et de la réorganisation du secteur public. La libéralisation des échanges contraint les entreprises à devenir plus flexibles et plus concurrentielles. Beaucoup sont devenues de plus en plus tributaires d’une maind’œuvre bon marché et flexible, souvent employée de manière irrégulière. La délocalisation d’opérations de programmation perfectionnées et d’emplois semiqualifiés dans les centres d’appels vers des pays à salaires faibles est peut-être la meilleure illustration de l’évolution des possibilités d’emploi offertes aux jeunes.

4. Les migrations entre les pays et à l’intérieur des pays, constituent un autre aspect de la mondialisation. Les jeunes ont toujours été fortement représentés parmi les migrants. Les investissements étrangers créant souvent des possibilités d’emploi dans les villes des pays d’accueil, les travailleurs ruraux quittent les campagnes. En 2003, 48 % de la population mondiale vivait dans des zones urbaines, et d’ici à 2007, ce chiffre devrait dépasser 50 %c. En 2002, on dénombrait 175 millions de migrants internationaux. D’après les données disponibles sur l’immigration, environ 15 % d’entre eux, soit 26 millions, seraient des jeunesd. Chaque jour, des milliers de jeunes tentent par des moyens illégaux d’aller faire fortune dans un pays riche, souvent motivés par des informations fantaisistes et de grandes espérances. Une industrie parallèle, composée d’agences de voyage, d’agents de placement et d’intermédiaires aux activités illicites, orchestre le trafic de ces migrants. Au cours des deux dernières décennies, la traite des filles et des jeunes femmes, qui tombent souvent dans le piège de la prostitution, a augmenté de manière alarmante. Les jeunes femmes et les filles qui sont pauvres, peu instruites ou qui appartiennent à des populations autochtones, à des minorités ethniques ou encore à des collectivités rurales ou des groupes de réfugiés sont les plus exposées au trafic de personnes.

5. La mondialisation a de nombreuses conséquences sur la culture des jeunes. La multiplication des moyens de communication a donné naissance au consumérisme mondial. Par le biais de la télévision, des vidéos musicales et des films, les contenus provenant des États-Unis ou d’Europe dominent de plus en plus le secteur des divertissements dans le monde entier. Les jeunes ont tendance à adopter et à interpréter les produits mondiaux sous l’angle de leurs propres cultures et expériences locales, ce qui crée de nouvelles formes hybrides de culture, dont les significations varient selon le contexte local et national. Beaucoup de jeunes des pays en développement, ainsi que la jeunesse marginalisée du monde industrialisé, ne sont pas en mesure de satisfaire les grandes aspirations qu’ils nourrissent en matière de bien-être matériel, d’où des risques de marginalisation, de frustrations et, éventuellement, de délinquance et de conflits sociaux.

6. Sur toute la planète, les jeunes sont préoccupés par les répercussions néfastes de la mondialisation, comme la répartition inégale des richesses et la dégradation de l’environnement. Le mouvement antimondialisation s’est étendu au monde entier et regroupe un ensemble hétérogène d’organisations non gouvernementales, d’associations d’étudiants, d’organisations politiques et de militants des droits civils. Le mouvement lutte en faveur de questions telles que la justice mondiale, le commerce équitable, l’allègement de la dette et le développement durable. Au cours des deux dernières décennies, des résultats notables ont été obtenus, particulièrement en matière de reconnaissance des droits universels fondamentaux et de prévention des menaces mondiales. En dépit de la présence de nombreux jeunes actifs sur la scène internationale, on peut arguer que la diversité des questions les concernant, de leurs opinions, de leurs intérêts et de leurs convictions fait obstacle à l’émergence d’une voix forte et unie et d’un mouvement mondial des jeunes et des étudiants.

7. Pour répondre à certaines des préoccupations liées à la migration de la jeunesse, il faut offrir aux jeunes des solutions viables qui leur permettent de rester dans leur pays. Il faut donc s’attaquer aux causes premières comme la pauvreté et, ce faisant, s’efforcer de corriger les inégalités entre nations riches et nations pauvres. Cela signifie aussi qu’il faut offrir aux jeunes, grâce à l’éducation et à la formation, les connaissances et la confiance nécessaires pour intégrer le marché du travail de leur propre pays et y réussir.

8. La plupart des données sur la migration ne sont pas ventilées par âge. Des données concernant les départs et les retours des jeunes permettraient d’analyser la situation de l’emploi des jeunes dans le monde.

Footnotes:

a. Voir Banque mondiale, Globalization, Growth and Poverty: Building an Inclusive World Economy (Washington/New York, Banque mondiale et Oxford University Press, 2002).
b. Ibid.
c. Voir Nations Unies, World Urbanization Prospects. The 2003 Revision (publication des Nations Unies, numéro de vente : 04.XIII.6).
d. Voir Estimation fondée sur les tranches d’âge moyennes des 10 principaux pays concernés par l’immigration, établie à partir de données fournies par la Division de statistique de l’Organisation des Nations Unies.