NATIONS UNIES
E

Conseil économique et social
Distr.
GÉNÉRALE

E/CN.9/1998/3
19 décembre 1997
FRANÇAIS
ORIGINAL : ANGLAIS

COMMISSION DE LA POPULATION ET DU DÉVELOPPEMENT
Trente et unième session
23-27 février 1998
Point 4 de l'ordre du jour provisoire*

RÉSUMÉ

Le présent rapport a été établi par le FNUAP conformément au programme de travail pluriannuel de la Commission de la population et du développement, qui s'articule autour de certains thèmes et priorités et a été approuvé par le Conseil économique et social dans sa résolution 1995/55. Le thème retenu pour 1998 est celui de la santé et de la mortalité, une attention particulière étant portée aux liens entre la santé et le développement, aux questions concernant les femmes et aux personnes âgées.

Le FNUAP a établi le présent rapport pour donner un large aperçu de l'éventail des activités mises en oeuvre dans les domaines mentionnés ci-dessus afin de répondre au besoin pressant d'amélioration de la qualité de la vie et de la santé dans les pays en développement. Ce besoin a été clairement exprimé aux conférences internationales, particulièrement à la Conférence internationale sur la population et le développement, ainsi que dans des orientations et programmes nationaux. Le rapport tient compte des réponses fournies à un questionnaire envoyé aux pays en développement par l'intermédiaire des représentants du FNUAP. Ce questionnaire a été envoyé à 130 pays, dont 80 ont répondu, de même que des organisations non gouvernementales, multilatérales et intergouvernementales.

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*E/CN.9/1998/1.

TABLE DES MATIÈRES

Paragraphes
I. INTRODUCTION 1 - 3
II. SANTÉ ET DÉVELOPPEMENT 4 - 15
A. Réforme et financement de la santé
4 - 9
B. Amélioration de la qualité de la vie
10 - 11
C. Réponse aux besoins de groupes particuliers
12 - 15
III. SOINS DE SANTÉ PRIMAIRES ET SECTEUR DES SOINS DE SANTÉ 16 - 19
IV. SURVIE ET DÉVELOPPEMENT DE L'ENFANT 20 - 24
V. LA SANTÉ DES FEMMES 25 - 36
VI. VIH/SIDA 37 - 42
VII. APPUI NON GOUVERNEMENTAL INTERNATIONAL 43 - 46
VIII. RECHERCHE CONCERNANT LA SANTÉ47 - 49
IX. CONCLUSIONS 50




I. INTRODUCTION

1. Le FNUAP a établi le présent rapport pour donner un vaste aperçu de l'éventail des activités dans les domaines de la santé et de la mortalité -- une attention particulière étant portée aux liens entre la santé et le développement, aux questions concernant les femmes et aux personnes âgées -- qui ont été mises en oeuvre dans les programmes de pays depuis la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) tenue au Caire en septembre 1994 1. Le rapport tient compte des réactions que les pays ont fait connaître par l'intermédiaire des représentants du FNUAP. Il évalue les politiques et les activités du programme que les pays ont mises en oeuvre pour améliorer la santé et réduire la mortalité. Conformément aux thèmes de fond définis dans le chapitre VIII du Programme d'action de la CIPD, l'accent est principalement mis sur les mesures prises pour renforcer les soins de santé primaires et le secteur de la santé, améliorer la survie et la santé de l'enfant ainsi que la santé des femmes, développer la maternité sans risques et ralentir la diffusion de l'infection par le VIH/sida 2.

2. Pour obtenir les renseignements dont il avait besoin afin d'établir le présent rapport, le FNUAP a envoyé un questionnaire à 130 pays en développement par l'intermédiaire de ses représentants. Il a reçu des réponses de 80 pays ainsi que de 11 organisations non gouvernementales, intergouvernementales et multilatérales selon la répartition suivante. Les pays qui ont répondu ont été au nombre de 29 en Afrique subsaharienne et 18 en Asie et dans le Pacifique 3. Six États arabes ont envoyé une réponse, de même que quatre pays d'Europe ou pays dont l'économie est en transition et 23 pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Ont répondu, de plus, sept organisations non gouvernementales internationales, une organisation intergouvernementale et trois organismes des Nations Unies.

3. Parmi les bureaux de pays auxquels les informations ont été demandées, 57 % ont répondu. Le taux de réponse a été satisfaisant en Afrique (63 %), en Asie et dans le Pacifique (64 %) ainsi qu'en Amérique latine et dans les Caraïbes (70 %), même s'il n'a pas été optimal. La plupart des pays du programme en Asie centrale et des pays en situation d'urgence n'ont pas pu répondre au questionnaire, ce qui est facile à comprendre. Le faible taux dans les pays arabes et en Europe (23 %) est dû principalement à ce que les États du Golfe, les pays d'Europe orientale et les États qui ont succédé à l'Union soviétique n'ont pas rempli le questionnaire. Le taux de réponse a été de 23 % dans le cas des ONG internationales, mais de 2 % seulement dans celui des organisations intergouvernementales. Ces taux ont été obtenus après une demande initiale et deux rappels offrant une assistance à tous ceux dont on attendait des réponses. Le taux a été de 74 % pour les pays où le FNUAP avait un représentant résident.

II. SANTÉ ET DÉVELOPPEMENT

A. Réforme et financement de la santé

4. Deux types de réformes en cours ont été signalés dans le secteur de la santé. Le premier consiste dans la révision systématique de la formation du personnel ainsi que de la fourniture et du suivi des services et d'autres éléments du système, en réponse au Programme d'action. L'un de ses traits marquants c'est qu'il insiste sur la fourniture de conseils, replace davantage les activités dans le contexte de la santé génésique et il accorde une grande importance à la santé des adolescents. Les activités existantes sont mises en oeuvre conformément aux approches révisées, par exemple par le biais de la formation en cours d'emploi, les programmes d'études et les plans concernant les services et les prestations de soins nouveaux en tiennent compte. Un bon exemple de ce type de réformes est fourni par le Népal qui a adopté un plan de santé à long terme mettant l'accent sur la survie de l'enfant et la santé génésique.

5. La réforme du deuxième type est plus fondamentale et peut entraîner la transformation du secteur des soins de santé. Douze pays d'Afrique ont dit avoir pris des mesures dans le sens d'une telle réforme. À Madagascar, la décentralisation assortie d'une participation communautaire et d'un regroupement des activités au niveau local s'est déjà faite et s'accompagne d'un renforcement du secteur de la santé à l'échelon des districts.

6. Presque tous les pays d'Asie qui ont répondu (17 sur 19) ont fait état de mesures de révision et de réforme du secteur de la santé. Au Bangladesh, les pouvoirs publics, avec l'assistance de la Banque mondiale, ont entrepris d'examiner les réformes que nécessitent le regroupement et la fourniture des services de soins de santé primaires. L'Égypte a entrepris une tâche analogue, elle aussi avec l'assistance de la Banque mondiale. Au Cambodge et en Azerbaïdjan, les réformes dans le domaine de la santé sont liées à une évolution des modes de financement des soins de santé. Plusieurs pays, la Thaïlande par exemple, sont en train d'établir des liens étroits entre les politiques de la santé et les politiques générales conçues pour améliorer la qualité de la vie. Certains pays sont seulement en train de s'engager dans cette voie. Le Gouvernement yéménite a créé un comité ministériel de réforme de la santé qui est chargé d'élaborer des lignes directrices et une nouvelle politique de réforme.

7. Conformément au but défini dans le Programme d'action selon lequel il faut que les gouvernements s'efforcent de donner aux services de santé de base une assise financière plus stable ... en utilisant au mieux les services axés sur la collectivité, les techniques de marketing social et les systèmes de recouvrement des coûts, afin d'élargir l'éventail des services disponibles et d'en améliorer la qualité 4, de nombreux pays sont en train de changer et de chercher à financer les soins de santé de base non plus uniquement à partir de recettes publiques mais grâce à d'autres arrangements. Douze pays d'Afrique ont signalé que les services étaient payants ou qu'il y avait recouvrement du coût des activités et d'autres pays ont lancé des programmes de financement : fonds autorenouvelables pour les médicaments, services de laboratoires payants, paiement partiel ou intégral des services, etc. Le Sénégal a adopté une stratégie fondée sur l'Initiative de Bamako 5 qu'il applique dans ses 45 districts de santé : il est demandé aux patients de payer, pour les consultations de prévention ou de soins, un montant qui correspond aux coûts récurrents. Les postes de santé sont financés par ces paiements. Les patients paient aussi les médicaments essentiels. Dans chacun de ces cas de réformes, on accorde davantage d'importance à la fourniture de soins de santé primaires et à l'amélioration de l'accès aux services. Dans au moins 15 pays d'Afrique, une assurance maladie privée soit est à l'essai au titre d'un projet pilote, soit est autorisée par la loi, soit existe déjà.

8. D'après les réponses, les soins hospitaliers et les services sont aussi payants en Asie où la Malaisie, le Cambodge et le Bangladesh appliquent le principe du recouvrement partiel ou intégral du coût des services. Dans nombre de ces pays, la voie vers la création d'un régime d'assurance maladie a été préparée. Des régimes d'assurance maladie existent déjà dans un certain nombre de pays d'Asie. Ces régimes concernent, entre autres, les fonctionnaires et certains salariés du secteur privé dans 10 pays, dont l'Indonésie, la République islamique d'Iran, les Philippines et la Thaïlande. Le Yémen a décidé d'encourager le partage des coûts et il est demandé à la collectivité de gérer les services de santé et de participer au système de recouvrement des coûts.

9. Dans le même temps, et aussi conformément au Programme d'action, des ensembles de mesures visant à améliorer l'accès des services et à les rendre mieux acceptés et moins coûteux ont pour objectif de réduire les écarts qui font que les pauvres n'en bénéficient pas suffisamment. Si l'on considère les différents pays, le programme de santé génésique du Bhoutan a pour objectif de faire que les femmes enceintes soient plus nombreuses à bénéficier des services prénatals en privilégiant celles qui ne peuvent pas payer les services privés. La République islamique d'Iran a entrepris, par des activités d'information, d'éducation et de communication (IEC) d'accroître le recours aux réseaux de soins de santé primaires et de réduire l'écart entre l'état de santé des femmes urbaines et celui des femmes qui vivent dans les régions les plus reculées. Dans le même but, la République de Corée ainsi que d'autres pays réduisent ou éliminent les paiements et les cotisations que les pauvres doivent acquitter pour obtenir des services de santé. Le Népal et les Philippines accroissent le nombre des centres de fourniture de services au profit des groupes défavorisés. Dans l'intérêt des peuples autochtones, plusieurs pays multiplient les installations et enseignent les langues et les moeurs culturelles et sociales des populations autochtones aux prestataires de soins pour que ceux-ci puissent mieux les servir.

B. Amélioration de la qualité de la vie

10. Le Programme d'action précise que tous les pays devraient s'attacher à titre prioritaire à améliorer la qualité de la vie et l'état de santé de la population en garantissant à tous les groupes un cadre de vie sûr et salubre 6. Il est souvent question de la fourniture d'eau pure et de services d'assainissement dans les programmes et les lignes d'orientation qui insistent sur la qualité de la vie et le milieu. Les programmes conçus pour des pays comme les Comores ou l'Érythrée placent au premier rang des priorités nationales la fourniture d'eau pure et d'installations sanitaires et le Sénégal a adopté un code d'hygiène qui est détaillé jusqu'au niveau des collectivités. D'autres pays d'Asie, du Moyen-Orient et d'Amérique latine ont entrepris de mettre en place des politiques et des programmes de sensibilisation et d'action pour empêcher l'aggravation de la pollution et de la dégradation de l'environnement. Dans le Pacifique Sud, des pays ont adopté des politiques et des programmes en faveur du principe des îles saines.

11. Les Philippines offrent un exemple remarquable de la stratégie des lieux de santé qui repose sur des campagnes en faveur de l'assainissement de base et de l'élimination des menaces contre l'environnement. Les principaux éléments de cette stratégie sont les suivants : développement d'habitudes d'hygiène dans les écoles, nouvelle motivation des administrations locales, des ONG, ainsi que du secteur privé et du secteur public pour qu'ils accroissent l'hygiène et la propreté des logements, des commerces d'alimentation et des marchés, et développement de l'hygiène sur les lieux de travail, encouragement à l'utilisation de véhicules non polluants et à la propreté et l'hygiène des rues. En sensibilisant l'opinion, on espère favoriser des mesures qui garantiront la sûreté et l'hygiène du milieu. Les politiques et programmes de plusieurs autres pays d'Asie, dont le Népal et la République de Corée insistent elles aussi sur un cadre de vie sûr, sain et hygiénique.

C. Réponse aux besoins de groupes particuliers

12. Les politiques et programmes de santé liés au travail prennent de l'importance dans les plans de développement de plusieurs pays. Les services de santé sur les lieux de travail sont conçus parfois aussi pour les membres de la famille, comme en Namibie ou en Ouganda. Dans certains cas, ils sont fournis ou financés par le secteur privé, une ONG ou l'État. D'autres pays ont entrepris par des réformes d'améliorer et de protéger la santé des travailleurs, entre autres en promulguant une législation concernant la santé du travail. Divers pays d'Asie insistent aussi sur la nécessité de protéger la santé et la sûreté des travailleurs. Fidji exige maintenant un examen médical au moment du recrutement et a adopté une loi d'indemnisation pour aider ceux dont la santé a souffert d'un manque d'hygiène sur les lieux de travail. L'Inde a entrepris de protéger ses fonctionnaires et les Philippines ont adopté un code de la santé et de la sûreté du travail pour protéger de nombreuses catégories de travailleurs.

13. De nombreux pays se sont dotés d'une politique d'aide aux personnes défavorisées pour soigner et traiter les aveugles et autres personnes souffrant de handicaps. De plus en plus de pays reconnaissent que les handicaps se multiplient et qu'il est nécessaire de les prévenir et de les traiter. Par exemple, le Cap-Vert, l'Éthiopie et le Sénégal ont des programmes de rééducation physique et de formation pour renforcer l'autonomie financière des personnes handicapées. Les ONG participent beaucoup aux programmes de nombreux pays conçus pour les handicapés. En République centrafricaine, des ONG nationales et internationales oeuvrent en coopération étroite avec les pouvoirs publics pour des programmes destinés aux handicapés. La République de Corée a adopté des textes législatifs pour protéger les personnes handicapées et fournir des informations et des installations. Elle apporte une assistance financière pour le diagnostic et a développé ses services de rééducation médicale pour accroître le nombre des installations et réduire les frais médicaux que doivent acquitter les personnes handicapées ayant un revenu faible. Les Philippines agissent plus ou moins dans le même sens, surtout en aidant les familles à s'occuper de leurs parents handicapés et en soutenant des programmes d'édification de capacité qui favorisent l'autonomie et l'indépendance. Onze pays d'Asie ont signalé avoir des politiques et des programmes conçus pour les handicapés. En général, des ONG et les pouvoir publics fournissent une formation et un appui à ceux qui peuvent travailler et consacrent des activités de recherche et d'évaluation aux causes du handicap et à son traitement.

14. C'est en Asie que l'on trouve le plus grand nombre de programmes et de politiques conçus pour les personnes âgées. En République de Corée, ils aident les personnes âgées à continuer de vivre indépendamment chez elles. À Fidji, en Malaisie, au Pakistan et aux Philippines, les ONG ont beaucoup aidé les pouvoirs publics à créer des foyers, fournir une formation et répondre aux besoins de santé. Au Bangladesh, les programmes conçus pour les personnes âgées et les réactions institutionnelles aux besoins de celles-ci ont conduit à créer l'Institut de médecine gériatrique ainsi que le Comité national sur le vieillissement au niveau ministériel. Les ONG s'emploient à mieux faire connaître les besoins des personnes âgées. Des activités novatrices importantes ont aussi lieu en Afrique où des programmes dans le domaine de la santé conçus pour les personnes âgées ont été signalés, par exemple au Malawi, au Mozambique, en République-Unie de Tanzanie et au Sénégal. Plusieurs pays ont fait état d'un appui, dans le domaine social et celui du logement, qui consiste souvent en une coopération entre des ONG et les pouvoirs publics au service des besoins de cette fraction de plus en plus importante de la population.

15. Dans toutes les régions géographiques et dans tous les pays, on comprend de plus en plus l'importance des politiques et programmes concernant les besoins des adolescents dans le domaine de la santé, y compris la santé génésique jusque-là souvent négligée. Dans beaucoup de pays, par exemple au Bangladesh, en Érythrée, en Inde et en République-Unie de Tanzanie, la précocité du mariage et des naissances non seulement menace la santé des jeunes femmes, mais aussi les empêche de se développer pleinement dans la société et diminue l'apport de chacun au développement social et à la vie de la collectivité. C'est dans cet esprit que le Burkina Faso, l'Ouganda, la République centrafricaine et la Zambie, par exemple, ont conçu des politiques et des programmes pour améliorer la santé génésique des adolescents en créant des services conçus pour les adolescents et gérés par ceux-ci et en fournissant des installations pour des services que les adolescents acceptent volontiers. Les ONG sont aussi beaucoup intervenues pour aider les adolescents dans ces pays d'Afrique.

III. SOINS DE SANTÉ PRIMAIRES ET SECTEUR DES SOINS DE SANTÉ

16. Il est dit dans le Programme d'action que tous les pays devraient faire de l'accès aux soins de santé de base et de la promotion sanitaire les principaux axes de leur stratégie de réduction de la mortalité et de la morbidité 7. Il semble que les services de santé de base s'améliorent dans la plupart des pays qui ont répondu à l'enquête du FNUAP. Le nombre de prestataires de services a été accru par le recrutement et la formation. Le personnel existant suit une formation continue qui améliore ses compétences techniques et aussi la qualité des soins. Dans la plupart des pays, des installations et du matériel nouveaux ont été fournis et les installations existantes ont été modernisées. Plusieurs pays, dont la Zambie, ont dit que du personnel était réaffecté à des zones mal desservies. Les services de proximité sont plus nombreux à bénéficier d'un appui et la distribution des soins de santé au niveau de la collectivité s'accroît. Des efforts ont été faits, par exemple en Afrique du Sud, pour réaffecter aux soins de base des ressources qui allaient auparavant aux soins tertiaires. Un telle opération est cependant difficile et rencontre souvent des résistances. L'objectif global est de ramener à cinq kilomètres la distance moyenne entre les usagers et les lieux de fourniture des services, pour accroître la proportion de personnes qui ont accès à ceux-ci. À ce jour, les pays ne se sont pas encore entendus au sujet de la règle qu'il convient d'adopter pour mesurer cet accès.

17. Dans les programmes de pays, on a essayé de rendre les services de soins de santé de base plus acceptables en relevant les normes techniques et normatives, en enseignant de nouvelles compétences aux prestataires de services, notamment en leur apprenant à mieux conseiller et en veillant davantage à ce que les approches à la fourniture des services soient adaptées culturellement. Du côté des usagers, certains pays comme l'Érythrée développent les programmes d'IEC pour éduquer la population dans le domaine des soins de santé et s'attachent à développer la santé et à faire naître un vif intérêt pour la santé individuelle et familiale.

18. La fourniture des services de planification familiale et de soins de santé de base de la collectivité représente un mode bien rodé d'activité de programme dans toutes les régions. L'importance de ce système de fourniture des services a été renforcée par des décisions de décentraliser la gestion des systèmes de santé et de la déléguer au niveau inférieur le plus efficace. Au Bangladesh, au Bhoutan, au Botswana et au Viet Nam, les organisations locales et les habitants interviennent directement dans la fourniture des services. Au Népal, par exemple, la politique nationale de la santé prévoit la fourniture des soins de santé primaires et des services de planification familiale au niveau local grâce à une participation de la collectivité à leur gestion et à leur fourniture. Les centres de soins de proximité sont gérés par des groupes d'usagers qui constituent un comité de gestion au niveau local. Le Yémen a répondu que la collectivité participait à la définition de la politique de la santé et que les responsables communautaires intervenaient localement dans le choix des services à fournir. Au Nigéria, la collectivité participe à la planification du programme concernant le projet d'organisation de la santé des femmes, au suivi et à la gestion du programme en encourageant la constitution de comités de village et de district chargés de l'amélioration de la santé et en favorisant leurs activités, ainsi que la mobilisation de ressources et à la rénovation des installations de santé.

19. Dans beaucoup de pays, les programmes d'études dans le domaine de la santé ont été modifiés et revus en fonction des nouveaux centres d'intérêts suscités par la CIPD. Presque tous les pays en développement ont étendu le programme d'étude des médecins, des agents sanitaires des collectivités ainsi que des autres prestataires de services de santé en inscrivant la santé génésique, y compris la planification familiale, aux programmes relatifs à la santé de base. La Malaisie a développé la documentation concernant les besoins de santé des jeunes, des femmes et des personnes âgées. Au Botswana, on insiste particulièrement sur l'aptitude à fournir des conseils, de même qu'au Mozambique, au Nigéria et dans un certain nombre d'autres pays.

IV. SURVIE ET DÉVELOPPEMENT DE L'ENFANT

20. Les programmes relatifs à la survie et au développement de l'enfant, au moment de leur lancement, dans les années 80, insistaient surtout sur le suivi de la croissance, l'allaitement au sein, l'immunisation et l'administration orale de sels de réhydratation contre la déshydratation provoquée par les diarrhées. Ces quatre méthodes de lutte contre la mortalité infantile sont adaptées aux principales causes de morbidité et de mortalité pendant la première année de la vie et jusqu'à l'âge de 5 ans. Les politiques de survie de l'enfant vont maintenant plus loin que les quatre programmes lancés dans les années 80. Pour la présente enquête, la plupart des pays de chaque région ont déclaré avoir mis en place diverses politiques nouvelles au service de la survie et du développement de l'enfant. Entre autres, ils s'attaquent aux causes précises de décès, font des choix stratégiques en matière de prise en charge globale (initiative appuyée entre autres par l'UNICEF), de même que pour étendre les services de santé génésique destinés aux parents, de sorte qu'ils prennent en compte la santé des enfants. Ces efforts ne sont pas indépendants d'autres programmes de développement. En Indonésie, par exemple, les politiques relatives à la survie de l'enfant sont liées à la lutte contre la pauvreté. Au Botswana, au Malawi, en Thaïlande et dans certains pays du Pacifique Sud, la survie de l'enfant est un thème des programmes de santé à l'école qui prévoient la fourniture de services nutritionnels et de services de santé dans les établissements scolaires.

21. Presque tous les pays ont mis en place des programmes relatifs à la santé nutritionnelle des enfants qui, généralement, prévoient une surveillance des niveaux de malnutrition et de la croissance, la fourniture d'informations aux mères et des interventions au sujet de problèmes particuliers. L'UNICEF a indiqué que des politiques préconisant la distribution de suppléments de vitamine A ont été adoptées dans 61 pays et que 28 pays fournissent de tels suppléments aux enfants. De nombreuses réponses au questionnaire actuel ont précisé que la fourniture de ces suppléments faisait partie expressément de programmes, de même que celle de sel iodé pour la prévention du goitre et du retard mental. Selon elles, le besoin de programmes spéciaux insistant sur l'état nutritionnel des filles n'avait guère été signalé. Néanmoins, si la malnutrition protéo-énergique décline globalement, dans certains pays, l'amélioration est plus nette chez les garçons de classes d'âge définies que chez les filles.

22. Dans certains pays, les politiques nutritionnelles sont reprises dans les programmes de développement. La Namibie a adopté en 1995 une politique de l'alimentation et de la nutrition selon laquelle le gouvernement doit faire en sorte en priorité que la population puisse se suffire à elle-même, au niveau des ménages, dans les domaines alimentaires et nutritionnels en développant des habitudes alimentaires, sanitaires et nutritionnelles satisfaisantes. Il faut donc que chaque individu et chaque ménage puisse avoir des ressources permettant de produire les denrées nécessaires, qu'il sache théoriquement et concrètement comment utiliser au mieux ces ressources et, de plus, qu'il ait accès à des sources d'eau pure, des dispensaires et des structures de marché fiables pour pouvoir en tirer le meilleur parti.

23. Dans toutes les régions géographiques, l'allaitement au sein est préconisé et encouragé par des activités d'IEC. Soixante-dix pour cent des pays qui ont répondu au questionnaire ont dit avoir des programmes bien rodés dans ce domaine et avoir fait progresser l'allaitement exclusivement au sein ou en avoir arrêté le déclin qui avait commencé au début de la décennie. La durée pendant laquelle l'allaitement est recommandé, lorsqu'elle a été précisée, est de quatre à six mois. Dans le même temps, les réponses font souvent état de l'adoption d'un code contre l'emploi de produits de substitution du lait. Presque toujours, ces résultats sont cités au titre de l'initiative hôpitaux amis des bébés. L'UNICEF estime que plus de 12 000 hôpitaux ont obtenu la dénomination d'amis des bébés à la suite des efforts déployés à l'échelon hospitalier pour développer et défendre l'allaitement au sein. Diverses organismes luttent pour l'allaitement au sein, dont les gouvernements par l'intermédiaire des ministères de la santé, ainsi que des ONG, par exemple les comités nationaux créés expressément à cette fin. Par exemple, en République islamique d'Iran, le Comité national pour l'allaitement au sein, présidé par le Ministre de la santé, a incité les hôpitaux et les facultés de médecine à favoriser cette méthode. Un centre national pour le développement de l'allaitement au sein a été créé et quatre centres provinciaux supplémentaires sont chargés de programmes de formation. Une étude de 1995 a montré qu'en zone rurale 59 % et en zone urbaine 46 % des nouveau-nés étaient nourris exclusivement au sein pendant leur quatre premiers mois d'existence. Au Honduras, des comités nationaux et hospitaliers pour l'allaitement au sein et la réglementation de la commercialisation des substituts du lait encouragent l'allaitement au sein en tant que stratégie de survie des nouveau-nés.

24. Des programmes d'immunisation ont été adoptés quasiment universellement, dans toutes les régions. Le programme élargi de vaccination (PEV) et d'autres programmes de masse servent normalement à lutter contre les principales maladies infantiles. La lutte contre d'autres infections et parasites est moins souvent signalée. Environ le tiers seulement des pays ont dit appliquer des programmes de lutte contre les affections respiratoires aiguës. En Afrique, où 90 % de tous les cas clinique de paludisme sont constatés, quelques pays seulement ont insisté sur les programmes de lutte contre le paludisme chez les enfants, bien que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ait dit que les personnes les plus exposées au paludisme étaient les enfants de moins de 5 ans dans les régions où le paludisme est endémique.

V. LA SANTÉ DES FEMMES

25. Selon le Programme d'action de la CIPD, tous les pays devraient essayer de faire en sorte que la mortalité maternelle soit réduite d'ici à 2015. Pour cela, il faut surtout comprendre que la qualité de vie des femmes, en particulier dans le domaine de la santé génésique, a fait moins de progrès que les autres indicateurs de la santé. Comme l'ont fait observer le FNUAP, l'OMS et l'UNICEF, la mortalité maternelle est un indicateur particulièrement sensible de l'inégalité et de la santé des femmes et les informations existantes prouvent largement que les taux de mortalité maternelle ne se sont pas réellement améliorés au cours des dernières années. Après la CIPD, le FNUAP et l'OMS ont reconnu que l'amélioration de la santé génésique était une condition essentielle du développement. La stratégie qui doit conduire à cette amélioration comporte quatre volets : construire à partir de ce qui existe déjà, favoriser les liaisons et une intégration fonctionnelle de l'information et des services en matière de santé génésique aux soins de santé primaires, répondre aux besoins concernant les composants essentiels relatifs à la maîtrise de la fécondité, ainsi qu'à la réduction de la morbidité et de la mortalité maternelle et néonatale, et prévenir et prendre en charge les maladies sexuellement transmissibles (MST) et enfin, obtenir que les hommes comme les femmes participent aux activités visant à améliorer la santé génésique.

26. Au niveau des pays, des politiques et des programmes visent à réduire les risques rencontrés par les femmes au cours de leur vie procréatrice. Il est reconnu que la santé est menacée par les grossesses rapprochées ou très précoces et l'obligation de reprendre le travail immédiatement après l'accouchement. Une solution aux difficultés qui résultent de cette obligation consiste dans l'adoption institutionnelle de politiques et de règlements concernant les congés de maternité. À Maurice, le congé de maternité est entré dans les moeurs et en Éthiopie, le projet de réforme de la législation civile prévoit un congé de maternité de trois mois après la naissance. Au Kenya, le congé de maternité dure 60 jours pour toutes les femmes qui y ont droit, au Rwanda, les travailleuses du secteur structuré ont droit à trois mois de congé de maternité, au Botswana, le congé de maternité est de trois mois, avec salaire complet; les Namibiennes n'ont qu'un mois de congé de maternité après la naissance; en Ouganda, enfin, la durée normale du congé est de 45 jours.

27. Les pays d'Asie ont des politiques et des programmes qui se ressemblent. Dans les 14 pays d'Asie qui ont donné des réponses à ce sujet, la durée du congé de maternité va de 45 à 133 jours et, dans la plupart des pays, elle est de trois mois. Dans quelques pays, par exemple l'Inde et les Philippines, il existe aussi un congé de paternité de 15 jours. Le congé de maternité est chose courante surtout dans la fonction publique et les grandes sociétés privées. Il l'est beaucoup moins dans le cas de la grande majorité des femmes qui travaillent en milieu rural ou dans de petites industries. Des ONG se sont employées à faire adopter des politiques allant dans le sens du congé de maternité et ont obtenu l'appui des pouvoirs publics dans certains pays comme le Bangladesh.

28. Dans beaucoup de pays, la situation des femmes est telle qu'elle menace leur santé. C'est ce qui a été reconnu dans beaucoup de cas par l'adoption de politiques qui protègent les droits des femmes dans la famille et dans la société, aussi bien dans le cadre familial que dans celui de la collectivité. Les mesures dans ce sens sont très diverses et correspondent à ce qui est perçu comme étant les besoins locaux. Le Malawi, le Nigéria, les Philippines et la République arabe syrienne ont fait état de politiques et de révisions législatives qui protègent la santé des femmes sur le lieu de travail. Certains milieux de travail à la maison menacent particulièrement la santé des femmes, comme l'ont reconnu l'Éthiopie, la République islamique d'Iran et le Népal. Au Comores, le code de la famille a été renforcé et un ministre a été chargé de promouvoir les droits et la santé des femmes. Le Cambodge fait partie des quelques pays qui ont déclaré avoir adopté une politique publique pour réduire la violence dans la famille au titre de la protection de la santé des femmes. Les Philippines ont décidé de protéger les femmes contre le viol, les violences physiques et l'inceste.

29. Renforcer la participation des femmes aux décisions concernant la santé sexuelle et génésique fait partie d'une politique plus vaste pour protéger la santé des femmes. Des politiques et programmes dans ce sens, à plusieurs échelons de la société, existent dans plusieurs pays, dont le Cambodge. Le Bhoutan, l'Éthiopie et la République islamique d'Iran ont aussi signalé qu'ils essayaient de créer pour les femmes des possibilités accrues de jouer un rôle plus important. Aux Philippines, le Gouvernement part du principe que les choix en matière de planification familiale et de procréation devaient être faits individuellement et à l'intérieur du couple. De plus, les activités de formation concernant les femmes mises en oeuvre par les organisations au service de la santé de celles-ci et d'autres ONG comprennent un module d'orientation dans le domaine de la santé des femmes concernant la santé génésique et les droits en matière de procréation, la sexualité et les droits liés à la sexualité. La République islamique d'Iran a un programme qui inclut des activités d'IEC qui sont destinées aux hommes et portent sur les droits des femmes et les rôles en matière de décisions, et que les organismes de l'ONU ont appuyées. Le programme de pays du FNUAP comporte des éléments importants relatifs au développement des femmes et à leur émancipation dans chacun des domaines principaux d'assistance.

30. Dans 15 pays d'Afrique, des activités sont entreprises pour éliminer les mutilations génitales des femmes qui risquent de ruiner leur santé. Elles consistent, entre autres, en des activités de plaidoyer et de sensibilisation, la constitution de comités nationaux ou d'équipes spéciales chargés de lutter contre de telles pratiques nocives, des campagnes dans les médias et des campagnes de sensibilisation, des activités de recherches socioculturelles, la mise au point et la diffusion de documentation et la formation de prestataires de soins de santé. Des ONG locales et nationales ainsi que d'autres institutions nationales ont organisé plusieurs ateliers et séminaires sur ce thème dans les pays d'Afrique intéressés et leur travail est appuyé par des organisations bilatérales et multilatérales y compris, souvent, le FNUAP.

La maternité sans risques

31. Le FNUAP s'est employé à servir l'initiative pour une maternité sans risques qui repose sur des chiffres montrant que la mortalité et la morbidité liées à la grossesse pèsent considérablement sur le niveau global de santé des femmes en âge de procréer dans les pays en développement. L'enquête actuelle montre que cette approche a été largement bien accueillie : tous les pays, dans toutes les régions géographiques, ont des programmes courants de soins de santé maternelle. Tous les pays qui ont fourni des réponses créent ou rénovent des installations, dispensent une formation et revoient leurs programmes d'étude, et conçoivent et améliorent des systèmes d'orientation.

32. Il est maintenant admis qu'il n'est pas possible de réduire sensiblement la morbidité et la mortalité maternelles sans permettre à toutes les femmes qui en ont besoin d'accéder à des services obstétriques essentiels sûrs et efficaces. Dans la région des États arabes, la République arabe syrienne, le Soudan et le Yémen entreprennent tous des activités de formation concernant l'accouchement sans danger et les soins obstétriques d'urgence. Il en est de même en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et en Asie. En République islamique d'Iran, il existe maintenant un comité chargé de lutter contre la mortalité maternelle qui dépend directement du Ministère de la santé et de l'enseignement médical. Ce comité a des homologues dans les provinces. Tous les décès maternels sont signalés à un comité qui en examine les causes profondes et définit des méthodes pour que de tels cas ne se renouvellent pas. Les comités conçoivent des modules éducatifs et organisent des cours de formation permanente concernant les complications des grossesses et les accouchements destinés aux médecins et aux sages-femmes formées dans les universités. Depuis la CIPD et avec l'appui du FNUAP, il y eu des rénovations et du matériel, des fournitures et une formation spécialisée concernant les soins obstétriques essentiels ont été fournis dans de nombreux pays dans le cadre de programmes nouveaux d'assistance.

33. De même que les programmes nutritionnels pour la survie de l'enfant, en général les programmes de nutrition maternelle prévoient le traitement de l'anémie par l'administration de suppléments de fer et la réduction de la carence en iode par l'utilisation de sel iodé et des programmes visant à améliorer le niveau d'absorption de la vitamine A. Dans quelques cas, les actions vont plus loin : par exemple, au Soudan, un appui est fourni à des centres pour qu'ils s'occupent de l'ensemble de la nutrition et diagnostiquent et traitent les besoins des femmes dans le domaine de la santé. Le Yémen a entrepris de faire mieux connaître les besoins nutritionnels des femmes enceintes et des mères allaitantes et de diffuser de bonnes habitudes d'alimentation par des activités d'IEC et de plaidoyer; il fournit aussi des aliments essentiels aux personnes pauvres par l'intermédiaire du Programme alimentaire mondial et d'autres organismes.

34. La santé génésique suppose que chacun et chaque couple puisse procréer, que les femmes puissent mener leur grossesse à terme et accoucher en toute sûreté et que les enfants survivent et se développent sainement. Ceci implique aussi que les gens puissent aussi avoir le nombre d'enfants qu'ils souhaitent et espacer les naissances comme ils le veulent et qu'ils aient des rapports sexuels non dangereux. La planification familiale est au centre de toutes les questions relatives à la santé génésique et a une incidence sur la prévention des MST, les conséquences de la fécondité non désirée, de la stérilité ainsi que de la survie de la mère et de l'enfant. Il existe des programmes et des politiques de planification familiale dans plus de 145 pays. Pour réduire les grossesses non désirées, les programmes au niveau des pays appuyés par le FNUAP et d'autres organisations internationales favorisent l'accès à des soins de qualité en matière de planification familiale, réexaminent le matériel technique des prestataires de services de planification familiale dans les dispensaires et les collectivité compte tenu des dernières recommandations concernant les critères d'utilisation médicale, à des fins contraceptives, ainsi que du matériel d'IEC et de fourniture de conseils.

35. Au niveau des pays des initiatives visent aussi à préciser les approches aux besoins nouveaux par exemple en matière de contraception d'urgence ou aussi de planification familiale dans le cas de catégories particulières -- adolescents, réfugiés ou personnes déplacées, par exemple. Le programme commun d'assistance de l'Office des Nations Unies pour les réfugiés et du FNUAP dans les cas d'urgence a défini les modalités selon lesquelles des fournitures essentielles en matière de santé génésique sont fournies aux réfugiés et aux personnes déplacées de l'intérieur.

36. Dans la plupart des pays, la prévention des avortements et le traitement des complications qu'ils entraînent constituent une question sensible. Les programmes au niveau des pays développent l'accès à des services efficaces de planification familiale qui sont considérés comme le meilleur moyen de prévenir les grossesses non désirées qui conduisent à des avortements. En cas d'avortement survenant dans des conditions non sûres, beaucoup de pays comme le Malawi, le Mozambique et le Népal ont signalé que les complications étaient traitées et faisaient l'objet de soins médicaux adaptés dispensés par du personnel formé. Les femmes qui ont mis fin à une grossesse par un avortement ont absolument besoin de services de planification familiale. L'OMS demande que les responsables politiques modifient toutes les règles qui peuvent faire obstacle à la fourniture de services de planification familiale après un avortement, dotent ces programmes de ressources humaines et financières et obtiennent que les services de planification familiale à la suite d'avortements reçoivent un appui politique et administratif. Un atelier concernant la planification familiale à la suite des avortements a été organisé au Turkménistan en 1997 avec l'appui de l'OMS à l'intention des responsables des programmes à l'échelon central et à celui des districts; il faisait partie d'un programme plus vaste d'assistance aux programmes de pays.

VI. VIH/sida

37. Dans toutes les régions, on a renforcé les politiques et les cadres juridiques face aux menaces de développement de la pandémie de sida. Dans les pays d'Afrique subsaharienne, où la prévalence du VIH est probablement la plus élevée du monde, des plans stratégiques quinquennaux ont été conçus et, dans plusieurs cas, on en est maintenant au deuxième plan quinquennal. Même les pays qui ont fait état de niveaux relativement faibles d'infection par le VIH/sida ont agi pour créer des structures de lutte contre cette pandémie. Presque tous les pays, dans toutes les régions, ont constitué des organismes nationaux de prévention du sida et de lutte contre cette maladie -- comités, conseils, programmes ou commissions chargés du sida -- ou ont créé des services spéciaux à l'intérieur de structures existantes comme le Ministère de la santé. En Indonésie, par exemple, un décret présidentiel de mai 1994 a créé une commission plurisectorielle de prévention du sida et de lutte contre cette maladie où sont représentés des ministères de différents secteurs. La Commission a financé une stratégie globale de lutte contre le sida pour développer des comportements sains dans le grand public, protéger les gens contre l'infection, réduire la transmission verticale et aider ceux qui sont infectés.

38. Au niveau international, le système des Nations Unies, par le biais de son Programme commun sur le VIH et le sida, s'est surtout attaché à renforcer et épauler les capacités dont disposent les pays pour coordonner, planifier, financer, mettre en oeuvre, suivre et évaluer une réaction élargie au VIH/sida. Depuis septembre 1997, l'ONU a constitué 132 groupes thématiques sur le VIH/sida qui sont chargés d'appuyer les travaux d'édification de capacités nationales dans 155 pays. Au Botswana, le cadre commun pour appuyer le huitième plan national de développement englobe six projets. Au Pakistan, grâce à la planification qui a été établie conjointement par le groupe thématique de l'ONU et le Gouvernement pakistanais, le programme bénéficie d'un appui national et international accru. Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH et le sida place aussi au premier rang des priorités la définition, la diffusion et l'application des méthodes les mieux adaptées pour lutter contre l'épidémie; le programme a publié 19 de ces méthodes et a réuni des scientifiques dans des ateliers régionaux visant à améliorer la surveillance. Le FNUAP a appuyé ces activités ainsi que d'autres. En 1996, il a fourni plus de 20 millions de dollars pour des activités relatives au VIH/sida, y compris des activités de prévention dans 124 pays, et il a aussi collaboré avec plus de 115 ONG à de tels travaux.

39. Les programmes conçus au niveau des pays pour prévenir le VIH/sida ou en réduire la diffusion varient beaucoup en fonction des besoins locaux. Le plus souvent, ils comprennent plusieurs éléments : sensibilisation, activités d'IEC concernant les pratiques sexuelles sans risques, lutte contre les idées fausses relatives à la maladie et développement des connaissances chez les prestataires de soins, vérification et diffusion de produits sanguins ne présentant aucun risque, formation d'agents sanitaires aux méthodes de diagnostic et de prise en charge, y compris de fourniture de conseils, activités répondant aux besoins des groupes à hauts risques, travailleurs du sexe et militaires, par exemple, et développement de l'offre et de l'emploi de préservatifs. Des systèmes de surveillance de type sentinelle ont été mis en place dans plusieurs pays d'Afrique pour surveiller l'expansion de l'épidémie. Dans la région d'Afrique, on s'est attaché tout particulièrement à sensibiliser l'opinion et à agir en justice afin d'empêcher les personnes atteintes du VIH/sida d'être victimes de discrimination et aussi pour garantir l'accès aux soins de santé au niveau local. Au Comores, une enquête a montré que les personnes affectées par le VIH étaient très souvent l'objet de discrimination; le Gouvernement et les ONG ont réagi rapidement en instituant des programmes d'IEC.

40. Le long délai entre les premiers symptômes et la mort chez les personnes atteintes du sida met lourdement à épreuve des familles déjà en difficulté. Pour alléger leur sort, la République-Unie de Tanzanie a conçu des programmes de fourniture de conseils aux familles. Il convient de signaler qu'en Afrique subsaharienne, un certain nombre de pays comme le Botswana, le Ghana, le Kenya, le Malawi, la Namibie et la Zambie accordent beaucoup d'importance à la participation de la collectivité, qui soigne les malades du sida chez eux.

41. Généralement, la prévention et la prise en charge des maladies sexuellement transmissibles (MST) sont incluses dans les services de soins de santé de base. Dans la plupart des programmes de pays, les activités de prévention des MST, y compris du VIH/sida, font partie des services de soins de santé génésique. Pour obtenir ce résultat, on a appris spécialement aux prestataires de soins de santé à fournir des conseils, sensibiliser, faire connaître les meilleures pratiques et prendre en charge les cas. Plusieurs pays, dont le Botswana, le Honduras, la Namibie, l'Ouganda, la Turquie et le Viet Nam ont dit mettre en oeuvre des programmes de prévention du VIH/sida conjointement au niveau interministériel ou interdépartemental pour en retirer les meilleurs résultats.

42. Les pays où le VIH/sida a pris de l'importance ont adopté des mesures face à la transformation massive de la demande de services et à la réduction des capacités de soin due à ce que le personnel de santé est lui-même malade. Des mesures visent aussi à adapter les systèmes de santé auxquels il s'agit d'intégrer les services liés au VIH, par exemple ceux qui ont trait aux MST ou à la sûreté sanguine. En Thaïlande, les malades du sida reçoivent une aide financière de l'État. Les crédits réservés au programme national de lutte contre le sida dans le budget de 1996 doivent servir à accroître la prévention de facteurs de risque liés au comportement ou à la vie sociale, développer la santé et les services médicaux, y compris les précautions universelles et la sûreté du sang, fournir des conseils et une assistance à ceux qui vivent avec le sida, consacrer des activités de recherche et d'évaluation aux programmes et fournir un appui dans le domaine administratif et celui de la gestion. Le Bangladesh, le Bhoutan, Fidji et l'Indonésie ont dit appuyer les familles qui souffrent du sida. Une grande partie de l'assistance est fournie par des ONG, par exemple la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et les comités nationaux de lutte contre le sida.

VII. APPUI NON GOUVERNEMENTAL INTERNATIONAL

43. Dans tout le présent rapport, il a été question des contributions importantes que les ONG nationales ont apportées aux programmes dans le domaine de la santé. Des ONG internationales ont aussi joué un rôle important; depuis la CIPD, elles ont fait avancer de nombreux programmes et politiques concernant la santé et la mortalité dans les pays en développement. Le FNUAP appuie un certain nombre d'ONG internationales qui oeuvrent pour la santé des femmes et la santé génésique et travaille avec elles. Parmi ces ONG, on peut citer Access to Voluntary and Safe Contraception (AVSC), le Centre pour le développement et les activités de population, l'Association médicale du Commonwealth, le Conseil international pour la gestion des programmes relatifs à la population, la Fédération internationale pour le planification familiale (IPPF), International Women's Health Coalition (IWHC), l'Organisation japonaise de coopération internationale dans le domaine de la planification de la famille, Marie Stopes International, le Conseil de la population, l'Institut de population, le Programme de technologie sanitaire appropriée et l'Organisation des femmes pour l'environnement et le développement.

44. Les réponses au questionnaire du FNUAP informent sur ce qu'ont fait les ONG internationales pour développer, par exemple, l'allaitement au sein au Niger et dans certains États insulaires des Caraïbes et la santé des enfants et des femmes au Népal et au Nigéria. Des ONG internationales ont appuyé l'information concernant le VIH et des programmes de fourniture de services dans chacune des quatre régions géographiques. Avec des institutions européennes et des organismes de l'ONU, Advocacy for Women's Health a insisté pour que l'on continue d'accorder une grande importance à l'amélioration de la santé et à la réduction de la mortalité dans le cadre des programmes de développement; Marie Stopes International a fourni un appui important aux activités nationales visant à améliorer l'état de santé et la prise en charge. La formation concernant les soins cliniques et la fourniture de conseils bénéficie d'un appui de l'AVSC dans plusieurs pays ainsi que du Centre pour le développement et les activités de population au Népal et au Nigéria et dans d'autres pays. Le programme d'enseignement et de formation au niveau international concernant la santé génésique du John Hopkins' Program for International Education in Gynecology and Obstetrics Cooperation renforce actuellement les capacités de formation en Indonésie, au Maroc et en Ouganda en établissant des manuels de référence et en formant des formateurs pour relever la qualité des services et réduire tant la morbidité que la mortalité.

45. L'IWHC appuie des ONG qui fournissent et défendent les services nationaux dans le domaine de la santé au Bangladesh, au Brésil, au Cameroun, au Chili, en Indonésie, au Nigéria et aux Philippines et lance des programmes mondiaux qui bénéficient à la santé génésique et sexuelle des femmes ainsi qu'à leurs droits dans le domaine de la procréation et de la vie sexuelle. L'Organisation des femmes pour l'environnement et le développement travaille surtout à améliorer et surveiller les questions liées à la santé génésique et sexuelle des femmes ainsi qu'à leurs droits dans les domaines de la procréation et de la vie sexuelle dans le cadre plus général des questions intéressant la femme, de l'environnement et du développement. Il s'agit d'une organisation mondiale qui relie plus de 20 000 militants et organisations dans le monde entier.

46. Conjointement avec l'Association ghanéenne pour la planification familiale, l'Organisation japonaise de coopération internationale dans le domaine de la planification de la famille appuie la formation d'accoucheuses traditionnelles pour améliorer la qualité des soins pendant l'accouchement. En Inde et au Bangladesh, des ONG internationales fournissent une part importante des services de santé génésique, notamment en innovant : par exemple, l'Organisation japonaise de coopération internationale dans le domaine de la planification de la famille s'emploie à développer l'autonomie des services au Népal, par le biais d'une coopération entre le pouvoir central et les organisations collectives. La recherche dans le domaine de la santé a aussi bénéficié de l'appui d'ONG dans le cadre de dispensaires : c'est ainsi que l'Association pour la contraception chirurgicale volontaire a fourni son appui pour la comparaison de techniques de dépistage du cancer et le John Hopkins' Programm for International Education in Gynecology and Obstetrics Cooperation appuie des évaluations des besoins de formation en Indonésie et en Ouganda. Le Conseil de la population a joué un rôle de premier plan au service des programmes de santé et de planification familiale dans chacune des régions. L'assistance à la recherche opérationnelle et au renforcement des composants des programmes nationaux relatives à la qualité des soins a été particulièrement importante.

VIII. RECHERCHE CONCERNANT LA SANTÉ

47. Presque tous les pays qui ont répondu au questionnaire appuient des programmes d'une forme ou d'une autre de recherche concernant la santé. Ne font exception que les pays qui n'en ont pas les moyens. D'après les réponses, ce sont surtout les enquêtes démographiques et les enquêtes sur la santé qui fournissent des informations. Certains pays consacrent des enquêtes spéciales à la nutrition et à la santé génésique masculine et cinq pays ont fait expressément état de programmes de recherche sur la santé des adolescents.

48. Plusieurs programmes de pays ont abouti à de vastes entreprises de recherche. Parmi les pays au sujet desquels la documentation est la plus complète, on peut citer le Nicaragua, les Philippines, le Sénégal, le Soudan, le Viet Nam et le Zimbabwe. Au Viet Nam, des recherches sont prévues ou en cours dans le domaine de la prévalence des infections de l'appareil reproducteur, la prévalence des avortements et de leurs complications, la sexualité et les avortements chez les adolescents et avant le mariage, ainsi que les causes de la mortalité maternelle.

49. La santé génésique, y compris la maternité sans risques, les connaissances, les attitudes et les pratiques (CAP) masculines (y compris l'approche syndromique au diagnostic des MST) sont à l'ordre du jour des activités de recherche dans un certain nombre de pays. Douze des 74 pays qui ont répondu ont dit consacrer des recherches à l'avortement, généralement pour estimer sa prévalence et déterminer ses causes afin de pouvoir le prévenir.

IX. CONCLUSIONS

50. Ce bilan des activités concernant les politiques et les programmes dans 74 pays des quatre régions géographiques montre que des travaux importants sont consacrés à l'amélioration de la santé et à la réduction de la mortalité. Les conclusions principales sont les suivantes : a) des changements fondamentaux sont en train de se produire dans la structure, le financement et les types de services fournis par le secteur de la santé; b) l'accès aux soins de santé de base en tant qu'élément essentiel des politiques de pays s'améliore, et les efforts déployés pour atteindre les populations les plus défavorisées ont déjà abouti à de grands progrès; c) la participation de la collectivité à la fourniture des services de santé se développe; d) des programmes relatifs à la survie de l'enfant ont amélioré la santé néonatale et infantile et la place accrue donnée aux micronutriments devrait aboutir à de nouveaux progrès; e) les avantages de l'allaitement pour la survie de l'enfant sont maintenant universellement reconnus; f) le principe du congé de maternité devient la norme chez les travailleuses du secteur structuré dans de nombreux pays en développement; g) les risques particuliers qui menacent la santé des femmes ont été reconnus et ont fait l'objet d'intervention au plus haut niveau de l'État; h) la planification familiale est considérée dans tous les pays comme indispensable à la réduction du nombre de grossesses non désirées et à l'amélioration de la santé génésique; i) au niveau des pays, la réaction à la pandémie de VIH/sida a mobilisé des ressources au service du ralentissement du développement de l'infection; j) sauf dans les pays relativement avancés, les ressources disponibles pour les recherches dans le domaine de la santé ne suffisent pas pour la collecte des informations dont ont besoin les décideurs; k) le rôle des ONG en ce qui concerne la fourniture de soins de santé ainsi que les activités de plaidoyer et de sensibilisation est de plus en plus reconnu.


Notes

1/ Rapport de la Conférence internationale sur la population et le développement, le Caire, 5-13 septembre 1994 (publication des Nations Unies, numéro de vente : F.96.XIII.18), chapitre I, résolution 1, annexe.

2/ L'un des principaux obstacles à l'établissement du présent rapport est que les réponses des pays ne donnent pas d'indications sur le degré d'application des programmes et des politiques ou sur leur incidence sur le niveau de santé et le taux de mortalité.

3/ Les informations fournies globalement sur 13 pays de la région du Pacifique Sud sont considérées comme constituant un rapport unique.

4/ Rapport de la Conférence internationale sur la population et le développement, le Caire, 5-13 septembre 1994 (publication des Nations Unies, numéro de vente : F.96.XIII.18), annexe, chapitre VIII, paragraphe 8.8.

5/ Voir E/ICEF/1992/22.

6/ Rapport de la Conférence internationale sur la population et le développement, le Caire, 5-13 septembre 1994 (publication des Nations Unies, numéro de vente : F.96.XIII.18), annexe, chapitre VIII, paragraphe 8.10.

7/ Ibid., par. 8.4.