Évolution de la situation aux Philippines

Information basée sur le rapport 2011 du Secrétaire général au Conseil de sécurité (A/65/820-S/2011/250) publié 23 avril 2011. Des informations plus détaillées se trouvent dans le rapport.

Il y a eu un accroissement du nombre enregistré de cas de recrutement et d’utilisation d’enfants par des groupes armés en 2010, 24 enfants, contre 6 enfants en 2009. Sur les sept incidents enregistrés et attribués au Front de libération islamique Moro (MILF), l’équipe spéciale de pays chargée de la surveillance et de la communication d’informations a pu en vérifier quatre, auxquels étaient mêlés huit enfants munis d’armes automatiques et s’acquittant de fonctions militaires dans des zones du MILF dans le centre de Mindanao. Un témoignage recueilli auprès d’un enfant soldat de 15 ans dans la province de Maguindanao a confirmé que des enfants, y compris des filles, sont entraînés par le MILF. L’équipe spéciale continue également de recevoir des informations crédibles faisant état de la reddition à la police et aux forces armées des Philippines d’enfants associés à la Nouvelle armée populaire (NPA). La présence d’enfants dans les rangs du groupe Abu Sayyaf (ASG) à Sulu et Basilan a également été signalée par d’anciens prisonniers du groupe Abu Sayyaf, bien que ces allégations n’aient pas pu être corroborées en raison de problèmes d’insécurité. L’équipe spéciale a confirmé deux cas d’enfants recrutés par un groupe armé du nom de Black Fighters (combattants noirs) au nord de la province de Cotabato. Après avoir pris part à une série d’attaques, notamment à des exécutions extrajudiciaires, les enfants se sont rendus à la police et ont donné des comptes rendus détaillés des activités du groupe. Plusieurs membres du groupe Black Fighters sont des ex-combattants de la Nouvelle armée populaire. Le groupe évolue au nord de la province de Cotabato, où il sert parfois de renfort aux forces de sécurité gouvernementales dans le cadre de leurs opérations.

Les membres des forces armées des Philippines continueraient à utiliser des enfants à des fins militaires au niveau local. Ce que l’on avait généralement constaté, c’était que les enfants étaient utilisés dans le cadre d’opérations anti-insurrectionnelles et souvent dans la poursuite de rebelles de la Nouvelle armée populaire dans des zones reculées du pays. La stratégie anti-insurrectionnelle, appelée « Oplan Bantay Laya » (Operation Freedom Watch ou opération surveillance liberté), permet aux soldats de collaborer avec des civils, notamment des enfants, à des fins militaires, en les utilisant comme indicateurs, guides et porteurs, et les y encourage. Trois cas dans lesquels étaient impliqués des garçons âgés de 13, 15 et 16 ans ont été confirmés en 2010. L’équipe spéciale de pays chargée de la surveillance et de la communication d’informations a également consigné de nombreuses allégations de recrutement et d’utilisation d’enfants par des groupes paramilitaires, en particulier les unités géographiques des forces armées civiles, qui exerceraient des pressions sur les enfants pour les contraindre à rejoindre leurs rangs. Les unités sont composées d’éléments recrutés au sein des communautés locales et leurs opérations militaires se limitent à la municipalité où elles ont été formées. Elles sont placées sous la structure de commandement des forces armées des Philippines, mais sont soumises à un encadrement souple.

Les forces armées des Philippines ont continué à détenir des enfants. Les enfants en détention ont indiqué avoir reçu des coups et blessures, et avoir été soumis à des interrogatoires très contraignants, à des mauvais traitements et à des actes assimilables à la torture pour leur arracher des informations sur les insurgés. Quatre incidents ayant impliqué quatre filles et un garçon ont été confirmés et ont mis en cause les 11e, 34e, 25e et 54e bataillons d’infanterie de l’armée philippine. Ces incidents ont également conduit des familles à se déplacer, de peur d’être prises pour cible en tant que membres présumés de la Nouvelle armée populaire.

Le nombre d’accrochages entre les forces armées des Philippines et le Front de libération islamique Moro a baissé en 2010, mais la lutte contre les acteurs armés non étatiques est demeurée relativement constante. On a noté que le nombre des victimes parmi les enfants avait augmenté en 2010 : 38, dont 8 filles, auraient été tués, et 40, dont 16 filles, auraient été mutilés. En 2009, 12 enfants avaient été tués et 40 blessés. Les incidents vérifiés dans ces cas là mettaient en cause la Nouvelle armée populaire, les forces armées des Philippines et des milices privées d’hommes politiques locaux. Les auteurs n’ont pas été identifiés dans 13 cas de meurtre et 10 cas de mutilation.

Les attaques dirigées contre des écoles et des hôpitaux ainsi que leur personnel en 2010 ont marqué une tendance à la hausse, qui pourrait partiellement s’expliquer par l’utilisation des écoles comme bureaux de vote lors des élections de mai et d’octobre. Quarante et un incident ont été enregistrés, contre 10 en 2009. Quatorze d’entre eux ont été attribués aux forces armées des Philippines, 4 à la Nouvelle armée populaire, 1 au Front de libération islamique Moro, 2 au Groupe Abu Sayyaf, 6 à des milices privées d’hommes politiques locaux et 14 à des auteurs non identifiés. Les écoles ont été la cible d’attaques aux engins explosifs artisanaux et d’incendies. Des enseignants ont été en outre de plus en plus visés; 11 d’entre eux auraient été tués au cours de la période considérée.

L’occupation des écoles par les forces armées des Philippines et les unités géographiques des forces armées civiles a suivi une courbe ascendante en 2010, en violation de la législation nationale interdisant une telle pratique. Dans les communautés reculées du pays, les forces armées des Philippines et les unités géographiques ont continué d’utiliser des bâtiments scolaires publics en état de fonctionnement comme casernes et centres de commandement, notamment comme dépôts d’armes et de munitions. Des soldats ont été vus dans certaines situations, abordant des enfants, leur posant des questions et les laissant manier des armes.

Informations sur les progrès accomplis par les parties à un conflit concernant l’ouverture d’un dialogue et la mise en œuvre de plans d’action visant à mettrefin au recrutement et à l’emploi d’enfants ainsi qu’aux assassinats, mutilations, viols et autres formes de violence sexuelle dont sont couramment victimes les enfants en période de conflit armé

Dans le cadre du plan d’action qu’il a adopté le 1er août 2009 pour mettre un terme au recrutement et à l’emploi d’enfants, le Front de libération islamique moro (MILF) a promulgué en janvier 2010 une instruction générale supplémentaire réaffirmant la politique de non-recrutement d’enfants dans le MILF – Forces armées islamiques Bangsamoro. Cette instruction prévoyait également des sanctions en cas de non-respect des consignes ainsi que la création de groupes de protection des enfants dans les rangs de ces forces.

L’enregistrement rapide des enfants associés au MILF conformément au plan d’action est en cours dans les principales communautés de 18 bases de commandement du MILF, en association avec des organisations non gouvernementales désignées d’un commun accord. D’après les résultats préliminaires non confirmés de cette opération d’enregistrement rapide, 432 enfants (366 garçons et 66 filles) pourraient être associés au MILF. La formation de préposés à la collecte de données et l’enregistrement rapide dans les trois autres bases du MILF ainsi que l’extension systématique de ces opérations aux groupes périphériques Moro-MILF ont commencé au début de 2011. Pour s’acquitter de tous ses engagements, le MILF, en accord avec l’ONU, est convenu de proroger le plan d’action pour une nouvelle période de 12 mois.

Le 2 novembre 2010, le Gouvernement philippin a publié une déclaration officielle réaffirmant son soutien au dialogue engagé par l’ONU avec la Nouvelle armée populaire (NPA) en vue de l’élaboration d’un plan d’action. À son avis, cette initiative contribuera à la campagne de sensibilisation lancée pour engager toutes les parties au conflit à respecter en tout temps les droits des enfants et à apporter également leur soutien aux démarches actuellement entreprises en marge du processus de paix par le Bureau du Conseiller du Président pour le processus de paix.

L’absence de représentation politique ainsi que les conditions de sécurité empêchent actuellement l’ONU de prendre contact avec le groupe d’Abu Sayyaf.

Enfin, l’Organisation des Nations Unies a engagé des consultations avec le Gouvernement, par l’intermédiaire du Bureau du Conseiller du Président pour le processus de paix, en vue de l’élaboration d’une stratégie visant à engager le dialogue avec les forces gouvernementales pour protéger les enfants en temps de conflit armé. Conformément aux recommandations que j’avais formulées dans mon rapport sur les enfants et le conflit aux Philippines (S/2008/272), le Gouvernement a désigné, en novembre 2010, le colonel Domingo Tutaan Jr., spécialiste principal des droits de l’homme des Forces armées philippines.

Parties au conflit aux Philippines

  1. Groupe Abu Sayyaf *
  2. Front de libération islamique Moro *
  3. Nouvelle armée populaire *
* Parties qui recrutent et utilisent des enfants.