Alerte de l'envoyé de l'ONU sur le déclin de l'Autorité palestinienne et le retrait toujours différé d'Israël

Terje Roed-Larsen

13 juillet 2004 – C'est à un constat d'impasse politique que s'est livré ce matin le Coordonnateur de l'ONU au Moyen-Orient, qui a alerté par ailleurs le Conseil de sécurité sur l'effondrement de l'Autorité palestinienne et la frustration entraînée par les déclarations d'intention non suivies d'effet du côté israélien.

Après avoir passé en revue « le journal des violences » qui se sont déroulées depuis l'exposé de Kieran Prendergast, le Secrétaire général adjoint aux Affaires politiques de l'ONU, il y a trois semaines, Terje Roed-Larsen, le Coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, a fait observer lors de son intervention que « si les deux parties n'agissaient pas immédiatement pour mettre fin à ce terrible bain de sang [...], d'ici au prochain compte-rendu auprès du Conseil de sécurité, d'autres personnes qui traversent actuellement les rues d'Israël ou sont assises chez elles en Palestine, auront été tuées. »

En dehors de quelques allègements ici et là et « en dépit de déclarations d'intention, les mesures restreignant la liberté de mouvement restent en vigueur » et le « blocage continue d'affecter la vie de centaines de milliers de Palestiniens », a-t-il indiqué.

L'Autorité palestinienne, a poursuivi M. Roed-Larsen, « en dépit des promesses constantes de ses dirigeants, n'a effectué aucun progrès au regard de son obligation majeure : agir immédiatement sur le terrain pour mettre fin à la violence et à la terreur pas plus que pour réformer et réorganiser l'Autorité palestinienne. »

De son côté, « le Gouvernement israélien n'a pas progressé au regard de sa principale obligation qui est de démanteler les colonies avancées de peuplement, érigées depuis mars 2001 et de geler totalement l'établissement de colonies de peuplement », a ajouté M. Terje Roed-Larsen.

Revenant à l'Autorité palestinienne, il a souligné que « les progrès en matière de réforme continuent à être lents, ce qui ne peut s'expliquer que par un manque de volonté politique. » Evoquant la décision de l'Autorité de tenir des élections locales dès l'automne prochain, il a indiqué qu'elle « n'avait pas répondu aux appels répétés lancés par la communauté internationale lui demandant de réformer son cadre institutionnel en matière d'élections de façon à satisfaire aux normes internationales. »

Au lieu de cela, « elle a nommé une instance partisane à la place de l'instance existante, la Commission centrale des élections. »

Les succès les plus importants à porter au crédit du Premier ministre et du ministre des Finances, ont été réalisés dans le domaine financier depuis que les salaires des membres des services de sécurité sont versés sur des comptes bancaires au lieu d'être payés de la main à la main, a poursuivi Terje Roed-Larsen.

« Tous ceux qui aspirent à la paix ont exhorté à plusieurs reprises le Président Arafat, en public et en privé, à agir immédiatement de façon à restaurer sa crédibilité déclinante », a-t-il indiqué, ajoutant : « Nous ne pouvons qu'observer que le dirigeant des Palestiniens reste confiné dans son quartier général dans des conditions difficiles qui équivalent à une assignation à résidence de facto. »

Il a poursuivi en soulignant « la paralysie de plus en plus évidente de l'Autorité palestinienne et la détérioration de l'Etat de droit dans les zones palestiniennes ».

« Les affrontements et les confrontations entre des branches des forces de sécurité palestiniennes sont maintenant chose commune dans la bande de Gaza où l'autorité juridique de l'Autorité palestinienne cède rapidement face au pouvoir sans cesse accru des armes, de l'argent et de l'intimidation », a exposé le Coordonnateur de l'ONU.

Il a ajouté que « le non-respect des lois et le règne des gangs était également devenue chose commune à Naplouse où le maire a démissionné il y a quelque mois en signe de protestation envers le manque de soutien de la part de l'Autorité palestinienne » alors que « ce qui est perçu comme une abdication de responsabilité de la part de l'Autorité a amené de nombreux résidents de Rafah à prendre les choses en mains, au point que certains d'entre eux ont établi un contrôle routier empêchant des membres de l'Autorité palestinienne de passer pour se rendre en Egypte ou dans la ville. »

« Cet effondrement de l'autorité ne peut être seulement attribué aux incursions et opérations israéliennes dans les villes palestiniennes. L'Autorité palestinienne est en total désarroi et en réel danger de s'effondrer », a affirmé Terje Roed-Larsen.

Il a jugé « également frustrant » le fait qu'Israël ne se mette pas en conformité avec les décisions prises en matière de colonies de peuplement. Il a par ailleurs cité des passages de l'avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice sur le mur construit par Israël et a indiqué qu'il revenait désormais aux instances appropriées de l'ONU de décider des prochaines mesures à prendre.

Après avoir décrit les principaux points d'un rapport de la Banque mondiale sur les effets du conflit sur l'économie israélienne comme palestinienne, il n'a vu de raison d'espérer que dans les résultats des sondages qui, d'un côté comme de l'autre, sont majoritairement favorables à la paix.

L'Observateur permanent de la Palestine, Nasser Al-Kidwa, a indiqué, à sa sortie du Conseil de sécurité, qu'il avait « de sérieux problèmes avec cette déclaration » et qu'il en était à se demander « s'il s'agissait bien de la position de l'ONU » ou de celle personnelle de M. Roed-Larsen.

En revanche, le délégué d'Israël, répondant à son tour aux questions des journalistes, a déclaré qu'il s'agissait au contraire d'un point de vue « raisonnable », même s'il n'était pas d'accord avec tout ce qui avait été dit, et que c'était « la première fois que nous entendions une vive critique de l'Autorité palestinienne. »

Quant à M. Roed-Larsen, sortant à son tour du Conseil, il a indiqué qu'il était « les yeux et les oreilles du Secrétaire général sur le terrain » et qu'il était supposé rapporter ce qu'il voyait et entendait. Il a souligné qu'il avait critiqué Israël sur le fait que le démantèlement des colonies de peuplement n'avait toujours pas eu lieu et que, s'il n'avait pas plus commenté l'avis de la Cour internationale de justice, c'était parce que les Etats membres allaient délibérer sur ce point vendredi et qu'il ne voulait pas anticiper sur leurs discussions.

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