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REMARQUES INTRODUCTIVES -

DEBAT THEMATIQUE INFORMEL SUR LES NATIONS UNIES

DANS LA GOUVERNANCE GLOBALE

New York, le 28 juin 2011

Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue à notre débat informel. Je vous remercie tous chaleureusement d’avoir répondu à mon invitation de participer aujourd’hui à notre réflexion sur les Nations Unies dans la gouvernance globale, un thème qui est, j’en suis convaincu, d’une importance cruciale en ce début de 21ème siècle.

Nous sommes, en effet, à un moment charnière où nous avons plus que jamais besoin d’un système de gouvernance globale qui soit performant, représentatif et inclusif. Trois mouvements de fond sont en cours, qui transforment profondément le monde tel que nous l’avons connu jusqu’ici et que nous ne pouvons désormais plus ignorer : premièrement, les défis et les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont de plus en plus souvent de dimension globale et ils nécessitent donc une réponse collective et coordonnée ; deuxièmement, un rééquilibrage démographique, économique et politique est en cours au niveau mondial ; troisièmement, dans sa tentative de faire face à ces nouvelles réalités, l’architecture de la gouvernance globale devient de plus en plus fragmentée et complexe. Nous assistons à la critique et à la marginalisation des institutions multilatérales traditionnelles et à une prolifération de groupements et d’initiatives ad hoc. Mais le système qui émerge est dans l’incapacité, à l’heure actuelle, de trouver une solution aux questions cruciales que sont la situation au Proche-Orient, le réchauffement climatique, la conclusion du cycle de Doha, la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, pour ne donner que quelques exemples.

C’est dans ce contexte que j’ai proposé le thème de « la réaffirmation du rôle central de l’ONU dans la gouvernance globale » pour le débat général de l’Assemblée générale qui a eu lieu en septembre dernier.

Les chefs d’Etat et de gouvernement présents à New York ont donné un très vaste écho à ce thème dans leurs interventions : ils ont exprimé leur conviction que l’ONU est le forum central du débat global. Mais ils ont aussi fait valoir que, pour que l’ONU soit à même de jouer ce rôle, il est urgent d’entreprendre des réformes. C’était un signal clair de la nécessité de continuer la réflexion et de trouver des solutions concrètes pour améliorer le système de gouvernance mondiale de ce début de 21ème siècle. Ce message a été renforcé par l’adoption par consensus par l’Assemblée générale, en décembre 2010, d’une résolution sur l’ONU et la gouvernance globale, parrainée par une centaine de pays. Ceci va permettre de mener les travaux au-delà de la 65ème session.

Je suis heureux de continuer aujourd’hui ce débat avec vous. Je souhaite que notre discussion soit une contribution utile au rapport sur la gouvernance globale que le Secrétaire-général va présenter lors de la 66ème session de l’Assemblée générale, en ligne avec la résolution que je viens de mentionner. Je formulerai notamment un certain nombre de conclusions à l’issue de cette journée, conclusions qui seront disponibles sur le site internet de la Présidence et serviront de document de référence.

Une première table ronde, ce matin, va nous permettre d’approfondir la question de la gouvernance économique globale et en particulier la capacité de la communauté internationale à aller au-delà de la gestion de crise et d’élaborer et mettre en œuvre des stratégies de plus long terme pour une croissance économique mondiale équilibrée et durable.

Le G20 a montré son efficacité à gérer rapidement de manière concertée la crise économique et financière qui a éclaté en 2008. Mais que dire de sa légitimité ? Que dire de sa capacité à devenir un leader en-dehors des temps de crise ?

L’efficacité ne fait pas la légitimité. Pour moi, celle-ci est détenue avant tout par l’Assemblée générale, qui avec ses 192 Etats membres et son système, un pays, une voix, est le forum démocratique par excellence au niveau global. Il est donc important de trouver les mécanismes de légitimation des décisions prises par le G20. Je suis heureux que notre tentative de rapprocher le G20 de l’Assemblée générale, qui a commencé sous la Présidence coréenne, se soit encore intensifiée avec la Présidence française cette année.

En matière de leadership stratégique, il me semble que le G20 est à un moment critique de son existence. La Présidence française a proposé une série de chantiers très pertinents, en matière de déséquilibres économiques, de prix agricoles et de sécurité alimentaire, de développement, d’emploi et de socle de protection sociale notamment. Ces objectifs ambitieux sont à saluer, et le Sommet de Cannes va montrer dans quelle mesure le G20 parvient effectivement à des résultats sur des questions où les intérêts entre les membres du G20 divergent fortement. Mais, à plus long terme, le système des présidences annuelles du G20 est-il compatible avec une vision stratégique ? Permet-il d’assurer la cohérence des initiatives qui sont prises sur plusieurs années par les diverses présidences ?

Il y a quantité d’autres questions qui se posent en matière de gouvernance économique globale, notamment quant au rôle des entités économiques des Nations Unies ; je pense là, au niveau intergouvernemental, en particulier à l’ECOSOC. Comment le renforcer ? Comment en faire un acteur incontournable de la gouvernance économique globale ? Au niveau des agences et programmes spécialisés, comment assurer une meilleure coordination des mandats ?

Ceci ne sont bien sûr que quelques exemples.

La table ronde de cet après-midi affiche une ambition très visionnaire, puisqu’il s’agit de se projeter en 2025 et de réfléchir sur comment faire pour que l’ONU reste pertinente pour résoudre les défis globaux de demain ?

Ceci va nous amener à traiter d’un large spectre de questions. Un élément important est d’essayer d’identifier le type de défis globaux qui vont nous occuper à l’avenir pour savoir de quel type d’entités globales nous aurons besoin. Ceci va aussi nous amener à nous interroger sur la façon d’être plus représentatif et plus inclusif par rapport aux acteurs non gouvernementaux, société civile et secteur privé, qui jouent un rôle de plus en plus grand dans la gouvernance globale. Comment mieux entendre leurs voix tout en préservant leur spécificité non gouvernementale ?

Pour assurer la pertinence des Nations Unies dans le monde de 2025 et au-delà, nous devons tirer les leçons des soixante dernières années et mener à bien les réformes nécessaires. Nous devons oser la flexibilité et l’innovation pour des méthodes de travail qui soient efficaces.

Mais il me semble aussi fondamental d’accepter que nous ne pouvons pas tout avoir, autrement dit avoir la souveraineté de l’Etat nation telle que nous l’avons connue jusqu'à aujourd’hui, la défense des intérêts nationaux, la globalisation et un système de gouvernance globale efficace. Nous devons réaliser que les réponses globales pour le bien commun nécessitent des concessions. Il faut aller au-delà des positions nationales et voir ce bien commun. Ce qui peut paraître comme une perte à court terme est incontestablement le seul moyen que tous gagnent à long terme. La lutte contre le changement climatique en est le meilleur exemple. L’économiste Dani Rodrik, dans son dernier ouvrage sur la globalisation, parle pour décrire la tension entre l’Etat souverain, la démocratie et la globalisation, du trilemme politique de l’économie mondiale. Je dirais, en bon français, qu’il nous faut trouver la « quadrature du cercle ».

C’est à ce genre de questions que je vous invite à réfléchir et à vous exprimer aujourd’hui. Nous avons la chance de compter parmi nous pour ce débat des invités de grande qualité, qui vont nous faire partager leurs expériences et leurs vues sur la gouvernance globale. Je vous invite à profiter de leur présence pour une discussion qui soit aussi interactive et stimulante que possible.

 

 

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