Rohingyas : l'ONU appelle le Myanmar à mettre en œuvre ses engagements

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, en visite au Myanmar en octobre 2017. Photo UNIC Yangon

12 décembre 2017 – Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, a appelé mardi le Myanmar à mettre en œuvre ses engagements pour mettre fin à la crise qui a poussé des centaines de milliers de Rohingyas à fuir le pays.

Dans un exposé devant les membres du Conseil de sécurité, M. Feltman a indiqué que le nombre de réfugiés ayant rejoint le Bangladesh depuis le 25 août dépasse désormais 626.000 personnes.

Dans ce contexte, il faut encourager collectivement l'adoption de mesures visant à mettre fin au « cercle vicieux de la discrimination, de la violence et des déplacements » dans l'État de Rakhine, au Myanmar, a-t-il dit.

Rappelant sa visite au Myanmar en octobre, le Secrétaire général adjoint a salué la signature d'un mémorandum d'accord entre les gouvernements du Myanmar et du Bangladesh et s'est dit encouragé par la tenue en janvier prochain d'une réunion de la nouvelle Commission consultative comprenant des experts internationaux et les membres du Comité pour la mise en œuvre des recommandations concernant l'État de Rakhine.

M. Feltman a également qualifié d'« étape importante » la visite, le 2 novembre dernier, de la Conseillère d'État Aung San Suu Kyi dans l'État de Rakhine. Il a appelé tous les dirigeants du Myanmar, y compris l'armée, à condamner les incitations à la haine raciale et les violences dans cet État et à créer un environnement propice à un retour de la paix.

Bien que la violence ait reculé, de nouveaux réfugiés continuent d'affluer au Bangladesh, mais à un rythme moins élevé, a–t-il précisé.

Saluant l'accord conclu entre le Myanmar et le Bangladesh, le 23 novembre, sur la question du rapatriement des réfugiés, il a estimé que les retours devaient être appuyés par des efforts de réconciliation.

« Nous appelons une nouvelle fois à l'action concrète et à la mise en œuvre des engagements », a-t-il lancé, ajoutant que « les plans, seuls, ne sont pas suffisants ».

Des violences sexuelles systématiques

De son côté, la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Pramila Patten, a indiqué que le gouvernement du Myanmar l'avait invitée à se rendre à Naw Pyi Taw et Rangoon du 14 au 16 décembre prochain pour s'y entretenir avec de hauts responsables du gouvernement et des forces armées et de sécurité.

Elle a rappelé qu'elle s'était rendue au Bangladesh du 5 au 13 novembre dernier et avait pu y rencontrer des réfugiés.

« On m'a raconté les récits les plus déchirants et horribles d'atrocités sexuelles qui auraient été commises de sang-froid et avec une haine meurtrière contre les Rohingya en raison de leur ethnicité et de leur religion », a-t-elle dit. « Chaque femme ou fille avec qui j'ai parlé a subi des violences sexuelles, ou en a été témoin, y compris de viols, de viols en réunion perpétrés par des soldats, d'actes de nudité forcée et d'humiliation publique, et d'esclavage sexuel en captivité ».

Il y a des indications selon lesquelles ce cycle de violences sexuelles répandues et systématiques a été mis au service d'une déshumanisation et de punitions collectives.

Mme Patten a plaidé pour « une résolution du Conseil de sécurité demandant la cessation immédiate des violences contre la population civile dans l'Etat de Rakhine et des mesures pour que les responsables de ces atrocités rendent des comptes ». « L'inaction n'est pas une option », a-t-elle dit.


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