Nations Unies
E/CN.9/1998/5
Conseil économique et social Distr. générale
5 décembre 1997
Français
Original: anglais
Commission de la population et du développement
Trente et unième session
23-27 février 1998
Point 4 de l'ordre du jour provisoire*
Suite à donner aux recommandations de la Conférence
internationale sur la population et le développement
|
Résumé
Le présent rapport a été établi par le Fonds des
Nations Unies pour la population
conformément au programme de travail pluriannuel de caractère
thématique et hiérarchisé
de la Commission de la population et du développement, approuvé par le Conseil
économique et social dans sa résolution 1995/55. Comme suite à la
demande que le Conseil
a formulée dans sa résolution 1996/2, adoptée sur la recommandation de
la Commission
de la population et du développement, il s'agit d'une version révisée du
rapport du
Secrétaire général sur les activités du secteur non gouvernemental
dans le domaine des
droits et de
la santé en matière de reproduction, présenté à la
Commission à sa vingt-neuvième session.
Le rapport repose sur les renseignements fournis par 482 organisations non
gouvernementales internationales, régionales, nationales et locales établies dans
103 pays
et par quatre organisations intergouvernementales; il donne un aperçu de la gamme
d'activités menées par ces organisations dans le domaine des droits et de la
santé en matière
de reproduction. Il fait le point des stratégies et approches adoptées par les
organisations
non gouvernementales en vue d'appliquer les recommandations énoncées
dans le
Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le
développement.
Il analyse également les difficultés et les contraintes auxquelles se sont
heurtées ces
organisations dans l'exécution des programmes et la prestation des services liés
aux droits
et à la santé en matière de reproduction, dans le suivi de l'application
des recommandations
de la Conférence et dans l'instauration d'un partenariat avec les pouvoirs publics.
|
----------------------
*E/CN.9/1998/1.
| I. Introduction | 1-4
| |
| II. Que sont les organisations non gouvernementales?
| 5-7
| |
| III. Le Programme d'action et les organisations non
gouvernementales
| 8-9
| |
| IV. Méthodologie de la collecte d'informations sur
les
organisations non
gouvernementales et les organisations intergouvernementales
|
10-11 | |
| V. Aperçu des activités des
organisations
non gouvernementales dans le
domaine des droits et de la santé en matière de reproduction
|
12-44
|
|
A. Rôle du Programme d'action
| 14-18
| | B. Campagnes de sensibilisation menées
par
les
organisations non
gouvernementales
19-26
|
| C. Rôle des organisations non gouvernementales
dans la
prestation de
services de qualité dans le domaine de la santé en matière de
reproduction
27-28
|
| D. Qualité des soins
| 29-32
| | E. Instauration d'une coopération avec
les
groupes ayant des besoins
spéciaux
33-40
|
| 1. Adolescents
| 33-34
| | 2. Hommes
| 35-36
| | 3. Réfugiés
| 37-38
| | 4. Femmes : mutilation génitale
des
femmes et cas de violence
| 39-40
| | F. Activités de formation
| 41-42
| | G. Participation des organisations non
gouvernementales
aux activités de
recherche
43-44
|
| | VI. Rôle des organisations non gouvernementales dans le suivi
de la mise en
oeuvre du Programme d'action
|
45-51
|
| | VII. Partenariat entre organisations non gouvernementales et
gouvernements
| 52-56
| | | VIII. Difficultés qui font obstacle aux activités
des
organisations non
gouvernementales
|
57-61
|
| | IX. Organisations intergouvernementales
| 62-64
| | | X. Conclusions
| 65-69
| | | | | | | | | | | | |
- La Conférence internationale sur la population et le
développement, tenue en 1994 au Caire, a largement
contribué à répondre à la nécessité, au niveau
mondial,
d'améliorer la qualité des soins et d'intégrer la planification de la famille
dans le cadre élargi des droits et de
la santé en matière de reproduction. La quasi-totalité des
gouvernements sont en effet parvenus à un consensus
sur le concept de santé en matière de reproduction,
reconnaissant clairement les droits des individus à des
services de qualité dans ce domaine. Que ce soit en tant
que participants ou comme membres des délégations
nationales, les organisations non gouvernementales ont
joué un rôle décisif dans la formulation du Programme
d'action de la Conférence.1 Elles se voient attribuer, en
partenariat avec les pouvoirs publics et le secteur privé,
un rôle clef dans sa mise en oeuvre.
- Comme suite à la demande que le Conseil a formulée
dans sa résolution 1996/2, adoptée sur la recommandation de la Commission de
la population et du développement, le présent rapport est une version
révisée de celui
que le Secrétaire général avait présenté à la
Commission, à sa vingt-neuvième session, sur les activités du
secteur non gouvernemental dans le domaine des droits
et de la santé en matière de reproduction.2 On y fait la
synthèse des informations recueillies grâce au questionnaire envoyé aux
organisations non gouvernementales
internationales, régionales et nationales et aux organisations intergouvernementales en
vue de faire le point sur
les progrès qu'elles ont accomplis par rapport aux
objectifs définis dans le Programme d'action de la
Conférence.
- Les résultats dont il est fait état dans le présent rapport
tiennent compte des réponses fournies par 482 organisations non gouvernementales et
intergouvernementales,
de l'analyse des rapports et des documents qu'elles ont
communiqués et des entretiens tenus avec les principales organisations non
gouvernementales qui participent
au niveau international à la mise en oeuvre du Programme d'action de la
Conférence.
- La deuxième partie du rapport décrit les principales
caractéristiques des organisations non gouvernementales; la troisième rappelle
le rôle qui leur est confié dans
le Programme d'action; la quatrième présente la méthodologie qui a
présidé à la rédaction du rapport; la
cinquième donne un aperçu des activités menées par les
organisations non gouvernementales dans le domaine
des droits et de la santé en matière de reproduction; la
sixième partie examine le rôle de ces organisations dans
le suivi de la mise en oeuvre des accords conclus à la
Conférence; la septième partie décrit la collaboration
entre pouvoirs publics et organisations non gouvernementales; la huitième analyse les
limites du travail des
organisations non gouvernementales; la neuvième
donne un aperçu des activités des organisations non
gouvernementales; et la dixième partie récapitule les
enseignements tirés de la participation des organisations
non gouvernementales trois ans après la Conférence du
Caire.
II. Que sont les organisations
non gouvernementales?
- Les organisations non gouvernementales sont des
émanations de la société civile, légalement constituées,
autonomes, à but non lucratif et qui se caractérisent par
un certain volontariat. Il peut s'agir de groupes à buts
particuliers; de réseaux; de prestataires de services et
de sous-traitants de services publics; de structures de
financement, d'encadrement et de sensibilisation (en
particulier les organisations non gouvernementales de
femmes); d'associations professionnelles; de groupements de collectivités; et
d'organisations dont les
membres versent des cotisations. Les organisations non
gouvernementales peuvent revêtir un caractère international, régional,
national ou local.
- Dans de nombreux pays, les organisations non gouvernementales nationales et locales
axent leurs efforts sur
l'offre : elles assurent des services ou aident les
pouvoirs publics à élargir le nombre de bénéficiaires de
leurs programmes. D'autres se concentrent sur la
demande : elles aident diverses catégories de la
population à mieux exprimer leurs préoccupations et
leurs préférences sur des questions comme la qualité des
soins, influencent les programmes d'action des pouvoirs
publics et font intervenir, d'une part, compétences
opérationnelles techniques et communication et, d'autre
part, sensibilisation et avantages des réseaux. Quant aux
organisations non gouvernementales internationales,
elles participent à l'élaboration des politiques adoptées
au niveau mondial; au suivi de l'exécution du Programme d'action de la
Conférence internationale sur la
population et le développement; à l'octroi d'une assistance technique aux
gouvernements des pays en développement; et à la réalisation de travaux
de recherche.
- De nombreuses organisations non gouvernementales ont
montré qu'elles étaient capables non seulement de se
mettre au service de groupes sociaux difficiles à atteindre, comme les adolescents ou les
femmes vivant
dans des communautés démunies, mais également de
fournir des services de qualité, d'intervenir dans des
zones réputées inaccessibles ou sensibles et de tester des
approches novatrices. En outre, elles contribuent à faire
de la mise en oeuvre du Programme d'action de la
Conférence un processus plus facilement vérifiable, plus
transparent et plus participatif. Elles ne se contentent
pas de combler des lacunes mais définissent également
des domaines auxquels il importe de se montrer plus
attentifs.
III. Le Programme d'action et les organisations non gouvernementales
- Le Programme d'action de la Conférence sur la population et le
développement préconise la mise en place de
partenariats avec les organisations non gouvernementales afin de mettre en oeuvre les
recommandations de la
Conférence. Ainsi, au paragraphe 15.6 du chapitre XV
du Programme d'action (partenariat avec les organisations non gouvernementales), il est
précisé :
Vu l'importance d'un partenariat effectif, les organisations non gouvernementales
sont invitées à développer la coordination, la coopération et la
communication aux niveaux local, national, régional et international avec les
gouvernements et les collectivités
locales afin de renforcer l'efficacité de l'action clef
qu'elles mènent en participant au développement. Il
convient de considérer la participation des organisations non gouvernementales comme
un complément
à l'action que les gouvernements sont tenus de mener
en vue d'assurer la prestation de services de santé en
matière de reproduction complets, fiables et acces-sibles.
- Le Programme d'action souligne aussi que les organisations non gouvernementales et
leurs réseaux doivent
avoir les moyens de conserver leur autonomie et de
renforcer leurs capacités grâce à des consultations et à
un dialogue réguliers ainsi qu'à la formation.
IV. Méthodologie de la collecte
d'informations sur les organisations
non gouvernementales
et les organisations
intergouvernementales
- Aux fins de l'établissement du présent rapport, on a
envoyé un questionnaire aux organisations non gouvernementales et aux organisations
intergouvernementales; les informations recueillies ont été
complétées dans
de nombreux cas par les rapports annuels et autres
publications des organisations considérés. On a également
organisé des entretiens directs avec certaines
organisations non gouvernementales. Le questionnaire
était divisé en thèmes et couvrait les aspects essentiels
du rôle des organisations non gouvernementales dans
la mise en oeuvre des recommandations portant sur les
droits et la santé en matière de reproduction, tels qu'ils
sont mentionnés dans le Programme d'action. Afin
d'assurer la représentativité des résultats, le questionnaire a
été envoyé dans le monde entier à des organisations non
gouvernementales locales, nationales et
internationales intervenant dans des domaines d'activité
aussi divers que la prestation de services ou la sensibilisation.
- Publié également en anglais et en espagnol, le questionnaire a
été envoyé à des organisations non gouvernementales locales et
nationales par l'intermédiaire des
représentants du Fonds des Nations Unies pour la
population (FNUAP), lesquels ont été invités à proposer
les noms d'autres organisations non gouvernementales
susceptibles de compléter la liste initiale. Entre juillet
et août 1997, le questionnaire a été distribué à quelque
938 organisations (920 organisations non gouvernementales et 18 organisations
intergouvernementales), dont
116 étaient des organisations non gouvernementales
supplémentaires contactées par les bureaux locaux du
FNUAP. Sur les 938 questionnaires, 482 ont été retournés au FNUAP,
ce qui représente un taux de réponse de
51 %, dont la répartition géographique (nombre de
réponses et pourcentage) est la suivante : Afrique, 131
(49 %); Asie et Pacifique, 142 (72 %); États arabes, 33
(27 %); Europe de l'Est, 13 (48 %); Amérique latine et
Caraïbes, 86 (51 %); Europe de l'Ouest, Amérique du
Nord, Australie et Nouvelle-Zélande, 73 (53 %); et
organisations intergouvernementales, 4 (22 %) (voir
tableau 1).
Tableau 1
Nombre d'organisations non gouvernementales et d'organisations
intergouvernementales ayant répondu au questionnaire (par région)
|
| (1)
| (2)
| (3)
| (4)
| (5)
| (6) |
|
| Nombre de
questionnaires envoyés
aux organisations non
gouvernementales
| Nombre de
questionnaires
supplémentaires
envoyés par les
bureaux locaux
| Nombre total
des questionnaires
envoyés aux
organisations non
gouvernementales
| Nombre de
réponses reçues
des organisations
non gouvernementales
| Répartition en
pourcentage
| Taux de réponse
(4)/(3) |
|
|
|
|
|
|
| |
| Afrique
| 223
| 45
| 268
| 131
| 27
| 49 |
| Asie et Pacifique
| 160
| 36
| 196
| 142
| 29
| 72 |
| États arabes
| 121
| 3
| 124
| 33
| 7
| 27 |
| Europe de l'Est
| 26
| 1
| 27
| 13
| 3
| 48 |
| Amérique latine et Caraïbes
| 136
| 31
| 167
| 86
| 18
| 51 |
| Pays développés
| 138
| -
| 138
| 73
| 15
| 53 |
| Organisations
intergouvernementales
| 18
| -
| 18
| 4
| 1
| 22 |
| Total
| 822
| 116
| 938
| 482
| 100
| 51 |
V. Aperçu des activités
des organisations
non gouvernementales
dans le domaine des droits
et de la santé en matière
de reproduction
- Les organisations non gouvernementales considèrent
pour la plupart que la Conférence internationale sur la
population et le développement a marqué un tournant
dans leur existence. Bien qu'engagées depuis fort
longtemps dans le domaine des droits et de la santé en
matière de reproduction, nombre d'entre elles s'accordent à reconnaître
que la Conférence tenue au Caire a
permis de légitimer leur rôle en tant que partenaires à
part entière dans la mise en oeuvre du Programme
d'action de la Conférence. C'est ainsi que dans de
nombreux pays, les représentants d'organisations non
gouvernementales nationales bénéficient plus que
jamais d'un accès direct aux ministères et aux institutions internationales et sont
largement consultés sur les
questions touchant à la santé en matière de reproduction.
Parallèlement, leurs activités d'observateurs
vigilants se sont multipliées. Ces trois dernières années,
il est apparu que les organisations non gouvernementales jouaient un rôle de plus en plus
important dans la
mise en oeuvre du Programme d'action, au point que
certaines ont vu leur envergure, leur influence et la
portée de leurs activités s'élargir considérablement.
- La diversité de ces institutions fait qu'on ne peut décrire
l'organisation non gouvernementale moyenne. Pour
simplifier l'analyse du rôle qu'elles jouent dans la mise
en oeuvre du Programme d'action, on les a divisées en
organisations non gouvernementales menant des campagnes de sensibilisation, d'une part, et
organisations non
gouvernementales offrant des services, d'autre part, aux
niveaux international, régional, national et local. En tout
état de cause, nombreuses sont les organisations non
gouvernementales engagées dans les services qui se
soucient aussi de sensibilisation. Nombre de celles qui
se préoccupent de sensibilisation interviennent dans le
domaine des droits en matière de reproduction : elles
s'efforcent de sensibiliser le public, de mobiliser un
appui, d'influer sur l'élaboration des grandes orientations et d'y participer. Quant aux
organisations non
gouvernementales relevant de l'autre catégorie, elles
participent à des activités de prestation de services, de
formation, d'assistance technique et de recherche. De
fait, les unes comme les autres prennent part aux activités de suivi liées à
la Conférence.
- A. Rôle du Programme d'action
- Le Programme d'action symbolisant tout à la fois un
attachement à la santé en matière de reproduction et une
plate-forme d'action commune arrêtée par consensus
permet à de nombreuses organisations non gouvernementales d'orienter leurs propres
activités dans le
domaine de la santé en matière de reproduction; de
mener des négociations avec les pouvoirs publics et
autres institutions; de suivre les activités et les programmes nationaux; et de rappeler aux
pouvoirs publics les
responsabilités et les obligations qui leur incombent.
- Les organisations non gouvernementales ont mis à profit
le Programme d'action dans différents domaines :
formation; information, éducation et communication
(IEC); sensibilisation; mise en place de groupes de
pression; et élaboration de projets et de programmes. Pour certaines organisations non
gouvernementales, telles l'Asociación pro Biennestar de la Familia
(PROFAMILIA) au Nicaragua, qui s'occupe de planification de la famille, le Programme
d'action représente
un modèle de réorientation des programmes vers la
prestation de services de santé en matière de reproduction. Pour de nombreuses
autres, comme Marie Stopes
International en Éthiopie, les recommandations approuvées par la
Conférence ont ranimé l'enthousiasme avec
lequel elles avaient déjà milité pour la santé en matière
de reproduction.
- Le Programme d'action a également servi d'instrument
de protection des droits en matière de
reproduction. C'est ainsi qu'aux Philippines, le Center
for Investigative Journalism (PCIJ) - organisation
oeuvrant dans le domaine des communications - en a
fait une plate-forme qui lui a permis, avec l'aval du
Gouvernement, de défendre les droits des femmes dans
une affaire où le gouverneur d'une province située au
sud de Manille avait décrété l'interdiction des
contraceptifs modernes. En Inde, le Programme d'action
a permis aux organisations non gouvernementales de
défendre le concept de planification familiale sans
exclusive.
- Au Danemark, le Programme d'action a joué un rôle
décisif dans la réorientation de l'Association de
planification familiale. Aux services qu'elle offrait en
matière de contraception à tout client des centres de
consultation, l'Association a ajouté, entre autres, des
conseils sur la grossesse et des conseils et des dépistages
dans le domaine des maladies sexuellement
transmissibles (MST). Les besoins des clients n'en ont
été que mieux satisfaits et la qualité des services fournis
s'en est trouvée améliorée.
- En résumé, la plupart des organisations non
gouvernementales font référence au Programme
d'action. Il s'agit d'un outil qu'elles partagent avec les
gouvernements et les organisations internationales, et
aussi d'un instrument clef qui leur permet de s'assurer
que les pouvoirs publics, les organisations
intergouvernementales et les organisations non
gouvernementales elles-mêmes tiennent les promesses
faites lors de la Conférence.
B. Campagnes de sensibilisation menées
par les organisations
non gouvernementales
- Depuis la Conférence, de nombreuses organisations non
gouvernementales ont adopté des stratégies visant à
faire oeuvre de pionnier. Grâce aux informations
qu'elles diffusent et à la diversité des services qu'elles
offrent, elles mènent des campagnes ayant pour assise
le respect des droits de l'homme aux fins d'assurer
l'exercice des droits en matière de reproduction. Elles
ont activement contribué à raffermir les changements
de choix politiques et de législation, à mobiliser l'appui
voulu pour assurer le respect des droits en matière de
reproduction et mieux sensibiliser l'opinion aux droits
et à la santé en matière de reproduction.
- Sur les 482 organisations non gouvernementales qui ont
répondu au questionnaire, 247 (soit 52 %) ont déclaré
mener des activités de plaidoyer afin de sensibiliser
l'opinion aux questions intéressant la santé en matière
de reproduction et 193 autres (soit 40 %) ont indiqué
mener des activités de même nature pour mobiliser
l'opinion en faveur des droits en matière de
reproduction et pour veiller au respect de ces droits. Il
s'agit, pour la plupart, d'organisations non
gouvernementales de femmes. Il est intéressant de noter
que de nombreuses organisations non gouvernementales
entendent mener à présent ce genre d'activités en
complément de celles ayant trait à la prestation de
services.
- Rôle des organisations non gouvernementales dans
la mobilisation de l'opinion publique en vue du
respect des droits en matière de reproduction. De
nombreuses organisations non gouvernementales
oeuvrent pour le respect des droits de l'homme et de la
femme en matière de reproduction, dans le contexte de
l'exercice des libertés fondamentales. Elles visent à
promouvoir l'égalité et l'équité entre les sexes,
dénoncent les violations de ces droits, exercent des
pressions en vue de réformes juridiques et de procédure
et mobilisent la société à ces fins. Le Centre d'études
juridiques de défense des droits en matière de reproduction
basé à New York mène une campagne de sensibilisation
mondiale à l'existence et à l'application des lois et
pratiques qui portent atteinte aux droits des femmes en
matière de reproduction. Il a entrepris l'établissement de
différents rapports sur les codes juridiques et les pratiques
culturelles qui ont une incidence préjudiciable sur la liberté
de choix des femmes en la matière dans 51 pays.
- Nombre des organisations non gouvernementales qui
interviennent dans le domaine des droits en matière de
reproduction ont formé des alliances reposant sur leurs
préoccupations communes. C'est ainsi qu'Arrow, un
réseau d'organisations non gouvernementales de l'Asie
du Sud-Est, a établi un dossier d'information qui couvre
un cadre sanitaire en matière de reproduction axé sur les
femmes; les perspectives de trois pays sur la question;
les mesures et les programmes propres à promouvoir le
changement; un répertoire des auxiliaires pédagogiques;
et les outils susceptibles d'améliorer la planification
familiale ainsi que les programmes de santé en matière
de reproduction.
- Participation des organisations non
gouvernementales à l'élaboration de mesures et de
lois portant sur la santé en matière de
reproduction. Il ressort du questionnaire que les
organisations non gouvernementales semblent intervenir
de plus en plus dans l'élaboration des grandes
orientations et des lois de certains pays. Leurs conseils
sont fréquemment sollicités par les commissions
spécialement créées pour revoir les plans nationaux
existants, examiner et préconiser les changements
d'orientation à y apporter et organiser des consultations
nationales. Elles constituent aussi des groupes de
pression avec lesquels doit compter le législateur. En
Argentine, par exemple, elles ont joué un rôle décisif
dans la création d'un environnement propice à
l'élaboration d'un projet de loi sur la santé en matière
de reproduction qui est actuellement examiné par les
parlementaires.
- Rôle des organisations non gouvernementales dans
la sensibilisation à la santé en matière de
reproduction. Mener une campagne pour l'application
des recommandations énoncées dans le Programme
d'action de la Conférence revient à oeuvrer pour rendre
les services de santé en matière de reproduction
disponibles et accessibles, satisfaire les besoins des
adolescents, inciter les hommes à participer aux
programmes, démarginaliser les femmes et promouvoir
l'égalité entre les sexes. Au vu des informations
recueillies grâce au questionnaire, les organisations non
gouvernementales participent activement aux
campagnes qui encouragent le recours aux services
visant à répondre à ces besoins. En Inde, l'organisation
Voices a mis au point un dossier d'information qui
permet au personnel des services de santé de sensibiliser
les hommes et les femmes dans les communautés
concernées et de leur donner les moyens de prendre des
décisions touchant à la santé en matière de
reproduction.
- Les organisations non gouvernementales internationales
sont pour beaucoup dans la création des capacités
institutionnelles de nombreuses organisations non
gouvernementales engagées dans la sensibilisation au
niveau national. La International Women's Health
Coalition, par exemple, fournit une assistance technique
et financière qui permet aux organisations non
gouvernementales nationales de mettre en route leurs
activités et à celles qui existent déjà de se développer
et de contribuer à modifier les politiques adoptées dans
les pays considérés.
- Toujours au niveau international, les organisations non
gouvernementales menant une action de plaidoyer
cherchent à influer sur les réseaux mondiaux de
communication et les médias nationaux afin de mieux
sensibiliser l'opinion aux questions de santé en matière
de reproduction. Elles s'efforcent également d'exercer
des pressions sur leur propre gouvernement pour
l'amener à convaincre les pouvoirs publics d'autres
pays d'appliquer les recommandations touchant à la
santé en matière de reproduction. Ces organisations
participent par ailleurs au suivi de la mise en oeuvre des
recommandations de la Conférence et aux efforts
déployés afin d'inciter les donateurs et les pouvoirs
publics à augmenter le financement destiné aux
organisations non gouvernementales oeuvrant dans le
domaine de la santé en matière de reproduction. Elles
ont joué un rôle décisif dans la création des réseaux
d'organisations non gouvernementales qui existent dans
de nombreuses régions et s'efforcent de sensibiliser
davantage l'opinion aux questions précisément liées à
la santé des femmes.
C. Rôle des organisations non
gouvernementales dans la prestation
de services de qualité dans le domaine
de la santé en matière de reproduction
- Même si un certain nombre d'organisations non
gouvernementales mènent encore des programmes de
population traditionnels et exclusivement axés sur
l'élément planification familiale autonome, nombre de
celles qui ont répondu au questionnaire ont indiqué
s'être largement inspirées du Programme d'action pour
intégrer la planification familiale à d'autres services de
santé en matière de reproduction. Un tiers environ des
organisations non gouvernementales ayant répondu au
questionnaire dans les pays en développement offrent les
services suivants : planification familiale; santé maternelle;
et prévention des infections de l'appareil génital et des
maladies sexuellement transmissibles, dont le virus de
l'immunodéficience humaine/syndrome
d'immunodéficience acquise (VIH/sida).
- Le Programme d'action a défini une série de
considérations fondamentales à prendre en compte dans
la prestation des services visant à répondre aux besoins
de la population pour ce qui est de la santé en matière
de reproduction. Il ressort d'une analyse générale des
activités menées par les organisations non
gouvernementales prestataires de services que la qualité
des soins et la situation des adolescents sont les
domaines qui nécessitent une attention plus particulière.
Bon nombre d'organisations non gouvernementales
nationales ont précisé qu'elles fournissent certains
services aux populations marginalisées en raison bien
souvent de l'absence de services publics dans les zones
où celles-ci vivent. Par ailleurs, de nombreuses
organisations non gouvernementales ont rappelé
qu'elles traitaient de questions difficiles et
controversées comme la prestation de services aux
femmes battues et aux adolescents.
D. Qualité des soins
- Le Programme d'action a souligné la nécessité
d'améliorer la qualité des soins dans les programmes de
santé en matière de population afin de répondre
véritablement aux besoins qui demeurent à satisfaire
dans ce domaine. Le tableau 2 montre que dans toutes
les régions (l'Amérique latine enregistrant le
pourcentage le plus élevé), la plupart des organisations
non gouvernementales ayant répondu au questionnaire
- aussi bien celles qui fournissent des services que les
autres - adhèrent à l'approche qualité des soins.
Tableau 2
Nombre total et pourcentage des ONG menant
des activités visant à promouvoir la qualité des soins
|
| Nombre total d'ONG
| Nombre total et pourcentage
des ONG adhérant à
l'approche qualité des
soins |
| Afrique
| 131
| 55 (42 %) |
| Asie
| 115
| 50 (43 %) |
| Amérique latine
| 86
| 54 (63 %) |
| États arabes
| 33
| 17 (52 %) |
| Europe de l'Est
| 12
| 5 (42 %) |
| Total
| 377
| 181 (40 %) |
- Il semble que les organisations non gouvernementales
aient une conception commune de la qualité des soins.
Nombre d'organisations non gouvernementales
prestataires de services s'emploient à promouvoir la
mise en place de systèmes d'orientation et à renforcer
les liens avec d'autres services de santé en matière de
reproduction, à élaborer des outils permettant de cerner
les besoins des usagers et à élargir le choix des
contraceptifs tant dans les programmes nationaux que
dans leurs propres programmes.
- Parivar Seva Sanstha est une organisation non
gouvernementale indienne qui se consacre depuis de
nombreuses années à la prestation d'une gamme
complète de services de santé en matière de
reproduction. Depuis sa création, elle vise à offrir un
modèle de qualité des soins dans les domaines de la
planification familiale, de la santé maternelle, des
infections de l'appareil génital, de l'avortement et des
programmes s'adressant aux adolescents. Forte de cette
expérience, elle oeuvre avec les pouvoirs publics à
l'amélioration de la qualité des programmes. En Chine,
l'Institut de recherche démographique de l'Université
de Beijing a signalé que son projet visant à
l'amélioration des services et à l'introduction de
nouveaux contraceptifs se prêtant à un choix éclairé
avait suscité un vif intérêt de la part des organisations
internationales et des pays donateurs.
- De nombreuses organisations non gouvernementales
exerçant un rôle de sensibilisation offrent une formation
à la notion d'égalité entre les sexes et à la
nécessité de
fournir des services de santé en matière de reproduction
qui répondent aux attentes des usagers. Se préoccupant
par ailleurs de détecter les atteintes aux droits de
l'homme dans les programmes de planification
familiale, elles ont exigé le respect du droit des
individus à opter pour les méthodes de contraception de
leur choix. Au Mexique par exemple, le Red de Salud
Reproductiva del Distrito Federal (Réseau de santé en
matière de reproduction de la ville de Mexico) a
organisé une tribune publique pour dénoncer les cas
d'abus dans les services de santé considérés, ce qui a
amené les directeurs de programme à prendre
l'engagement d'améliorer la qualité des prestations,
notamment en réservant aux femmes un meilleur accueil
dans ces services.
E. Instauration d'une coopération avec
les groupes ayant des besoins spéciaux
1. Adolescents
- Il y a peu de temps encore, les programmes de santé en
matière de reproduction ne se préoccupaient
pratiquement pas de la situation des adolescents, peut-être sous l'effet de la crainte mal
fondée que l'accès aux
informations et aux services n'encourage l'activité
sexuelle. En conséquence, dans un grand nombre de
pays, les adolescents se sont vu refuser le bénéfice de
tels services par la loi ou l'action des pouvoirs publics.
Depuis la Conférence, les organisations non
gouvernementales se soucient de plus en plus de
répondre aux besoins des adolescents dans le domaine
de la santé en matière de reproduction et nombre d'entre
elles prennent désormais en compte les adolescents
dans l'élaboration de leurs programmes. D'autres ont
étendu le champ de leurs activités et adopté une démarche
plus globale axée sur la multiplicité des besoins des
adolescents dans le cadre d'une approche intégrée de la
santé. Le tableau 3 indique le nombre des organisations non
gouvernementales qui exercent une intervention auprès des
adolescents, par région et par sexe.
Tableau 3
Nombre d'ONG qui exercent une intervention auprès des adolescents, par région
et par sexe
|
| Nombre
total
d'ONG
| Nombre d'ONG
qui exercent une
intervention
auprès des
adolescentes
| Pourcentage
d'ONG qui
exercent une
intervention
auprès des
adolescentes
| Nombre d'ONG
qui exercent une
intervention
auprès des
adolescents
| Pourcentage
d'ONG qui
exercent une
intervention
auprès des adolescents |
| Afrique
| 131
| 81
| 62
| 68
| 52 |
| Asie
| 142
| 45
| 32
| 32
| 23 |
| Amérique latine
| 86
| 44
| 51
| 32
| 37 |
| États arabes
| 33
| 19
| 58
| 17
| 52 |
| Europe de l'Est
| 13
| 9
| 69
| 9
| 69 |
| Pays développés
| 73
| 19
| 26
| 19
| 26 |
- Le recours aux médias pour atteindre les adolescents
s'est avéré être une stratégie efficace. Au Nigéria, une
organisation non gouvernementale locale, Youth Aid,
donne des conseils aux adolescents par le biais des
chaînes de télévision privées. Elle est la première de
cette nature à se consacrer exclusivement à la santé des
adolescents en matière de reproduction. Au Nigéria
également, l'organisation ADON a mis en place un
programme de communication entre parents et enfants
qui vise à former les parents à l'éducation sexuelle de
leurs enfants. Aux Philippines, des centres de services
multimédia s'adressant aux jeunes ont été créés dans
trois villes et offrent une émission de variétés
télévisées
par câble, des films télévisés et des voyages
d'études.
2. Hommes
- Pendant longtemps, les services de planification
familiale ont eu tendance à négliger les besoins des
hommes dans le domaine de la santé en matière de
reproduction et l'incidence de ces besoins sur les
propres décisions des femmes. Il ressort de l'analyse des
réponses au questionnaire que nombre des organisations
non gouvernementales qui déclarent intervenir auprès
des hommes ne se soucient guère en réalité que des
adolescents, très peu d'entre elles s'adressant à la
population masculine adulte; la plupart des activités
axées sur cette catégorie de population sont menées par
des organisations internationales. L'Université Johns
Hopkins a élaboré un projet visant à promouvoir la
participation des hommes aux activités de planification
familiale et de santé en matière de reproduction qui a été
lancé en 1997 lors d'une conférence de responsables
politiques et de directeurs de programme d'Afrique
subsaharienne. Le projet fait appel au sport, le football en
particulier, pour transmettre aux hommes les messages
concernant ces questions.
- Les organisations non gouvernementales commencent
tout juste à se préoccuper des hommes. Leurs activités
en la matière s'articulent sur la sexualité et les rôles
dévolus à chaque sexe, ainsi que sur la mise en place de
services adaptés à leurs besoins.
3. Réfugiés
- La nécessité d'aménager des services de santé en
matière de reproduction dans les camps de réfugiés a
donné lieu à de nombreux débats depuis la Conférence.
Les organisations non gouvernementales sont de plus
en plus nombreuses à fournir de tels services.
- Un fort pourcentage des organisations non
gouvernementales des États arabes et d'Europe de l'Est
ayant répondu au questionnaire s'efforcent de satisfaire
les besoins des réfugiés - femmes et hommes - dans le
domaine en matière de reproduction. En Afrique,
diverses organisations non gouvernementales
internationales telles Médecins du Monde, le Comité
international de la Croix-Rouge et Marie Stopes
International fournissent des services dans les camps de
réfugiés et font partie du Consortium des ONG sur la
santé en matière de reproduction à l'intention des
réfugiés. Il s'agit d'un réseau d'organisations non
gouvernementales qui unissent leurs efforts pour la mise
au point d'outils permettant de déployer à bref délai des
services de santé en matière de reproduction dans les
situations d'urgence.
4. Femmes : mutilation génitale des femmes
et cas de violence
- Dans les pays où la mutilation génitale des femmes est
chose courante, nombre d'organisations non
gouvernementales oeuvrent à la suppression d'une telle
pratique. La mutilation génitale des femmes constitue
un risque pour leur santé en matière de reproduction et
une violation de leurs droits fondamentaux. Le Conseil
de la population a aidé le Gouvernement malien à
élaborer un plan de recherche et à définir des
orientations et des modalités d'intervention visant à
l'abolition complète de la mutilation génitale des
femmes. Au Burkina Faso, le Conseil de la population
a prêté son concours à une organisation non
gouvernementale pour l'organisation d'une conférence
régionale chargée de définir les moyens d'action qui
permettraient d'éliminer cette pratique.
- Il est certain que les organisations non
gouvernementales interviennent de façon très
dynamique pour offrir des services juridiques et
sanitaires aux femmes en butte aux mauvais traitements
de leurs partenaires. Nombreuses sont les organisations
non gouvernementales de plaidoyer qui mènent une
action dans ce domaine. Flora Tristan, organisation qui
compte quelque 20 ans d'expérience sur le terrain au
Pérou, a entrepris de porter remède à cette situation
méconnue et universelle grâce à la formation d'agents
de police et à la fourniture d'un appui juridique aux
victimes.
F. Activités de formation
- La formation est l'un des moyens qui ont permis
progressivement aux organisations non
gouvernementales d'obtenir des résultats plus durables.
Grâce à la formation, l'enseignement tiré de leurs
propres activités est dans de nombreux cas transmis aux
agents de l'État ou à d'autres organisations non
gouvernementales nationales et locales. Près de 50 %
des organisations non gouvernementales qui ont
répondu au questionnaire offrent une formation en tant
que moyen de transférer des ressources. Les
organisations non gouvernementales d'appui dispensent
aux directeurs de programme, aux agents de
communauté et à la collectivité en général une
formation aux questions liées aux spécificités de chaque
sexe et aux principes de la santé en matière de
reproduction. Elles participent souvent à la formation
de prestataires de services, de conseillers et de
directeurs de programme aux différents aspects de la
prestation de services. Par exemple, la Women's Health
Coalition du Bangladesh forme du personnel
paramédical et des médecins à la prestation de soins de
santé en matière de reproduction. En outre, cette
organisation anime un programme d'échanges dans le
cadre duquel elle dispense une formation aux agents
d'autres organisations nationales et étrangères.
- Les organisations non gouvernementales internationales
apportent elles aussi leur concours aux activités de
formation. C'est ainsi que le Programme international
de formation en gestion de la santé (INTRAH),
organisation non gouvernementale internationale établie
aux États-Unis d'Amérique, forme des prestataires de
soins à tous les aspects de la santé en matière de
reproduction, tout particulièrement dans les domaines
de la planification familiale, de la prévention et de la
lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et
de la santé maternelle, au Bénin, au Ghana, en Guinée,
au Maroc et au Togo. Ce programme aide par ailleurs
les gouvernements à élaborer des programmes d'études
et leur fournit du matériel pédagogique.
G. Participation des organisations
non gouvernementales aux activités
de recherche
- La nouvelle approche de la santé en matière de
reproduction issue de la Conférence internationale sur
la population et le développement a suscité d'immenses
difficultés dans le domaine de la recherche. Les
principaux sujets de recherche portent notamment sur
les besoins et les opinions de la clientèle, les besoins des
femmes et des hommes en matière de sexualité et de
procréation à différentes étapes de leur vie, et la prise
en compte d'une démarche soucieuse d'équité entre les
sexes. De nouvelles méthodes de recherche, telles les
procédures d'évaluation rapide, sont aussi appliquées
par de nombreuses organisations non gouvernementales.
Par exemple, Reprosalud, qui est un projet élaboré par
l'organisation non gouvernementale Manuel Ramos au
Pérou, moyennant un apport financier important de
l'Agence des États-Unis pour le développement
international, a pour objectif d'accroître la demande de
services de santé en matière de reproduction dans les
zones rurales du Pérou. Le projet comprend trois
modules (santé en matière de reproduction, activités
rémunératrices et activités de plaidoyer) et le processus
débute par l'évaluation par la communauté elle-même
de ses besoins au moyen des procédures d'évaluation
rapide.
- Diverses organisations non gouvernementales
internationales, comme le Bureau de référence sur la
population, mènent des enquêtes nationales - enquêtes
démographiques et sanitaires - qui ont servi à évaluer
les programmes de planification familiale. À présent,
de nombreuses organisations non gouvernementales de
recherche intègrent à ces enquêtes d'autres aspects de
la santé en matière de reproduction. Elles contribuent
également à l'amélioration des bases de données
nationales, qui en retour fournissent des informations
sur des aspects importants de la santé en matière de
reproduction. Ainsi, le Centre d'études et de recherches
sur les populations africaines et asiatiques de Paris a mis
au point une méthodologie dénommée monographies
multidisciplinaires qui permet d'obtenir des
informations au niveau national, y compris des données
multidisciplinaires locales et régionales qu'il ne serait
pas possible de recueillir dans le cadre des enquêtes par
sondage, comme les enquêtes démographiques et
sanitaires. Cette méthodologie permet en outre de mener
des études approfondies sur les attitudes et les
comportements dans le domaine de la santé en matière
de reproduction. Elle a été appliquée avec succès au
Burundi, au Cameroun, au Mali, à Maurice et au
Sénégal.
VI. Rôle des organisations
non gouvernementales dans le suivi
de la mise en oeuvre
du Programme d'action
- Le suivi des progrès accomplis dans la mise en oeuvre
du Programme d'action a nécessité la création de
nouveaux mécanismes, la redynamisation des structures
existantes et le renforcement des méthodes
participatives. Dans nombre de pays, en particulier les
pays développés, il existe des mécanismes
institutionnels permettant de suivre la mise en oeuvre
du Programme d'action, mais il a fallu davantage de
temps pour mettre en place de tels mécanismes dans les
pays en développement. Cela tient en partie au manque
d'instruments voulus pour mesurer les progrès
accomplis - indicateurs en particulier - et à l'absence
d'études de référence qui permettraient de faire le bilan
de la situation de chaque pays dans le domaine de la
santé en matière de reproduction et de déterminer les
progrès accomplis.
- De nombreux pays latino-américains signalent la
création de commissions où sont représentées des
organisations non gouvernementales, pour suivre
l'application des accords conclus à la Conférence.
Cependant, certaines commissions nationales n'ont pas
adopté une démarche très dynamique. Le Pérou a
récemment mis en place une commission tripartite, avec
la participation du Gouvernement, d'organisations non
gouvernementales et du Fonds des Nations Unies pour
la population. Le Mexique a créé un groupe
interinstitutionnel sur la santé en matière de
reproduction. Au Chili, les organisations non
gouvernementales oeuvrent avec le Gouvernement pour
constituer une commission nationale de la population
et du développement.
- Nombre des organisations non gouvernementales
siégeant auprès de ces commissions sont membres du
Réseau pour la santé des femmes latino-américaines et
des Caraïbes. Le Réseau a défini six questions
thématiques à suivre dans chacun des pays où ces
organisations exercent leurs activités (sexualité et santé
des adolescents des adolescents en matière de
reproduction; qualité des soins; traitement des
avortements à risques; rôle des hommes; et participation
des femmes à la prise des décisions). Des indicateurs
qualitatifs et quantitatifs ont été élaborés pour chacune
de ces questions et seront utilisées pour évaluer la
situation de chaque pays dans le domaine de la santé en
matière de reproduction.
- L'Agence des États-Unis pour le développement
international a publié un rapport intitulé Reproductive
health programmes supported by USAID: a progress
report on implementing the Caire Programme of
Action, qui a fait le point des initiatives prises par cette
organisation. Bien qu'il s'agisse d'un rapport officiel,
les organisations non gouvernementales intéressées par
les activités de l'Agence ont été invitées à faire des
observations et à poser des questions sur cette étude.
Aux Pays-Bas, la Fondation mondiale pour la
population, par l'entremise de son comité directeur,
examine dans quelle mesure le Gouvernement tient
l'engagement auquel il a souscrit à la Conférence et en
vertu duquel il doit consacrer environ 4 % du budget du
Ministère du développement et de la coopération aux
activités concernant la sexualité et la santé en matière
de reproduction.
- En Afrique, la plupart des organisations non
gouvernementales ont signalé l'existence de
mécanismes visant à assurer le suivi de la mise en
oeuvre du Programme d'action, tout en faisant presque
toutes observer que ces mécanismes relèvent des
pouvoirs publics. Le Réseau pour la santé en matière de
reproduction en Afrique de l'Est (Ouganda, Kenya et
République-Unie de Tanzanie) recommande la
participation des organisations non gouvernementales
aux activités de suivi. Au Nigéria, le Réseau de
recherche sur la santé en matière de reproduction et les
sciences sociales prévoit de recueillir des informations
qui permettront à terme d'évaluer les activités réalisées
dans le pays. Bien qu'un grand nombre d'organisations
non gouvernementales aient signalé l'existence de
mécanismes spécifiques de suivi, il ne semble pas
qu'une approche coordonnée et cohérente ait été définie
pour suivre de près les responsabilités respectives des
organismes gouvernementaux et des organisations non
gouvernementales.
- Aux niveaux international et national, on a recensé
plusieurs expériences de suivi, au nombre desquelles
l'initiative coordonnée par l'Organisation des femmes
pour l'environnement et le développement (Women in
Development); HERA, que coordonne l'International
Women's Health Coalition; Arrow, dans la région de
l'Asie et du Pacifique; et la Latin American Women's
Health Coalition. L'Organisation des femmes pour
l'environnement et le développement a publié un
document intitulé One year after Cairo qui fait la
synthèse de l'application du Programme d'action à
l'échelon national.
- Un certain nombre d'organisations non
gouvernementales ont ainsi été invitées à participer à
des mécanismes nouvellement créés dans différents pays
pour suivre la mise en application des recommandations
de la Conférence, bien qu'en fait, ces mécanismes ne
soient pas encore tous opérationnels.
VII. Partenariat entre organisations non gouvernementales et gouvernements
- En souscrivant au Programme d'action, gouvernements
et organisations non gouvernementales ont commencé
à partager un certain nombre d'objectifs et d'outils,
ainsi que la volonté d'oeuvrer de concert pour sa mise
en application. De nombreuses organisations non
gouvernementales reconnaissent que, par suite de la
Conférence, leur participation à l'élaboration des
politiques et des programmes nationaux s'est trouvée
légitimée.
- Il ressort de l'analyse des réponses au questionnaire que
dans les pays où gouvernements et organisations non
gouvernementales ont établi de bonnes relations de
partenariat ainsi que des circuits d'échanges, la mise en
application du Programme d'action se fait de manière
plus rationnelle. De bonnes relations de travail entre
gouvernements et organisations non gouvernementales
ne peuvent se concevoir que si les deux parties partagent
des objectifs communs. Les réponses au questionnaire
montrent également qu'en l'absence d'une réelle
adhésion des pays aux principes de la santé en matière
de reproduction, les organisations non
gouvernementales qui s'efforcent de dialoguer et de
collaborer avec les pouvoirs publics ne retirent guère
de leurs initiatives qu'un sentiment d'échec.
- La nature de la collaboration qui s'instaure entre
gouvernements et organisations non gouvernementales
varie d'un pays à l'autre. Au niveau national, les
organisations non gouvernementales collaborent avec
les gouvernements de différentes manières : dans
l'exécution des projets; dans l'élaboration des politiques
(en siégeant dans des commissions et en contribuant à
l'organisation de consultations publiques); en assurant
la liaison avec les collectivités; en dispensant une
formation; en sous-traitant des services; et en finançant
l'achat de contraceptifs. Dans les secteurs où le
processus de décentralisation a démarré (ce qui est le
cas dans la plupart des régions), les organisations non
gouvernementales collaborent avec les gouvernements
à la réalisation de projets spécifiques en fournissant des
services ou en siégeant dans des comités locaux de
santé, comme par exemple au Brésil. Au niveau
international, la plupart des organisations non
gouvernementales collaborent avec les pouvoirs publics
et les organisations non gouvernementales nationales
en assurant une formation et en offrant une assistance
technique.
- La collaboration entre pouvoirs publics et organisations
non gouvernementales a permis de remporter un certain
nombre de succès. Ainsi, au Bangladesh, le
Gouvernement entretient d'étroites relations de travail
avec les ONG, constituées en un consortium, dont il
sous-traite les services. Au Mozambique, les ONG, qui
ont engagé un processus de consultation permanente
avec le Gouvernement, assurent une formation et
participent à la mise en oeuvre de projets.
- En règle générale, lorsque les gouvernements sont
acquis aux principes de la santé en matière de
reproduction, la collaboration avec les organisations
non gouvernementales paraît évoluer de manière
constructive.
VIII. Difficultés qui font obstacle aux activités des organisations non
gouvernementales
- Malgré tous leurs efforts et leurs nombreuses réussites,
les organisations non gouvernementales se heurtent à
de nombreuses difficultés, dont certaines sont liées à la
mise en oeuvre des recommandations de la Conférence
et touchent tous les intervenants à tous les niveaux.
Ainsi, diverses organisations non gouvernementales
signalent les difficultés qu'elles ont rencontrées auprès
de certains groupes religieux ou dans certaines régions
où les usages traditionnels sont fortement ancrés, par
exemple dans les zones où la mutilation génitale des
femmes est considérée comme un importante tradition
culturelle. D'autres limitations tiennent à l'absence de
technologies appropriées qui permettraient d'intervenir
dans le domaine de la santé en matière de reproduction,
plus particulièrement dans des secteurs tels que la
prévention et la gestion des maladies sexuellement
transmissibles (MST), et dans le domaine de
l'autonomisation des femmes. Certains obstacles sont
inhérents au fonctionnement même des organisations
non gouvernementales; il s'agit, notamment, de leur
dépendance vis-à-vis du financement extérieur, des
problèmes de croissance qui se posent lorsque les
organisations non gouvernementales locales prennent
la relève au niveau national, et des tensions qui
apparaissent dans la collaboration avec les pouvoirs
publics.
- Pour la majorité des organisations non
gouvernementales qui ont répondu au questionnaire, le
financement constitue une sérieuse difficulté. Le
problème tient en partie à la multiplication de ces
organisations, à la concurrence qu'elles se livrent pour
accéder à des ressources financières de plus en plus
restreintes et à leur incapacité dans de nombreux cas
d'élaborer des stratégies qui leur permettraient de
mobiliser un financement à long terme. Pour beaucoup
d'entre elles, la principale question qui se pose est celle de
savoir si elles sont en fait viables. Il arrive souvent qu'une
organisation non gouvernementale disparaisse parce qu'elle
ne bénéficie plus du soutien du gouvernement ou des
donateurs ou en raison du départ d'un dirigeant
charismatique qui avait réussi à mobiliser des fonds. En
outre, de nombreuses organisations non gouvernementales
signalent que les politiques de financement des donateurs
ne prévoient pas d'appui institutionnel, de sorte qu'il leur
est difficile d'élaborer des stratégies de développement de
longue durée.
- La collaboration avec les pouvoirs publics, qui a suscité
un nouveau dilemme pour les organisations non
gouvernementales nationales, peut comporter, de l'aveu
d'un grand nombre d'entre elles, certains coûts dans la
mesure où elle paraît parfois peu conciliable avec leur
rôle traditionnel d'observateurs vigilants. Selon
quelques-unes, une plus grande autonomie financière
permettrait de remédier à la situation. Cependant, après
la Conférence du Caire, l'un des principaux problèmes
qui se posent à ces organisations consiste à repenser,
dans une optique réellement stratégique, le rôle qu'elles
sont appelées à jouer en tant que partenaire des pouvoirs
publics et représentants de groupes spécifiques porteurs
de revendications précises. On constate le plus souvent
une absence de réflexion quant au rôle que doit être
celui d'une organisation non gouvernementale qui
collabore avec les autorités tout en s'efforçant de
préserver son autonomie. Malgré l'importance cruciale
que revêt la planification stratégique pour de
nombreuses organisations non gouvernementales, les
fonds dont elles disposent à cet effet sont là encore
limités.
- Pour les organisations non gouvernementales
prestataires des services, la reproductibilité des résultats
obtenus constitue un problème majeur. Compte tenu du
mode particulier de gestion et d'affectation des
ressources qui les caractérise, les activités qu'elles
mènent demeurent, pour l'essentiel, impossibles à
transposer, encore que, certains éléments de leurs
programmes aient pu être transférés avec succès dans
des programmes du secteur public. Les organisations
non gouvernementales ont par ailleurs signalé que, faute
de ressources humaines et de possibilités de formation
suffisantes, leur travail se trouvait sérieusement entravé.
- Ainsi, trois années après la Conférence, on recense de
nouveaux obstacles aux difficultés traditionnelles
rencontrées par les organisations non gouvernementales.
Pour certaines, la solution du problème dépendra dans
une large mesure de leur capacité d'élaborer des
stratégies et de la volonté des donateurs et des
responsables des programmes nationaux de promouvoir
leur viabilité.
IX. Organisations intergouvernementales
- Seules deux des quatre organisations
intergouvernementales qui ont répondu au questionnaire
mènent des activités liées à la mise en oeuvre du
Programme d'action. Il s'agit du Fonds de
développement international de l'Organisation des pays
exportateurs de pétrole (OPEP) et de l'Organisation de
l'unité africaine (OUA).
- Le Fonds de l'OPEP est un organisme
intergouvernemental d'aide au développement qui
fournit une assistance financière aux pays en
développement pour soutenir leurs actions de
développement social et économique. Il coopère
fréquemment à la mise en oeuvre de programmes dans
le domaine de la santé en matière de reproduction, mais
à petite échelle. Il a récemment financé un projet sur la
santé maternelle au Guatemala et un projet de formation
en Malaisie.
- L'OUA est une organisation régionale des pays africains
dont l'objectif principal est de promouvoir la
coopération entre États africains dans les domaines
économique, social, culturel et éducationnel. En 1995,
l'OUA a adopté une résolution invitant les États
membres à mettre en place les dispositifs institutionnels
et financiers voulus pour assurer la mise en oeuvre du
Programme d'action. Depuis lors, l'OUA a organisé
nombre de séminaires, de réunions techniques et de
conférences à l'intention de différents groupes cibles
tels que la communauté diplomatique à Addis-Abeba.
En outre, un comité directeur de parlementaires
africains et du Moyen-Orient a été constitué pour
encourager et promouvoir la création de comités
nationaux de parlementaires sur la population et le
développement. Des voyages d'études visant à
promouvoir les questions relatives à la population seront
prochainement organisés dans le cadre de ce
programme. L'objectif est la définition de domaines de
collaboration et d'échanges entre gouvernements et
organisations non gouvernementales sur les questions
relatives à la population.
X. Conclusions
- En tout, 480 organisations non gouvernementales
locales, nationales, régionales et internationales ont
rendu compte des progrès accomplis et des obstacles
rencontrés dans la mise en oeuvre du Programme d'action.
Leur travail est complexe et diversifié, et il ne fait pas de
doute qu'elles poursuivront des efforts considérables pour
progresser dans la réalisation du Programme d'action.
- Les organisations non gouvernementales qui mènent
une action de sensibilisation aux niveaux international
et national ont réussi à replacer la santé en matière de
reproduction dans le contexte des droits de l'homme et
de l'égalité entre les sexes et participent activement au
suivi de la mise en oeuvre du Programme d'action.
- Les organisations non gouvernementales qui sont
engagées dans les services ont démontré des progrès
incontestables dans la mise en oeuvre du Programme
d'action. S'il est vrai que certaines d'entre elles avaient
déjà adhéré aux principes de la santé en matière
de
reproduction bien avant la tenue de la Conférence, 53 %
de celles qui ont répondu au questionnaire ont signalé
qu'elles offraient désormais, outre des services de
planification familiale, des soins de santé en matière de
reproduction. Parmi les organisations non
gouvernementales qui ne proposent pas de services de
santé en matière de reproduction, nombreuses sont
celles qui orientent les usagers vers ces services.
Presque toutes les composantes de la santé en matière
de reproduction sont désormais incorporées à des
programmes. Les activités des organisations non
gouvernementales sont axées sur la qualité des soins et
la situation des adolescents. Cependant, il leur reste
encore beaucoup à faire pour assurer la participation des
hommes.
- Les organisations non gouvernementales nationales sont
de plus en plus nombreuses à collaborer avec les
pouvoirs publics. Quelle que soit l'étendue de cette
collaboration, il est pratiquement impensable de nos
jours que gouvernements et organismes internationaux
puissent proposer des activités dans le domaine de la
santé en matière de reproduction auxquelles ne seraient
pas associées des organisations non gouvernementales.
Les organisations non gouvernementales internationales
jouent un rôle décisif dans la fourniture d'une assistance
technique et la mobilisation de ressources financières
au profit des organisations non gouvernementales
nationales, ainsi que par la création d'un environnement
international favorable à l'action des organisations non
gouvernementales dans le monde entier.
- Le nombre de réponses reçues dans le cadre de cette
opération de suivi montre que les ONG continuent à
faire preuve de dynamisme et demeurent résolues à
mettre en oeuvre dans la pratique les recommandations
de la Conférence. Il ressort d'autre part de ces réponses
que la mobilisation d'un appui international et national
demeure un élément crucial du travail décisif qu'elles
accomplissent.
Notes
1 Rapport de la Conférence internationale sur la population et
le développement, Le Caire, 5-13 septembre 1994 (publication
des Nations Unies, numéro de vente : F.95.XIII.18), chap. I,
résolution 1, annexe.
2 Documents officiels du Conseil économique et social,
Supplément No 5 (E/1996/25), par. 3.