Débat public du Conseil de Sécurité sur les enfants et les conflits armés
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Disours au Conseil de Sécurité
Video Webcast: Partie 1 - 2h56min - Partie 2 1h38min
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Radhika Coomaraswamy Secrétaire génerale adjointe, Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés
Lundi 24 juillet 2006
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Monsieur le Président, honorables Ministers, distingués délégués et collègues,
Je commencerai par féliciter le Conseil de sécurité d’avoir pris la courageuse initiative d’adopter la résolution 1612 (2005) dans le but de protéger les enfants dans les conflits armés. Je suis tout particulièrement reconnaissante au Président français, S. E. M. Jean-Marc de La Sablière, de son impulsion dynamique et novatrice dans ce domaine.
La tournure que prennent les événements au Moyen-Orient nous rappelle que ce sont souvent les enfants qui subissent de plein fouet les traumatismes physiques et psychologiques occasionnés par les conflits armés. C’est le désir de protéger les enfants qui, il y a un an, a réuni le monde, lorsque le Conseil de sécurité a adopté cette résolution historique. La résolution 1612 (2005) du Conseil de sécurité est inédite et importante à plus d’un titre.
Elle atteste de l’attachement du Conseil de sécurité à passer des discours à l’action en entérinant la création d’un mécanisme de surveillance et de communication de l’information. Ce mécanisme, qui permet la notification, depuis le terrain au Cabinet du Secrétaire général, des violations graves commises contre les enfants, a été mis en place afin de remédier avec une plus grande diligence à la situation des enfants dans les zones en proie à un conflit.
Par cette résolution, le Conseil de sécurité exprime également son intention de combattre l’impunité en prenant des mesures ciblées à l’encontre des auteurs de violations répétées des droits des enfants.
Le Conseil de sécurité a également demandé l’élaboration de plans d’action visant à mettre fin au recrutement et à l’emploi d’enfants soldats, de manière à fournir aux parties un cadre garantissant le respect.
Grâce au Groupe de travail du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés et à ses réunions bimensuelles, le Conseil de sécurité reste tout au long de l’année activement saisi de la question des enfants et de la paix et la sécurité.
Mr. le President,
Au cours de l’année écoulée, bien des progrès ont été accomplis dans la réalisation de cet ambitieux programme en faveur des enfants. Le Groupe de travail du Conseil de sécurité s’est réuni quatre fois et a défini son programme de travail pour l’année. Le système des Nations Unies, notamment l’UNICEF, le Département des opérations de maintien de la paix et le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, ainsi que ses partenaires ont œuvré, avec diligence et dans des délais serrés, à la mise sur pied du mécanisme à titre expérimental dans plusieurs pays. Le premier rapport, consacré à la République démocratique du Congo, a été présenté au Groupe de travail du Conseil de sécurité en juin de cette année. La communauté des organisations non gouvernementales participe intensivement à la surveillance et la communication de l’information et les représentants de la société civile des pays touchés sont prêts à renforcer leur rôle d’interface dans ces domaines. Enfin, nous nous réjouissons que d’autres instances, comme la Commission des droits de l’homme et la Cour internationale de Justice, interviennent avec efficacité pour remédier aux violations des droits des enfants dans les conflits.
Malgré l’important soutien apporté à la résolution et, en particulier, au mécanisme de surveillance et de communication de l’information et malgré la très nette amélioration de la situation des enfants en Sierra Leone, au Burundi, au Libéria et en République démocratique du Congo, des enfants continuent de souffrir. Quelque 250 000 enfants soldats de par le monde continuent d’être exploités par des forces et des groupes armés. Des dizaines de milliers de filles sont l’objet de viols et autres sévices sexuels. L’enlèvement d’enfants est en train de se systématiser et de se généraliser. Depuis 2003, plus de 14 millions ont été déplacés de force à l’intérieur ou hors de leur pays, tandis que 8 000 à 10 000 sont tués ou mutilés chaque année par les mines terrestres.
J’aimerais raconter au Conseil l’histoire d’Abou, jeune Sierra-Léonais que le Revolutionary United Front (RUF) a kidnappé à l’âge de 11 ans dans son école de Kenema. Quatre ans plus tard, Abou était devenu un tueur, un commandant connu et redouté des rebelles du RUF, l’un des plus jeunes aussi. Il n’avait que 15 ans lorsqu’il a été démobilisé par l’ONU et amnistié pour les atrocités commises pendant le conflit en Sierra Leone. Bien que sa communauté ait accepté son retour, le garçon était visiblement craint et, par conséquent, tenu à l’écart. Six mois après avoir retrouvé sa famille, Abou disparaissait de nouveau. Trois ans plus tard, on le retrouvait parmi les enfants désarmés et démobilisés en Côte d’Ivoire. Il raconte avoir quitté le Sierra Leone à cause « des esprits malins » qui le hantaient et avoir été recruté par les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) au Libéria. Par la suite, il s’est fait mercenaire en Côte d’Ivoire avec d’autres combattants des LURD. Au personnel des Nations Unies, Abou a expliqué : « Je suis parti parce que la seule chose que je sais faire c’est combattre et être un soldat, alors que c’est la paix en Sierra Leone. »
Cette histoire illustre la terrible tragédie du traumatisme subi par les enfants et les communautés contre lesquelles ils ont forcés de commettre des brutalités; la tragédie des immenses défis à relever pour guérir et réinsérer ces enfants après un conflit; et la tragédie de la reconversion des enfants dans les conflits transfrontières. Malheureusement, il y a bien trop d’Abou. Notre devoir est donc de les protéger.
Voilà pourquoi nous comptons sur les travaux du Groupe de travail du Conseil de sécurité et sur ses recommandations au Conseil à propos du rapport sur la situation des enfants et les conflits armés en République démocratique du Congo. La première phase, la mise en place d’un mécanisme de surveillance et de communication de l’information, est à présent achevée. Le moment est venu pour le Conseil de prendre des mesures efficaces contre les auteurs de violations répétées. La journée d’aujourd’hui marquant une étape décisive pour la résolution 1612 (2005), la réaction du Conseil à ce premier rapport de fond sur les enfants et les conflits armés est une occasion unique d’agir pour éviter que davantage d’enfants connaissent le sort d’Abou. Le monde nous regarde, tout comme les enfants. Ne les décevons pas.
Mr. le President,
Le système des Nations Unies et ses partenaires ont su se montrer à la hauteur de cette première étape de l’application de la résolution 1612 (2005) du Conseil de sécurité. Nous nous réjouissons de l’action menée par les différents acteurs à l’échelon local, national, régional et international. De nombreux partenaires et parties prenantes coopèrent les uns avec les autres afin de faire de la résolution 1612 (2005) du Conseil de sécurité un véritable succès pour les enfants. Mon bureau profite de cette occasion pour les remercier tous de leur diligence et de leur engagement.
Maintenant que cette première phase touche à sa fin, il est temps que le système des Nations Unies et le Conseil de sécurité regardent au-delà et étendent le champ d’action géographique du mécanisme de surveillance et de communication de l’information à tous les cas de violations graves commises contre des enfants dans les conflits armés. Il faut en outre que la communauté internationale commence à réfléchir à des solutions à long terme pour les enfants victimes des conflits armés. Comme mes collègues du Programme des Nations Unies pour le développement, de la Banque mondiale et des organisations non gouvernementales partenaires, j’affirme que, pour que les efforts déployés répondent véritablement aux besoins des enfants touchés par les conflits, il faut faire plus qu’apporter des solutions de bouts de ficelle, de même qu’il faut élaborer des mesures en faveur du développement à long terme qui permettront une réinsertion authentique de ces enfants, avec notamment l’accès à l’éducation et à des sources de revenus alternatives. Cela devrait constituer la base d’une action internationale concertée et d’une volonté continue de fournir les ressources et l’aide technique nécessaires à ces enfants.
Mr le Président
Pour terminer, nous fêtons ce mois-ci le dixième anniversaire du rapport de Graça Machel sur les enfants et les conflits armés, qui a permis à l’ONU de mesurer la détresse des enfants dans les conflits armés. Il me paraît donc utile de citer les paroles de Graça Machel pour nous remémorer la raison de notre réunion d’aujourd’hui.
« Nous ne pouvons gaspiller nos précieux enfants – pas un seul, pas un jour de plus. Il est grand temps que nous agissions pour eux. Je vous rappelle votre pouvoir et votre devoir : faire du monde un endroit meilleur pour les enfants. »
