****************************************************************************** Ce document a e'te' expe'die' en ligne par le De'partement de la coordination des politiques et du de've'loppement durable (DPCSD) des Nations Unies. La reproduction et la distribution de ce document -- sous forme e'lectronique ou imprime'e -- sont encourage'es, a` condition qu'il soit reconnu que l'Organisation des Nations Unies a facilite' cette reproduction. ****************************************************************************** NATIONS UNIES QUATRIE`ME CONFE'RENCE MONDIALE Distr. SUR LES FEMMES GE'NE'RALE A/CONF.177/20/Add.1 27 octobre 1995 Beijing (Chine) FRANC'AIS 4-15 septembre 1995 ORIGINAL : ANGLAIS/CHINOIS/ FRANC'AIS RAPPORT DE LA QUATRIE`ME CONFE'RENCE MONDIALE SUR LES FEMMES* (Beijing, 4-15 septembre 1995) * Le pre'sent document contient les annexes I a` IV du rapport de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes. L'ensemble du rapport sera publie' sous forme de publication des Nations Unies destine'e a` la vente. Additif TABLE DES MATIE`RES Annexes Page I. LISTE DES DOCUMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 II. DE'CLARATIONS LIMINAIRES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 III. ALLOCUTIONS DE CLO^TURE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40 IV. DE'CLARATION DE LA PRE'SIDENTE DE LA CONFE'RENCE CONCERNANT LE SENS GE'NE'RAL DU TERME "GENDER" . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55 Annexe I LISTE DES DOCUMENTS Cote Titre ou description A/CONF.177/1 Ordre du jour provisoire A/CONF.177/2 Re`glement inte'rieur provisoire : note du Secre'tariat A/CONF.177/3 Questions d'organisation et de proce'dure : note du Secre'tariat A/CONF.177/4 Deuxie`me ope'ration d'examen et d'e'valuation de l'application des Strate'gies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme : note du Secre'tariat A/CONF.177/5 L'e'tude mondiale de 1994 sur le ro^le des femmes dans le de'veloppement : note du Secre'tariat A/CONF.177/6 Mise a` jour de la publication "Les femmes dans le monde : des chiffres et des ide'es" : note du Secre'tariat A/CONF.177/7 Rapport du Comite' pour l'e'limination de la discrimination a` l'e'gard des femmes A/CONF.177/8 Conclusions des confe'rences re'gionales et d'autres confe'rences internationales : note du Secre'tariat A/CONF.177/9 Mesure dans laquelle les questions inte'ressant les femmes ont e'te' incluses dans les activite's des me'canismes des Nations Unies compe'tents dans le domaine des droits de l'homme : rapport du Secre'taire ge'ne'ral A/CONF.177/10 Rapport pre'liminaire pre'sente' par le Rapporteur spe'cial sur la violence a` l'e'gard des femmes, ses causes et conse'quences, et Plan d'action pour l'e'limination des pratiques traditionnelles nuisibles qui affectent la sante' des femmes et des enfants : note du Secre'tariat A/CONF.177/11 Lettre date'e du 2 septembre 1995, adresse'e au Secre'taire ge'ne'ral par la Pre'sidente de la quatrie`me Confe'rence ministe'rielle des pays non aligne's consacre'e au ro^le des femmes dans le de'veloppement A/CONF.177/12 Note du Secre'tariat transmettant la de'cision 18/6 du Conseil d'administration du Programme des Nations Unies pour l'environnement A/CONF.177/13 Programme d'action : note du Secre'taire ge'ne'ral A/CONF.177/14 Rapport de la Commission de ve'rification des pouvoirs A/CONF.177/15 Note du Secre'taire ge'ne'ral concernant le rapport du Secre'taire ge'ne'ral sur la situation en ce qui concerne la libe'ration des femmes et des enfants pris en otage dans les re'gions en proie a` des conflits arme's A/CONF.177/16 Lettre date'e du 12 septembre 1995, adresse'e a` la Secre'taire ge'ne'rale de la Confe'rence par le chef de la de'le'gation chinoise a` la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes, transmettant la De'claration parlementaire de Beijing, adopte'e le 7 septembre 1995 par les participants a` la Journe'e des parlementaires, organise'e par l'Union interparlementaire a` l'occasion de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes* A/CONF.177/17 Note verbale date'e du 12 septembre 1995, adresse'e a` la Secre'taire ge'ne'rale de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes par l'Ambassade d'Azerbai"djan a` Beijing A/CONF.177/18 Note verbale date'e du 14 septembre 1995, adresse'e au secre'tariat de la Confe'rence par la de'le'gation franc'aise a` la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes A/CONF.177/19 Lettre date'e du 14 septembre 1995, adresse'e au Secre'taire ge'ne'ral par l'Ambassadeur de Turquie aupre`s de la Re'publique populaire de Chine A/CONF.177/L.1 Projet de programme d'action et propositions en vue de l'e'laboration d'un projet de de'claration : note du Secre'taire ge'ne'ral A/CONF.177/L.2 Rapport du Groupe de contact informel sur le terme "gender" : note du Secre'tariat A/CONF.177/L.3 Rapport sur les consultations officieuses tenues par la Pre'sidente de la Commission de la condition de la femme : note du Secre'taire ge'ne'ral A/CONF.177/L.4 Rapport sur les consultations pre'alables tenues au Centre international de confe'rences de Beijing A/CONF.177/L.5 et Rapport de la Grande Commission Add.1 a` 3, Add.3/Corr.1, Add.4 et 5, Add.5/Corr.1, Add.6, Add.6/Corr.1, Add.7, et 8, Add.8/Corr.1, Add.9, Add.9/Corr.1, Add.10 et 11, Add.11/Corr.1, Add.12, Add.12/Corr.1, Add.13, Add.13/Corr.1, Add.14, Add.14/Corr.1, Add.15, Add.15/Corr.1, Add.16 et 17, Add.17/Corr.1 et Add.18 a` 21 A/CONF.177/L.6 Incidences sur le budget-programme des recommandations contenues dans le Programme d'action : e'tat pre'sente' par le Secre'taire ge'ne'ral en application de l'article 15 du re`glement inte'rieur de la Confe'rence et de la section IV de la re'solution 46/189 de l'Assemble'e ge'ne'rale A/CONF.177/L.7 et Projet de rapport de la Confe'rence Add.1 (Parties I et II) A/CONF.177/L.8 Remerciements au peuple et au Gouvernement de la Re'publique populaire de Chine : projet de re'solution pre'sente' par les Philippines au nom des E'tats Membres de l'Organisation des Nations Unies qui sont membres du Groupe des 77 A/CONF.177/L.9 De'claration et Programme d'action de Beijing : projet de re'solution pre'sente' par les Philippines au nom des E'tats Membres de l'Organisation des Nations Unies qui sont membres du Groupe des 77 A/CONF.177/INF/1 Informations a` l'intention des participants et Corr.1 * Le chef de la de'le'gation e'gyptienne a de me^me envoye' une lettre demandant a` ce que la De'claration parlementaire de Beijing soit distribue'e comme document de la Confe'rence. Annexe II DE'CLARATIONS LIMINAIRES De'claration de M. Boutros Boutros-Ghali, Secre'taire ge'ne'ral de l'Organisation des Nations Unies* C'est par des paroles de bienvenue que je commencerai mon discours : je vous souhaite la bienvenue a` tous, et forme mes voeux les plus since`res pour le succe`s de vos de'libe'rations et de vos travaux. Je tiens ensuite a` exprimer mes remerciements : au nom de la communaute' internationale et de nous tous qui sommes pre'sents ici aujourd'hui, je remercie le Gouvernement et le peuple chinois de leur ge'ne'reuse et chaleureuse hospitalite'. C'est chose a` la fois approprie'e et importante que ce soit la Chine qui accueille cette historique Confe'rence mondiale. La Chine est, bien su^r, membre permanent du Conseil de se'curite'. Elle participe donc aux travaux de l'Organisation des Nations Unies en ce qui concerne le maintien de la paix et de la se'curite' internationales. En nous accueillant tous ici cette semaine, la Chine montre clairement qu'elle entend jouer pleinement son ro^le au sein de la communaute' internationale, dans toute la gamme de ses travaux les plus importants. Pour moi, par conse'quent, cette confe'rence ouvre une e`re nouvelle de relations solides entre la Chine et l'ONU. Cet e've'nement est un jalon important sur la route de l'avenir. La Chine posse`de les ressources, tant humaines que naturelles, ne'cessaires pour contribuer substantiellement au progre`s dans le monde. Elle a la capacite' de participer activement et avec enthousiasme aux efforts de'ploye's par l'Organisation pour assurer le de'veloppement durable, en particulier en Afrique. Sans le plein et actif appui de la Chine et sa participation, l'ONU ne peut e^tre ve'ritablement une tribune universelle. La de'cision de la Chine d'accueillir cet important e've'nement de la vie contemporaine symbolise le ro^le qu'elle jouera dans l'avenir du monde þ et celui de toutes les nations d'Asie au sein de la communaute' internationale. Vous voudrez bien, Madame la Pre'sidente, transmettre a` tout le peuple chinois notre message de remerciements et de gratitude. Je tiens aussi a` remercier les de'le'gations des E'tats Membres. La pre'sente Confe'rence est le fruit de longues anne'es de dur labeur pre'paratoire. Je sais les gros efforts qu'il vous a fallu consentir pour en assurer le succe`s. Il convient e'galement de remercier les organisateurs de la Confe'rence. Nous remercions en particulier la Secre'taire ge'ne'rale de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes, Mme Gertrude Mongella, et son e'quipe de collaborateurs. La pre'sente Confe'rence mondiale est unique en son genre : elle confe`re une universalite' nouvelle, et par la` une le'gitimite' nouvelle, aux de'libe'rations de la communaute' internationale. On trouve re'unie ici une assemble'e, riche et varie'e, de gouvernements, de groupements fe'minins, et d'organisations de la socie'te' civile. L'on voit apparai^tre ici, dans toute sa diversite' et son dynamisme, le nouveau partenariat de la vie internationale qui s'est forge' entre organisations gouvernementales et non gouvernementales. L'on y voit de me^me s'affirmer le ro^le nouveau des organisations de la socie'te' civile en tant qu'acteurs sur la sce`ne internationale. L'efficacite' de nos travaux þ tant ici aujourd'hui que demain þ de'pendra dans une tre`s grande mesure de notre ouverture d'esprit face aux ide'es et suggestions venant de ces organisations. Notre re'union est historique, non seulement du fait du nombre et de la varie'te' de ses participants, mais aussi en raison du sujet de nos de'bats. Assurer l'e'galite' des hommes et des femmes, en droit et en fait, voila` le grand projet politique du XXe sie`cle. L'ONU s'est vu confier un ro^le crucial dans la re'alisation de cet objectif. Nous nous trouvons re'unis ici pour porter cette noble entreprise vers le XXIe sie`cle et au-dela` : consolider les acquis juridiques, ba^tir a` partir des acquis politiques, et nous engager re'solument a` l'action. A` mesure qu'approche le nouveau mille'naire, nous voyons, si nous jetons un regard en arrie`re, un sie`cle ou` des changements sociaux et politiques sans pre'ce'dent se sont produits sur notre plane`te. Aucun pays, aucun peuple, n'est reste' a` l'e'cart de ces grands bouleversements. D'aucuns en ont de'ja` tire' la conclusion que le XXe sie`cle e'tait une sombre pe'riode de l'histoire de l'humanite'. Nul ne peut nier que ses guerres et ses luttes se sont caracte'rise'es par une grande violence et par d'e'normes souffrances. Mais de ces souffrances est ne' un esprit nouveau þ un esprit d'espoir þ et la ferme de'termination de changer les choses. La fondation de l'Organisation des Nations Unies, il y a 50 ans, est l'une des concre'tisations de cet esprit nouveau. Il y a 50 ans, le monde a jete' un regard sur son passe', pour de'terminer les lec'ons a` en tirer, et les erreurs a` e'viter, apre`s le cataclysme de la guerre mondiale. En me^me temps, le monde a regarde' vers l'avenir, non pas seulement pour reconstruire une communaute' internationale de'vaste'e, mais pour ba^tir un monde nouveau, un monde meilleur. Reconnai^tre la dignite' et la valeur des femmes, ainsi que leur contribution, au me^me titre que les hommes, a` la vie dans tous ses aspects, devait e^tre un e'le'ment essentiel de ce monde meilleur. Ainsi, dans la Charte des Nations Unies, les E'tats ont pris un clair engagement en faveur des droits de la femme : "... a` proclamer de nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignite' et la valeur de la personne humaine, dans l'e'galite' des droits des hommes et des femmes..." C'e'tait la` davantage qu'une de'claration de nobles ide'aux concernant le monde de demain. C'e'tait un engagement a` assurer que les hommes et les femmes seraient dote's et jouiraient des me^mes droits. Et þ a` l'encontre de tout autre engagement pris dans la Charte þ il s'agissait la` d'un engagement mesurable. Cet engagement a aussi ouvert des voies nouvelles d'autres fac'ons. S'il a e'te' inclus dans la Charte, c'est parce que des organisations non gouvernementales de femmes ont oeuvre' avec des repre'sentants de gouvernements pour l'y faire figurer. L'e'pouse du Pre'sident des E'tats-Unis d'Ame'rique d'alors þ Mme Eleanor Roosevelt þ a joue' un ro^le de'cisif dans ce processus. De`s sa fondation me^me, l'ONU a activement encourage' les E'tats Membres a` honorer cet engagement. Au tout de'but, de 1945 a` 1962, l'ONU s'est surtout efforce'e d'assurer l'e'galite' entre les sexes en droit. En 1946, l'Assemble'e ge'ne'rale a cre'e' la Commission des droits de l'homme et la Commission de la condition de la femme. La De'claration universelle des droits de l'homme a e'te' adopte'e en 1948. C'est ainsi que l'ONU a cherche' a e'tablir la base juridique de l'e'galite' entre les sexes e'nonce'e dans la Charte. Au cours de la deuxie`me phase, de 1963 a` 1975, la communaute' internationale a commence' a` reconnai^tre l'importance du rapport entre de'veloppement et promotion de la femme. Les travaux de l'Organisation se sont concentre's notamment sur la re'alite' e'conomique et sociale de la vie quotidienne des femmes. C'est en 1967 qu'a e'te' adopte'e la De'claration sur l'e'limination de la discrimination a` l'e'gard des femmes. En 1975, la premie`re Confe'rence mondiale sur la condition de la femme a e'te' convoque'e a` Mexico et a proclame' 1975 Anne'e internationale de la femme. Elle a aussi permis de de'gager un the`me en trois volets : e'galite', de'veloppement et paix. Ce the`me a servi de base aux travaux de l'Organisation dans les anne'es qui ont suivi, et sert de me^me de base a` nos travaux aujourd'hui. Entre 1976 et 1985, l'ONU a observe' la De'cennie des Nations Unies pour la femme, qui constituait la troisie`me phase des travaux de l'Organisation en faveur des femmes. C'est au cours de cette pe'riode que l'on a commence' a` prendre conscience du fait crucial que les femmes sont des agents actifs qui contribuent au processus de de'veloppement. L'anne'e 1979 a marque' une e'tape de'cisive : c'est l'anne'e ou` l'Assemble'e ge'ne'rale a adopte' la Convention sur l'e'limination de toutes les formes de discrimination a` l'e'gard des femmes, premier instrument juridique international a` de'finir la discrimination a` l'e'gard des femmes. En d'autres termes, il s'agissait d'une de'claration des droits fondamentaux de la femme. On y soulignait en outre l'importance qu'il y avait a` agir, notamment dans les domaines de l'emploi et de l'e'ducation, pour veiller a` promouvoir les droits des femmes dans les faits aussi bien que dans les textes. Les grandes confe'rences tenues lors de la De'cennie de la femme þ Copenhague en 1980, Nairobi en 1985 þ ont constitue' une tribune ou` les organisations de femmes pouvaient influer sur l'orientation des travaux de l'ONU. C'est aussi au cours de la De'cennie que l'on s'est entendu sur la ne'cessite' de prendre des mesures pratiques pour ame'liorer la vie des femmes. L'adoption des Strate'gies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme jusqu'en l'an 2000 repre'sente un autre jalon dans l'histoire de la promotion de la femme. On y trouve des directives sur les mesures a` prendre au niveau national pour encourager la participation des femmes aux efforts visant a` promouvoir la paix, et l'e'ducation pour la paix. On y souligne tout spe'cialement les mesures visant a` aider les femmes se trouvant dans des situations particulie`rement difficiles. Au cours des 10 dernie`res anne'es, nous avons assiste' a` une quatrie`me phase de l'activite' de l'ONU en faveur des femmes. Toute une se'rie de confe'rences mondiales ont oeuvre' pour de'finir le nouvel ordre du jour mondial. Ces confe'rences ont mis a` l'e'vidence le fait qu'aucun progre`s n'est possible sans la pleine participation des hommes et des femmes, sur un pied d'e'galite', qu'il s'agisse de promotion de la paix, de protection de l'environnement, de de'veloppement durable, de droits de l'homme, de population, de sante', d'e'ducation, ou d'administration des affaires publiques, tant au foyer que dans la socie'te' civile. En 1990, le Sommet mondial pour les enfants a fixe' des objectifs pour la sante', l'e'ducation et la nutrition des femmes et des enfants. Le ro^le des femmes dans la protection de l'environnement et la promotion du de'veloppement durable a e'te' reconnu a` la Confe'rence des Nations Unies sur l'environnement et le de'veloppement qui s'est tenue a` Rio de Janeiro, ou` l'on a conside're' que les femmes avaient un ro^le de premier plan a` jouer dans la mise en oeuvre d'Action 21. La Confe'rence des droits de l'homme de Vienne a re'affirme' l'universalite' des droits de la personne humaine, e'tant entendu que les femmes devraient exercer les me^mes droits que les hommes sur un pied d'e'galite'. La Confe'rence internationale du Caire sur la population et le de'veloppement a reconnu le ro^le central des femmes dans ces deux domaines. Les textes qui y ont e'te' adopte's par consensus traduisent un concept de droits ge'ne'siques solidement ancre' dans les instruments relatifs aux droits de l'homme. On y e'nonce e'galement le lien entre autonomisation des femmes et de'veloppement. Le Sommet mondial pour le de'veloppement social, re'uni a` Copenhague en 1995, a adopte' une De'claration et Programme d'action. L'un des principes au centre de ces textes e'tait la pleine inte'gration et participation des femmes a` l'oeuvre en faveur du de'veloppement social et a` l'e'limination de la pauvrete'. Aujourd'hui, nous ce'le'brons 50 ans d'efforts incessants, sous l'impulsion de l'Organisation des Nations Unies, pour promouvoir la cause des femmes. L'un des the`mes de notre confe'rence est l'e'galite'. L'e'galite' devant la loi est acquise dans nombre de pays, mais l'e'galite' de fait demeure un objectif difficile a` atteindre dans tous les pays. L'e'galite' en matie`re de dignite' est loin d'avoir e'te' atteinte, et la discrimination fonde'e sur le sexe est encore tre`s re'pandue. Il faut encore agir ve'ritablement et concre`tement pour assurer l'e'galite' des chances dans l'e'ducation, l'e'galite' d'acce`s aux services de sante', a` l'emploi et au pouvoir politique. Par rapport aux hommes, les femmes travaillent des journe'es plus longues, pour un salaire moindre, dans des emplois de statut infe'rieur, dans pratiquement tous les pays. Sur le 1,3 milliard de personnes vivant dans la pauvrete' dans le monde, 70 % sont des femmes. Les femmes et les enfants dont elles ont la charge forment la majorite' des 23 millions de re'fugie's et des 26 millions de personnes de'place'es dans leur propre pays dans le monde. Lorsque la Charte a e'te' signe'e, aucun E'tat n'avait e'lu de femme chef d'E'tat ou de gouvernement. Depuis, il y en a eu 24 en tout. Mais le chemin a` parcourir est encore bien long avant que nous ayions obtenu l'e'galite' entre hommes et femmes aux postes supe'rieurs du gouvernement. En 1994, 25 E'tats n'avaient pas de femme ministre. En tout, il n'y a que 5,7 % de femmes dans les cabinets ministe'riels du monde. Dans aucun pays ne trouve-t-on de majorite' de femmes parmi les membres e'lus du parlement. Il y a quelques exceptions : en Sue`de, il y a parite' entre hommes et femmes aux postes ministe'riels. Les Carai"bes sont la seule re'gion ou` il y ait plus de 20 % de femmes a` des postes supe'rieurs de l'administration publique. A` l'ONU me^me, l'on enregistre quelques progre`s. En tant que Secre'taire ge'ne'ral, j'ai nomme' des femmes a` la te^te de plusieurs programmes des Nations Unies, ce qui nous ame`ne a` un total de cinq femmes chefs de secre'tariat. L'Assemble'e ge'ne'rale a pris re'cemment une mesure historique en e'lisant la premie`re femme juge a` la Cour internationale de Justice. J'ai donne' des instructions claires pour que les objectifs de la Charte en ce qui concerne l'e'galite' entre les sexes soient strictement suivis. J'ai approuve' des plans d'action au sein de l'Organisation visant a` instaurer un milieu de travail non sexiste et pour veiller a` ce que l'Organisation tienne compte des questions d'e'quite' entre les sexes dans tous ses travaux. Le ro^le des femmes dans la promotion de la paix est un autre the`me de notre confe'rence. Dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies, les femmes demeurent une ressource essentiellement inexploite'e. Ces missions devraient e^tre conc'ues de fac'on a` tirer parti du potentiel extraordinaire des femmes dans des situations de crise. La violence a` l'e'gard des femmes semble e^tre en hausse. C'est la` un phe'nome`ne que la communaute' internationale tout entie`re doit condamner fermement et a` l'unanimite'. Selon des e'tudes nationales effectue'es dans 10 pays, entre 17 % et 38 % de femmes ont e'te' l'objet de voies de fait de la part d'un partenaire. On estime a` 100 millions le nombre de petites filles ayant subi une mutilation ge'nitale. Un plus grand nombre de femmes souffrent de nos jours directement des effets des guerres et des conflits que cela n'a jamais e'te' le cas dans l'histoire. L'on assiste a` un tendance de'plorable vers l'humiliation organise'e des femmes, notamment le crime de viol collectif. Nous chercherons activement a` susciter une action juridique internationale contre ceux qui commettent des violences organise'es contre les femmes en pe'riode de conflit. Autre the`me de notre confe'rence : le de'veloppement. La communaute' internationale a reconnu l'e'norme potentiel que repre'sentaient les femmes en tant qu'agents de consensus et de changement pacifique. La ta^che ici est de mobiliser l'e'nergie, les ide'es et les compe'tences des femmes, non seulement pour reba^tir des socie'te's de'chire'es par la guerre, mais aussi pour promouvoir des conditions propices au de'veloppement e'conomique et social en ge'ne'ral. Le fardeau qui pe`se sur les femmes rurales dans les pays en de'veloppement est bien connu. L'ONU a convoque', a` Gene`ve, en 1992, la premie`re Confe'rence internationale sur les femmes rurales et le de'veloppement. Nous devrions pouvoir dire de nos efforts de de'veloppement que non seulement le de'veloppement est ne'cessaire aux femmes rurales, mais aussi que ce qui est bon pour les femmes rurales est bon pour le de'veloppement. Cette perception a gagne' en ampleur et est a` pre'sent beaucoup mieux comprise. Les femmes þ leur vie, leur ro^le, leurs aspirations þ sont la clef du de'veloppement dans toutes ses dimensions. Toutes les femmes du monde doivent pouvoir jouir effectivement de l'e'galite', du de'veloppement et de la paix. Lorsque les droits et les espoirs des femmes dans tous ces domaines progresseront, la socie'te' humaine tout entie`re y gagnera. La pre'sente Confe'rence est un jalon dans l'histoire de l'oeuvre de l'ONU en faveur des femmes. Elle est l'aboutissement d'une se'rie de confe'rences mondiales, et elle englobe les questions traite'es a` toutes ces confe'rences. Elle est aussi un appel a` l'action. Le Programme d'action est un programme exhaustif et ambitieux. Il pre'sente une approche inte'gre'e et une vaste gamme de questions. On y retrouve toutes les pre'occupations þ e'conomiques, sociales, culturelles et politiques þ du syste`me des Nations Unies. A` mesure que nous progressons, le partenariat entre gouvernement et socie'te' civile devient plus crucial. Mais le Programme d'action ne deviendra re'alite' que si ce partenariat s'e'tend de`s a` pre'sent a` l'action concre`te. Ni les de'crets gouvernementaux ni les actes isole's de petits groupes de citoyens ne suffiront pour concre'tiser le Programme d'action. Gouvernements et citoyens doivent travailler de concert. Le partenariat doit e^tre mobilise' a` tous les niveaux : la famille, la communaute' locale, et l'E'tat. Le gouvernement peut rassembler les ressources. La socie'te' civile peut mobiliser tous ses membres. Le the`me du mouvement þ "penser a` l'e'chelle mondiale, agir a` l'e'chelle locale" þ est plus approprie' que jamais. On se rend de plus en plus compte que les comportements þ tant ceux des individus que ceux des institutions þ doivent changer pour tenir compte des droits et des besoins re'els des femmes. N'oublions pas que les progre`s que nous re'alisons sont mesurables, et qu'ils seront mesure's. Les ge'ne'rations a` venir nous en demanderont compte. Elles chercheront des signes concrets prouvant que la Confe'rence de Beijing, en 1995, a e'te' re'ellement suivie d'action. Ne les de'cevons pas. Ne nous de'cevons pas nous-me^mes. Ensemble, il nous faut passer des paroles aux actes. Il nous faut embrasser la cause des femmes de la plane`te. * Cette de'claration a e'te' prononce'e par le Repre'sentant spe'cial du Secre'taire ge'ne'ral au nom de ce dernier. De'claration de Chen Muhua, Vice-Pre'sidente du Comite' permanent de l'Assemble'e populaire nationale de Chine et Pre'sidente de la Confe'rence Permettez-moi tout d'abord de vous exprimer ma reconnaissance pour la confiance que vous m'avez faite en m'e'lisant pre'sidente de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes. J'en suis extre^mement honore'e mais l'e'norme responsabilite' lie'e a` cette charge ne m'e'chappe pas. Pour e^tre digne de votre confiance, je ne me'nagerai aucun effort pour collaborer avec les de'le'gations de tous les pays et le Secre'taire ge'ne'ral de l'Organisation des Nations Unies afin d'assurer le succe`s de la Confe'rence. Dans l'intervalle, je compte sur votre appui et vos conseils. En 1985, j'ai assiste', a` la te^te de la de'le'gation chinoise, a` la troisie`me Confe'rence mondiale sur les femmes qui s'est tenue a` Nairobi, ou`, avec les repre'sentantes des autres pays, nous avons examine' les moyens d'ame'liorer la condition de la femme et, ensemble, e'tabli un document tre`s important, les Strate'gies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme. Ce fut pour moi une expe'rience particulie`rement passionnante. Aujourd'hui, dix ans plus tard, a` la veille du cinquantie`me anniversaire de la fondation de l'Organisation des Nations Unies et a` l'approche d'un nouveau sie`cle, nous sommes re'unis ici a` Beijing pour pre'parer la De'claration et le Programme d'action de Beijing visant a` acce'le'rer l'application des Strate'gies de Nairobi afin de re'aliser notre objectif commun de l'e'galite' entre les sexes. Le monde dans lequel nous vivons a subi de profonds changements au cours des 10 dernie`res anne'es. Si la paix et le de'veloppement demeurent les deux ta^ches communes a` l'ensemble de la plane`te, l'ame'lioration de la condition de la femme est devenue un objectif clef. Si la paix, la stabilite' et le de'veloppement e'conomique sous-tendent les progre`s concernant la condition de la femme, l'e'galite' de statut et la participation des femmes constituent une garantie importante pour le maintien de la paix et le de'veloppement. C'est pourquoi, lorsque nous e'laborerons notre strate'gie pour l'avenir, il nous faut garder a` l'esprit le the`me de la Confe'rence qui est aussi notre objectif commun : lutte pour l'e'galite', le de'veloppement et la paix. Il est re'jouissant que gra^ce aux efforts conjugue's de l'Organisation des Nations Unies, des gouvernements et des organisations non gouvernementales, des progre`s encourageants aient e'te' accomplis dans la promotion de l'e'galite' entre les sexes et que les femmes jouent un ro^le de plus en plus important dans diffe'rents secteurs de la vie sociale. L'importance du ro^le des femmes et de leurs droits a e'te' re'affirme'e avec vigueur au cours des dernie`res anne'es lors de grandes re'unions internationales comme la Confe'rence des Nations Unies sur l'environnement et le de'veloppement, la Confe'rence mondiale sur les droits de l'homme, la Confe'rence internationale sur la population et le de'veloppement et le Sommet mondial pour le de'veloppement social. Il ne fait aucun doute que les femmes re'clament a` grands cris une ame'lioration de leur condition; c'est l'exigence du temps; c'est l'aspiration de l'humanite'. Malgre' les progre`s accomplis, nous ne devons pas de'tourner les yeux de la dure re'alite' : les divers objectifs e'nonce's dans les Strate'gies de Nairobi n'ont pas encore e'te' atteints; de plus en plus de femmes vivent dans un e'tat de pauvrete' au niveau mondial et beaucoup de femmes et d'enfants continuent de mener un combat ine'gal contre la faim; le taux d'analphabe'tisme des femmes reste bien supe'rieur a` celui des hommes et nombreuses sont les jeunes filles qui sont contraintes de quitter l'e'cole pour des raisons diverses; sans acce`s aux soins de sante' de base, nombreuses sont les femmes qui restent expose'es a` la menace de maladies; dans certaines re'gions, les femmes et les enfants sont de'sormais le principal groupe des victimes de conflits arme's constants; la violence contre les femmes, et notamment la violence domestique, n'a pas disparu. Bien souvent, au lieu d'e^tre respecte's, les droits des femmes sont viole's et bafoue's. Ce sont la` autant d'obstacles de taille a` l'ame'lioration de la condition de la femme dans le monde. La mission qui est la no^tre a` cette confe'rence est noble, mais aussi ardue. J'espe`re que tous les participants rechercheront un terrain d'entente tout en mettant de co^te' leurs diffe'rences, dans l'unite' et la coope'ration e'troite afin de traduire dans les faits le the`me de cette confe'rence : lutte pour l'e'galite', le de'veloppement et la paix. Dans cinq ans, nous serons au XXIe sie`cle. Une ta^che historique pe`se sur nos e'paules a` nous tous, moi-me^me y compris, qui sommes ici pre'sents. Les femmes de tous les pays et de toutes les re'gions du monde ont les yeux tourne's vers nous, dans le ferme espoir que la communaute' internationale et les gouvernements prendront un engagement solennel et le traduiront dans des actes concrets, de fac'on que cette confe'rence contribue a` acce'le'rer l'ame'lioration de la condition de la femme dans le monde entier. Oeuvrons de concert pour re'pondre aux aspirations ardentes du monde entier. De'claration de Gertrude Mongella, Secre'taire ge'ne'rale de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes Nous voici donc enfin a` Beijing pour participer a` la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes, confe'rence qui est extraordinaire a` plus d'un titre. Elle a suscite' beaucoup d'inte're^t et donne' lieu a` d'intenses de'bats au niveau mondial, entre hommes et femmes, jeunes et vieux, dans tous les pays. Elle a re'uni la plus vaste assemble'e qui ait jamais assiste' a` une confe'rence des Nations Unies, quel qu'en soit le the`me. Tout porte a` croire qu'une ve'ritable re'volution sociale se pre'pare. Cette confe'rence a e'te' marque'e par des pre'paratifs intensifs qui ont consiste' en de'bats et consultations entre gouvernements et organes non gouvernementaux aux niveaux national, re'gional et international. Chaque e'tape a marque' un progre`s vers la re'alisation d'un consensus. Notre volonte' d'agir va maintenant e^tre soumise a` une e'preuve finale, sous la forme de notre Programme d'action. Ce programme est une tapisserie a` l'e'chelle mondiale, tisse'e par des femmes, des hommes et des jeunes, au moyen de fils provenant de toutes les nations, races et religions, sans distinction. Cette oeuvre a e'te' confectionne'e avec soin, objectivite' et application gra^ce aux diverses consultations, confe'rences et re'unions qui ont e'te' organise'es aux niveaux national, re'gional et international. Le Programme est un document destine' au monde, mais pour les femmes, il constitue leur document car il donne corps aux aspirations, aux espoirs et aux actions qui nous guideront dans le XXIe sie`cle. En fait, le Programme concerne chacun de nous. C'est un programme de travail social d'une importance capitale qui touche toute l'humanite' et il ne peut y avoir spectateurs passifs ni de'serteurs. C'est pourquoi j'engage toutes les femmes qui participent a` cette confe'rence et au Forum des ONG, non seulement a` repre'senter leurs gouvernements et les organisations non gouvernementales, mais aussi a` militer activement dans la lutte que nous avons engage'e il y a de tre`s nombreuses anne'es. Comme je l'ai indique' a` l'ouverture du Forum des ONG, des millions de femmes nous ont fait confiance et nous ne devons pas les de'cevoir. J'aimerais insister sur quelques points saillants qui se sont de'gage's des pre'paratifs de la Confe'rence de Beijing. Premie`rement, il importe d'envisager les questions inte'ressant les femmes d'une manie`re holistique et de les aborder dans le cadre des pre'occupations globales touchant la socie'te' et le de'veloppement. Il ne sera pas possible de re'aliser un de'veloppement durable sans asseoir le partenariat des femmes et des hommes dans tous les aspects de la vie. Les femmes ont toujours lutte' au co^te' des hommes pour l'abolition de l'esclavage, la libe'ration des pays du colonialisme, le de'mante`lement de l'apartheid et l'instauration de la paix. Il revient maintenant aux hommes de lutter au co^te' des femmes pour re'aliser l'e'galite'. Deuxie`mement, de par la nature universelle des questions inte'ressant les femmes, chacune de ces questions doit impe'rativement recueillir toute l'attention qu'elle me'rite. Troisie`mement, il importe de prendre conscience du lien entre les ge'ne'rations qui est propre aux femmes, ainsi que de l'effet cumulatif, e'tant donne' que les proble`mes restant en suspens s'aggravent ge'ne'ralement par la suite. Enfin, depuis la premie`re Confe'rence sur les femmes qui a eu lieu a` Mexico il y 20 ans, les femmes ont appris que si elles veulent re'aliser l'e'galite', elles doivent compter sur elles-me^mes. Personne ne prendra pour elle les mesures requises au nom d'un principe abstrait d'e'galite'. Les femmes ont proce'de' a` des recherches et ont elles-me^mes fait l'objet de recherches. Les statistiques sont beaucoup trop sombres dans plusieurs domaines clefs tels que la pauvrete', l'e'ducation et l'analphabe'tisme, la sante', la violence contre les femmes, les affaires publiques et la politique et les droits fondamentaux. Les donne'es statistiques et les faits qui sont actuellement bien connus montrent a` l'e'vidence que les femmes sont mal loties par rapport aux hommes. Le dernier nume'ro de la se'rie Les femmes dans le monde, qui vient de parai^tre pour 1995, le mois dernier, montre clairement les changements qui sont intervenus et les obstacles qui restent a` surmonter. Cette dernie`re de'cennie du XXe sie`cle sera de'cisive et la solidarite' qui nous re'unit aujourd'hui dans nos expe'riences communes, sans distinction de race, de couleur ou de religion, devrait nous faire entrer dans le XXIe sie`cle, forts de la vision, de l'imagination et du dynamisme qui pourront transformer nos vies ainsi que celles de nos enfants et de nos petits-enfants. Nous avons toujours dit que les femmes et les hommes devaient oeuvrer de concert si l'on veut que le monde entre dans le nouveau sie`cle dans la se'curite' et avec succe`s. Il nous faut aussi assurer la participation des jeunes. Ils sont notre espoir et notre avenir et la socie'te' ne pourra qu'en be'ne'ficier. Notre programme doit porter sur l'e'limination de l'analphabe'tisme, de la maladie, de la pauvrete', du cho^mage et de la violence, ainsi que sur la promotion de la participation aux de'cisions et de l'e'mancipation. Il doit e^tre axe' sur des mesures propres a` e'liminer la discrimination, la marginalisation et l'exclusion sociale. Le fondement du changement est la`; ce qui manque, c'est la volonte' qui fera que les mesures voulues seront prises pour ope'rer le changement. Si on fait le de'tail des faits et statistiques, il apparai^t sans aucun doute possible qu'il faut agir pour modifier le statu quo. Ce n'est qu'en agissant que l'on pourra aller de l'avant. Il n'y a pas d'autre solution. La quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes doit susciter des engagements a` agir, ainsi que des engagements a` allouer des ressources, aux niveaux national et international. Telle est la mission de la Confe'rence de Beijing. Il revient a` chaque gouvernement de fixer les priorite's, de pre'ciser les ressources qu'il affectera et d'annoncer les mesures qu'il prendra pour assumer ses responsabilite's envers les femmes du monde entier. Cette confe'rence doit sauvegarder les acquis et les accords conclus lors de confe'rences pre'ce'dentes et de'passer les paroles pour agir dans le sens d'un ve'ritable changement. Il me faut conclure en posant les questions suivantes au sujet d'un proble`me qui me tient a` coeur, ainsi qu'a` de nombreuses autres femmes : þ Pendant combien de temps les femmes continueront-elles de peiner pour contribuer a` l'achat d'armes? þ Pendant combien de temps les femmes continueront-elles de donner la vie pour qu'elle soit enleve'e par la force des armes? þ Et pendant combien de temps le monde continuera-t-il d'ignorer les larmes que versent les femmes pendant les conflits arme's? Ce programme d'action ne verra pas le jour tant que la question de la paix n'aura pas e'te' re'gle'e comme il convient. De'claration de Benazir Bhutto, Premier Ministre du Pakistan Je remercie au nom du Pakistan le Gouvernement et le peuple chinois qui ont accueilli la Confe'rence et je suis profonde'ment touche'e par la chaleur et la ge'ne'rosite' de leur hospitalite'. Je rends spe'cialement hommage au Secre'taire ge'ne'ral de l'Organisation des Nations Unies et a` Mme Gertrude Mongella, Secre'taire ge'ne'rale de la Confe'rence, pour les efforts inlassables qu'ils ont de'ploye's afin d'organiser cette re'union. Le monde traverse aujourd'hui une grave crise morale, marque'e par l'injustice et l'inaction, le silence et l'acquiescement. Cette crise est le re'sultat de sie`cles d'oppression et de re'pression dont les ge'ne'rations successives ont e'te' victimes. La Confe'rence transcende donc le domaine de la politique et de l'e'conomie et traite d'une question morale fondamentale. Elle constitue une occasion ve'ritablement historique. Quarante mille femmes environ se sont re'unies pour exiger la reconnaissance de leurs droits, assurer a` leurs filles un avenir meilleur et mettre fin aux pre'juge's qui privent encore beaucoup d'entre nous de leur place le'gitime dans la socie'te'. En cette occasion solennelle, je m'adresse a` vous non seulement en tant que Premier Ministre mais en tant que femme et me`re þ une femme qui est fie`re de son he'ritage culturel et religieux et qui est consciente des obstacles qui, dans presque toutes les socie'te's, empe^chent encore les femmes d'acce'der a` la justice et a` une participation pleine et entie`re. Premie`re femme e'lue a` la te^te d'une nation islamique, je me sens investie d'une responsabilite' spe'ciale pour toutes les questions inte'ressant les femmes et a` l'e'gard de toutes les femmes. En tant que femme musulmane, je me sens spe'cialement tenue de de'noncer la propagande d'une poigne'e de gens, qui pre'tendent que l'islam accorde aux femmes un statut de deuxie`me cate'gorie. Cela est faux. Aujourd'hui, le monde musulman peut s'enorgueillir d'avoir trois premiers ministres femmes, que les e'lecteurs et les e'lectrices ont choisies pour leurs qualite's en tant que citoyennes et en tant que personnes et non en tant que femmes. Notre e'lection a renverse' le mythe construit par un tabou social selon lequel la place de la femme est au foyer et le fait pour une femme musulmane de travailler est honteux ou de'shonorant et socialement inacceptable. Notre e'lection a donne' aux musulmanes du monde entier la force morale d'affirmer qu'il est socialement correct pour la femme de travailler et de suivre notre exemple de femmes et de me`res qui travaillent. Les femmes musulmanes doivent s'attacher tout particulie`rement a` ce que l'on fasse la distinction entre les enseignements de l'islam et les tabous sociaux forge's par les traditions d'une socie'te' patriarcale. C'est une distinction que les obscurantistes voudraient effacer. Les obscurantistes croient a` la discrimination, qui est le premier pas vers la dictature et l'usurpation du pouvoir. Le mois dernier, le Pakistan a accueilli la premie`re confe'rence de femmes parlementaires du monde musulman. C'e'tait la premie`re fois dans l'histoire de l'islam que des femmes qui travaillent et des repre'sentantes e'lues se rencontraient et parlaient d'une me^me voix. Assistant ainsi a` la rencontre de plus de 100 de'le'gue'es venues de 35 pays musulmans, j'ai ressenti un immense sentiment de fierte' car nous pouvions compter les unes sur les autres pour nous pre^ter force et soutien, dans l'univers tout entier et dans tous les continents, et pour affronter ceux qui s'opposent au renforcement du pouvoir d'action des femmes. Aujourd'hui, je ressens le me^me sentiment de fierte' : nous nous sommes re'unies a` Beijing, ancienne capitale d'une ancienne civilisation, pour de'clarer que nous ne sommes pas seules dans notre lutte pour renforcer notre pouvoir d'action, que nous sommes ensemble dans les divers continents a` rechercher l'estime de soi, la valeur personnelle et le respect qui nous est du^ au sein de la socie'te'. En faisant la distinction entre les enseignements de l'islam et les tabous sociaux, nous devons nous souvenir que l'islam interdit toutes les formes d'injustice : l'injustice envers les peuples, envers les nations et envers les femmes. Il interdit la discrimination entre les individus fonde'e sur la race, la couleur de la peau et le sexe. Il proclame la pie'te' comme seul crite`re pour juger l'humanite'. Il traite les femmes comme des e^tres humains a` part entie`re, et non comme des objets. La femme peut he'riter, divorcer, recevoir une pension alimentaire et obtenir la garde de ses enfants. Il y a parmi les femmes des intellectuelles, des poe`tes, des juristes; certaines d'entre elles ont me^me fait la guerre. Le livre sacre' des musulmans mentionne le re`gne d'une femme, la reine de Sabah; il vante sa sagesse et de'crit son pays comme une terre d'abondance. C'est une femme travaillant a` l'exte'rieur que le prophe`te a pris pour e'pouse. Et la premie`re personne qui s'est convertie a` l'islam e'tait une femme : elle s'appelait Bibi Khadija. Le prophe`te Mohamed a condamne' sans appel l'infanticide des filles dans l'Arabie pre'-islamique et mis fin a` cette pratique. On lit dans le Coran : Lorsqu'on annonce a` l'un d'eux la naissance d'une fille, son visage s'assombrit, il suffoque, il se tient a` l'e'cart, loin des gens, a` cause du malheur qui lui a e'te' annonce'. Va-t-il conserver cette enfant, malgre' sa honte, ou bien l'enfouira-t-il dans la poussie`re? þ leur jugement n'est-il pas de'testable? þ (Sourate Les Abeilles, versets 57, 58 et 59) Cela est encore vrai aujourd'hui. Combien de femmes sont encore garde'es dans leur famille ou` elles vivent dans la honte, marque'es par l'opprobre et la culpabilite'. Il est tragique de constater que la pratique pre'-islamique de l'infanticide des filles existe encore dans un monde que nous conside'rons comme moderne et civilise'. Les filles sont souvent les victimes de l'avortement ou sont abandonne'es a` leur naissance. Les statistiques montrent que les hommes sont de'sormais nettement plus nombreux que les femmes dans plus de 15 pays d'Asie. Les garc'ons sont de'sire's. Ils sont de'sire's parce qu'on estime qu'ils valent plus que les filles. Ils le sont pour des raisons d'amour-propre : ce sont eux qui perpe'tuent le nom de leur pe`re. Et pourtant nous oublions trop souvent que le jour du jugement dernier, chaque musulman sera appele' non par le nom de son pe`re, mais par celui de sa me`re. Pour faire plaisir a` son mari, l'e'pouse de'sire un fils. Pour que son mari ne l'abandonne pas, une femme de'sire un fils. Et trop souvent, lorsqu'une femme attend une fille, elle encourage son mari a` abandonner l'enfant ou elle se fait avorter, privant de la vie une enfant innocente et parfaitement constitue'e. Alors que nous sommes re'unies ici, des pleurs de filles montent jusqu'a` nous. Cette confe'rence doit ouvrir la voie qui permettra la cre'ation d'un climat dans lequel les filles seront les bienvenues au me^me titre que les garc'ons, ou` elles seront conside're'es comme ayant autant de valeur que les garc'ons. Alors que je pre'sidais l'Association sud-asiatique de coope'ration re'gionale, cette association a proclame' 1989 Anne'e de la petite fille. Six ans plus tard, les fillettes restent tout aussi vulne'rables, non pas a` cause de la religion dans le cas du Pakistan, mais a` cause des pre'juge's sociaux. Les droits que l'islam accorde aux femmes musulmanes ont trop souvent e'te' bafoue's. Et les droits des femmes sont nie's dans le monde entier, dans les pays de'veloppe's comme dans les pays en de'veloppement. Dans le monde entier, les femmes sont victimes de violences au sein de leur famille. Si une femme ne quitte pas son foyer, c'est souvent parce qu'elle n'a aucun endroit ou` aller. Parfois, elle reste et accepte la violence dont elle victime dans l'inte're^t de ses enfants. Nous avons lance' au Pakistan une campagne de sensibilisation contre la violence dans la famille, qui est mene'e avec l'aide des me'dias et dont le but est d'informer les femmes que la violence dans la famille est un crime et de pre'venir les hommes qu'ils peuvent e^tre punis s'ils s'en rendent coupables. Dans de nombreuses socie'te's, les femmes sont souvent torture'es, non seulement par les hommes, mais par les femmes de leur belle-famille, parce qu'on veut obtenir des avantages financiers de leur famille. Parfois, le mari þ ou des membres de sa famille þ tue son e'pouse pour pouvoir a` nouveau prendre femme et recevoir une dot. Le syste`me de la dot est un fle'au social contre lequel nous devons e'lever la voix et alerter l'opinion. Les femmes ne sont pas seulement victimes de violences physiques, elles sont aussi victimes de violences verbales. Souvent, emporte's par la cole`re et la frustration, les hommes tiennent contre les femmes un discours grossier et vulgaire. Malheureusement, les femmes utilisent aussi dans certains cas un langage grossier pour de'nigrer d'autres femmes. Nous devons donc travailler ensemble pour changer non seulement l'attitude des hommes, mais aussi celle des hommes et des femmes. Les femmes sont victimes d'une culture d'exclusion et de domination masculine. Aujourd'hui, plus de femmes que d'hommes souffrent de la pauvrete', des privations et de la discrimination. Un demi-milliard de femmes sont analphabe`tes. Soixante-dix pour cent des enfants qui n'ont pas acce`s a` l'enseignement e'le'mentaire sont des filles. Au Pakistan, nous faisons porter nos efforts sur l'e'ducation primaire des filles pour corriger ce de'se'quilibre. Nous nous attachons a` former des enseignantes et a` cre'er des possibilite's d'emploi pour les femmes. Je suis fermement persuade'e qu'une femme ne peut prendre sa vie en mains et faire ses propres choix que si elle est financie`rement inde'pendante. Et une femme ne peut pas acce'der a` l'inde'pendance financie`re si elle ne peut pas travailler. La discrimination contre les femmes ne commencera a` s'atte'nuer que lorsque les femmes seront instruites et auront un emploi. Si mon pe`re ne m'avait pas fait faire des e'tudes ou s'il ne m'avait pas donne' des moyens financiers personnels, je n'aurais pas e'te' en mesure d'assurer ma subsistance et de lutter contre la tyrannie et je n'aurais pas e'te' invite'e aujourd'hui a` prendre la parole devant vous. Pour que la valeur de la petite fille soit reconnue, pour que l'e'pouse puisse dire non a` la violence dans la famille, il faut que nous reconnaissions l'obligation spe'ciale qui nous incombe de cre'er des emplois pour les femmes. C'est pour cette raison que nous avons cre'e' en 1989 au Pakistan une banque des femmes. Il s'agit d'une banque ge're'e par des femmes, pour des femmes, dans le but de les aider a` cre'er leurs propres entreprises, a` parvenir ainsi a` l'inde'pendance financie`re et a` e^tre alors en mesure de faire leurs propres choix. Aujourd'hui, cette banque compte 23 agences qui viennent en aide au Pakistan aux femmes qui travaillent. Dans toutes nos grandes villes, des entreprises sont ge're'es par des femmes : boulangeries, restaurants, boutiques, entreprises de de'coration inte'rieure. Les Pakistanaises sont de'sormais autorise'es a` participer aux manifestations sportives internationales. En 1997, nous allons accueillir dans notre pays les deuxie`mes Jeux olympiques pour les femmes musulmanes. Des installations sportives spe'ciales sont cre'e'es pour encourager les femmes pakistanaises a` faire du sport. En outre, les Pakistanaises jouent un ro^le important dans la lutte contre l'explosion de'mographique. Cent mille femmes rec'oivent une formation pour re'duire les taux de croissance de la population et faire baisser les taux de mortalite' infantile. Lorsque je me rends dans des villages ou` se'vit la pauvrete' et ou` il n'y a pas d'eau potable, je me re'jouis lorsque je vois une travailleuse sanitaire, une femme qui travaille dans un environnement aussi mise'rable. Car je suis convaincue que nous ne pourrons vaincre la pauvrete', la de'che'ance, l'analphabe'tisme et la superstition que lorsque nous aurons fait les investissements qui permettront a` nos femmes de travailler, dans ces villages e'loigne's ou` le temps semble s'e^tre arre^te', et ou` l'on se sert de boeufs et non pas de tracteurs pour cultiver la terre, ou` les femmes sont affaiblies par des naissances trop nombreuses, ou` les filles sont moins bien nourries que les garc'ons, car elles ne mangent que les restes, ou` les villageois travaillent nuit et jour avec leur femme et leurs enfants pour se procurer une maigre pitance, ou` les inondations et les pluies diluviennes de'truisent les re'coltes et les maisons, ou` la pauvrete' ro^de et fait des victimes avec une cruaute' a` laquelle nous ne pourrons mettre fin que lorsque nous accepterons la double re'alite' du contro^le de'mographique et du renforcement du pouvoir d'action des femmes. Et c'est ici que l'Organisation des Nations Unies et son Secre'taire ge'ne'ral jouent un ro^le critique. Quelques sceptiques doutent de l'utilite' d'une confe'rence mondiale sur les femmes. Je ne partage pas leur point de vue. Cette confe'rence montre que les femmes ne sont pas oublie'es, que le monde s'inte'resse a` leur sort. Elle est une de'monstration de solidarite' envers les femmes. Elle nous convainc de la ne'cessite' de contribuer, chacune a` notre manie`re et par tous les moyens possibles, a` la lutte contre l'oppression, la re'pression et la discrimination a` l'encontre des femmes. La ta^che a` accomplir est conside'rable, mais chaque de'cennie apporte avec elle de le'ge`res ame'liorations. Dans ma jeunesse, les femmes de ma famille restaient au village, enferme'es dans leur maison. Aujourd'hui, nous allons toutes en ville ou a` l'e'tranger. Dans ma jeunesse, les femmes de ma famille portaient le voile þ le burga þ qui les couvrait de la te^te aux pieds et elles ne se rencontraient que lors des mariages ou des enterrements, seules occasions ou` elles pouvaient sortir de chez elles. Aujourd'hui, la plupart des femmes ne portent que le duppatta ou le chadar et peuvent sortir librement. Dans ma jeunesse, une jeune fille ne pouvait se marier que si un cousin e'tait disponible, car les biens devaient rester dans la famille. Aujourd'hui, les jeunes filles peuvent e'pouser des hommes qui n'appartiennent pas a` la famille. Dans ma jeunesse, le cousin en question prenait presque toujours une deuxie`me e'pouse. Aujourd'hui, les femmes ne s'attendent pas a` ce que leur mari e'pouse une autre femme. La polygamie, qui e'tait la re`gle, est devenue l'exception. Dans ma jeunesse, les femmes n'e'taient pas instruites. J'ai e'te' la premie`re fille de ma famille a` aller a` l'universite' et a` aller a` l'e'tranger pour poursuivre mes e'tudes. Aujourd'hui, il est normal que les jeunes filles fassent des e'tudes a` l'universite' et a` l'e'tranger lorsque leur famille en a les moyens. J'ai assiste' a` de nombreux changements dans le cours de ma vie. Mais j'espe`re en voir encore bien davantage. Certains de ces changements de'couleront, je l'espe`re, de la De'claration universelle des droits de l'homme, qui pre'voit l'e'limination de la discrimination a` l'e'gard des femmes. J'espe`re que d'autres changements re'sulteront de la Convention sur l'e'limination de toutes les formes de discrimination a` l'e'gard des femmes, que le Pakistan a signe'e le mois dernier. Bien entendu, une re'sistance se manifeste dans de nombreux milieux. Mais nous sommes de'cide'es a` aller de l'avant pour faire du Pakistan un pays ou` les femmes re'alisent tout leur potentiel, faisant ainsi de notre re^ve une re'alite'. En tant que femmes, nous sommes satisfaites du Programme d'action de Beijing, qui adopte une approche globale sur le renforcement du pouvoir d'action des femmes. Mais on ne peut s'attendre a` ce que les femmes luttent seules contre les forces de la discrimination et de l'exploitation. Je me souviens des vers de Dante qui nous rappelaient que l'endroit le plus bru^lant e'tait re'serve' en enfer a` ceux qui restaient neutres en pe'riode de crise morale. Aujourd'hui, dans le monde ou` nous vivons, il ne peut y avoir de neutralite' dans la lutte pour la libe'ration des femmes. Mais nous avons appris que la de'mocratie a` elle seule ne suffit pas. La liberte' de choix a` elle seule ne garantit pas la justice. L'e'galite' de droit ne vise pas seulement les droits politiques. La justice sociale re'sulte de la triple association de la liberte', de l'e'galite' et de la possibilite' de choisir : La justice, c'est la liberte' politique. La justice, c'est l'inde'pendance e'conomique. La justice, c'est l'e'galite' sociale. Le renforcement du pouvoir d'action n'est pas seulement le droit a` la liberte' politique. C'est le droit d'e^tre inde'pendant, d'e^tre instruit et d'avoir la possibilite' de choisir. C'est le droit d'e^tre en mesure d'embrasser une carrie`re productive, de posse'der des biens, de participer a` des activite's commerciales, de prospe'rer sur la place du marche'. Le Pakistan se re'jouit de voir que le projet de Programme d'action de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes s'attache aux domaines critiques qui inte'ressent les femmes et de'finit une strate'gie concre`te pour re'soudre leurs proble`mes. A` notre avis cependant, le Programme d'action devrait traiter de questions telles que les ressources nouvelles et supple'mentaires, la dette exte'rieure, les programmes d'ajustement structurel, les droits des femmes, la protection des femmes victimes de conflits arme's et la re'alisation du droit a` l'autode'termination des territoires qui se trouvent encore sous occupation et domination e'trange`res. Il devrait aussi contribuer a` renforcer le ro^le de la famille traditionnelle, car celle-ci est le fondement de la socie'te'. La de'sinte'gration de la famille provoque la de'che'ance morale. Il faut mettre fin a` cette tendance. Le Programme d'action n'accorde pas une place suffisante a` la famille traditionnelle, et cela nous inquie`te. Cette faiblesse peut conduire a` des interpre'tations errone'es et peut me^me encourager les adversaires de l'ordre du jour des femmes a` en de'former les dispositions. De grands progre`s ont e'te' re'alise's. Le fait me^me que nous nous re'unissons a` Beijing aujourd'hui repre'sente un tre`s grand pas en avant. Mais de nouveaux nuages apparaissent a` l'horizon. La fin de la guerre froide aurait du^ marquer le de'but de la paix et d'une e'poque de progre`s pour les femmes. Malheureusement, la prolife'ration des tensions et des conflits re'gionaux a trahi nos aspirations. Comme dans le passe', les femmes et les jeunes filles ont e'te' les premie`res victimes de ces conflits, car elles sont les plus faibles et de ce fait les plus expose'es aux se'vices. Se servir du viol comme d'une arme de guerre et d'un instrument de nettoyage ethnique est un acte contre nature autant que re'pre'hensible. Les pe'ripe'ties de cette longue histoire en diffe'rentes re'gions du globe, y compris a` Jammu-et-Cachemire et en Bosnie-Herze'govine, ont e'mu la conscience de la communaute' internationale tout entie`re. L'e'normite' de cette trage'die rele`gue a` la deuxie`me place toutes les autres questions, pour urgentes qu'elles soient. La Confe'rence doit donc exprimer son entie`re solidarite' avec nos soeurs et avec nos filles qui sont victimes des conflits arme's, de l'oppression et de la barbarie. Ces malheurs doivent e^tre notre premie`re priorite'. Je viens devant vous pour parler des forces qui doivent fac'onner la nouvelle de'cennie, le nouveau sie`cle, le nouveau mille'naire. Nous devons fac'onner un monde d'ou` l'exploitation des femmes et les mauvais traitements dont elles sont victimes auront disparu, un monde ou` les femmes auront la possibilite' d'acce'der aux niveaux les plus e'leve's dans le domaine de la politique, des affaires, de la diplomatie et dans d'autres domaines, un monde ou` il n'y aura pas de femmes battues, ou` l'honneur et la dignite' seront prote'ge's en pe'riode de guerre et de conflit, ou` nous jouirons de la liberte' et de l'inde'pendance e'conomiques, ou` nous serons des partenaires e'gaux au service de la paix et du de'veloppement, un monde qui favorisera le de'veloppement e'conomique et l'e'volution politique dans des conditions d'e'galite', un monde qui sera aussi favorable a` la liberte' des e'changes qu'il le sera a` l'e'mancipation des femmes. Alors me^me que nous cataloguons, organisons et, pas a` pas, atteignons nos objectifs, ne cessons jamais d'e^tre vigilantes. Les forces de la re'pression seront toujours pre^tes a` profiter du moment et a` nous refouler vers le passe'. Souvenons-nous de ce qu'a dit Goethe, qui de'clarait que la liberte' doit e^tre e'difie'e a` nouveau et gagne'e a` nouveau par chaque ge'ne'ration. Nous ne devons pas nous borner a` de'noncer le passe'. Nous devons changer l'avenir. Me souvenant de l'observation faite par une de nos colle`gues parlementaires, le se'nateur Barbara Mikulski, a` savoir que la de'mographie c'est la destine'e, je crois que le temps, la justice et les forces de l'histoire sont de notre co^te'. Nous sommes ici a` Beijing pour proclamer une nouvelle vision de l'e'galite' et du partenariat. Faisons de cette vision une re'alite' dans les plus brefs de'lais possibles. De'claration de Vigdi's Finnbogado'ttir, Pre'sidente de l'Islande Je suis tre`s honore'e et profonde'ment reconnaissante de l'occasion qui m'est donne'e de prendre la parole devant cette confe'rence, qui reve^t une si grande importance et qui, je pense, restera dans l'histoire pour de nombreuses raisons, dont la moindre n'est pas de'ja` en soi le fait qu'elle a lieu. Qu'elle ait ou non des effets concrets ou imme'diats, ce qui est encourageant c'est de savoir que le travail accompli ici aujourd'hui aurait paru impensable il y a seulement quelques anne'es mais qu'un jour viendra ou` il apparai^tra re'trospectivement comme une e'tape naturelle dans la voie du progre`s de la civilisation. La quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes se tient l'anne'e d'un cinquantenaire, celui de la cre'ation de l'Organisation des Nations Unies il y a 50 ans, que nous comme'morons. En ce lieu ou` nous nous re'unissons aujourd'hui, il n'est pas sans inte're^t de rappeler que dans la Chine ancienne, la phrase "Puissiez-vous vivre a` une e'poque inte'ressante", loin d'e^tre une manie`re de souhaiter du bien a` quelqu'un e'tait en fait une male'diction. A` l'heure ou` nous ce'le'brons ce cinquantenaire, le sentiment de triomphe que nous e'prouvons a` voir ce que la communaute' mondiale a re'ussi a` faire en conjuguant ses efforts est e'trangement tempe're'. Nous ne pouvons ignorer les tragiques conflits qui continuent de se'vir en divers points du globe. De toute e'vidence, le cours de l'histoire n'obe'it pas aux caprices du calendrier. Ne'anmoins, notre confe'rence se tenant en cette anne'e anniversaire, son the`me ine'vitablement rejoint la question plus large de savoir quel visage nous voulons donner a` l'Organisation dans les 50 anne'es a` venir. Qu'il soit possible de mettre en paralle`le la question du progre`s de la femme et celle de la survie de l'humanite' sans qu'il s'ensuive une leve'e de boucliers est une indication on ne peut plus claire du chemin parcouru ces 20 dernie`res anne'es. La corre'lation est me^me admise comme le'gitime et opportune, voire indispensable. Il va de soi qu'il n'en a pas toujours e'te' ainsi. Dans le traite' le plus ancien de la pense'e politique occidentale, la Re'publique de Platon, Socrate tente d'esquisser ce qui serait l'ordre politique ide'al selon la nature. Mais ses amis l'interrompent en lui reprochant d'omettre le ro^le des femmes. Socrate avait, dans un premier temps, he'site' a` admettre l'e'galite' des femmes dans l'ordre des choses qu'il e'laborait, de crainte d'e^tre la rise'e des autres hommes. Il lui revient alors a` l'esprit que les ta^ches assigne'es aux femmes dans le nouvel ordre envisage' e'taient a` une certaine e'poque conside're'es comme choquantes et ridicules aussi pour les hommes. Puis la raison, meilleur juge, re'ussit a` vaincre le sentiment d'absurdite'. Sans doute s'agit-il la` d'un point de vue d'homme dans une socie'te' domine'e par les hommes, aussi louable que soit le fait d'avoir admis le concept de l'e'galite' des femmes. Mais pour les femmes d'aujourd'hui, la de'marche inverse est plus proche de la ve'rite' : l'ide'e qu'elles puissent ne pas jouir de l'e'galite' nous parai^t aussi absurde qu'irrationnelle. Nombreux sont les hommes qui a` ma connaissance pensent comme nous. A` la diffe'rence de Socrate, peut-e^tre, les architectes actuels d'un avenir meilleur n'ont gue`re besoin qu'on leur rappelle de tenir du^ment compte des femmes, ne serait-ce que parce que beaucoup d'entre eux sont des femmes et que leur nombre ne cesse d'augmenter. Aujourd'hui, la plupart des E'tats du globe sont tenus de par leur le'gislation de prote'ger et de'fendre les droits fondamentaux des femmes. Et au-dela` me^me de ce cadre juridique, on reconnai^t de plus en plus largement la ne'cessite' d'assurer la participation pleine et entie`re des femmes, sur un pied d'e'galite', dans tous les domaines de la vie prive'e et de la vie publique. Les droits de la femme ont cesse' d'e^tre une cause marginale "progressiste" pour acce'der a` l'universalite', gra^ce en grande partie aux efforts de'ploye's a` l'e'chelle mondiale par des organisations telles que l'ONU. Au moment ou` il est si fre'quemment reproche' a` l'Organisation de ne pas e^tre e'quipe'e pour relever les de'fis pressants de l'heure, il convient de rappeler le ro^le crucial que l'ONU et les organismes qui lui sont apparente's ont joue' en premie`re ligne des efforts de'ploye's pour assurer aux femmes l'e'galite' d'acce`s a` tous les aspects du de'veloppement politique, e'conomique et social. Je voudrais, par conse'quent, a` cette occasion rendre tout particulie`rement hommage aux Nations Unies pour leur ro^le a` la pointe de ce combat, tout en reconnaissant aussi pleinement la contribution qui a e'te' celle de nombreuses organisations non gouvernementales. Mais il ne s'agit pas pour nous de nous gargariser de nos exploits. Il nous faut avoir aussi le courage d'admettre franchement nos de'ficiences les plus patentes. Paradoxalement, le nombre de femmes qui vivent dans la pauvrete' a augmente' de fac'on disproportionne'e par rapport a` celui des hommes dans la me^me situation; les femmes aujourd'hui constituent la majorite' de la population pauvre de la plane`te. On le voit dans tous les domaines : sante', e'ducation et se'curite' physique, ainsi que pouvoir et influence politiques et e'conomiques. Sur le plan de l'alimentation et des soins me'dicaux, les fillettes et les femmes sont souvent moins bien loties que les hommes. Les femmes constituent les deux tiers de la population analphabe`te du globe, et la majorite' des re'fugie's et des victimes de la violence. Nombreux sont en outre les pays dans lesquels les femmes sont de'libe're'ment tenues a` la pe'riphe'rie de la vie publique, a` supposer me^me qu'elles y soient admises. Il incombera a` la Confe'rence de reme'dier concre`tement a` ces anomalies : non seulement d'en admettre l'existence, mais aussi d'essayer de de'terminer d'ou` elles proviennent et comment elles peuvent e^tre e'limine'es. Dans les jours qui viennent, la Confe'rence va examiner des domaines qui reve^tent une importance cruciale pour les femmes, et l'espoir est qu'elle adoptera un programme d'action contenant des propositions concre`tes. Toutefois les paroles a` elles seules ne doivent pas nous suffire. Il va de soi que la mise en oeuvre des propositions qui seront formule'es de'pendra dans une large mesure de la volonte' politique des gouvernements. Des ressources nouvelles seront peut-e^tre ne'cessaires pour y parvenir, mais elles ne sont pas une condition sine qua non et leur absence ne doit pas servir d'excuse a` l'inaction. Beaucoup de gouvernements ont largement les moyens voulus pour e'viter certains des fle'aux dont sont victimes les femmes en particulier. Il est de leur devoir de faire le ne'cessaire a` cette fin. Tous ensemble, ici, nous nous trouvons dans une situation unique puisque, d'une certaine manie`re, nous sommes amene's a` nous pencher a` nouveau sur la Charte des Nations Unies. A` tort ou a` raison, la naissance de l'Organisation des Nations Unies a e'te' perc'ue par beaucoup comme l'aboutissement de la que^te e'ternelle d'une paix durable. La Charte avait pour objectif fondamental l'e'limination du fle'au de la guerre. Mais elle e'tait sous-tendue par un ide'al non moins ambitieux : la volonte' d'extirper la source des conflits en oeuvrant au triomphe des droits de l'homme, de la justice et du progre`s social. Le fait que ce second ide'al a e'te' e'clipse' par suite de manoeuvres politiques sur le plan international n'est certainement pas imputable a` l'Organisation des Nations Unies. Paradoxalement, la guerre froide et la rivalite' Est-Ouest ont amene' les grandes puissances a` essayer d'imposer une paix durable en cherchant chacune a` e'tablir sa supe'riorite' militaire sur les autres. En somme, l'Organisation n'a jamais pu fonctionner comme elle e'tait cense'e le faire. L'expe'rience n'a jamais e'te' mene'e a` terme. Ces dernie`res anne'es, l'Organisation a su s'adapter rapidement aux exigences nouvelles qui se sont fait jour dans le monde de l'apre`s-guerre froide. La se'rie de confe'rences qui ont eu lieu þ Sommet mondial pour les enfants, a` New York, Sommet "plane`te Terre" a` Rio de Janeiro, Confe'rence mondiale sur les droits de l'homme a` Vienne, Confe'rence internationale sur la population et le de'veloppement au Caire et Sommet mondial pour le de'veloppement social a` Copenhague þ a ouvert une voie nouvelle qui a permis a` l'Organisation de se libe'rer du carcan d'une conception de la se'curite' mesure'e essentiellement en termes militaires. Pour oeuvrer a` la paix, nous sommes maintenant en train de forger une conception nouvelle, fonde'e sur l'ide'e que la se'curite' des individus est a` long terme indissociable de la se'curite' des E'tats. C'est en ce sens que nous sommes amene's a` nous pencher a` nouveau sur la Charte des Nations Unies. Ce faisant, nous rede'couvrons une corre'lation, inscrite dans la Charte mais ne'glige'e, entre le maintien de la paix et l'e'galite' de droits des hommes et des femmes. Les auteurs de la Charte n'ont pas ajoute' apre`s coup les mots "e'galite' de droits des hommes et des femmes"; ils les ont inscrits au tout de'but du texte, au deuxie`me aline'a du Pre'ambule. En portant le flambeau des femmes a` Beijing aujourd'hui, et a` Istanbul l'anne'e prochaine, lors du Sommet pour la ville, nous montrons au monde entier que les proble`mes urgents de la plane`te, dont l'environnement, l'accroissement de'mographique et le de'veloppement social, touchent autant les femmes que les hommes. Aux droits correspondent des obligations, et en exigeant que leur soit reconnu dans des conditions d'e'galite' le droit d'exercer un contro^le sur leur propre vie, les femmes de'clarent du me^me coup qu'elles sont dispose'es a` assumer l'obligation de rechercher conjointement avec les hommes et dans l'inte're^t de tous une solution aux proble`mes de la plane`te. En exprimant dans ces termes la cause de l'e'galite', nous lui avons confe're' une dimension ve'ritablement universelle et avons commence' a` envisager pour l'avenir une socie'te' d'une qualite' diffe'rente. Paradoxalement, une telle vision de l'avenir me parai^t bien moins impensable que n'aurait semble' il y a 100 ans la notion de l'e'galite' des femmes. C'est pourquoi nous avons de bonnes raisons de penser que nous avons vraiment fait du chemin. Nous sommes venus a` Beijing pour promouvoir la cause des femmes. Mais plus encore, nous sommes venus ici comme citoyens de la race humaine conscients de leurs responsabilite's et anime's de la volonte' de cre'er un monde meilleur pour les ge'ne'rations futures. En chinois, l'ide'ogramme pour la paix repre'sente un homme et une femme sous un me^me toit. En remerciant le Gouvernement chinois de la ge'ne'rosite' dont il a fait preuve en accueillant une confe'rence aussi grande ou` sont re'unis des hommes et des femmes du monde entier, je voudrais exprimer l'espoir qu'avant de quitter ce toit nous aurons re'ussi a` apporter une contribution substantielle et durable a` la paix mondiale. De'claration de Mme Khaleda Zia, Premier Ministre du Bangladesh Nous sommes re'unis ici, a` Beijing, pour redire notre attachement a` la cause commune de la promotion de la femme. Dans ce berceau d'une civilisation mille'naire, je me sens gagne'e par l'optimisme, car j'ai le sentiment que les pre'juge's dont, de tout temps, les femmes ont e'te' l'objet, ce`dent enfin et que nous nous rapprochons des objectifs qui nous sont chers entre tous : l'e'galite', le de'veloppement et la paix. A` n'en pas douter, cette Confe'rence mondiale de Beijing marquera un tournant de'cisif dans l'histoire de la lutte des femmes pour l'e'galite' et la liberte', lutte qui a commence' il y a 20 ans, a` Mexico, avec la premie`re Confe'rence mondiale sur les femmes. C'est pour moi un privile`ge que de me trouver ici en ce moment historique pour vous faire part de l'entie`re solidarite' du Bangladesh. Je tiens a` exprimer la profonde gratitude de mon pays au Gouvernement chinois pour son accueil chaleureux et sa ge'ne'reuse hospitalite', comme pour la fac'on remarquable dont il a organise' cette confe'rence sur le plan pratique. Permettez-moi, Mme la Pre'sidente, de vous adresser mes fe'licitations a` l'occasion de votre e'lection; je suis convaincue que, sous votre conduite avise'e, la Confe'rence se de'roulera sans heurts et re'ussira a` terminer l'examen des nombreuses questions inscrites a` son ordre du jour. Il y a loin de Mexico a` Beijing. Le parcours a dure' 20 ans. Notre mouvement e'tait impre'gne' d'une de'termination et d'une conviction profondes. Les obstacles qui nous barraient la route e'taient formidables, surtout les obstacles psychologiques. Mais la re'solution des femmes partout dans le monde e'tait ine'branlable. Une se'rie de confe'rence ont permis de mieux mettre en lumie`re nos pre'occupations au niveau mondial. Dans chaque pays du monde, encore qu'a` des degre's divers, des progre`s ont e'te' re'alise's. Les Strate'gies prospectives d'action de Nairobi ont e'te' le phare qui a e'claire' notre chemin. C'est ainsi que l'e'cart entre les sexes dans les domaines de l'e'ducation et de la sante' s'est re'tre'ci, que l'espe'rance de vie des femmes a augmente' notablement, que les taux de mortalite' maternelle ont diminue' de moitie', que les disparite's entre les sexes dans le domaine de l'alphabe'tisation ont e'te' conside'rablement re'duites. Ce bilan positif ne saurait toutefois occulter le fait que les femmes vivent toujours dans un monde ine'gal. Certes, l'acce`s des femmes a` l'e'ducation et aux soins de sante' s'est ame'liore' rapidement; mais dans de nombreuses parties du monde, les portes des sphe`res e'conomiques et politiques ne leur sont pas encore comple`tement ouvertes, comme en te'moigne le fait que 70 % des e^tres humains vivant dans la pauvrete' sont encore des femmes. Lorsqu'il s'agit de l'emploi, des salaires, de l'acce`s au cre'dit et de la repre'sentation aux niveaux administratif et politique, les femmes restent de'favorise'es. Dans maintes socie'te's, la violence et la discrimination a` l'e'gard des femmes sont aussi monnaie courante. Les atrocite's et les actes barbares perpe'tre's contre les femmes de Bosnie nous rappellent he'las, que, me^me dans l'Europe d'aujourd'hui, la civilisation et la raison sont un vernis en ve'rite' bien mince. Les trois confe'rences pre'ce'dentes sur les femmes ont permis de sensibiliser la communaute' internationale a` ces questions. Elles ont contribue' a` convaincre les gouvernements qu'il leur fallait acce'le'rer l'investissement dans l'e'ducation et la sante' des femmes de leurs pays, et a` faire respecter les droits des femmes. Le grand de'fi que la Confe'rence de Beijing doit relever consiste a` e'largir les perspectives e'conomiques et politiques des femmes, qui demeurent toujours re'duites. C'est a` Beijing que notre volonte' politique de faire progresser la cause des femmes doit trouver son sens et son expression ve'ritables. A` cet e'gard, la Confe'rence doit rappeler trois conside'rations essentielles pour la promotion de la femme : Premie`rement, il faut ame'liorer la situation des femmes : c'est la` un investissement de'terminant pour l'avenir de l'humanite', dont les retombe'es toucheront a` de nombreux domaines. Les femmes repre'sentent une force fondamentale qui contribuera puissamment a` e'liminer la pauvrete', a` poser les jalons d'un avenir durable et a` re'aliser la paix þ aux niveaux re'gional et mondial. Deuxie`mement, nous devons souligner la ne'cessite' d'e'tablir des relations nouvelles et un partenariat harmonieux entre les hommes et les femmes, les gouvernements et les citoyens, entre tous ceux, enfin, susceptibles d'apporter des solutions aux proble`mes sociaux complexes. La de'mocratie a e'largi la socie'te' civile et rede'fini les syste`mes de valeurs. C'est a` une socie'te' responsable, a` laquelle le gouvernement apporte les appuis indispensables, de prendre de'sormais le relais. Enfin, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir et utiliser tous les moyens dont nous disposons pour sensibiliser en permanence l'opinion publique au ro^le et a` la contribution des femmes. J'aimerais, si vous permettez, vous faire part de l'expe'rience de mon pays dans ce domaine. Chacun sait que le Bangladesh connai^t les contraintes aussi nombreuses que diverses. Pourtant, notre de'termination reste ine'branlable. Ces dernie`res anne'es, nous n'avons e'pargne' aucun effort pour ame'liorer la condition des femmes. Nous nous sommes efforce's de les rendre plus autonomes, pour qu'elles soient en mesure d'apporter le meilleur d'elles-me^mes au progre`s de la socie'te'. Nous avons de'ja` plusieurs re'alisations marquantes a` notre actif. J'aimerais en e'voquer quelques-unes. Notre Constitution garantit l'e'galite' entre les sexes dans tous les domaines de la vie nationale. Nous avons des lois qui de'fendent les droits des femmes. Nous avons cre'e' un ministe`re spe'cialement charge' des affaires fe'minines. Les politiques gouvernementales visent a` inte'grer les femmes dans les programmes nationaux de de'veloppement socio-e'conomique. Un Conseil national pour la promotion de la femme, pre'side' par le Premier Ministre, a e'te' constitue' pour fournir des directives et suivre les activite's de tous les ministe`res dans ce domaine. Comme on peut le voir, les femmes du Bangladesh ont commence' a` jouer un ro^le moteur dans la vie politique. Elles participent librement aux e'lections locales et nationales. Dix pour cent des sie`ges leur sont re'serve's au Parlement, ce qui leur assure une participation minimale aux affaires le'gislatives. De plus, des quotas leur sont attribue's dans les services gouvernementaux a` tous les niveaux. Nous encourageons par tous les moyens l'e'ducation des filles. Le Gouvernement a lance' des projets novateurs pour augmenter leur taux de scolarisation. Parmi ces initiatives, le programme "Nourrir pour e'duquer" a e'te' particulie`rement efficace. Dans le cadre d'un autre programme, des bourses sont accorde'es aux e'tudiantes jusqu'a` la classe de seconde. A` l'heure actuelle, dans de nombreuses parties du pays, les e'coles comptent davantage de filles que de garc'ons. Des observateurs impartiaux ont loue' les progre`s que nous avons e'galement re'alise's dans le domaine de la sante'. Les services de sante' sont devenus beaucoup plus accessibles. L'espe'rance de vie des femmes est passe'e de 54 ans en 1985 a` 57 ans en 1994. Les taux de mortalite' infantile ont e'te' re'duits. Les femmes ont e'te' les premie`res be'ne'ficiaires de la baisse de la croissance de'mographique, dont le taux est tombe' de 2,35 % en 1985 a` 1,9 % en 1994. L'un des progre`s les plus marquants est l'augmentation substantielle du nombre des travailleuses tant dans les villes que dans les campagnes. Pre`s d'un million de femmes sont aujourd'hui employe'es dans la seule industrie de la confection. La politique du Gouvernement consistant a` accorder des cre'dits sans exiger de garantie s'est ave're'e payante. On estime a` plus de 6 millions le nombre de femmes ayant monte' de petites entreprises de production ou exerc'ant des activite's lucratives dans les zones rurales. Le Gouvernement n'a pas e'te' seul a` lancer de nombreux programmes novateurs d'autonomisation, d'e'mancipation et d'emploi des femmes. Des initiatives prive'es et non gouvernementales sont venues s'ajouter a` ses efforts. Bon nombre des organismes en question, notamment la Banque Grameen, comptent a` leur actif des re'alisations remarquables. Les sept pays de l'Asie du Sud, re'unis dans le cadre de l'Association sud-asiatique de coope'ration re'gionale (ASACR), ont accorde' la priorite' absolue aux questions concernant les femmes. A` cet e'gard, je tiens a` mentionner la de'claration de l'Association qui a proclame' les anne'es 1991- 2000 De'cennie de la petite fille, et l'objectif que l'Association s'est fixe' d'e'liminer la pauvrete' absolue, si possible avant l'an 2002. Le fait que trois des sept pays membres de l'Association aient a` leur te^te des femmes de'mocratiquement e'lues donne certainement davantage de sens et de porte'e aux efforts que nous de'ployons. Au Bangladesh, nous nous appre^tons a` prendre les mesures strate'giques qui s'imposent et a` lancer de vastes programmes d'autonomisation des femmes, dans le cadre du plan de 15 ans qui s'ouvre cette anne'e. Ainsi, le Bangladesh n'a jamais cesse' d'appuyer les buts et objectifs des Strate'gies prospectives de Nairobi. Nos re'alisations n'ont peut-e^tre pas toujours e'te' spectaculaires, mais elles te'moignent clairement de notre de'termination a` atteindre ces objectifs. Au mois de de'cembre dernier, un document exposant la position commune des pays de l'Association sud-asiatique de coope'ration re'gionale et contenant cinq recommandations importantes a e'te' adresse' au secre'tariat de la Confe'rence. Plus re'cemment, au mois de juillet, l'Association a tenu a` Dhaka une re'union ministe'rielle sur les femmes. La re'solution adopte'e a` cette re'union met l'accent sur les e'le'ments ci-apre`s : þ E'limination de la pauvrete' chez les femmes; þ Survie, protection et de'veloppement de la petite fille; þ Adoption de mesures visant a` lutter contre la violence a` l'e'gard des femmes, notamment la traite des femmes et des enfants; þ E'galite' d'acce`s a` l'e'ducation pour les femmes; þ E'galite' d'acce`s aux soins de sante' et a` la nutrition pour les femmes. A` mon sens, ces recommandations vont bien au-dela` du cadre de l'Association et nous espe'rons qu'elles seront prises en compte dans le Programme d'action qui sera adopte' a` Beijing. Nous devrions de me^me mettre a` profit les re'sultats d'autres re'unions re'gionales et internationales qui se sont tenues re'cemment et dont les travaux peuvent nous e^tre d'une immense utilite'. Le Programme d'action devra insister sur les valeurs religieuses, culturelles et sociales qui sont essentielles au renforcement des liens familiaux ainsi que de la paix et de la stabilite' sociales. Qu'il me soit permis ici de faire observer que les enseignements et les pre'ceptes de l'Islam pourraient apporter une contribution pre'cieuse a` la re'alisation de nos objectifs communs que sont l'e'galite', le de'veloppement et la paix. Notre vision de l'avenir ne doit pas e^tre celle d'un ide'al, mais celle d'un monde de justice; nous ne devons pas rechercher l'impossible, mais faire preuve de re'alisme. Cette vision deviendra re'alite', non pas seulement parce que nous y sommes fermement re'solus, mais parce que nous agirons en conse'quence. Les initiatives qui seront prises ici a` Beijing auront une porte'e d'autant plus large qu'elles seront ensuite comple'te'es par des mesures concre`tes. Nos objectifs doivent e^tre appuye's par un apport continu de ressources. Le monde de'veloppe' doit donc fournir au monde en de'veloppement les ressources nouvelles supple'mentaires voulues, sous forme de financement, de savoir-faire technique et de transfert de technologies. Il convient d'appliquer avec plus de vigueur les politiques de de'veloppement arre^te'es par les organismes des Nations Unies et d'autres instances internationales. Il convient aussi d'accorder une attention particulie`re au sort des femmes des pays les moins avance's, dont les proble`mes sont d'autant plus grands que les contraintes qu'elles connaissent sont d'ordre structurel. ll nous faut convaincre la communaute' mondiale afin qu'elle renforce les efforts de'ploye's au niveau national par une action internationale. Nous avons la chance de donner la preuve du caracte`re universel de la fraternite' humaine. Saisissons-la. Le Programme d'action qui sera adopte' a` Beijing aura, sans nul doute, un impact conside'rable sur la vie des femmes pour les de'cennies a` venir. Ne'anmoins, a` mon sens, le plus important sera de veiller a` ce qu'il de'bouche sur un me'canisme de suivi qui soit efficace, visible et cre'dible. A` Copenhague, au Sommet mondial pour le de'veloppement social, j'ai avance' trois propositions pre'cises. L'une d'entre elles tendait a` inviter le Secre'taire ge'ne'ral a` sensibiliser tous les organismes des Nations Unies au nouvel agenda pour la coope'ration internationale que nous avons mis en place gra^ce a` une se'rie de confe'rences historiques tenues a` Rio de Janeiro, au Caire, a` Copenhague et maintenant, ici, a` Beijing. S'agissant du suivi de la Confe'rence mondiale de Beijing, j'aimerais avancer trois propositions : Premie`rement, a` la session de l'Assemble'e ge'ne'rale des Nations Unies qui se tiendra plus tard dans l'anne'e, il conviendrait d'envisager en priorite' la cre'ation d'un nouveau poste de secre'taire ge'ne'ral adjoint aux affaires fe'minines. Il va sans dire que ce poste devrait e^tre occupe' par une femme dont la compe'tence aurait e'te' reconnue, qui serait charge'e de coordonner toutes les activite's et programmes relatifs aux femmes, a` l'e'chelle du syste`me des Nations Unies, et plus particulie`rement la mise en oeuvre du Programme d'action de Beijing. Deuxie`mement, il faudrait cre'er une commission des Nations Unies de haut niveau, compose'e exclusivement de femmes bien connues, qui seraient nomme'es a` titre individuel et pourraient provenir de diffe'rents secteurs de la socie'te'. La Commission pre'senterait des propositions et des programmes concrets visant a` faciliter la mise en oeuvre du Programme d'action. Mais, surtout, elle suivrait et e'valuerait les travaux de tous les organismes et institutions des Nations Unies concernant les questions relatives aux femmes. Les femmes e'minentes qui occupent des postes de haut rang dans les organismes des Nations Unies pourraient e'galement e^tre invite'es a` sie'ger a` la Commission a` titre individuel. Troisie`mement, le Secre'taire ge'ne'ral de l'Organisation des Nations Unies pourrait prendre l'initiative d'instituer un prix annuel qui serait de'cerne' a` la femme dont les re'alisations au cours de l'anne'e e'coule'e lui vaudraient le titre de "Femme de l'anne'e". La laure'ate serait de'signe'e par un jury international compose' de personnalite's e'minentes. Le Secre'taire ge'ne'ral pourrait peut-e^tre inviter la Pre'sidente de la Confe'rence de Beijing a` pre'sider le premier jury international. Ces trois propositions s'adressent avant tout a` la communaute' internationale, plus particulie`rement a` des femmes bien connues ayant une vision mondiale. Mais en les examinant, nous ne devrons pas oublier les millions de femmes qui, dans nos pays respectifs, luttent jour et nuit pour ame'liorer la qualite' de leur vie et contribuer, avec leurs modestes moyens, a` l'e'mancipation, au progre`s intellectuel et a` l'autonomisation des femmes. Des prix nationaux pourraient e^tre institue's pour re'compenser ces femmes qui, me^me de manie`re modeste, ont contribue' a` promouvoir la cause de la femme dans leurs pays respectifs. Ce faisant, nous nous efforcerons de ne pas perdre de vue la signification de la Confe'rence mondiale de Beijing sur les femmes, en rendant hommage aux sacrifices et aux contributions d'innombrables ge'ne'rations de femmes avant nous. Nous espe'rons aussi par notre action inciter notre jeunesse et les femmes des ge'ne'rations futures a` envisager l'avenir avec confiance, en ayant conscience de leur valeur, de leur dignite' et de leurs potentialite's. J'e'tais venue a` Beijing avec les plus grandes espe'rances. Je n'en repartirai pas de'c'ue. Au contraire, je rentre plus de'termine'e que jamais a` oeuvrer pour les femmes du Bangladesh, pour l'ame'lioration de leurs conditions de vie, pour leur bonheur et pour leur bien-e^tre. Il est vrai que la ta^che est immense. Mais je sais qu'aujourd'hui, nous avons le monde entier derrie`re nous. Nous nous entraiderons. Nous nous soutiendrons, nous nous encouragerons mutuellement, pour surmonter les difficulte's qui nous attendent. Nous devons re'ussir. Que dis-je, nous allons re'ussir. De'claration de Mme Speciosa Wandira Kazibwe, Vice-Pre'sidente et Ministre ougandaise de la condition fe'minine et du de'veloppement communautaire C'est pour moi un grand honneur de conduire la de'le'gation ougandaise et d'e^tre parmi les premiers orateurs a` prendre la parole a` cette confe'rence tant attendue, cette quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes, qui doit pre'parer l'humanite' a` construire un monde meilleur au XXIe sie`cle, avec tous les de'fis que cela suppose. Je saisis cette occasion pour vous fe'liciter, Madame la Pre'sidente, ainsi que tous les membres du Bureau, d'avoir e'te' choisis pour diriger cette confe'rence me'morable; je suis convaincue que votre expe'rience et votre grande sagesse nous permettront de mener a` bien nos travaux sur tous les points importants inscrits a` l'ordre du jour. Je voudrais e'galement, au nom de ma de'le'gation, remercier since`rement le Gouvernement chinois des efforts qu'il a de'ploye's pour pre'parer cette confe'rence et de l'accueil qu'il nous re'serve depuis notre arrive'e dans ce merveilleux pays. Pour pre'parer la Confe'rence et e'laborer un projet de programme d'action, le secre'tariat de la Confe'rence a du^ abattre un travail conside'rable. Je tiens a` fe'liciter ma soeur, Mme Gertrude Mongella, Secre'taire ge'ne'rale de la Confe'rence, ainsi que son e'quipe, pour leur excellent travail de coordination et d'encadrement. Ma de'le'gation accueille avec satisfaction les initiatives prises au sein du syste`me des Nations Unies en vue de concre'tiser et de syste'matiser l'action en faveur des femmes et se fe'licite que la dynamique ait e'te' entretenue gra^ce a` l'organisation d'une se'rie de manifestations mondiales centre'es sur les pre'occupations des femmes et les questions de de'veloppement. Nous accordons une importance particulie`re a` la Convention sur l'e'limination de toutes les formes de discrimination a` l'e'gard des femmes, qui contient une se'rie de principes auxquels les E'tats Membres sont invite's a` se conformer pour ce qui est des questions relatives a` la condition de la femme, et a` laquelle l'Ouganda a adhe're' sans re'serve. J'espe`re de tout coeur que l'enthousiasme des 20 dernie`res anne'es ne fle'chira pas et que nous poursuivrons sur notre lance'e jusqu'a` ce que l'e'galite', le de'veloppement et la paix soient devenus re'alite'. Les anne'es 90 ont e'te' marque'es par une transformation des relations politiques, e'conomiques, sociales et culturelles qui nous a mis face a` de nouveaux de'fis. Les droits et les responsabilite's des individus et des E'tats dans des domaines d'inte're^t mondial ont e'te' de'finis et rede'finis lors de diverses confe'rences et dans diverses conventions. Les mouvements fe'minins ont joue' et jouent encore un ro^le important en attirant l'attention sur les questions essentielles et en luttant concre`tement pour le renforcement du pouvoir d'action des femmes. Dans tous les de'bats, le message est clair : le de'veloppement humain durable ne sera possible que si l'on s'attaque re'solument au de'se'quilibre qui existe entre les hommes et les femmes. Dans cette optique, les E'tats, les re'gions et la communaute' internationale ont de'ploye' des efforts concerte's pour atteindre les objectifs fixe's en 1985 dans les Strate'gies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme. Depuis pre`s de 10 ans, l'Ouganda s'emploie a` consolider une paix fragile; aujourd'hui, nous nous engageons sur la voie de la de'mocratisation et sommes de'termine's a` prote'ger les droits fondamentaux des e^tres humains, en particulier ceux des femmes. La position de l'Ouganda a` l'e'gard des femmes est claire et positive. Reconnaissant que les femmes e'taient depuis longtemps de'savantage'es, le Gouvernement a adopte' une politique d'action diffe'rentialiste gra^ce a` laquelle l'Ouganda peut aujourd'hui se targuer d'une participation fe'minine record : six femmes occupent des postes de ministres, dont moi-me^me qui occupe celui de Vice-Pre'sidente, et cinq femmes ont e'te' nomme'es juges a` la Cour supre^me. En outre, les femmes repre'sentent 16 % des membres du Parlement et 19 % des membres de l'Assemble'e constituante, qui a dote' notre pays d'une nouvelle Constitution. Dans les administrations locales, une repre'sentation minimale de 30 % est garantie a` chacun des deux sexes. La pre'sence des femmes est essentielle a` la sauvegarde effective de leurs droits. Pour renforcer encore cette mesure, la Constitution charge une commission de l'e'galite' des chances de veiller au respect des lois pre'voyant une action diffe'rentialiste en faveur des femmes et d'autres groupes marginalise's tels que les jeunes et les handicape's. Notre nouvelle Constitution contient les dispositions suivantes, qui garantissent les droits fondamentaux des femmes et la dignite' de la personne humaine : þ Les femmes jouissent de la me^me dignite' que les hommes; þ Les femmes ont droit a` un traitement e'gal a` celui des hommes, et notamment a` des chances e'gales dans les domaines politique, e'conomique et social; þ Les femmes ont droit a` une action diffe'rentialiste destine'e a` corriger les de'se'quilibres issus de l'histoire et des coutumes traditionnelles; þ Les lois, cultures, coutumes et traditions qui vont a` l'encontre de la dignite', du bien-e^tre ou des inte're^ts des femmes ou les infe'riorisent sont anticonstitutionnelles. Dans le domaine de l'enseignement, le Gouvernement ougandais a adopte' des mesures diffe'rentialistes afin d'accroi^tre la repre'sentation des femmes a` l'universite' nationale et dans d'autres e'tablissements d'enseignement supe'rieur. Le pourcentage de femmes inscrites a` l'universite' est ainsi passe' de 25 % a` 33 %, ce qui repre'sente une augmentation sans pre'ce'dent. Dans certains e'tablissements, en particulier les e'tablissements d'enseignement agricole, 50 % des places disponibles sont re'serve'es aux femmes et le resteront jusqu'a` ce que la parite' soit atteinte. Je tiens a` souligner que cette initiative s'inscrit dans le cadre d'un mouvement soutenu qui aboutira a` la pre'sence d'une masse critique de femmes aux postes de responsabilite' et de direction, dans le domaine politique et dans la fonction publique. Nous avons besoin non pas d'un petit nombre de femmes dont le nom restera dans l'histoire, mais bien d'une masse critique qui modifiera la situation a` tous les niveaux. Par ailleurs, au cours de la dernie`re de'cennie, certaines lois discriminatoires a` l'e'gard des femmes, notamment en ce qui concerne le viol et autres actes avilissants, ont e'te' modifie'es. Le Gouvernement ougandais a e'galement pris des mesures visant a` inte'grer les questions relatives a` la condition de la femmes dans l'ensemble des processus de de'veloppement. Cette strate'gie d'inte'gration se poursuit sur deux plans : sur le plan national, gra^ce au plan directeur national concernant la condition de la femme, et sur le plan sectoriel, gra^ce a` une politique sectorielle soucieuse d'e'galite' entre les sexes. A` ces deux niveaux, le Gouvernement e'labore des directives pour le recentrage de la question de la condition de la femme, proce`de a` des examens de politique ge'ne'rale et propose des formations a` l'analyse des distinctions fonde'es sur le sexe. Ces interventions ont pour but de cre'er un cadre qui permette aux structures gouvernementales et a` tous ceux qui participent au de'veloppement d'inte'grer les questions de parite' entre les sexes dans leurs programmes et politiques. L'Ouganda a cre'e' des assemble'es locales compose'es uniquement de femmes. Ces "conseils" permettent aux femmes de s'exprimer et de se mobiliser au niveau de la collectivite', mais aussi jusqu'au niveau national, pour participer aux affaires publiques. Le monde entier attend avec impatience les re'sultats de cette confe'rence; celle-ci, qui a donne' a` la communaute' internationale l'occasion de re'fle'chir sur les succe`s qu'elle a remporte's et les e'checs qu'elle a connus dans ses tentatives pour ame'liorer la condition de la femme, doit aussi tenter d'apporter des solutions. Le ve'ritable travail consiste a` traduire le Programme d'action en mesures concre`tes qui modifieront de fac'on tangible la situation de toutes les femmes, a` tous les niveaux. Nous devons continuer a` "materniser" sur le plan mondial tout en agissant sur le plan local. Le domaine ou` il est le plus pressant d'agir est celui de l'alphabe'tisation fonctionnelle des femmes des pays en de'veloppement. Pour faire disparai^tre l'analphabe'tisme fe'minin, et donner aux femmes les compe'tences ne'cessaires pour survivre dans ce monde de concurrence, nous devons veiller a` ce que les filles rec'oivent un enseignement ade'quat. Nous devons demander que les femmes handicape'es et celles qui appartiennent a` des minorite's ethniques ou religieuses be'ne'ficient de mesures spe'ciales. Toutes ces interventions ont un prix. Les femmes doivent disposer de moyens financiers, mais ceux-ci resteront illusoires tant que nous nous contenterons de micro-projets axe's sur de petits groupes de femmes. Le pouvoir, c'est l'argent. Nul n'ignore qu'aux niveaux international, re'gional et national, la puissance e'conomique est la clef du pouvoir. L'e'mancipation e'conomique des femmes re'tablira l'e'quilibre des forces jusque dans les foyers, et elle pourrait e^tre la recette de la paix. Puisqu'il est clair que le pouvoir de'cisionnel de'coule de la puissance e'conomique, nous devons instituer des me'canismes financiers re'gionaux dont des institutions nationales tireront les ressources ne'cessaires pour financer des projets e'conomiques mene's par des femmes. Pluto^t que de paroles, c'est d'actes dont nous avons besoin. Nous devons cesser de nous bercer d'illusions et de croire que le pouvoir arrive toujours sur un plateau d'argent. Nous ne devons pas sous-estimer le pouvoir politique que confe`re aux femmes le droit de vote. "Eyesitukidde, tanywa matabangufu. Mwene Nkovu, namanha bwesiigha". Pour mettre fin a` nos malheurs, nous devons voter pour des femmes et des hommes compe'tents et soucieux d'e'galite' entre les sexes. Alors, nous pourrons cesser de demander la charite'. De'claration de Mme Nguyen Thi Binh, Vice-Pre'sidente du Viet Nam Je tiens tout d'abord a` dire la joie que j'ai a` me joindre aux milliers de femmes venues a` Beijing dans leur que^te pour l'e'galite', le de'veloppement et la paix. Je salue tout particulie`rement les efforts immenses de'ploye's par la Re'publique populaire de Chine pour rendre possible la tenue de notre importante confe'rence et du vaste forum des organisations non gouvernementales. Je voudrais remercier since`rement le Gouvernement chinois pour son invitation et pour sa chaleureuse hospitalite'. Pour ce dernier rassemblement mondial des femmes du XXe sie`cle, ta^chons ensemble de poser les jalons qui nous me`neront vers un XXIe sie`cle plus pacifique, plus juste et plus prospe`re, et re'pondons a` l'appel des Nations Unies en son cinquantenaire : "Uni(e)s pour un monde meilleur" þ meilleur pour les femmes tout comme pour l'ensemble du genre humain. Mon pays, le Viet Nam, n'est que trop connu pour son odysse'e tumultueuse et douloureuse a` travers les de'cennies de guerres qui ont ravage' notre terre de'ja` pauvre et laisse' des millions de veuves, d'orphelins, d'invalides et de disparus. Au sein de leur peuple, les femmes du Viet Nam ont e'te' forge'es au creuset d'apre`s-e'preuves et de multiples vicissitudes qui ont cristallise' leur exceptionnelle capacite' d'endurance et de perse've'rance, leur aptitude a` survivre et perdurer dans toute leur identite' a` travers les tempe^tes, tels les bambous du Viet Nam, qui se courbent sous le vent mais ne cassent pas et se redressent ensuite, droits et fiers comme avant. On ne saurait toutefois expliquer ce que nous avons fait dans le passe', aux co^te's de nos hommes et avec eux, sans souligner l'autre force que les femmes du Viet Nam ont puise'e de leur passe' singulier, a` savoir une remarquable aptitude a` prendre en main leurs propres destine'es, a` faire preuve d'initiative et de cre'ativite' en toutes circonstances, me^me les plus difficiles. Mais les observateurs s'accordent a` reconnai^tre que le peuple vietnamien, hommes et femmes, tout en restant solidement amarre' a` son passe', se tourne surtout vers l'avenir. Aujourd'hui, les femmes du Viet Nam s'attellent a` la ta^che pour assurer le redressement et le de'veloppement de leur pays. Elles mettent au service de cette oeuvre les deux qualite's majeures dont elles avaient de'ja` fait montre du temps de la guerre, a` savoir l'endurance et la perse've'rance ainsi que la de'termination de ba^tir leur propre destin. Aussi sont-elles partie prenante et agent actif du processus de re'forme et de renouveau qui permet au Viet Nam de surmonter pas a` pas les se'quelles de la guerre et de sortir progressivement de son e'tat de pauvrete' pour s'inte'grer au monde exte'rieur. Je tiens ne'anmoins a` exprimer ma conviction, tire'e de mon expe'rience de Ministre de l'e'ducation et de la formation, et corrobore'e par de nombreuses confe'rences et symposiums et diverses e'tudes et enque^tes au niveau national tout comme re'gional et international, que ces deux atouts de la femme vietnamienne ne peuvent e^tre totalement mis en valeur sans le catalyseur puissant et multiplicateur de l'e'ducation. Il nous faut donc miser sur l'e'ducation des femmes et surtout des filles. Je suis intimement persuade'e que les femmes du Viet Nam, une fois dote'es du savoir et du savoir-faire, se placeront d'elles-me^mes au coeur du de'veloppement socio- e'conomique de leur pays et seront a` me^me de contribuer fie`rement, au sein de leur nation, a` ba^tir des lendemains qui chantent pour le Viet Nam. Telles sont quelques re'flexions, venues du coeur, que je voulais partager avec vous. Je voudrais e'galement saisir cette heureuse occasion pour re'ite'rer aux ami(e)s d'hier et d'aujourd'hui la since`re gratitude du peuple et des femmes du Viet Nam pour leur amitie', leur soutien et leur assistance. Annexe III ALLOCUTIONS DE CLO^TURE Discours de Boutros Boutros-Ghali, Secre'taire ge'ne'ral de l'Organisation des Nations Unies* Bien que je ne puisse e^tre parmi vous aujourd'hui, j'ai suivi avec la plus grande attention le de'roulement des travaux de la Confe'rence. De New York, ou` je me trouve, je vous adresse a` tous þ de'le'gue's, repre'sentants d'organisations non gouvernementales et fonctionnaires du Secre'tariat þ toutes mes fe'licitations. La Re'publique populaire de Chine me'rite notre gratitude a` tous. Elle a accueilli l'une des plus grandes confe'rences qui aient jamais eu lieu dans le monde, avec quelque 17 000 participants, dont 6 000 de'le'gue's de 189 pays, plus de 4 000 repre'sentants d'organisations non gouvernementales accre'dite'es, un tre`s grand nombre de fonctionnaires internationaux et environ 4 000 journalistes. Plus de 30 000 personnes ont e'galement participe' au Forum des ONG. Merci a` la Chine d'avoir accueilli le monde entier. Mes remerciements vont tout particulie`rement a` la Pre'sidente de la Confe'rence, Mme Chen Muhua. Chacune de mes rencontres avec Mme Chen, au Caire puis a` Beijing, a renforce' mon admiration pour son efficacite' tranquille et son aptitude a` re'soudre les proble`mes avant me^me qu'ils ne se posent. Madame, vous e^tes le mode`le de la femme e'nergique et de'voue'e a` la cause, gra^ce a` laquelle la Confe'rence jouira d'un succe`s et d'une influence durables. Je remercie la Secre'taire ge'ne'rale de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes, Mme Gertrude Mongella, qui en a e'te' la force vive. Durant les journe'es difficiles des re'unions pre'paratoires, ainsi qu'au cours des ne'gociations avec les de'le'gations des divers pays, Mme Mongella, gra^ce a` son attachement a` la cause des femmes et a` son expe'rience de ne'gociatrice, a fait en sorte que le monde soit a` l'e'coute de Beijing. Je suis convaincu qu'elle ne cessera d'e^tre de'voue'e a` cette cause alors qu'il va maintenant falloir appliquer les de'cisions adopte'es a` Beijing. L'e'lan acquis a` Beijing doit maintenant se traduire en actes concrets. Nous devons tous veiller a` ce que les de'cisions adopte'es ici changent le monde. Les engagements pris a` Beijing ne sont pas seulement le re'sultat de ne'gociations diplomatiques. Ils sont e'taye's par la puissance et l'organisation du mouvement fe'minin. Tout l'ensemble de confe'rences et de sommets mondiaux a e'te' modele' par l'influence croissante, la passion et la conviction intellectuelle de ce mouvement. A` Rio, a` Vienne, au Caire et a` Copenhague, l'accent a e'te' mis sur l'importance des questions lie'es a` l'ame'lioration de la condition de la femme. Chacune de ces confe'rences mondiales a permis de reconnai^tre, avec une force accrue : þ Que les femmes jouent un ro^le crucial dans le de'veloppement durable et la protection de l'environnement; þ Que les droits fondamentaux de la femme font partie inte'grante des droits universels et qu'ils en constituent un e'le'ment inalie'nable et indivisible; þ Que la violence contre les femmes est une violation intole'rable de ces droits; þ Que les services de sante', les soins maternels et la planification familiale, ainsi que l'acce`s a` l'e'ducation et a` l'information, sont essentiels pour que les femmes exercent leurs droits fondamentaux. Le mouvement fe'minin a dans l'Organisation des Nations Unies un allie' inde'fectible. Depuis l'appel a` la pleine e'galite' des hommes et des femmes lance' dans la Charte, l'Organisation s'est associe'e a` ce mouvement pour atteindre l'objectif fixe' par ses fondateurs. La Commission de la condition de la femme a e'te' l'un des premiers organes cre'e's par l'Organisation apre`s sa fondation. Ces 20 dernie`res anne'es, les confe'rences mondiales sur les femmes qui se sont tenues a` Mexico, a` Copenhague et a` Nairobi ont contribue' au renforcement progressif du ro^le de la femme dans les domaines juridique, e'conomique, social et politique. En 1979, l'Assemble'e ge'ne'rale a adopte' la Convention sur l'e'limination de toutes les formes de discrimination a` l'e'gard des femmes, qui a marque' une e'tape de'cisive. Le mouvement vers l'e'galite' des sexes dans le monde entier a constitue' l'un des e've'nements cruciaux de notre e'poque. Je suis fier et honore' que l'Organisation des Nations Unies en ait fait partie. Malgre' les progre`s accomplis, il reste toutefois e'norme'ment a` faire. Bien que les femmes aient sensiblement avance' dans bien des socie'te's, leurs pre'occupations sont encore presque partout rele'gue'es au second plan. Les femmes se heurtent a` la discrimination et a` la marginalisation d'une manie`re aussi bien flagrante que de'tourne'e. Elles ne rec'oivent pas une part e'gale des fruits de la production. Elles constituent 70 % des pauvres de la plane`te. A` l'entre'e du Forum des ONG a` Huairou, une inscription nous engage a` "regarder le monde avec les yeux des femmes". Durant ces deux dernie`res semaines, c'est ce que le monde a fait. Nous avons vu que, malgre' les progre`s accomplis depuis la premie`re Confe'rence mondiale sur les femmes, il y a 20 ans, les femmes et les hommes continuent de vivre dans l'ine'galite'. Des disparite's entre les sexes et des ine'galite's inacceptables persistent dans tous les pays. En 1995, il n'existe dans le monde aucun pays ou` les hommes et les femmes jouissent de l'e'galite' comple`te. Le message de la Confe'rence est que les proble`mes des femmes sont universels. Des attitudes et des pratiques profonde'ment ancre'es perpe'tuent l'ine'galite' et la discrimination a` l'e'gard des femmes, dans la vie publique comme dans la vie prive'e, chaque jour et partout dans le monde. En me^me temps, un consensus s'est de'gage' sur le fait que l'e'galite' des chances pour tous est essentielle pour e'difier des socie'te's justes et de'mocratiques au XXIe sie`cle. Les liens fondamentaux entre les trois objectifs de la Confe'rence þ e'galite', de'veloppement et paix þ sont maintenant reconnus par tous. Le Programme d'action est ne' d'un processus pre'paratoire qui n'a pas d'e'gal dans l'histoire du point de vue de l'effort participatif et de l'absence d'exclusive. Jamais auparavant autant de femmes, repre'sentant aussi bien les gouvernements que les organisations non gouvernementales, ne se sont rassemble'es pour mettre en commun leur expe'rience et de'finir le chemin a` suivre. C'est a` l'ONU que nous devons d'avoir fait de l'e'galite' des sexes une priorite' de la communaute' internationale. Ce sont les femmes du monde entier qui ont e'te' la force motrice de son action. Le Programme d'action est un plan de travail qui contribuera puissamment a` la responsabilisation des femmes. Il demande que l'on tienne compte des sexospe'cificite's dans tous les programmes et politiques et porte essentiellement sur les mesures concre`tes a` prendre pour s'attaquer aux questions qui pre'occupent le monde entier. Il doit nous servir de guide et de point de re'fe'rence constant. Je demande donc qu'il soit largement diffuse' sur les plans mondial, re'gional et local. Il faut suivre activement la re'alisation des buts et objectifs fixe's et l'application des mesures pre'vues. C'est un instrument qu'il faudra encore renforcer, au besoin, pour prendre en compte les faits nouveaux au fur et a` mesure qu'ils apparaissent. Le Programme d'action appelle a` mener une action concre`te, apre`s la Confe'rence de Beijing : þ Pour prote'ger et promouvoir les droits fondamentaux des femmes et des petites filles, qui font partie inte'grante des droits de l'homme universels; þ Pour e'liminer le fardeau persistant, et me^me croissant, de la pauvrete' qui pe`se sur les femmes; þ Pour supprimer les obstacles qui s'opposent a` la pleine participation des femmes a` la vie publique et a` la prise de de'cisions a` tous les niveaux, y compris au sein de la famille; þ Pour e'liminer toutes les formes de violence contre les femmes; þ Pour veiller a` ce que les petites filles et les femmes aient les me^mes possibilite's d'acce`s a` l'e'ducation et aux services de sante'; þ Pour promouvoir l'autonomie e'conomique des femmes et faire en sorte qu'elles aient acce`s aux ressources productives; et þ Pour encourager un partage e'quitable des responsabilite's familiales. Le Programme d'action confie de lourdes responsabilite's aux organismes des Nations Unies. Il leur demande de jouer un ro^le clef de suivi, d'exe'cution et de contro^le. Il exige par la` me^me des Nations Unies qu'elles s'engagent et qu'elles mobilisent leurs capacite's. En tant que Secre'taire ge'ne'ral, c'est la` un de'fi que je rele`ve. Je veillerai a` ce que les recommandations qui me sont adresse'es soient applique'es rapidement et efficacement. J'entends que l'Organisation tienne compte des sexospe'cificite's dans tous les aspects de ses travaux. Je m'emploierai avec mes colle`gues, les chefs de secre'tariat des institutions spe'cialise'es et des programmes et fonds des Nations Unies, a` mener une action coordonne'e a` l'e'chelle du syste`me, qui inte`gre le suivi de cette confe'rence a` celui d'autres confe'rences mondiales. Je tiendrai en outre les E'tats Membres re'gulie`rement informe's des progre`s re'alise's. Les chefs de secre'tariat des organismes des Nations Unies ont exprime' leur volonte' de faire de la promotion de la femme au sein des secre'tariats du syste`me une priorite' de leur politique. Ils se sont tous engage's a` mettre au point des politiques et des me'canismes de contro^le pre'cis pour ame'liorer la situation des femmes et, plus particulie`rement, pour accroi^tre le nombre de femmes occupant des postes de responsabilite' et de de'cision. Le syste`me des Nations Unies s'active de'ja` sur un grand nombre de fronts qui seront d'une importance critique pour l'exe'cution du Programme d'action. Renverser la tendance a` la fe'minisation de la pauvrete', e'lever le niveau d'e'ducation et de sante' des femmes et des filles, accroi^tre la protection juridique des femmes au foyer, mieux prote'ger les femmes en temps de guerre, voila` nos priorite's! Je demande a` tous les gouvernements qui ne l'ont pas encore fait d'adhe'rer aux instruments des Nations Unies relatifs aux droits de l'homme ainsi qu'aux conventions collectives, en particulier la Convention sur l'e'limination de la discrimination a` l'e'gard des femmes et la Convention sur les droits de l'enfant, ou de ratifier ces instruments. En conclusion, je dirai un mot des institutions de la socie'te' civile qui ont joue' un si grand ro^le dans la pre'paration de cette confe'rence. Depuis que j'ai pris mes fonctions de Secre'taire ge'ne'ral, j'ai souvent parle' de l'e'volution de la socie'te' civile et de son importance pour le progre`s e'conomique, culturel et de'mocratique. En instituant des me'canismes plus efficaces pour assurer un partenariat entre les gouvernements et la socie'te' civile, on contribuera nettement a` l'application des politiques et des mesures pre'vues dans le Programme d'action. Les Nations Unies intensifieront les relations de travail et les liens e'troits qu'elles ont de'ja` sur les plans mondial et national avec la communaute' des ONG. Elles seront pre^tes a` e'pauler les gouvernements dans leurs efforts pour appuyer et renforcer les institutions de la socie'te' civile. Dans quelques semaines, les dirigeants du monde entier se re'uniront au Sie`ge de l'Organisation des Nations Unies pour un sommet des chefs d'E'tat et de gouvernement. C'est la` qu'ils ce'le'breront le cinquantie`me anniversaire de la fondation de l'Organisation des Nations Unies. Alors que le monde marque cet anniversaire, oeuvrons ensemble a` faire une re'alite' de l'e'galite' de droits entre les hommes et les femmes proclame'e dans la Charte. Oeuvrons ensemble a` appliquer le Programme d'action adopte' ici a` Beijing. Proclamons-le a` la face du monde þ et avec fierte' : la responsabilisation des femmes est aussi la responsabilisation de l'humanite' tout entie`re! * Prononce' au nom du Secre'taire ge'ne'ral par son Repre'sentant spe'cial. De'claration de Mme Gertrude Mongella, Secre'taire ge'ne'rale de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes Le moment e'tant venu pour moi de prendre la parole une dernie`re fois a` l'issue des de'bats de cette confe'rence, la plus extraordinaire de toutes les confe'rences mondiales des Nations Unies, je ne puis m'empe^cher de pousser un profond soupir de soulagement. Soulagement, non pas de ce que les nombreuses re'unions, consultations et manifestations lie'es a` la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes soient officiellement closes, mais soulagement et bonheur d'avoir re'ussi þ car nous avons re'ussi! Nous sommes arrive's a` transcender les complexite's de l'histoire et des cultures comme des disparite's et diversite's socio-e'conomiques; nous avons entretenu le feu de notre vision et de notre ambition communes : e'galite', de'veloppement et paix. Dans un certain nombre de domaines, nous avons conside'rablement e'largi les horizons des confe'rences pre'ce'dentes. Enfin, nous avons re'ussi a` mettre au point un document de consensus þ le Plan d'action þ, et ce gra^ce au dur travail, a` l'esprit de coope'ration, au de'vouement et a` la de'termination des gouvernements et autres groupes repre'sente's ici. C'est un sentiment merveilleux. Je suis su^re que nous savourons tous ce moment, pour lequel nous avons tous oeuvre' assidu^ment a` tous les niveaux. Nous avons tous apporte' notre contribution afin de pouvoir ce'le'brer ensemble aujourd'hui notre succe`s commun dans le me^me esprit de solidarite' qui a guide' nos activite's et nos de'cisions jusques et y compris la Confe'rence de Beijing. Chacun d'entre nous sans exception a contribue' de son temps, de son e'nergie et de sa vision a` l'effort qui nous a permis a` tous d'arriver a` ce point critique de l'histoire de l'humanite'. Je vous remercie tous since`rement. Je ne trouve pas les mots qui conviennent pour remercier nos ho^tes, le Gouvernement et le peuple chinois, de l'infrastructure mate'rielle qu'ils ont mise a` notre disposition, de l'appui moral et amical qu'ils nous ont prodigue' afin que nous nous sentions chez nous ici, des efforts inlassables qu'ils ont de'ploye's afin d'assurer notre se'curite' et notre protection et enfin des nombreux divertissements et manifestations spectaculaires organise's a` l'intention des participants tant au Forum d'ONG qu'a` la Confe'rence. Merci. Nous en sommes particulie`rement reconnaissants au Comite' chinois d'organisation et a` la Fe'de'ration des femmes de Chine ainsi qu'a` tous les volontaires, qui se sont employe's avec de'vouement a` assurer l'harmonieuse coordination de tous les arrangements pre'paratoires. Le Forum d'ONG sur les femmes qui s'est tenu du 30 aou^t au 8 septembre 1995 pour amener hommes et femmes a` contester ensemble les structures et processus mondiaux a` tous les niveaux, a` les transformer et a` en cre'er de nouveaux par l'e'mancipation et la ce'le'bration des femmes, a rassemble' plus de 25 000 femmes, hommes et jeunes qui ont examine' dans le cadre d'ateliers, de colloques et d'autres consultations divers aspects des domaines d'inte're^t touchant la vie me^me des femmes. Certains de ces de'bats ont e'te' anime's, ce qui te'moigne des divergences de vues qui s'y sont fait jour et de la difficulte' de parvenir a` un consensus. Mais avons- nous connaissance d'une seule confe'rence ou` l'on n'ait pas observe' ces de'bats passionne's? La ce'le'bration du travail de la femme sous tous ses aspects qui s'est de'roule'e a` Huairou a aide' a` resserrer les liens et la coordination entre les femmes des quatre coins de la plane`te. Je remercie les organisateurs du Forum d'ONG de 1995 de leur dynamisme, de leur de'vouement et de leur appui. Je remercie le Secre'taire ge'ne'ral, M. Boutros Boutros-Ghali, qui nous a rejoints de`s les tout premiers de'buts, de son appui et de la confiance qu'il a place'e en moi. Je le remercie aussi de s'e^tre engage' a` prendre les mesures de suivi ne'cessaires afin de re'pondre aux aspirations de tant de femmes þ et d'avoir donne' suite a` cet engagement. Je saisis e'galement cette occasion pour remercier since`rement de leur appui inde'fectible tous les membres du Secre'tariat de l'Organisation des Nations Unies ainsi que leurs colle`gues d'autres institutions, organisations et organismes des Nations Unies, trop nombreux pour qu'on les e'nume`re ici. Sans le dur labeur qu'ils ont accompli tout au long du processus pre'paratoire comme a` Beijing me^me, la Confe'rence ne se serait pas de'roule'e d'une manie`re aussi ordonne'e. Je remercie et be'nis les jeunes, qui sont reste's a` nos co^te's tout au long de ce processus. C'est vous qui nous ferez aller de l'avant, gra^ce a` votre cre'ativite', votre courage, votre e'nergie et votre vision de l'avenir. En effet, comme je l'ai de'ja` dit, l'avenir est aux jeunes, ce qui leur donne un droit de regard sur les de'cisions prises a` Beijing. C'est donc sur eux que nous nous appuierons pour continuer la re'volution! Nous avons de'sormais notre plan d'action, qui devrait nous permettre de re'aliser les changements attendus de nous. Nous devons beaucoup a` Mme Chen Muhua, Pre'sidente de la Confe'rence, qui en a conduit les travaux avec compe'tence; a` Mme Patricia Licuanan, Pre'sidente de la Grande Commission; a` Mme Obaapanyin Nana Ama Yeboaa, Pre'sidente du Groupe de travail I; a` Mme Ire`ne Freuedesnchuss-Reichl, Pre'sidente du Groupe de travail II, ainsi qu'a` tous ceux dont les efforts ont facilite' le processus d'adoption de ce plan d'action. Nous sommes de'sormais dote's des mandats que nous avions travaille' a` obtenir : ces mandats nous fondent a` exiger le changement. On ne peut pas admettre que notre plan d'action, qui repre'sente un consensus mondial en faveur du changement social, soit a` pre'sent mis au placard pour y prendre la poussie`re. La quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes est close, mais le ve'ritable travail, celui qui consiste a` transformer les paroles en actes, ne fait que commencer. Puisse l'esprit d'organisation et de quantification des objectifs qui a marque' la phase pre'paratoire de cette confe'rence devenir l'e'nergie qui en acce'le'rera la mise en oeuvre. Puisse-t-on de'sormais tirer parti de la diversite' des femmes pour en faire les plus grandes propagatrices de la prospe'rite' pluto^t que les plus grandes victimes de la pauvrete'. Nous avons fait un pas en avant de'cisif, irre'versible; le point de non retour est atteint. Les fibres qui permettront de tisser un meilleur monde pour l'humanite' sont la`; agissons donc, et agissons maintenant. Si je ne veux pas me'sestimer les proble`mes dont risque de s'accompagner l'application du plan d'action, je crois fermement que si nous apportons tous notre pierre, si petite soit-elle, a` l'e'difice nous re'ussirons a` rendre possible me^me l'impossible. En effet, comme le disent nos ho^tes chinois, un voyage de plusieurs milliers de kilome`tres commence par un seul pas. Ce voyage ne se fera cependant pas sur de grandes autoroutes, a` toute vitesse : il nous emme`nera sans doute a` travers mers et lacs, par monts et par vaux; il nous faudra de nombreuses anne'es de pe'nible labeur et de sacrifices pour arriver au but. Peut-e^tre devrons-nous nous reposer un peu en chemin lorsque les choses deviendront difficiles, afin de reconstituer nos forces et de nous re'orienter. La justice sociale exige que nous avancions. Me^me si nous nous e'cartons quelque peu de notre route, rien ne pourra renverser le cours de la re'volution sociale amorce'e. Que Beijing soit le premier pas sur les milliers de kilome`tres qu'il nous reste a` parcourir pour parvenir a` une ve'ritable e'galite', un ve'ritable de'veloppement et une ve'ritable paix dans le monde. Que Beijing nous serve de tremplin pour lancer notre croisade mondiale. Engageons-nous tous, comme nous n'avons cesse' de le faire tout au long de ce processus, a` apporter l'esprit et les espoirs de Beijing a` toutes les femmes, a` tous les hommes et a` tous les jeunes de nos hameaux, villages, villes et cite's, dans tous les pays du monde. Diffusez le plan d'action lorsque vous retournerez chez vous, dans votre pays, et faites passer d'une voix forte le message : agissons maintenant. Le monde a les yeux sur nous. Le monde nous tiendra comptable de ce qu'il sera advenu des bonnes intentions et des de'cisions formule'es a` Beijing. Je vous commande donc de reformer les rangs, de vous armer de de'termination et de vous mettre en marche. Veillons a` porter au-dela` de Beijing le flambeau qui a e'te' allume' a` Mexico et ranime' a` Copenhague et Nairobi. Nul doute que nous parviendront a` destination! De'claration de Mme Gro Harlem Brundtland, Premier Ministre de Norve`ge Nous nous retrouvons ici a` l'appel des milliards de femmes qui ont de'ja` ve'cu et des milliards de femmes qui vivront encore. Ce qu'il faut maintenant, c'est que la mare'e s'inverse : les femmes n'accepteront plus le ro^le de citoyen de deuxie`me classe. Notre ge'ne'ration doit re'pondre a` cet appel. Certes, nous avons de'ja` progresse'. Mais nous ne pouvons prendre encore la pleine mesure de notre succe`s. Celui-ci de'pendra de notre volonte' collective d'accomplir les promesses que nous avons faites. Les ide'es exprime'es ici þ et ce que le monde en aura appris þ fac'onneront de manie`re irre'vocable l'opinion mondiale. On ne pourra passer sous silence l'e'pisode de Beijing. Mais que retiendront les me'moires? Le ze`le se'curitaire? La poigne des policiers? Les visas refuse's? Oui, sans doute, mais de telles pratiques ne seront et ne pourront plus durer longtemps. Faisons aujourd'hui le compte de nos victoires strate'giques, et non de nos de'faites tactiques. Ce que nous avons re'ussi a` accomplir, c'est la libe'ration de la vie des jeunes filles et des femmes. Il nous faut maintenant poursuivre. L'histoire des luttes de libe'ration nous enseigne que la vie, la liberte', l'e'galite' et l'espe'rance de l'avenir n'ont jamais e'te' donne'es en cadeau. Elles ont toujours e'te' conquises. Nous ne pouvons entretenir l'illusion que quelqu'un d'autre fera le ne'cessaire et instaurera l'e'galite' entre les hommes et les femmes. Les femmes, et les hommes qui collaborent avec elles, ceux qui ont compris, doivent lutter ensemble pour cette liberte'. Nous savons aujourd'hui que l'apport des femmes a` l'e'conomie est une part de'cisive de la croissance et du de'veloppement social. Nous savons que certains pays stagneront dans la pauvrete' si les femmes restent sous le joug de l'oppression. Nous savons combien il en cou^te de maintenir un apartheid des sexes. Il n'y a pas aujourd'hui un seul pays dans le monde, pas un seul, ou` les femmes et les hommes aient des chances e'gales d'e'panouissement. C'est pourquoi nous devons quitter Beijing et retourner dans les bidonvilles des me'gapoles du tiers monde, aller chez les paysans aux marches des de'serts africains et dans les villages indiens des fore^ts d'Ame'rique latine, rentrer chez nous pour y faire e'voluer les valeurs et les attitudes. Mais il faudra aussi aller ailleurs : dans les conseils d'administration, dans les banlieues aise'es d'Europe et d'Ame'rique du Nord, dans toutes les bourgades de chez nous, dans les cabinets de nos gouvernements, au Sie`ge de l'ONU. C'est la` qu'il faut que les choses changent. Au Nord comme au Sud. Que faut-il faire pour re'pondre aux espoirs et aux aspirations des ge'ne'rations actuelles et des ge'ne'rations a` venir? Non seulement les femmes doivent devenir e'gales et libres de faire les choix qui de'terminent leur propre vie, non seulement elles doivent avoir le droit, le droit formel et garanti, de fac'onner elles aussi leur socie'te', mais elles doivent encore, et bien davantage, exercer ce droit. Le pouvoir des femmes est une force conside'rable. Les valeurs fe'minines sont une richesse conside'rable. Il faut des femmes a` tous les niveaux de l'administration et du gouvernement, dans les collectivite's locales comme dans les instances nationales. Nous savons tous qu'il ne suffit pas que les femmes aient de l'expe'rience, qu'il faut aussi qu'elles soient e'duque'es, mais nous sommes encore loin d'un monde ou` cette certitude pourrait servir a` quelque chose. Je ne prendrai qu'un exemple dans le domaine politique : il y a dans le monde des cabinets, des gouvernements, des parlements ou` les femmes sont rares ou me^me totalement absentes. Une telle situation ne doit pas, ne peut pas durer davantage. Et si l'e'volution vers une repre'sentation politique plus proche des re'alite's est trop lente, c'est un effort de'libe're' de rattrapage qui obtiendra des re'sultats. Il l'a fait en Scandinavie. Quand je suis devenue Premier Ministre, il y a 15 ans, cela a e'te' pour beaucoup de Norve'giens un ve'ritable choc culturel. Aujourd'hui, on entend des enfants de 4 ans demander a` leur me`re : "Est-ce qu'un homme peut aussi devenir Premier Ministre?" Nous sommes en voie d'adopter un programme ge'ne'ral d'action. Tous les e'le'ments qu'il comporte seront de conse'quence pour le changement. Mais permettez-moi d'e'voquer quelques-uns de ses axes les plus importants. Nous pensons toutes que l'e'ducation des femmes est indispensable. Le Rapport sur le de'veloppement humain de cette anne'e le de'clare sans ambages : les dividendes e'conomiques de l'investissement dans l'e'ducation des femmes se comparent tout a` fait a` ceux de l'e'ducation des hommes. Mais le rendement social de l'e'ducation des femmes est bien supe'rieur a` celui de l'e'ducation des hommes. La scolarisation des jeunes filles est une clef du de'veloppement. Nous avons eu un de'bat difficile sur le point de savoir comment la Confe'rence devait de'finir les droits fondamentaux de la femme. Comme s'il pouvait y avoir une se'rie de droits fondamentaux pour l'homme et une autre, plus restreinte, pour la femme. J'ai me^me entendu cette re'flexion de la part d'un pays que je ne nommerai pas : "En fait, l'Occident cherche a` imposer son mode`le culturel comme mode`le international". C'est faux : aujourd'hui, la plupart des pays de'fendent avec force leur propre culture; et l'on respecte, et l'on comprend mieux que jamais, la valeur des autres cultures et des autres religions. Mais la ve'ritable question n'est pas la`. Il y a des limites aux pratiques que les pays peuvent espe'rer voir accepter, ou approuver, par la communaute' internationale, me^me lorsque ces pratiques ont de profondes racines culturelles. C'est la` qu'interviennent les droits de l'homme. La violence contre les femmes, y compris la violence au foyer, peut e^tre conside're'e comme faisant partie du "mode`le culturel" de beaucoup de pays, le mien compris. Nous recevons beaucoup trop de dossiers atterrants sur les femmes battues. Il est clair que la violence et la coercition doivent aussi disparai^tre de la sphe`re de la vie conjugale. C'est a` juste titre que notre confe'rence a bien mis en lumie`re ce que les droits de l'homme, tels qu'ils existent de'ja`, devaient signifier sur le plan pratique. L'E'tat se transforme en complice si la violence dont les femmes font l'objet n'est conside're'e que comme une cate'gorie culturelle particulie`re, qui n'est donc du ressort ni de la justice ni la loi. Il y a des taches rouges sur la carte mondiale des filles maltraite'es. Car la mutilation ge'nitale n'est pas autre chose que des mauvais traitements. Elle ne devient pas sacro-sainte, elle ne transcende pas le politique du simple fait qu'on peut pre'tendre la ramener a` un "mode`le culturel". Nous ne connaissons que trop la discrimination terrible dont les filles font l'objet, me^me avant leur naissance. Nous n'en voulons pour preuves que l'illustration tragique que l'on qualifie en termes voile's de "se'lection sexuelle pre'natale", et que la ne'gligence dont meurent les filles nouveau-ne'es. Ces pratiques ont souvent des racines anciennes. Mais elles sont le fait de gens qui vivent aujourd'hui. Pourquoi y a-t-il dans certains pays un nombre de garc'ons si e'tonnamment supe'rieur a` celui des filles? La question ne met peut-e^tre pas tre`s a` l'aise les pouvoirs publics qui n'encouragent pas de tels crimes. Mais nous serons tous coupables si nous fermons les yeux. Pourquoi la petite fille rec'oit-elle une alimentation moins abondante et moins bonne que ses fre`res? Pourquoi rec'oit-elle moins de soins, va-t-elle moins a` l'e'cole? Pourquoi est-elle soumise a` l'horrible tradition de l'exploitation sexuelle? Des attitudes enracine'es, se'culaires, ne changent pas facilement, mais celles que je viens de mentionner doivent e'voluer. Il faut pour cela une action e'nergique des gouvernements, des groupes religieux et des organisations non gouvernementales et prive'es. L'e'galite' dans la famille est a` l'avantage des hommes comme des femmes et des enfants. Pre'tendre comme on l'a fait que notre confe'rence est contre la maternite' et la famille est tout simplement absurde. Nous savons aujourd'hui que la pauvrete' n'est pas la me^me pour les deux sexes. Et qu'elle fait me^me de plus en plus de diffe'rence entre les hommes et les femmes. Le mythe selon lequel les hommes pourvoient aux besoins e'conomiques et les femmes sont essentiellement des me`res qui s'occupent du me'nage et des enfants est maintenant tre`s largement battu en bre`che. C'est un mode`le familial qui n'a jamais e'te' la norme, si ce n'est dans un certain milieu de la classe moyenne. Les femmes ont toujours travaille', dans toutes les socie'te's et a` toutes les e'poques. En re`gle ge'ne'rale, elles travaillent plus durement que les hommes et, en re`gle ge'ne'rale, elles le font sans salaire ni reconnaissance. Leur apport est indispensable aux e'conomies nationales et aux familles elles-me^mes, ou` elles sont des nourricie`res souvent bien meilleures que les hommes. Selon les statistiques, les socie'te's ont souvent maintenu les femmes dans une situation objective d'e'gale concurrence. Et l'on voit ainsi des femmes qui consacrent des journe'es de 10 a` 12 heures a` l'agriculture de subsistance classe'es "me'nage`res" dans les recensements nationaux. Le fait de ne pas tenir compte de la part des femmes dans l'e'conomie a des effets dommageables encore plus graves. Souvent, les femmes ne peuvent me^me pas obtenir les modestes pre^ts qui leur permettraient d'e^tre inde'pendantes et plus productives. Dans beaucoup de pays, elles n'ont rien, elles n'he'ritent rien, et ne peuvent rien offrir en garantie. Et, brochant sur le tout, la loi souvent se prononce contre elles. Les femmes n'auront pas plus de pouvoir par le simple fait qu'elles l'auront voulu, mais parce que l'on aura change' la loi, fait circuler l'information et re'affecte' les ressources. Les ministres des finances et les ministres de la planification pourront regretter ame`rement leurs me'thodes anciennes devant ce qu'une confe'rence a a` dire sur le ro^le e'conomique des femmes. Libe'rer les femmes du joug de la pauvrete' n'est pas une simple question de justice, c'est une question de croissance e'conomique rationnelle et d'ame'lioration du sort de tous. Il est grand temps que nous introduisions une diffe'renciation sexuelle dans les budgets de l'E'tat et dans ses plans de de'veloppement. Le principe 20/20 est une initiative prometteuse. Elle exige un engagement mutuel, la solidarite' de la communaute' internationale et la prise en charge par les gouvernements de la ne'cessite' d'assurer les services sociaux de base. Il est impossible de re'pondre aux aspirations de nos peuples, ni d'accomplir nos promesses si 20 % au moins des budgets publics ne sont pas affecte's aux services sociaux de base. Et cette proportion de 20 % doit e^tre re'partie en fonction des sexes. Nous avons appris une lec'on a` la Confe'rence internationale sur la population et le de'veloppement qui s'est tenue au Caire en 1994. L'ame'lioration de la condition fe'minine et une planification familiale bien conduite sont les clefs de l'abaissement des taux de fe'condite'. Le dangereux syste`me "trop d'enfants, trop to^t, trop tard et trop souvent" est aussi dangereux pour la survie des be'be's et des enfants. Il n'est pas moral de condamner les femmes a` une vie d'e'puisement et de perpe'tuelle gestation. Si les appels a` la justice en faveur des femmes n'ont pas eu d'e'cho, peut-e^tre la rationalite' e'conomique et la ne'cessite' de'mographique en auront-elles? Nous avons heureusement re'ussi a` endiguer les vagues qui menac'aient le consensus du Caire. Mais ici a` Beijing nous avons fait bien mieux que de'fendre simplement nos re'ussites d'antan. Lorsque j'ai dit au Caire que nous devrions au minimum de'pe'naliser l'acte des femmes qui n'ont pas trouve' d'autre solution que de se faire avorter, j'ai provoque' un tolle'. Je ne comprends pas pourquoi, a` Beijing encore, ceux qui plaident avec tant d'e'loquence en faveur de ce que beaucoup d'entre nous de'sirent þ une socie'te' attentive ou` toute femme peut avoir sans danger ses enfants þ soutiennent avec tant de ve'he'mence qu'une telle de'cision, si tragiquement pe'nible, doit faire l'objet de poursuites. Nous devrions consacrer notre attention a` la souffrance humaine, et non aux re'criminations e'leve'es contre les plus faibles et les plus vulne'rables. Un garc'on et une fille naissent a` chaque seconde dans ce monde disparate et ine'gal. Ils me'ritent l'un et l'autre qu'on les aime et qu'on les entoure d'affection, qu'on leur offre un avenir et l'occasion de le re'aliser. Il n'y a pas de confiance plus profonde et moins d'arrie`re- pense'e que dans le regard d'un nouveau-ne', fille ou garc'on. C'est de ce point de de'part privile'gie' que nous devons partir pour nous rendre dignes de ce qu'il y a dans ces yeux-la`. De'claration de Mme Chen Muhua, Pre'sidente de la quatrie`me Confe'rence sur les femmes Il y a deux semaines, quand j'ai e'te' e'lue a` l'unanimite' a` la pre'sidence de notre confe'rence, j'ai profonde'ment ressenti l'honneur qui m'e'tait fait, mais aussi l'extraordinaire importance des responsabilite's qui m'incombaient. Mais ce que je ressens aujourd'hui, c'est un vif plaisir parce que le travail que nous avons durement mene' ces deux dernie`res semaines et tout ce que nous avons fait ensemble ont permis a` la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes d'e^tre un extraordinaire succe`s, maintenant triomphalement arrive' a` son terme. Les femmes du monde entier ont suivi de tre`s pre`s ce qui se passait a` la Confe'rence et tous les peuples du monde ont place' en elles d'extraordinaires espe'rances. Je pense pouvoir dire que nous ne les aurons pas de'c'us. Le succe`s de la Confe'rence montre que le rele`vement de la condition fe'minine non seulement donne aux femmes de meilleurs moyens de s'exprimer, mais est aussi une exigence du temps pre'sent : il est l'espoir commun de toute l'humanite'. Le succe`s de la Confe'rence est une illustration de la volonte' politique et de la de'termination commune des gouvernements du monde et de la communaute' internationale en faveur de la promotion de l'e'galite' des sexes et de l'e'quite', du de'veloppement et de la paix. Le succe`s de la Confe'rence est le re'sultat de l'e'troite collaboration et de l'effort commun de tous ceux qui y ont participe'. La De'claration de Beijing et le Programme d'action sont la conse'cration de tout ce pourquoi nous avons si durement travaille'. La quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes sera conside're'e dans le monde entier comme une confe'rence des Nations Unies d'une ampleur sans pre'ce'dent mais parfaitement organise'e et comme une date dans les annales du mouvement fe'ministe mondial. Elle donnera assure'ment une impulsion puissante aux efforts que fait l'ONU pour promouvoir l'e'galite' des sexes et le de'veloppement social. Comme les documents adopte's aux trois confe'rences pre'ce'dentes, la De'claration de Beijing et le Programme d'action adopte's ici serviront d'orientation aux gouvernements et a` la communaute' internationale qui cherchent a` instaurer l'e'galite' entre les sexes et, comme l'ont fait les re'centes confe'rences des Nations Unies sur l'environnement et le de'veloppement, sur la population et sur le de'veloppement social, ils deviendront les documents clefs du de'veloppement social dans le monde. Dans l'exercice de mes fonctions de Pre'sidente de la Confe'rence, j'ai eu le be'ne'fice du soutien actif et de la collaboration e'troite des autres membres du Bureau, de ceux de la Grande Commission, de toutes les de'le'gations, du Secre'tariat de l'ONU et de tous les participants, sans compter celle des organisations non gouvernementales. Je tiens a` exprimer a` tous ma plus since`re gratitude. Ne laissons pas retomber cet esprit de solidarite' et de coope'ration et redoublons d'efforts pour faire avancer la cause des femmes dans le monde entier. Quand notre confe'rence sera termine'e, nous devrons adopter des mesures re'ellement efficaces, transformer nos re'solutions en actes et faire une re'alite' de ce qui n'est qu'un potentiel. Joignons nos mains pour instaurer l'e'galite', le de'veloppement et la paix, pour assurer le bonheur des ge'ne'rations a` venir et travailler ensemble a` faire du XXIe sie`cle une e`re meilleure. Annexe IV DE'CLARATION DE LA PRE'SIDENTE DE LA CONFE'RENCE CONCERNANT LE SENS GE'NE'RAL DU TERME "GENDER" 1. A` la 19e se'ance de la Commission de la condition de la femme, sie'geant en sa qualite' d'organe pre'paratoire de la quatrie`me Confe'rence mondiale sur les femmes, la question du sens que l'on donnait au terme "gender" dans le contexte du Programme d'action de la Confe'rence a e'te' pose'e. Afin d'examiner cette question, la Commission a de'cide' de cre'er un groupe de contact informel a` New York, qui serait pre'side' par le Rapporteur de la Commission, Mme Selma Ashipala, repre'sentante de la Namibie. La Commission a demande' au groupe de contact de s'entendre sur le sens ge'ne'ral du terme "gender" dans le contexte du Programme d'action et de faire rapport directement a` la Confe'rence, a` Beijing. 2. Apre`s un examen approfondi, le groupe de contact a note' : 1) que le terme "gender" e'tait couramment employe' dans son sens ordinaire, conforme'ment a` l'usage ge'ne'ralement admis dans de nombreuses autres instances et confe'rences des Nations Unies; 2) qu'il n'y avait aucune raison de supposer que le terme "gender" ait un sens ou une connotation s'e'cartant de cet usage dans le Programme d'action. 3. En conse'quence, le groupe de contact a re'affirme' que le terme "gender", tel qu'il e'tait employe' dans le Programme d'action, devait e^tre entendu et interpre'te' dans son sens ordinaire, conforme'ment a` l'usage ge'ne'ralement admis. Il a e'galement convenu que la Pre'sidente de la Confe'rence devrait donner lecture du pre'sent rapport en tant que de'claration de la Pre'sidente, et que cette de'claration serait incorpore'e au rapport final de la Confe'rence. -----