ISO: BDI *************************************************************************** The electronic version of this document has been prepared at the Fourth World Conference on Women by the United Nations Development Programme (UNDP) in collaboration with the United Nations Fourth World Conference on Women Secretariat. *************************************************************************** AS WRITTEN REPUBLIQUE DU BURUNDI CABINET DE LA PRESIDENTE ALLOCUTION PRONONCEE PAR MADAME PASCASIE NTIBANTUNGANYA, EPOUSE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU BURUNDI A L'OCCASION DE LA TENUE DE LA CONFERENCE MONDIALE DES FEMMES A BEIJING. SEPTEMBRE, 1995 Madame la Présidente, Excellences, Mesdames, Messieurs, Permettez-moi de saluer la tenue de la Conférence Mondiale des Femmes à Beijing après les Conférences Internationales sur les Femmes tenues respectivement à Mexico en 1975, à Copenhague en 1980 et à Nairobi en 1985. Aussi, mes hommages s'adressent à l'Assemblée Générale des Nations-Unies qui a convoqué la Conférence, à la Commission de la Condition de la femme, faisant office de Comité préparatoire et au Secrétariat général de la Conférence pour avoir éminemment réussi l'organisation des travaux préparatoires de la Conférence de Beijing. Je vals joindre ma voix aux autres délégations pour présenter mes sincères remerciements au peuple chinois pour l'accueil combien chaleureux nous réservé dès notre arrivée sur Beijing. La présente Conférence suscite tous les espoirs pour le monde de demain, de l'an 2000 eu égard aux thèmes qui seront développés à savoir: la lutte pour l'égalité, le développement et la paix. Ces sujets remontent déjà à l'époque de la première conférence mondiale sur les femmes, malheureusement nous en sommes encore à nous lamenter. Dans beaucoup de pays, les lois qui consacrent l'égalité existent et sont même intégrées dans leur constitution. Mais dans les faits peu de chose est fait. La femme reste éternellement marginalisée, maltraitée, sous-estimée même. Je suis heureuse de constater que les Nations-Unies sont décidées à changer cet état de chose. Au sujet du développement, force est de constater non sans amertume que le pauvre d’hier reste le pauvre d'aujourd'hui comme si .c'était une fatalité. Alors que quelques pays ont fait un bon en avant, beaucoup de pays du tiers-monde en ont fait un en arrière. Dans cette situation la femme est la première à subir les conséquences de tous .es effets de la pauvreté engendrée par le contexte économique défavorable. J'espère que les Nations-Unies prendront à coeur cette préoccupation et qu'elles consentiront des ressources additionnelles pour améliorer cette situation. Mesdames, Messieurs, Si l’égalité et le développement sont loin d'être atteints, la paix dans le monde, dans beaucoup de pays et dans les foyers l'est davantage. Exilée et déplacée ici du fait de conflits armés, battue, voilée, torturée là-bas, la femme reste un souffre-douleur partout. A qui le tort ? qui perd ? Les foyers, les pays ? Eh bien c'est tout le monde. Ce sont toutes les Nations-Unies qui condamnent la femme i ce calvaire par leur silence et leur passivité complice devant la prolifération et le commerce des armes, devant les atrocités que subissent les femmes, devant tout ce qui la dégrade. Madame la Présidente, Excellences, Mesdames, Messieurs, Mon pays, le Burundi vit en ce début du 21ème siècle un drame caractérisé par des conflits ethnico-politiques qui entraînent régulièrement des pertes en vies humaines innocentes et la femme paie un tribut lourd. Tous a commencé par l’assassinat du Président Melchior NDADAYE, démocratiquement élu en 1993. La conséquence fut le déclenchement des massacres intercommunautaires à connotation politique et ethnique Alors que tous les espoirs étaient permis au regard du " Rapport du Burundi sur la mise en application des stratégies prospectives de Nairobi", la crise que vit mon pays risque de compromettre les efforts que la femme burundaise a fournils pendant les dix dernières années et qui auraient dû constituer un élan certain pour débuter avec optimisme le 21ème siècle. En effet, au lendemain de la III conférence mondiale tenue a Nairobi, le Burundi s'est attelé à créer des cadres et mécanismes destinés à améliorer la condition de la femme. Concernant le partage du pouvoir et de la responsabilité, la femme burundaise est faiblement représentée au niveau du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire. Le taux de sa représentation oscille entre 10 et 20 s. Ceci est dû au fait du poids de la tradition d'une part et du faible niveau d’instruction d'autre part. Quant au degré de connaissance du droit de la femme et sa mise en application, le Burundi a adhéré à la Convention Internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard de la femme. Néanmoins, bien qu'il existe une loi écrite qui protège la femme dans ses droitss, il subsiste une dualité entre le droit coutumier et le droit écrit puisque les régimes matrimoniaux, la succession et les libéralités ne sont pas encore légifères. S'agissant des mécanismes charges de la promotion féminine, un Ministère chargé de la Promotion féminine a été créé en 1983. Beaucoup d'associations féminises pour la promotion socio-économique de la femme ont vu le Jour depuis. Cependant, l'on constate à ce jour que ces mécanismes souffrent d'un manque de coordination des actions menées et d'une insuffisance de ressources tant humaines que financières. Au sujet de l'accès des femmes aux services de développement, tels que l'éducation, la santé et l'emploi, le bilan fait étant, en matière de formation d'un système éducatif burundais non discriminatoires vis-à-vis de la femme. Mais elle reste faiblement représentée aux échelons intermédiaires et supérieurs du système de l’enseignement car elle est plus attirée par des filières à caractère social et de courte durée. D'où elle est sous-représentée aux postes de conception et de responsabilité. Pour ce qui concerne la santé, la femme bénéficie des projets et programmes initiés dans le cadre de la stratégie axée sur les soins de santé primaires. Mais l'insuffisance des infrastructures sanitaires et du personnel de santé font que peu de femmes bénéficient encore des moyens contraceptifs. Suite à un faible taux d'instruction de la femme burundaise, .1 s'entend qu'elle est de ce fait faiblement représentée dans les emplois supérieurs et spécialisés. A propos de l’accès et de la participation de la femme à la définition des structures politiques et économiques et aux processus de production, la femme burundaise est encore une fois sous représentée dans la définition des politiques et des structures de développement malgré l'importance de sa place dans la production. Le travail de la femme dans les exploitations agricoles n'est pas rémunéré et elle -.'est ni propriétaire de la terre ni d'autres moyens de production. Tout ceci explique la place de second plan de la femme dans les orientations et politiques de développement. En ce qui concerne la pauvreté de la femme, le Burundi est l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, dont l’économie est caractérisée par une autosuffisance alimentaire, le manque de revenus monétaires, l'enclavement et un faible niveau de développement en général. A ce titre, l’on comprend que la femme soit plus pauvre que l’homme avec toutes les conséquences qui en résultent au niveau de la santé et de l'éducation des enfants. Malgré les lacunes qui subsistent ici et là dans les différents domaines, la question de promotion féminine est déjà intégrée parmi les préoccupations de l’opinion nationale et dans les programmes inities dans différentes secteurs. Dans toutes les politiques qui se sont succédées, le pouvoir a toujours reconnu que la femme reste l'élément moteur de l’économie burundaise. De même, chaque fois qu'il v a définition des politiques de développement rural, il est toujours fait mention d'une approche participative intégrant la femme en tant qu'actrice. La femme burundaise n'est pas seulement une actrice de développement mais elle est également une épouse et mère oeuvrant pour la paix. En ce moment de grave crise socio-politique qui secoue mon pays, la femme subit les contrecoups de cette crise, elle est veuve et elle a sous ses responsabilités les orphelins qu'elle doit entretenir et éduquer. Beaucoup de mes compatriotes femmes se sont levées pour décrier la violence aveugle dans laquelle est plongée la société burundaise. Poussés par des ambitions malsaines, les politiciens en mal d'arguments politiques privilégient, dans mon pays, la violence comme vole de solutions aux problèmes posés en utilisant les jeunes qui tuent et pillent. Pour contrer ces actions nuisibles, la femme en tant que mère ..'~ cesse d'opposer aux idées destructrices, la sagesse et l’esprit de réconciliation. La femme burundaise, par ses initiatives, ses prises de position se met à l’avant-garde de tout le peuple dans la recherche de la paix pour une reprise des activités de développement mises en veilleuse suite aux conflits qui datent de bientôt deux ans. Dans cet effort pour le retour à la paix, la femme burundaise lance un appel pressant à la communauté internationale pour qu'elle manifeste son soutien tant moral, technique que financier car les conflits doivent vite cesser et laisser la place aux programmes de développement dont la femme a tant besoin pour son épanouissement. A cet égard, le Burundi condamne avec la dernière énergie tout conflit armé ainsi que le commerce désordonné des armes qui nous tuent, tuent nos enfants et nos maris et détruisent notre environnement. Madame la Présidente, La quatrième Conférence Internationale sur les Femmes constitue le couronnement des nombreuses voies qui ont conduit à la Plate-Forme d'Action de Beijing. En effet, la Plate-Forme d'Action de Beijing qui est le résultat des rapports nationaux et des plans d'actions régionaux doit viser les préoccupations ciblées lors de l'application des stratégies prospectives d'action de Nairobi à savoir: - créer dans la société l'impulsion nécessaire pour permettre aux femmes de progresser, d'être bien équipées pour face aux difficultés et aux exigences du 21ème siècle du point de vue du développement politique, économique, scientifique et technologique. - étudier comment les femmes peuvent réaliser des progrès dans le domaine de la conquête de l'autonomie en participant effectivement à la prise de décision. - et élaborer une plate-forme d'action pour assurer la pleine application des stratégies prospectives d'actions de Nairobi. En clair, les actions à entreprendre pour mettre en oeuvre les trois grands thèmes de la Plate-Forme d’action: égalité, développement et paix, doivent toutes intégrer la dimension féminine dans les activités sur les plans politique, social et culturel destinées à promouvoir le développement. Dans les efforts tendant à améliorer la condition de la femme, à lui permettre de renforcer son pouvoir et d'accroître sa participation et sa capacité de prendre des décisions à tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie, il est impératif que soient éliminées les attitudes et les pratiques individuelles et culturelles qui contribuent à perpétuer la discrimination à l'égard des femmes. Quoique la condition de la femme africaine se soit améliorée dans la période qui a suivi la conférence de Nairobi, il faut que les blocages, les déséquilibres persistants et les problèmes naissants soient absolument identifiés de façon précise pour que le partenariat Homme / Femme soit le principe directeur dans toutes les activités politiques, sociales, économiques et culturelles ayant pour objectif la réalisation de l’égalité, du développement et de la paix. Madame la Présidente, Excellences, Mesdames, Messieurs, L'’adoption de la Plate-Forme d'Action de Beijing représente à nos yeux un grand pas vers la résolution de certains grands problèmes qui retardent la promotion de la femme dans le monde. I1 est donc impérieux que des mécanismes nationaux, sous-régionaux et régionaux soient mis en branle pour que les objectifs stratégiques de ladite Plate-Forme d'Action soient atteints en vue de remédier aux problèmes les plus préoccupants de la femme. JE VOUS REMERCIE !!!