Rohingyas : le Myanmar s'oppose à la venue d'une experte indépendante de l'ONU

La Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, Yanghee Lee. Photo ONU/Jean-Marc Ferré

20 décembre 2017 – La Rapporteur spéciale de l'ONU sur les droits de l'homme au Myanmar, Yanghee Lee, a annoncé mercredi que les autorités de Naypyidaw l'avaient interdite d'accès dans le pays. Elles l'ont aussi informée qu'elles ne coopéreraient pas avec elle.

La Rapporteur spéciale devait se rendre au Myanmar en janvier pour évaluer la situation des droits de l'homme dans l'ensemble du pays. Une visite qui devait également faire le bilan des violations de droits humains à l'encontre des musulmans rohingyas de l'Etat de Rakhine.

« Je suis troublée et déçue par cette décision du gouvernement du Myanmar », a déclaré Mme Lee dans un communiqué publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. « C'est une honte que ce pays ait décidé de s'engager sur cette voie ».

Pour l'experte indépendante, cette déclaration de non-coopération avec son mandat ne peut être considérée que comme une indication forte que quelque chose de « terriblement horrible » est en cours dans l'Etat de Rakhine, ainsi que dans le reste du pays.

« Il y a deux semaines encore, le représentant permanent du Myanmar auprès de l'ONU à Genève avait informé le Conseil des droits de l'homme de sa coopération continue avec les Nations Unies, faisant même référence à mon rôle de Rapporteuse spéciale », a rappelé Mme Lee.

D'où sa surprise à l'annonce de cette décision. « Maintenant on me dit que cette décision de ne plus coopérer avec moi est basée sur la déclaration que j'ai faite après avoir visité le pays en juillet », a-t-elle précisé. Dès le mois d'août, la Rapporteur spéciale s'était dite préoccupée par des informations faisant état de l'arrivée de renforts militaires dans l'Etat de Rakhine.

Mme Lee s'est rendue à six reprises en Birmanie depuis le début de son mandat en juin 2014. Lors de ces visites, l'accès à certaines régions du pays lui avait été toutefois refusé, les autorités invoquant des questions de « sécurité », selon l'ONU.

« Le gouvernement a maintes fois nié que des violations des droits de l'homme se produisent au Myanmar, en particulier dans l'Etat de Rakhine. Elles ont dit qu'elles n'avaient rien à cacher, mais leur manque de coopération avec mon mandat et la mission d'établissement des faits suggère le contraire », a fait remarquer la Rapporteur spéciale.

En mars dernier, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU avait créé une mission internationale indépendante pour le Myanmar pour enquêter sur les violences dans l'Etat de Rakhine. Une mission avec laquelle, Naypyidaw ne coopère pas.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Rohingyas : l'ONU appelle le Myanmar à mettre en œuvre ses engagements

En savoir plus