Bangladesh : l'OIM alerte sur la traite, l'exploitation et les abus sexuels de réfugiés rohingyas

Des personnes déplacées près de Sittwe, au Myanmar, en décembre 2013. (archive) photo: IRIN / David Longstreath

14 novembre 2017 – De nombreux cas de traite et d'exploitation d'êtres humains ont été identifiés parmi les réfugiés rohingyas installés dans les camps de fortune au Bangladesh, a annoncé mardi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Un constat qui fait suite aux entretiens et aux groupes de discussion communautaires menés par l'agence onusienne à Cox's Bazar.

Depuis le 25 août, plus de 617.000 Rohingyas ont trouvé refuge dans ce district frontalier du Myanmar. Mais l'exploitation de ces réfugiés a commencé bien avant l'afflux récent et massif des Rohingyas au Bangladesh.

Les cas de traite et d'exploitation ont été signalés à l'OIM par des réfugiés rohingyas qui ont vécu au Bangladesh pendant des années, par d'autres qui sont arrivés au cours des dernières années et par ceux qui sont arrivés depuis août. Certains réfugiés n'étaient au Bangladesh que depuis quelques semaines avant d'être ciblées par ces abus.

Des réfugiés prêts à saisir toutes les opportunités, même celles à risques

Avec presque aucune autre source de revenu, les réfugiés rohingyas sont prêts à prendre toutes les opportunités qui leur sont offertes, même celles qui sont risquées, dangereuses et qui impliquent leurs enfants. Des hommes, des femmes et des enfants désespérés sont ainsi recrutés avec de fausses offres de travail rémunéré dans divers secteurs tels que la pêche, le petit commerce, la mendicité et, dans le cas des filles, le travail domestique.

Une fois qu'ils commencent le travail, ils constatent généralement qu'ils ne sont pas payés ce qui a été promis. Ils sont souvent privés de sommeil, obligés de travailler plus d'heures que prévu, ne sont pas autorisés à quitter leur lieu de travail et n'ont pas le droit de contacter leur famille. Les femmes et les filles sont souvent maltraitées physiquement ou sexuellement.

L'OIM a ainsi identifié un cas où un certain nombre d'adolescentes pour qui on avait promis un travail comme domestiques à Cox's Bazar et à Chittagong, ont été contraintes à la prostitution. Dans un autre cas, une femme serait allée travailler pour une famille et aurait été ramenée morte dans les camps de fortune des réfugiés. La famille de la victime a reçu un règlement de la part des employeurs.

Beaucoup de recruteurs sont bangladais, tandis que d'autres sont rohingyas. Nombre d'entre eux se sont établis dans la région avant l'afflux de réfugiés le plus récent. Le nombre de réseaux de criminels et de trafiquants opérant dans le district s'est accru avec la population.

Les abus se produit principalement dans les quartiers entourant les installations de réfugiés, mais les recruteurs emmènent également des gens dans des endroits aussi éloignés que la ville de Cox's Bazar, Chittagong et Dhaka.

L'ampleur de la traite des personnes est difficile à saisir

L'OIM a également eu connaissance de cas où des Rohingyas ont fait l'objet de trafic vers l'extérieur du Bangladesh et vient en aide aux victimes. La plus grande partie de la traite se déroule à l'intérieur du pays, ce qui suit la tendance de la traite à l'échelle mondiale.

Des mariages forcés et précoces ont également eu lieu au sein de la population rohingya. Pour de nombreuses familles, ces mariages constituent un mécanisme d'adaptation qui offre protection et promotion économique aux jeunes femmes et filles rohingyas.

« Comprendre l'ampleur de la traite des êtres humains est difficile dans la plupart des contextes en raison de la nature cachée du crime », a déclaré Kateryna Ardanyan, une experte de la lutte contre la traite de l'OIM actuellement déployée dans Cox's Bazar.

« Dans le chaos d'une crise comme celle-ci, la traite est habituellement invisible au début, car il y a tant d'autres besoins urgents comme la nourriture et le logement. Mais les agences qui répondent à cette crise ne doivent pas attendre que le nombre de victimes identifiées augmente », a alerté l'experte.

« Les réfugiés rohingyas ont besoin d'une action préventive et proactive maintenant pour atténuer les risques de la traite de personnes, et les survivants ont besoin d'aide avant que cette spirale ne devienne incontrôlable », a-t-elle ajouté.


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