Manifestations en RDC : l'ONU appelle Kinshasa à respecter le droit d'expression pacifique

Un rassemblement de personnes à Kinshasa lors des manifestations qui ont eu lieu en République démocratique du Congo (RDC) les 19 et 20 décembre 2016 (archive). Photo: MONUSCO

15 novembre 2017 – Les Nations Unies ont mis en garde Kinshasa contre un recours excessif à la force lors des mobilisations organisées mercredi contre le calendrier électoral à l'appel de l'opposition.

Pour le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, il est crucial que les autorités congolaises permettent l'expression pacifique de la contestation lors des manifestations.

Dans un communiqué rendu public mercredi à Genève, le chef des droits de l'homme de l'ONU a appelé Kinshasa à « mettre un terme au discours incendiaire contre les manifestants » et à veiller à ce que les manifestations prévues à travers le pays soient gérées conformément aux standards et normes du droit international relatif aux droits de l'homme.

Des commentaires alarmants de la part de responsables de police

Suite à la publication du calendrier électoral le 5 novembre dernier, qui prévoit que les élections générales auront lieu en décembre 2018 – deux ans après la date prévue –, des organisations de la société civile ont appelé à des manifestations à l'échelle nationale mercredi.

En réponse, un certain nombre de commentaires alarmants auraient été faits par des inspecteurs de police provinciaux à Goma et à Kinshasa. Mardi, l'inspecteur provincial de la police nationale congolaise (PNC) à Kinshasa a averti que tout rassemblement de plus de cinq personnes serait dispersé « sans pitié » sur ordre du gouverneur.

La répression des manifestations en RDC s'est illustrée avant même l'annonce du nouveau calendrier électoral. En septembre, 54 personnes sont mortes après que les forces de défense et de sécurité aient fait un usage excessif de la force contre des manifestants. Ces derniers demandaient que les délais constitutionnels soient respectés et que le Président Joseph Kabila démissionne à la fin de son second mandat.

En décembre 2016, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme (BCNUDH) avait documenté au moins 40 autres exécutions commises par des policiers et des militaires à Kinshasa, Lubumbashi, Boma et Matadi. Ces exécutions concernaient principalement des manifestants.

Les 22 et 23 octobre, au moins 65 militants de l'opposition avaient été arrêtés à Lubumbashi, dans le sud-est de la RDC. Toutes les personnes arrêtées ont ensuite été libérées, dont certaines sous caution. Mais pour l'ONU, ces arrestations s'inscrivent dans le cadre d'un ensemble d'actions inquiétantes visant à empêcher les opposants politiques de se rassembler.

Désamorcer les tensions au lieu de favoriser la répression

Dans ce contexte, le chef du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a appelé les responsables politiques congolais au plus haut niveau à assurer le respect des droits à la liberté de réunion pacifique, d'association et d'expression. Il a également invité toutes les parties à faire preuve de retenue et à renoncer au recours à la violence.

« Les commentaires incendiaires des autorités de police avant les manifestations d'aujourd'hui sont extrêmement alarmants », a déclaré M. Zeid, qui a exhorté le gouvernement et les forces de sécurité « à œuvrer pour désamorcer les tensions au lieu de créer les conditions favorisant la répression, la confrontation et la violence ».

Les autorités congolaises responsables de la conduite des forces de sécurité

Pour le HCDH, les Principes de base régissant le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois contiennent des directives très strictes sur le recours à la force.

Selon l'ONU, ces responsables ne doivent recourir « intentionnellement à l'usage meurtrier d'armes à feu que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines ».

Le Haut-Commissaire a appelé les autorités à veiller à ce que le recours à la force excessive ayant entaché les manifestations précédentes – y compris en septembre et décembre 2016 à Kinshasa – ne soit pas répété.

Pour Zeid, les autorités ont la responsabilité de veiller à ce que le personnel de sécurité reçoive des instructions claires. « Ils seront tenus responsables de leur conduite lors des opérations de maintien de l'ordre dans le cadre des manifestions, quel que soit leur rang ou affiliation », a-t-il prévenu.


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