Myanmar : l'ONU plaide en faveur d'un mécanisme international pour enquêter sur les auteurs de violences contre les Rohingyas

Le camp de Kyein Ni Pyin camp, dans le township de Pauktaw, Etat Rakhine, Myanmar. Photo: OCHA/Htet Htet Oo

5 décembre 2017 – Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, s'est dit vivement préoccupé mardi du sort des Rohingyas dans l'État de Rakhine, au Myanmar, et a plaidé en faveur d'un mécanisme international permettant d'enquêter sur les auteurs de violences.

Lors d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme à Genève sur la situation des Rohingyas, M. Zeid a rappelé qu'à la date du 2 décembre, environ 626.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh voisin.

Le chef des droits de l'homme de l'ONU a souligné que des rapports crédibles font état d'attaques brutales, systématiques et généralisées contre la communauté rohingya de la part des forces de sécurité du Myanmar agissant parfois de concert avec des milices locales.

Les dernières campagnes, entamées en octobre 2016 et qui se sont intensifiées en août dernier, ont été présentées comme une riposte à des attaques commises par des insurgés, mais elles semblent avoir délibérément et massivement ciblé des civils, a noté le Haut-Commissaire, ajoutant qu'elles ont été précédées de campagnes périodiques de violence ainsi que de décennies de discriminations et de persécutions systématiques dirigées contre les Rohingyas.

Les autorités du Myanmar ayant refusé aux services du Haut-Commissaire Zeid un accès à l'État de Rakhine, celui-ci a indiqué avoir envoyé, depuis un an, trois équipes au Bangladesh pour suivre la situation et s'entretenir avec des réfugiés. Les témoignages ainsi recueillis sont concordants et rapportent des actes d'une effroyable barbarie commis contre les Rohingyas.

A cet égard, M. Zeid a cité le cas de ces personnes brûlées vives dans leurs maisons, les meurtres d'enfants et d'adultes, les assassinats aveugles de civils en fuite, les viols généralisés de femmes et de fillettes, l'incendie et destruction de maisons, d'écoles, de marchés et de mosquées, entre autres.

Des mines déposées le long de la frontière avec le Bangladesh

Selon le Haut-Commissaire, il apparaît de manière crédible que ces violences visent les Rohingyas pour ce qu'ils sont, sur une base ethnique ou religieuse et possiblement sur ces deux bases en même temps. Dans certains cas, les autorités locales ont prévenu à l'avance les communautés rohingyas qu'elles seraient attaquées, ce qui indique que ces attaques étaient planifiées, a souligné M. Zeid. Il a ensuite souligné que certaines informations laissent entendre que des mines ont été déposées par les forces de sécurité du Myanmar, vers la fin du mois d'août, le long de la frontière avec le Bangladesh, possiblement pour empêcher les réfugiés de revenir au Myanmar.

« Compte tenu des décennies d'apatridie et considérant la discrimination systématique dont sont victimes les Rohingyas, les tortures ou mauvais traitements, les déplacements forcés et la destruction systématique des villages, est-ce que quelqu'un peut nier la présence possible d'éléments de génocide ? », a demandé le chef des droits de l'homme de l'ONU. Dans ces conditions, il a demandé au Conseil des droits de l'homme de recommander à l'Assemblée générale des Nations Unies de mettre sur pied un « nouveau mécanisme impartial et indépendant pour aider des enquêtes criminelles individuelles sur les responsables ».

M. Zeid a rappelé qu'il avait à plusieurs reprises signalé au Conseil des droits de l'homme et au Conseil de sécurité de l'ONU des allégations persistantes de graves violations des droits de l'homme par les forces de sécurité du Myanmar. Cependant, a-t-il déploré, les poursuites visant de tels actes de violence, y compris des violences sexuelles, semblent être extrêmement rares.

Par ailleurs, le Haut-commissaire a regretté que l'accès à l'Etat de Rakhine n'ait pas été accordé à ses enquêteurs. Evoquant l'accord signé le mois dernier entre le Bangladesh et le Myanmar pour le retour « dans les deux mois » des Rohingyas dans l'Etat de Rakhine, M. Zeid a mis en garde contre un rapatriement prématuré. « Il doit être clair qu'aucun rapatriement de réfugié ne doit intervenir en l'absence de la présence durable sur le terrain d'observateurs des droits de l'homme permettant d'établir pour ces personnes les conditions d'une vie digne et en sécurité », a-t-il conclu.


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