Des milliers de réfugiés rohingyas épuisés continuent d'arriver au Bangladesh (agences ONU)

Le personnel du HCR et des volontaires partenaires aident les réfugiés rohingyas à leur arrivée dans un centre de transit près du village d’Anjuman Para, dans le district de Cox’s Bazar, au sud-est du Bangladesh, après avoir été coincés pendant près de quatre jours à la frontière avec le Myanmar. Photo: HCR / Roger Arnold

3 novembre 2017 – Environ 4.000 réfugiés rohingyas en provenance du Myanmar sont entrés au Bangladesh au cours des 48 dernières heures, ont annoncé vendredi les agences des Nations Unies qui leurs viennent en aide.

Ces réfugiés sont entrés sur le territoire bangladais en traversant le poste frontalier d'Anjuman Para. Traumatisés, affamés et craignant pour leur vie, ces réfugiés avaient campé à ciel ouvert dans un no man's land entre les deux pays. « Ils ont traversé la frontière à marée basse où ils ont été accueillis par des gardes-frontières bangladais », a indiqué l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un communiqué, précisant que 2.000 d'entre eux sont arrivés durant la nuit du jeudi au vendredi.

« (Les réfugiés) ont attendu dans les rizières près de la frontière, où Action Contre la Faim a envoyé de la nourriture et l'UNICEF a distribué de l'eau à partir d'un bateau. Médecins Sans Frontières a identifié et ramené des personnes nécessitant des soins médicaux d'urgence », a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Babar Baloch, lors d'un point de presse à Genève.

Ces réfugiés fuient les violences qui ont frappé leurs communautés dans le nord de l'État de Rakhine depuis la fin du mois d'août. Ils rejoignent les plus de 820.000 Rohingyas réfugiés au Bangladesh dont plus de 607.000 personnes arrivées rien que depuis le 25 août.

« La plupart des gens à qui j'ai parlé ont marché pendant huit à dix jours, avant d'atteindre la frontière où ils ont attendu jusqu'à quatre jours avant de la traverser », a déclaré Olivia Headon, la porte-parole de l'OIM au Bangladesh, actuellement dans le district de Cox's Bazar où affluent la grande majorité des réfugiés rohingyas. « Ils ont dit qu'ils n'avaient rien à manger ou à boire après les premiers jours ».

L'OIM, le HCR et d'autres organisations œuvrent activement à l'amélioration des conditions de vie dans les camps existants au Bangladesh et préconisent des solutions alternatives pour répondre à l'afflux de réfugiés.

Mercredi, le Haut-Commissaire assistant du HCR pour la protection, Volker Türk, avait conclu une visite au Myanmar, au cours de laquelle il a réitéré les appels de l'ONU pour un accès humanitaire sans restriction à toutes les communautés dans l'Etat de Rakhine. Le haut-responsable du HCR avait également plaidé pour le droit au retour sûr, volontaire et durable des réfugiés dans des conditions garantissant la sécurité, la protection et la coexistence pacifique de toutes les communautés. Arrivé vendredi matin au Bangladesh, M. Türk doit se rendre au cours des quatre prochains jours dans les camps de réfugiés situés dans le district de Cox's Bazar et rencontrer les autorités bangladaises dans la capitale Dhaka.

Une malnutrition en forte hausse chez les enfants rohingyas

Une évaluation menée la semaine dernière par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) auprès de 405 familles réfugiées au Bangladesh révèle un taux de malnutrition sévère aiguë « préoccupant » parmi les enfants rohingyas.

« Des données préliminaires issues d'une évaluation menée la semaine dernière dans le camp de Kutupalong, à Cox's Bazar, au Bangladesh, montre un taux de 7,5% de malnutrition aiguë sévère potentiellement mortelle - un taux deux fois plus important que celui observé parmi les enfants réfugiés rohingyas en mai 2017 », a indiqué l'UNICEF dans un communiqué.

Dans l'Etat de Rakhine, le seuil d'urgence a été dépassé depuis longtemps. « Je viens juste de rentrer du Bangladesh, et c'est quelque chose que l'on constate vraiment, particulièrement à la frontière : la situation de ces enfants qui continuent à arriver est très préoccupante », a indiqué le porte-parole de l'UNICEF, Christophe Boulierac, lors d'un point de presse à Genève. « Il s'agit de la première estimation concernant la nutrition nous permettant de dire clairement que la malnutrition sévère et aiguë est en augmentation », a ajouté M. Boulierac, précisant que les enfants concernés par l'étude sont âgés de moins de cinq ans.

« Les enfants rohingyas du camp - qui ont déjà survécu à des horreurs dans le nord de l'Etat de Rakhine et au cours de leur dangereux voyage jusqu'ici - sont déjà au cœur d'une catastrophe », a souligné pour sa part le Représentant de l'UNICEF au Bangladesh, Edouard Beigbeder. « Ceux qui souffrent de malnutrition sévère risquent maintenant de mourir d'un mal entièrement évitable et traitable », a -t-il prévenu.

Face à ces données inquiétantes, l'UNICEF et ses partenaires traitent déjà plus de 2.000 enfants sévèrement atteints dans une quinzaine de centres et sont en train de mettre en place six antennes supplémentaires pour les prendre en charge.

Dans ces conditions, l'agence onusienne continue de procéder à des dépistages immédiats pour identifier les enfants « qui sont au bord de la mort », selon M. Boulierac. Le porte-parole de l'UNICEF a indiqué que 7.500 enfants sévèrement mal nourris ont été ciblés pour bénéficier urgemment d'un traitement.

26.000 enfants rohingyas se trouvent actuellement dans le camp de Kutupalong où ils sont confrontés à une situation sanitaire difficile. Manquant de nourriture et d'eau, ils sont à la portée de maladies diarrhéiques ou des infections respiratoires.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), moins de 20% de l'eau disponible est conforme à ses standards et à ceux du Bangladesh.

Un peu moins de 40 cas de rougeole ont été confirmés mais aucun cas de choléra n'a été observé pour le moment. La seconde phase d'une vaste campagne de vaccination auprès de centaines de milliers de personnes doit débuter samedi, a précisé l'OMS.


News Tracker: autres dépêches sur la question

Myanmar : l'ONU a le feu vert pour distribuer de la nourriture au nord de Rakhine

En savoir plus