Les crimes commis au Darfour doivent être punis, quelle qu'en soit la qualification, estime Kofi Annan

Réfugiés du Darfour au Soudan

31 janvier 2005 – Alors que le rapport de la Commission d'enquête internationale sur le Soudan doit être remis dans les prochaines heures au Conseil de sécurité, Kofi Annan, qui s'est déclaré hier très préoccupé par la situation au Darfour, a souligné qu'en dépit de toute qualification, des mesures devaient être prises pour faire cesser les violences contre les civils innocents et pour traduire en justice les auteurs de crimes.

Se déclarant « très préoccupé par la situation au Darfour », le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a précisé hier, lors d'une conférence de presse donnée à l'occasion du Sommet de l'Union africaine à Abuja, au Nigeria, qu'il « étudiait le rapport de la Commission internationale d'enquête, qui lui a été remis à la fin de la semaine dernière ».

Ce rapport doit notamment déterminer si des actes de génocide ont été commis dans le pays et identifier les auteurs des exactions les plus graves.

Kofi Annan a précisé qu'il en avait transmis une copie au Gouvernement du Soudan, « ainsi qu'il est habituel dans le cas de rapports délicats comme celui-ci », et souligné qu'il transmettrait bientôt le rapport au Conseil de sécurité et qu'il serait aussi rendu public.

« Je suis sûr que le Conseil accordera la plus grande attention à ses recommandations », a-t-il précisé.

Le Conseil de sécurité a entendu cet après-midi un exposé sur la situation au Soudan, au Siège de l'ONU, à New York.

Interrogée, à l'issue de la séance du Conseil de sécurité qui s'est tenue aujourd'hui sur le Soudan, sur les recommandations du rapport du Secrétaire général et sur le renvoi des auteurs de violations des droits de l'homme devant la Cour pénale internationale, la représentante des Etats-Unis a souligné que « le souci et l'intérêt de son pays était de parvenir à traduire en justice les auteurs des atrocités, indiquant qu'elle étudierait très attentivement le rapport de la Commission d'enquête.

Le Président du Conseil de sécurité pour le mois de janvier, César Mayoral, de l'Argentine, a confirmé pour sa part que le rapport de la Commission d'enquête serait remis dans quelques heures aux membres du Conseil.

Lors de sa conférence de presse, Kofi Annan a souligné « qu'il n'était pas possible de permettre que se poursuivent les violences contre les civils innocents ».

« Indépendamment de la façon dont la Commission qualifie ce qui se passe au Darfour, il ne fait pas de doute que des crimes graves ont été commis, des violations graves du droit international humanitaire et des violations patentes des droits de l'homme » et « cela n'est pas acceptable », a-t-il déclaré.

« Il faut agir quelle que soit la qualification » de ces actes, a affirmé le Secrétaire général.

Interrogé sur la recommandation de sanctions par la Commission d'enquête, le Secrétaire général a souligné que le Conseil de sécurité en déciderait.

« Le Conseil de sécurité a lui-même évoqué la prise de sanctions mais n'a pas été en mesure de progresser du fait de divisions. Mais je pense qu'elles devraient rester à l'ordre du jour », a-t-il souligné.

Kofi Annan a saisi l'occasion pour rendre hommage à l'Union africaine dans ses efforts pour arrêter les affrontements, tant en organisant des négociations sur un accord de paix qu'en surveillant la situation sur le terrain.

L'Union africaine a pour l'instant déployé un peu plus d'un millier d'observateurs sur le terrain, mais ce chiffre devrait être porté à 3.000 ou 3.500 au mois de février, a-t-il informé.

Interrogé sur leur capacité à relever un aussi grand défi, le Secrétaire général a précisé que « certes, ils avaient besoin de soutien » mais que pour ce qui était du Soudan, « tout se passait bien », notamment avec le prochain déploiement de l'ONU au Sud-Soudan, suite à la signature de l'Accord de paix global (voir notre dépêche du 10 janvier 2005).

Répondant à une question sur le déploiement de soldats pour mettre « imposer la paix », Kofi Annan a précisé « qu'il était extrêmement difficile d'imposer la paix à quiconque ».

« Ce sont les parties en conflit – ceux qui se prennent mutuellement à la gorge – qui peuvent faire la paix. La communauté internationale et les organisations telles que l'Union africaine peuvent prêter assistance. Elles ne peuvent pas faire la paix pour elles », a-t-il souligné.

Le porte-parole du Secrétaire général, Fred Eckhard, lors de son point quotidien avec la presse, au Siège de l'ONU à New York a informé aujourd'hui de la poursuite des violences au Darfour et signalé que la police soudanaise avait ouvert le feu sur des membres des tribus Biga, lors d'une manifestation à Port Soudan, dans l'Est du pays (carte).

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