A Manille, António Guterres plaide pour un renforcement du partenariat entre l'ASEAN et l'ONU

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, reçu par le Président philippin, Rodrigo Duterte, et la Première Dame, Honeylet Avancena, lors du 31e Sommet de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) le 12 novembre 2017. Photo: CINU Manille / Maria Teresa Debuque

13 novembre 2017 – Dans la capitale philippine qui accueille le 31e sommet de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a affirmé lundi son engagement à œuvrer au renforcement de la « coopération stratégique » entre l'ONU et l'organisation régionale face aux multiples défis mondiaux.

« Le renforcement des partenariats avec les organisations régionales, ASEAN incluse, est une priorité pour moi et un pilier essentiel de mes propositions de réforme de l’ONU », a déclaré le Secrétaire général lors du 9e Sommet ASEAN-ONU, invitant les 10 Etats d’Asie du Sud-Est à redoubler d’efforts pour renforcer le partenariat entre les deux organisations.

Lchef de l’ONU a salué les efforts des Etats membres de l'ASEAN dans la résolution des conflits à travers leur participation aux opérations de paix des Nations Unies. Environ 4.500 militaires, policiers et civils de huit pays de l'organisation régionale sud-est asiatique servent actuellement dans des missions onusiennes dans le monde entier.

« Vous avez (…) démontré votre engagement en faveur de la paix et de la sécurité mondiales », a déclaré le Secrétaire général lors du 9e Sommet ASEAN-ONU. « Le mois dernier, j'ai eu l'occasion d'honorer la mémoire de quatre soldats cambodgiens tués alors qu'ils aidaient à amener la paix et la sécurité au peuple de la République centrafricaine ».

Lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent : l'ONU disposée à fournir un appui technique

Le sommet de l'ASEAN fut également l'occasion pour M. Guterres de souligner la priorité accordée par l'ONU à l'appui aux efforts nationaux et régionaux dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de l'extrémisme violent – deux fléaux qui n'épargnent pas l'Asie du Sud-Est.

« Nous nous félicitons de l'adoption de la Déclaration de Manille contre la montée de la radicalisation et de l'extrémisme violent et de la reconnaissance de l'importance d'approches globales et d'actions préventives », a déclaré le Secrétaire général qui a rappelé la création en juin du Bureau des Nations Unies contre le terrorisme.

« Les Nations Unies sont prêtes à fournir un appui technique à l'ASEAN et à ses pays membres pour lutter contre le terrorisme et l'extrémisme violent et lutter contre la criminalité transnationale, y compris le trafic de drogue et la traite des personnes », a-t-il précisé.

Développement en Asie du Sud-Est : une prospérité qui doit être partagée

Au sommet de l'ASEAN qui fête cette année ses 50 ans d'existence, le chef de l'ONU a souligné que le développement durable et inclusif est le meilleur moyen de prévenir les conflits et l'extrémisme violent. « C'est au cœur du Programme de développement durable à l'horizon 2030, notre plan directeur pour un avenir sûr et prospère sur une planète saine, et au cœur de la Vision communautaire 2025 de l'ASEAN », a-t-il déclaré.

La croissance économique en Asie du Sud-Est a permis de sortir des millions de personnes de l'extrême pauvreté au cours des cinq dernières décennies. La région s'est particulièrement illustrée par ses performances en termes de réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.

« Alors que (l'ASEAN) est en train de devenir la quatrième plus grande économie du monde d'ici 2050, nous espérons inclure des millions d'autres personnes dans les avantages partagés de la prospérité », a dit M. Guterres.

A cet égard, le Secrétaire général a rappelé que les principes de gouvernance démocratique, d'Etat de droit et de respect des droits de l'homme sont indissociables du Programme 2030 et des Objectifs de développement durable. « L'ONU est prête à coopérer avec vous pour renforcer la Commission intergouvernementale des droits de l'homme de l'ASEAN », a-t-il précisé.

Depuis Genève, quatre experts des droits de l’homme des Nations Unies ont appelé lundi les États membres de l’ONU à aborder les questions urgentes relatives aux droits de l’homme lors du sommet de l’ASEAN. Reconnaissant le travail important des nombreuses organisations actives de la société civile dans la région, les experts ont exprimé leur préoccupation concernant « une détérioration inquiétante de l’environnement dans lequel ils opèrent ».

« Les défenseurs des droits de l’homme, les militants sociaux, les avocats, les journalistes, les médias indépendants et même les parlementaires tentent de s’exprimer et de protéger les droits des autres en étant de plus en plus confrontés à une multitude de risques allant du harcèlement et des poursuites judiciaires aux menaces, aux disparitions et aux assassinats ", ont déclaré les experts dans un communiqué.

Rakhine : une source potentielle d'instabilité dans la région

A Manille, le chef de l'ONU n'a pu cacher sa profonde préoccupation face à l'afflux massif au Bangladesh de centaines de milliers de réfugiés en provenance du Myanmar – l'un des 10 Etats membres de l'ASEAN.

« Il s'agit d'une escalade inquiétante dans une tragédie prolongée et une source potentielle d'instabilité dans la région de la radicalisation », a déclaré M. Guterres.

A cet égard, les Nations Unies ont salué les approches constructives de l'ASEAN qui se sont notamment traduites par l'acheminement d'une aide humanitaire au nord de l'Etat de Rakhine d'où sont originaires les réfugiés rohingyas.

« Depuis le début de la crise, et au-delà de la fin de la violence, j'ai appelé à un accès humanitaire sans entraves aux communautés touchées ; et le droit à un retour sûr, volontaire et digne de ceux qui ont fui vers leur lieu d'origine », a rappelé le Secrétaire général. « Aborder les problèmes sous-jacents en mettant en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur Rakhine sera également essentiel pour inverser cette tragédie », a-t-il ajouté.

Tous ces points ont été au menu de la rencontre bilatérale entre M. Guterres et Aung San Suu Kyi organisé ce lundi en marge du Sommet.

Après les Philippines, le Secrétaire général se rendra en Europe pour participer à la Conférence de l'ONU sur le climat à Bonn (COP23). A Manille, M. Guterres a salué le leadership de l'ASEAN au niveau national et régional dans le renforcement de la résilience et la réduction des risques posés par le changement climatique et d'autres catastrophes naturelles. « Je soulignerai l'importance de l'action collective aux niveaux mondial et régional lors de la COP23 en Allemagne plus tard cette semaine ».


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