La résistance aux antimicrobiens due à la pollution représente une menace pour la santé (ONU)

Des oiseaux en quête de nourriture au milieu d’une décharge à Danbury, Connecticut, aux États-Unis (archives). Photo ONU/Evan Schneider

5 décembre 2017 – L'augmentation de la résistance aux antimicrobiens liée aux rejets de médicaments et de certains produits chimiques dans l'environnement est l'une des menaces les plus préoccupantes pour la santé, selon une nouvelle étude du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

Lancé lors de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement qui se tient à Nairobi, au Kenya, le rapport 'Frontières' aborde entre autres la dimension environnementale de la résistance aux antimicrobiens. L'étude démontre que le rôle de l'environnement dans l'émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens est particulièrement préoccupant.

« L'avertissement dispensé dans ce rapport est vraiment effrayant : les humains pourraient participer au développement de superbactéries féroces en raison de notre ignorance et de notre négligence », a déclaré le Directeur exécutif du PNUE, Erik Solheim.

Selon le PNUE, l'utilisation d'antibiotiques destinés aux êtres humains a augmenté de 36% au cours de ce siècle.

« Les études ont d'ores et déjà lié l'utilisation inadéquate des antibiotiques chez l'homme et dans l'agriculture au cours des dernières décennies à l'apparition d'une résistance croissante des bactéries, mais le rôle de l'environnement et de la pollution a reçu trop peu d'attention », a alerté M. Solheim. « Des mesures prioritaires sont nécessaires dès maintenant ou bien nous courrons le risque de permettre à cette résistance s'introduire par la petite porte et ses conséquences seront potentiellement terrifiantes », a-t-il prévenu.

La résistance aux antimicrobiens se produit lorsqu'un micro-organisme évolue pour résister aux effets d'un agent antimicrobien. A l'échelle mondiale, environ 700.000 personnes meurent d'infections résistantes chaque année en raison de l'efficacité réduite des médicaments antimicrobiens disponibles censés éliminer les pathogènes résistants.

Jusqu'à 80% des antibiotiques consommés et rejetés par l'organisme contiennent des bactéries résistantes

Il est clairement démontré que le rejet dans l'environnement de composés antimicrobiens provenant des foyers, des hôpitaux et des établissements pharmaceutiques, ainsi que du ruissellement agricole, combiné au contact direct entre les communautés bactériennes naturelles et les bactéries résistantes rejetées favorise l'évolution bactérienne et l'émergence de souches plus résistantes.

Après consommation, la plupart des médicaments antibiotiques sont rejetés par l'organisme non métabolisés et contiennent des bactéries résistantes – jusqu'à 80% des antibiotiques consommés, selon le rapport du PNUE. Ceci est un problème croissant, d'autant plus que la consommation d'antibiotiques par le bétail devrait augmenter de 67% à l'horizon 2030. De plus, jusqu'à 75% des antibiotiques utilisés en aquaculture seraient relâchés dans leur milieu environnant.

Les installations de traitement des eaux usées ne peuvent pas éliminer tous les antibiotiques et les bactéries résistantes et peuvent constituer des points chauds de la résistance aux antimicrobiens. Des preuves démontrent que les bactéries multirésistantes sont répandues dans les eaux marines et les sédiments à proximité des rejets aquacoles, industriels et municipaux.

Afin de résoudre le problème, le PNUE estime qu'il faudra tout d'abord se pencher sur l'utilisation et l'élimination des produits pharmaceutiques antibiotiques ainsi que sur la libération de médicaments antimicrobiens, les contaminants en question et les bactéries résistantes dans l'environnement.


News Tracker: autres dépêches sur la question

A Nairobi, une réunion de l'ONU pour mettre fin à la menace mondiale de la pollution

En savoir plus